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Auteur/autrice : admin_lvdr
Carnet pratique
Pour aller à Saint-Claude depuis Dole, par la ligne des Hirondelles jusqu’au 9 juillet et après le 31 août.
Départs : 10h21-12h38, retours : 17h25 à 19h45 (avec changement à Andelot).Depuis Bourg-en-Bresse, en autocar, plusieurs fois par jour, durée 1 heure 20 (10h17-12h10). En sens inverse TER, le matin (5h56-7h27).
Depuis Paris, on peut aller à Bourg-en-Bresse en TGV. Départ à 8h11 pour arrivée à 10h01. Au retour, départ à 17h57 pour arrivée à 19h52.
Office de tourisme de Saint-Claude. Tél. : 03 84 45 34 24. www.ot-saint-claude.com
Office de tourisme du pays de Dole. Tél. : 03 84 72 11 22. www.tourisme-paysdedole.fr

De Mandeure à Culoz, grandes traversées du Jura au départ des gares
De Mandeure dans le Doubs à Culoz dans l’Ain, 400 kilomètres balisés sont dédiés à la marche et au VTT l’été, au ski nordique et aux raquettes en hiver. 150 hébergements jalonnent les étapes de la GTJ. À pied, il faut 21 jours pour la faire en totalité. Mais on peut bien sûr ne faire que quelques tronçons. Un guide de l’éco-mobilité renseigne sur la façon de procéder lorsqu’on ne veut pas utiliser son véhicule personnel. Il recense l’ensemble des réseaux de transport en commun français et suisse (trains et bus), en connexion avec les parcours dans chaque partie nord, centre et sud. Par exemple, au départ de Bellegarde-sur-Valserine, au sud, l’itinéraire est à 200 mètres de la gare. Depuis Dole, direction Saint-Claude par la ligne des Hirondelles. Au départ de Nyon en Suisse, on prendra le train jusqu’à La Cure, très emprunté par les travailleurs frontaliers. Les Rousses, sur la GTJ, sont à 2 km et une navette dessert la gare.
Renseignements : 15 et 17, Grande-Rue, Les Planches-en-Montagne. Tél. : 03 84 51 51 51. www.gtj.asso.fr
Depuis les gares de Bourg-en-Bresse ou Dole
Avec ses maisons hautes et étroites sur les rives pentues de deux rivières confluentes, la Bienne et le Tacon, Saint-Claude, capitale du Haut-Jura et troisième ville du département possède un charme qui tient à la fois à la beauté du site et à son vécu particulier.
Au milieu de la ville haute, trône la cathédrale et sur les berges « La Maison du peuple », qui, sur huit étages conserve la mémoire de la Fraternelle, première coopérative ouvrière d’inspiration socialiste créée ici en 1889. Devenue depuis 1984, grâce à une association, un lieu culturel et artistique, elle est restée fidèle aux principes d’éducation populaire et propose des expositions, un cinéma, un théâtre et des concerts de jazz dès le jeudi soir dans son café 1920 laissé dans son jus. À côté de la cathédrale, l’ancien palais abbatial est un beau musée contemporain qui abrite des vestiges archéologiques au sous-sol et, dans les étages, l’importante donation de deux peintres collectionneurs, Guy Bardone et René Genis. Sa façade dorée aux immenses baies sur la vallée, imite les tavaillons, ces bardeaux d’épicéas qui protégeaient les fermes jurassiennes des intempéries. Si ces deux lieux valent vraiment la peine, la balade de la randonnée 24 du Topo-guide Jura, fait revivre aussi les activités économiques qui ont fait forgé la réputation de Saint-Claude : la pipe et la taille du diamant. Des savoir-faire hérités des anciens tourneurs sur bois. L’office de tourisme de Saint-Claude commente ces visites et celui de Dole, au nord-est du département, les programme aussi. Un lien ferroviaire unit les deux villes : la fameuse ligne des Hirondelles, une voie ferrée mythique qui joue les funambules sur ses remarquables viaducs. Vers Saint-Claude ou Dole, ces offres à la journée incluant le voyage commenté, fonctionnent jusqu’au 9 juillet, avant la fermeture de la ligne Morez – Saint-Claude pour travaux mais reprendront, espère-t-on, après le 31 août.Marie Arnoult
