Votre panier est actuellement vide !
Catégorie : Transports urbains
L’actualité des transports urbains : métros, tramways, bus etc.
A Paris, cest Elodie qui creusera le prolongement de la ligne 12
En hommage à l’une des conductrices du métro sur la ligne 12 prénommée Elodie et qui en sera la marraine, ce tunnelier devait être baptisé le 7 septembre. Semblable à ceux qui avaient creusé sous la Manche ou encore la ligne 14 du métro parisien (Météor), le tunnelier Elodie creusera le prolongement entre la porte de la Chapelle et la mairie d’Aubervilliers, soit 3,640 km de tunnel y compris l’arrière gare, à la vitesse de 12 mètres par jour. Début des travaux ces jours-ci. Objectif 2012 avec la mise en service prévue de la 1re phase : une station située à 1,80 km de l’actuel terminus et provisoirement nommée « Proudhon-Cardinoux ».
Le métro de Dubaï toujours pionnier
L’ennui d’une date bien choisie, c’est qu’il faut s’y tenir. Les Chinois avaient décidé que les Jeux olympiques de Pékin commenceraient le 08/08/08. Pas moyen d’échapper à une obligation contractée envers le CIO devant la planète entière. Pari tenu. Dubaï n’avait aucune obligation. L’émirat s’est lié les mains tout seul, en affirmant très vite que son métro automatique ouvrirait ses portes le 09/09/09. Nom de code : 999. Nous y voici. Or, entre la décision et la date butoir, l’inattendu s’est produit : l’effondrement de la finance mondiale, mettant Dubaï à genoux. Adieu les tours, adieu les îles ? Peut-être pas, mais l’émirat doit se résoudre à attendre des jours meilleurs. La tour Burj Dubai, la plus haute du monde, sera finie à la fin de l’année. On y verra l’achèvement d’un cycle plus qu’un tremplin pour un nouvel élan.
Et le métro ? Il ne s’en sort pas si mal. Il aura un peu de retard, mais cela n’a pas grand-chose à voir avec la crise mondiale. Au terme d’un accord intervenu au printemps entre l’autorité de transport de l’émirat (Roads & Transport Authority, RTA) et le constructeur (Dubai Rail Link Consortium, groupement japonais emmené par Mitsubishi Heavy Industries), dix stations seront ouvertes ce 9 septembre, sur un total de 29 que comporte la ligne rouge. Mais les automatismes fonctionnent, et les stations ouvertes desservent quasiment l’ensemble de la ligne, depuis le terminus de Rashidiya, à l’est, pour s’arrêter, à l’ouest, quelques stations avant le terminus de Jebel Ali. Après tout, ce n’est pas le seul projet qui aura connu quelques décalages.
Au fait, pourquoi le retard ? Pas facile de le savoir. L’émirat étant très sourcilleux sur sa réputation (et ayant été sérieusement épinglé sur les conditions de travail des ouvriers immigrés qui ont fait le métro), les fournisseurs et prestataires sont priés de ne parler que s’ils en ont reçu la formelle autorisation. Il semble que le programme ait pas mal bougé au cours du temps. Les stations du projet initial ne sont plus toutes au même endroit. De plus, leur concept a changé. Comme on est à Dubaï et que les décisions ont été prises avant la crise, on est allé dans le sens du luxe. Exemple : les 25 stations sur Cheikh Zayed Road sont desservies, comme prévu, par des viaducs enjambant cette immense autoroute urbaine mais, désormais, les passerelles sont équipées de tapis roulants : plus lourdes, plus coûteuses, plus complexes à installer. Le design initial des stations, plutôt sobre, a été revu sur une proposition plus clinquante du constructeur, et les stations du métro sont désormais surmontées de dômes plus dorés que nacrés mais imitant, paraît-il, les perles dont la pêche était, avec la piraterie, l’activité principale des habitants de l’émirat. Autre difficulté, technique celle-ci : la climatisation. Le système définitif n’est pas prêt, et le froid sera fourni par des dispositifs mobiles provisoires.