Depuis la gare de Bellegarde-sur-Valserine
Passés Bourg-en-Bresse, puis Oyonnax, aux fenêtres du TGV qui roule vers Genève, surgissent les croupes chahutées des montagnes du Jura. Le calcaire affleure en plissés spectaculaires, les fameux « chapeaux de gendarme » évoquent ici la maréchaussée à l’ancienne. Partout du vert, des résineux des hêtres. Au bas des falaises, on devine des eaux vives accueillantes pour les truites. Ce sont les beaux paysages sauvages du parc naturel régional du Haut-Jura. 18h55 : terminus Bellegarde dans l’Ain. Notre destination : La Pesse à 40 km de là, dans le Jura frontalier, par des routes sinueuses entre les hautes futaies et les combes, typiques dépressions en cuvettes ondulées à perte de vue. Les fermes sont massives avec de petites fenêtres pour résister à l’hiver qui dure six à sept mois. Nous sommes fin mai, il a neigé la semaine passée. Mais à Coinchet sur le Crêt, notre point de chute à 1 160 mètres d’altitude, on se soucie peu du temps. Martine et Gilles ont installé là des hébergements insolites (voir le carnet pratique) destinés aux amoureux de la nature : des cabanes de trappeurs construites à l’orée de la forêt ou dans les houppiers des hêtres. Douillettes, confortables et en bois bien sûr. Il y a aussi des roulottes avec un aménagement pimpant à la tzigane. Ici, pas de vaches, mais des lamas très curieux des nouveaux arrivants. Cet épatant bout du monde au pied du Crêt de Chalam, est un point de départ pour rayonner à pied ou à VTT. Mais comment arriver là sans voiture, direz-vous ? Des minibus sur réservation font l’aller et retour entre la gare de Bellegarde-sur-Valserine, que ce soit les week-ends ou en semaine.
Avec le Topo-guide, Le Jura – Les Sentiers des patrimoines, en poche, (voir le carnet pratique), nous voici prêts pour la randonnée n° 25, « Combes, prairies et pâturages », dédiée au lait. Elle démarre par une leçon de choses à la Maison des fromages de Moussières, 5,4 kilomètres de La Pesse, au cœur des Hautes-Combes. Là sont élaborés le bleu de Gex à pâte persillée, le morbier traversé d’une ligne grise est une fine couche de charbon et le comté à pâte pressée, tous AOC. On suit toutes les étapes de l’emprésurage à l’affinage. La coopérative fruitière regroupe 27 agriculteurs. Gilbert, qui était l’un d’eux, est accompagnateur de visites depuis sa retraite. Il raconte avec émotion ce métier rude dont il a bien du mal à décrocher. La jeune génération prend pourtant le relais.
Dans une vidéo, Stéphane parle de ses 50 laitières montbéliardes, une race rustique bien adaptée au froid. Laurence, une autre agricultrice, travaille l’hiver à l’école de ski, un second emploi évident : « la neige, on l’a sous nos pieds, alors autant en profiter et quand il n’y en a plus, au printemps, il faut remonter les clôtures ». Puis, comme un rituel bien rodé, c’est le départ dans les pâturages où les vaches restent jusqu’à mi-octobre. Stéphane attache à leur cou ces cloches aux sons différents qui permettent de les reconnaître à l’oreille. « L’estivage à deux fonctions, explique-t-il, nourrir les bêtes et maintenir les paysages ouverts pour lutter contre l’embroussaillement ».
« Lorsque la pression agricole diminue, la forêt reprend ses droits », explique Gilles. Avant de partir notre guide du parc naturel régional du Haut-Jura recommande « de ne pas marcher dans l’assiette des vaches », en clair, les prairies de fauche. Nous suivons les balisages jaunes, le long des pelouses étoilées de fleurs de pissenlit et de boutons-d’or avant de monter aux « prés-bois », des pâturages gagnés sur les épicéas dont on a coupé les branches basses. Soudain, à flanc de Combe, apparaît un groupe juvénile de « cani-randonneurs », en classe verte. Chaque enfant est tiré par un chien de traîneau. Fabien dirige la troupe. Musher diplômé d’état, il fut un des premiers à utiliser les chiens d’attelage en été. On arrive en haut de Bellecombe. Chemin faisant, Gilles commente la flore, les premières orchidées, les alchémilles perlées de rosée qui donnent du goût au bleu de Gex. Les murets de pierre calcaire délimitent les prairies, le paysage est ouvert et, au milieu de nulle part, à un petit carrefour, se dresse soudain une mairie-école. Il faut dire que les fermes alentour sont dispersées sur trois ou quatre kilomètres. « Autrefois, on venait à pied ou à ski. Je me suis marié là, sourit Gilles. Depuis, le secrétariat de mairie a été transféré en bas, dans le village ». L’air est pur comme du cristal, l’ambiance pastorale et les sons étonnamment intenses, amplifiés par le calcaire qui multiplie l’écho du battement d’aile d’un rapace ou du tintement des clarines. D’ailleurs, le parc naturel régional à Lajoux (voir le carnet pratique) a répertorié ces « paysages sonores » où l’écoute est exceptionnelle et en a fait le thème de certaines randonnées accompagnées.Marie Arnoult
À lire, à savoir
Jadis, le Train du puy de Dôme
Pendant 18 ans, de 1907 à 1925, un train à vapeur a circulé de Clermont-Ferrand au sommet du Puy de Dôme. Édité par le conseil général du département, ce livre magnifiquement illustré de photos d’époque et de cartes postales raconte l’aventure des ingénieurs qui eurent la ténacité de construire un train qui, finalement, ne fut pas exploité très longtemps, condamné par l’avènement de la voiture.
Le Train du puy de Dôme par Yves Anglaret et Patrick Cochet. Éditions du Conseil général du Puy-de-Dôme.Le Panoramique des Dômes
Exploité par TC Dôme, le Panoramique des Dômes circulera toute l’année, à raison d’un train toutes les 20 minutes pendant les vacances d’été et toutes les 30 minutes pour les autres périodes. L’aller-retour adultes : 9,50 euros, seniors : 8 euros, 4-12 ans, 3,80 euros. Gratuit pour les moins de 4 ans. Des prix avantageux existent pour les familles et les groupes.
www.panoramiquedes domes.frVulcania
Cette véritable « cité des sciences » consacrée à la volcanologie fête aujourd’hui ses dix ans. Sur les lieux mêmes où sont nés les volcans, elle offre au public de comprendre sous une forme concrète toute la complexité des mouvements souterrains de la croûte terrestre. Avec des animations spécialement conçues pour les enfants.
Parc Vulcania, route des Mazayes, 63230 Saint-Ours-les-Roches. Tél. : 0820 827 828Le volcan de Lemptégy
Pendant des décennies, des pierres ont été extraites du cratère du Lemptégy. Ces carrières, aujourd’hui abandonnées, offrent aux visiteurs une passionnante vision stratigraphique de la formation du volcan, avec ses cheminées et ses bombes volcaniques…
Route départementale 941, 63230 Saint-Ours-les-Roches. Tél. : 04 73 62 23 25.
Un train à crémaillère rend le puy de Dôme à la nature
Il faudra attendre le 26 mai pour que les voyageurs soient autorisés à monter à bord du Panoramique des Dômes. Mais depuis quelques mois, les quatre rames gris clair de ce train à crémaillère se livrent à des essais en ligne. Elles semblent glisser sur la voie qui s’élève lentement à flanc de coteau, le long de la courbe du volcan jusqu’au sommet du puy de Dôme, à 1 465 m d’altitude. La prochaine inauguration sera, bien sûr, un événement ferroviaire qui va passionner les amateurs de trains. Il y a un siècle que la France n’a pas construit de chemin de fer à crémaillère. Celui-ci, dû à Stadler, une entreprise suisse, renoue donc avec ce système de rail denté qui permet de gravir les pentes les plus raides (LVDR n° 3332). Un retour à la tradition qui s’accompagne, en même temps, des avancées technologiques les plus récentes. Côté confort aussi, tout est fait pour que les voyageurs se sentent à l’aise et profitent tous, grâce à une disposition astucieuse des sièges, de la vue sur la vallée. Mais l’événement va beaucoup plus loin. Ce train, qui devient le symbole même du retour à la nature du site du puy de Dôme, s’intègre dans un vaste plan de réaménagement lancé il y a quelques années par le conseil général du Puy-de-Dôme.
Ce projet, qui a coûté 88 millions d’euros, a bénéficié des financements de l’Europe, de l’État, du conseil régional d’Auvergne, de la communauté d’agglomération de Clermont-Ferrand et de l’exploitant, TC Dôme.
Car le puy de Dôme, malgré sa célébrité, souffrait de négligence. Son sommet était défiguré par la présence d’un grand parking et d’équipements vétustes. Au lieu de cela, désormais, l’heure est à la défense de l’environnement. La voie est construite sur la plateforme de l’ancienne route qu’elle remplace aujourd’hui. Hormis les véhicules d’urgence, les voitures n’accéderont plus au sommet. L’ancien parking a été supprimé et ses espaces ont été rendus à la végétation. Des sentiers ont été bien tracés pour les centaines de milliers de visiteurs attendus. Les plus courageux pourront toujours monter à pied par le sentier des Muletiers, tandis que le train déposera au sommet, en toute saison et après un voyage de 15 minutes, ceux qui découvriront l’ancien temple gallo-romain mis en valeur dans le cadre d’un musée et l’observatoire météo construit sur ce site idéal pour l’observation du temps. Et puis surtout, ils découvriront depuis le plus haut sommet du département cette vue unique sur la chaîne des Puys, témoin d’une histoire géologique exceptionnelle. Un patrimoine naturel remarquable dont les Auvergnats sont en train de prendre conscience. Depuis la naissance du Parc naturel des volcans d’Auvergne, celle, il y a dix ans, de Vulcania, sorte de « Cité des sciences de la volcanologie », et depuis l’ouverture au public des anciennes carrières du volcan de Lemptégy, ils tentent de donner aux visiteurs les clés scientifiques de ces bouleversements terrestres dans un environnement à l’authenticité retrouvée. Tout cela vaut au puy de Dôme le label de Grand site de France. Les élus de la région ambitionnent aussi que « la Faille de Limagne et la chaîne des Puys » soient classées au patrimoine mondial de l’Unesco. Du côté du train, tout va dans le sens de l’intégration dans le paysage. La gare de départ qui est aussi maison de site, vaste et accueillante mais discrète, est en pierre sombre de Volvic, tandis que le centre de maintenance associe le bois et le verre. Des sentiers bordés de végétation canalisent les voyageurs jusqu’aux quais de départ. La livrée du train, elle aussi discrète, se fond dans le paysage. Même modestie pour les lieux d’accueil au sommet : un restaurant gastronomique offrant une vue imprenable et des possibilités de restauration rapide, et puis le point de départ des parapentes qui ondulent avec bonheur au gré de tous les vents qui soufflent là. C’est le regard sur l’Auvergne et sur la chaîne des Puys qui est invité à se renouveler.Christine CartierChine / Bombardier signe un contrat de licence avec CSR Puzhen pour les tramways
Bombardier Transport a signé en juillet dernier un contrat de licence technologique avec CSR Puzhen, filiale de China South Locomotive & Rolling Stock Corporation Ltd (CSR). Bombardier fournit à CSR Puzhen une licence de 10 ans pour fabriquer et vendre en Chine, y compris à Hong Kong et à Macao, les tramways à plancher bas intégral dotés de la technologie de Bombardier. Le produit sous licence constitue une variante de la plate-forme de véhicules Bombardier Flexity 2 déjà en exploitation à Blackpool, au Royaume-Uni et en cours de livraisons à Gold Coast, en Australie. Déjà présent dans les trains à grande vitesse, les locomotives, la signalisation et des métros en Chine, Bombardier Transport fait maintenant son entrée dans le marché des tramways.

Trainworld, le futur musée national des Chemins de fer belges
« L’idée est de consacrer un lieu au monde ferroviaire dans ses dimensions patrimoniales et historiques, mais aussi dans son rôle présent avec ses enjeux : sécurité, technologie, rôle des gares, environnement… » résume François Schuiten. Il y aura bien entendu des machines anciennes, « mais j’espère aussi avoir un nez d’AGV, les derniers engins de Bombardier et de Siemens, voire des prototypes, même virtuellement présentables ». Pour le dessinateur, qui a également été scénographe à l’opéra, au théâtre ou pour les expositions universelles, « ce sera plutôt un opéra ferroviaire plus qu’un musée statique : il y aura du son, des effets spéciaux, des projections, car l’idée est de rendre toute la dimension spectaculaire et attractive au ferroviaire. » Et pas uniquement pour les spécialistes ! « J’ai envie d’en faire un lieu fascinant avec tous les moyens d’aujourd’hui. J’aime bien être surpris, étonné, troublé… J’aime découvrir des choses, apprendre au moment où je ne l’attends pas… » On entrera dans Trainworld par le superbe bâtiment voyageurs (1913) de la gare de Schaerbeek, qui donnera accès à un bâtiment de plus de 6 000 m2 au sol, à plusieurs niveaux. Relié au réseau ferré, le musée abritera, en plus des collections permanentes, des expositions temporaires et des trains spéciaux. La diversité des arrêts sera traduite par un mur de plaques, alors que le « grenier ferroviaire » exposera sous 15 m de haut les objets les plus divers du monde ferroviaire. La maison du garde- barrière témoignera quant à elle de la dimension humaine, du rôle des hommes et des femmes au cœur de l’entreprise ferroviaire : « la vocation, c’est de ramener le regard vers quelque chose qui s’est terriblement banalisé, de retrouver l’émerveillement, de redonner du romanesque et la beauté de ce métier ».

Du dessin en noir et blanc à la 3D
Dans sa nouvelle bande dessinée, François Schuiten aimerait que le lecteur « sente presque le nombre de rivets ». Il aime ancrer son récit dans le détail : « c’est ce qui fait que j’ai du plaisir en dessinant, que je sente la pelle, le poids, le charbon… Il faudrait presque que j’aie des morceaux de charbon devant moi et je veux sentir le feu, les trépidations, je veux sentir l’odeur, je veux tout sentir… » D’où le choix d’une histoire en noir et blanc : « il faut qu’on sente la graisse, qu’on ait les mains sales en quittant le livre, qu’on ait une odeur de fumée… » Aussi contradictoire que cela puisse paraître, c’est de cette proclamation de foi a priori très low tech qu’est venue l’idée de la réalité augmentée ! « J’ai rencontré Dassault Systèmes pour un autre projet et quand ils m’ont montré tout ce qu’ils savaient faire en 3D, j’étais déjà très loin sur La Douce. J’ai alors dit que j’avais un rêve : que cette locomotive, elle sorte du livre, qu’elle existe tellement qu’elle sorte de la tête des lecteurs ! Et les gens de Dassault Systèmes ont été enthousiastes à l’idée de réaliser ça. Donc, c’est un énorme cadeau, parce que ça sera gratuit ! C’est presque un cadeau poétique : tous les gens qui auront le livre pourront accéder à cette réalité augmentée. En manipulant le livre devant la webcam de son ordinateur, le lecteur fera accélérer la locomotive et la transformera ! De l’image du dépôt sur l’écran sortira la locomotive ; elle s’orientera et commencera à voyager, en trouvant ses couleurs définitives. Vous allez voir, ça sera assez incroyable ! »
Plus de détails sur le site http://www.12-ladouce.com/
Interview de François Schuiten
La Vie du Rail. François Schuiten, pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
François Schuiten. J’ai commencé la bande dessinée très tôt – j’avais 16 ans – dans Pilote, un journal que j’estimais comme un des plus révolutionnaires. Après, j’ai été publié dans Métal Hurlant, puis dans (À suivre), deux journaux qui ont participé pleinement à l’évolution de la bande dessinée en Europe. Très vite, s’est affirmé ce regard vers le ferroviaire, puisqu’un des premiers livres que j’ai publiés, il y a 30 ans, s’appelait Le Rail, avec Claude Renard ; et, parallèlement, je faisais un portfolio qui s’appelait L’Express. C’est comme si je revenais maintenant à l’origine, à la source… Entre-temps, j’ai à nouveau été confronté au domaine ferroviaire à travers mes histoires : dans Les Murailles de Samaris, avec Benoît Peeters, il y avait des locomotives ou des tramways un peu
spéciaux, dans La Fièvre d’Urbicande, il y avait aussi un train – d’ailleurs un des directeurs artistiques d’Alstom me disait qu’il avait été très amusé de voir la place que prenaient les sièges énormes dans ce train ! J’ai toujours introduit dans mes récits des dimensions ferroviaires. Et puis bien sûr, j’ai aussi fait des stations de métro : Arts-et-Métiers à Paris, Porte de Hal à Bruxelles. Et puis j’ai même été jusqu’à faire des expositions très spectaculaires comme celle du Transsibérien au musée des Arts et d’Histoire au Cinquantenaire à Bruxelles. (…) Mais maintenant, depuis cinq ans, je travaille sur le futur musée du Train et c’est ça qui m’a fait rencontrer la « type 12 ». Je devais donc la mettre en scène, trouver une façon de la faire parler. L’idée est de montrer la modernité que ça représentait, le choc esthétique, le choc technologique… On faisait un bond vers les futurs trains à grande vitesse, sans doute. Ces basculements sont souvent passionnants, mais c’est la dimension humaine qui, peut-être, m’a le plus intéressé. Surtout les cheminots qui ont voulu sauver cette machine, puisque la légende raconte que celle-ci, la dernière des six « type 12 », était destinée à la ferraille et qu’elle était à l’arrière d’un train qui la conduisait à la destruction. Les cheminots l’ont semble-t-il détachée et, ainsi, ils l’ont sauvée. J’ai trouvé cette histoire tellement émouvante ! Ça montrait l’attachement profond que ces cheminots ont pour leur outil et ça m’a donné tout de suite envie de raconter quelque chose à partir de là. Mais pas de façon littérale, parce que je ne me sens pas à la hauteur. J’ai donc fait des trains en locomotive à vapeur, j’ai discuté avec des vieux de la vieille qui les avaient encore conduites, j’ai lu des livres… J’ai ressenti… Contrairement à ce que j’avais fait sur Le Rail, qui était un récit très fantastique, j’avais l’envie ici d’être très documenté tout en gardant ma liberté d’auteur. De ne pas être dans une « Histoire de l’oncle Paul », mais plutôt de m’inscrire, de prendre racine dans le réel pour effectivement réaliser une métaphore qui permette de parler aussi de notre époque. Ce qui m’intéresse, ce sont les basculements, les changements jusqu’au moment extrêmement cruel où des métiers disparaissent, comme ça, presque en quelques années.LVDR. À propos de basculement, la « 12 » n’a pas eu de chance : elle arrive juste avant la guerre…
F. S. Elle a aussi une histoire extraordinaire pendant la guerre : plusieurs « type 12 » vont être endommagées lors des bombardements du dépôt de Schaerbeek. Une grande partie sera repliée en France, puis, au moment de l’Occupation, les Allemands vont rapatrier ces « type 12 » à Schaerbeek, où elles vont reprendre leurs missions de transport. Mais une « type 12 » va jouer un rôle essentiel dans une histoire extraordinaire en tête d’un train de
déportés : juste au moment où l’on attend l’arrivée des Alliés, les cheminots vont faire tourner ce train autour de Bruxelles en évitant la surveillance des Allemands, pour l’empêcher de partir vers les camps. Donc j’avais le sentiment qu’après tout les machines ne sont pas que des machines ; elles sont traversées par le regard des hommes. Il y a ceux qui l’ont conçue : le Français André Huet et le Belge Raoul Notesse, ces deux hommes ont vraiment imaginé cette machine avec une espèce de passion, de ferveur… ça me plaisait aussi, cette espèce d’alliance… Avec des roues de plus de 2 m, on veut faire une « rouleuse », mais en même temps on perd en effort de traction. Par la suite, on va se rendre compte qu’elle n’est pas facile à gérer ; elle va être reconvertie en trains lourds, avec des modifications. Elle sera plutôt sur des trains comme Bruxelles – Lille, qui sera sa principale vocation avec Bruxelles – Ostende. La Belgique a une histoire extrêmement riche et profondément européenne. On a dit que le ferroviaire a mis la Belgique dans l’Europe. Avec Bruxelles – Malines, nous avons eu la première ligne d’Europe continentale et avec Nagelmackers, nous avons sans doute eu le premier visionnaire de l’Europe. On ne sait pas, on a oublié tout ce qu’on doit au rail ; c’est une mémoire oubliée. Et d’ailleurs, quand j’ai découvert cette « 12 » au dépôt, j’avais l’impression que j’avais affaire à La Belle au bois dormant. J’ai tout de suite pensé : « si un jour on veut aller voir ce futur musée des trains, il faut qu’il y ait une vedette, comme on va au Louvre pour voir La Joconde ». Et je me suis dit que la vedette, c’est cette « type 12 ». Elle a tout pour être une vedette : une histoire, une légende, une modernité qui frappe encore, qui nous parle encore. Elle est sexy !LVDR. « La Douce », c’est vous qui l’avez inventé, ce jeu de mots ?
F. S. Oui, bien sûr ! J’avais le sentiment qu’il y avait justement une sensualité dans les formes. On oublie ça, mais les gens qui conçoivent des objets font passer des émotions. J’ai tellement dessiné cette machine que je suis épaté de voir à quel point elle est bien dessinée ! Elle est équilibrée, les proportions… Et l’ancêtre de la « type 12 », qui a roulé sur le réseau Alsace-Lorraine, puis à la SNCF, était déjà très intéressante, mais pas aussi aboutie.LVDR. Quelles sources vous ont servi pour dessiner la « type 12 » ?
F. S. C’était très difficile de trouver des plans. Par contre, j’avais la chance d’avoir une maquette. Et bien sûr, j’ai la chance de pouvoir photographier la vraie ! Ce n’est pas possible de dessiner un objet comme ça sur un album entier sans la voir en 3D et l’avoir tout le temps à côté de soi. Je la manipulais dans tous les sens… Parce qu’un dessinateur ne peut pas inventer et c’est pour ça qu’il fallait que j’aille faire des tours en vapeur pour me rendre compte de ce que c’est, de l’effort que ça représente, de tout ce qu’on a dans la figure. On termine complètement noir quand on prend son bain le soir !LVDR. Les phrases comme « nous formons deux groupes distincts : ceux qui reviennent du travail en chemise blanche et nous, qui finissons toujours en noir », ce sont des phrases que vous avez entendues ?
F. S. J’ai entendu beaucoup de choses, j’ai pris des notes, j’ai lu des tas de livres, j’ai essayé de m’immerger complètement. Mais ce n’était pas trop difficile, ce n’était pas un effort surhumain pour moi parce que ça me passionne, évidemment ! Il fallait être très précis pour que ça ait du sens. Pour des fictions, il faut beaucoup travailler sur le réel. Même pour les personnages de l’histoire : le ferrailleur, c’est un ami, le cinéaste Jaco Van Dormael, qui met aussi des trains dans ses films, et pour Elya, une vraie danseuse m’a servi de modèle. Pour le monorail abandonné, je suis parti de celui de Wuppertal. Les utopies abandonnées m’intéressent beaucoup. Beaucoup de gens pensaient que le monorail suspendu était la solution idéale ; dans un livre d’époque, quand on lit les raisons pour lesquelles ça doit s’implanter, c’est tout à fait crédible. Je trouvais aussi que c’était le chaînon manquant avec le téléphérique.LVDR. Dans le livre, le téléphérique n’a pas vraiment remplacé le train…
F. S. Souvent on va vers de fausses solutions. La voiture électrique existe depuis très longtemps. Et puis j’ai été fasciné par le projet d’aérotrain de Jean Bertin, dont on voit encore les traces au nord
d’Orléans (…)LVDR. Et l’inondation ?
F. S. Je voulais montrer la fragilité des systèmes et à quel point nous sommes un petit peu des apprentis sorciers : on construit des systèmes qui peuvent en définitive s’affoler. Je suis très intéressé par les systèmes d’affolement. On ne connaît pas les effets d’enchaînement. Par aveuglement, on croit toujours à un type de conséquence, mais on ne voit pas comment ils peuvent s’accumuler et créer des phénomènes qui s’amplifient de façon catastrophique. Car nous oublions que nous sommes dans un système extrêmement complexe, qui interagit. Je voulais surtout que toutes les raisons soient bonnes, mais que l’ensemble soit catastrophique : on abandonne le ferroviaire à cause des inondations qu’en même temps on a provoquées en partie. Il n’y a pas de « mauvais », mais un système qui s’affole. Je ne crois pas qu’il y ait des gens machiavéliques mais je pense que, sans le vouloir, un ensemble de paramètres nous conduit vers la catastrophe… Ou, en tout cas, vers des catastrophes possibles. Le rôle de la fiction, c’est de nous troubler, de dialoguer avec nos peurs, nos angoisses et nos rêves. Finalement, ce qui me passionnait, c’était l’attachement des gens pour leurs machines. Ce n’est pas seulement une machine, c’est un outil, un objet avec lequel ils ont travaillé pendant tant d’années. Et une machine à vapeur, ça respire. D’ailleurs, j’ai beaucoup travaillé sur la respiration humaine… Léon perd sa respiration, comme il cherche la respiration de la machine. Il est à bout de souffle, mais ces machinistes l’étaient : la poussière, le froid, les différences de température, les tressautements de la machine, ça usait des hommes, ça !LVDR. L’autre allégorie, c’est une transition brutale qui fait disparaître un métier ?
F. S. Profondément, c’est ça. J’ai toujours été troublé par ces disparitions. Je trouve terrible que des métiers arrivés à tel un niveau de connaissance, d’expertise et d’excellence soient brusquement balayés avec mépris. Ces gens qui étaient parmi les meilleurs n’ont brusquement plus aucune utilité. Je ne cherche pas à avoir de regard moral et je me doute bien que l’on ne peut pas empêcher le changement. Mais je suis sincèrement choqué de voir avec quelle brutalité ces basculements ont souvent lieu. Et je me mets surtout à la place de ces gens, pour voir comment on vit ça. Je voulais aussi parler de cette passation du savoir. Que ce soit Elya, une jeune fille manifestement liée à ce monde ferroviaire, mais aussi une voleuse de métaux – un problème très contemporain qui fragilise la sécurité et le transport en lui-même – qui aide à réveiller cette machine. Une histoire, c’est plus fort que vous, ce n’est pas quelque chose que vous fabriquez. Moi, j’ai toujours l’impression qu’elles préexistent, les histoires… En plus, tous ces personnages sont des malades, mais pour moi, ce sont les malades qui rendent la vie plus belle ! Ce sont tous des passionnés, des fous, c’est ce qui donne envie de faire des
histoires, pour leur rendre hommage quelque part… J’espère que les lecteurs sentiront que c’est un peu une lettre d’amour aux gens qui ont donné leur vie à ces métiers, qui ont consacré tout leur temps, tout leur savoir et parfois leur vie privée… J’ai une certaine tendresse pour cette espèce de passion dévorante. Et je crois que s’il y a bien un domaine qui engendre une passion dévorante, c’est bien le rail !Propos recueillis par Patrick LAVAL