Mais ce ne sont que les classiques aléas d’un projet. Le chantier s’est plutôt bien déroulé. Pas si simple de le réaliser dans des délais assez contraints. Les Japonais se sont donné les moyens, allant jusqu’à employer 30 000 ouvriers. Quelques entreprises françaises aussi ont participé au chantier. Pas trop. En partie faute de candidats. Car si la bataille pour le métro a été sanglante entre Alstom, Siemens et les japonais qui l’ont contre toute attente emporté, tout le monde ne se précipite pas pour aller à Dubaï. Un français très présent au Qatar nous confie avoir toujours refusé d’aller dans cet émirat à risque. Il se dit d’ailleurs que les génie-civilistes japonais auraient perdu des millions de dollars dans le contrat du métro. Parmi les français, on trouve VSL (groupe Bouygues), entreprise mandataire sur un contrat de 110 millions d’euros, qui a réalisé, en joint-venture avec Freyssinet International (groupe Vinci) et l’italien Rizzani de Eccher, la préfabrication et la pose des 13 000 voussoirs du viaduc en U – grande fierté de Systra. Un observateur le confirme : poser tant de kilomètres de viaduc, et jusqu’à cinq en un seul mois, cela ne se fait pas si facilement. Quant au percement de la partie de la ligne en tunnel, il s’est aussi déroulé sans encombre. Pour le système de transport lui-même, les japonais ont eu recours au savoir-faire européen : Thales, qui a repris le contrat de 250 millions d’euros qu’Alcatel avait décroché, a été chargé des automatismes des lignes rouge et verte, savoir-faire que le consortium japonais n’avait pas en portefeuille.
Au bout du compte, c’est au premier trimestre 2010 que la ligne rouge sera ouverte tout du long. La ligne verte, qui devait l’être aussi à cette date, le sera fin 2010. Dubaï sera donc à même d’honorer un rendez-vous important avec le monde professionnel des transports : le 59e congrès de l’Union internationale des transports publics, qui doit se tenir en 2011 dans l’émirat. Quant aux deux lignes suivantes, la bleue et la pourpre, elles ont été repoussées sine die, à mesure que l’émirat renonçait à ses gigantesques programmes d’urbanisation et que les deux grands aménageurs, Emaar et Nakheel, s’enfonçaient dans le marasme. Car si la crise financière a épargné les « coups partis » – en grande partie grâce à l’aide d’Abou Dhabi –, l’heure, on l’a dit, n’est plus au lancement des grands programmes. Reste que Dubaï table toujours sur une croissance de sa population de 1 à 4 millions d’habitants dans les quinze ans à venir. Que les encombrements, moins présents avec la crise, menaceront de plus belle. Et que l’émirat a ouvert la voie dans la région du Golfe en se convertissant au transport public. C’est toute la portée de l’inauguration du 9 septembre. Fastueuse, pas tout à fait finie, la ligne rouge de Dubaï s’impose comme le premier métro automatique du Moyen-Orient. Et pas le dernier.
François DUMONT
Al Safooh, lautre première à Dubaï
Premier Etat du Moyen-Orient à se doter d’un métro automatique sans conducteur, Dubaï innovera aussi avec son tramway, qui doit entrer en service en 2011. Le tramway d’Al Safooh, longeant la côte entre Jumairah et l’hôtel 7 étoiles Burj al Arab, sera le premier du Golfe. Le contrat clés en main a été confié par RTA, en juin 2008, à un consortium Alstom-Besix (groupe belge filiale à 50 % de l’égyptien Orascom) dont Alstom est mandataire. Le contrat comporte le génie civil, l’infrastructure et le matériel. La maintenance, faisant l’objet d’un appel d’offres séparé, est en cours d’attribution. Le montant du contrat (phase 1) est de 500 millions d’euros, dont 280 pour Alstom. Cette phase compte 10 km de ligne (7,3 au sol, 2,5 en viaduc et 0,2 sur trois ponts) et 13 stations. Il s’agira de transporter 3 500 personnes par heure et par sens. 11 rames Citadis 402 devront être livrées. Il s’agira ensuite (phase 2) de construire 4 km et 6 stations de plus, et de fournir 14 rames supplémentaires. Si la première phase n’est pas affectée par la crise financière, l’extension prévue est aujourd’hui repoussée. Séduit par Bordeaux, Dubaï a choisi le système d’alimentation par le sol (APS). Mais l’émirat l’appliquera à toute la ligne, ce qui est une première mondiale. En un sens, c’est plus simple, puisque cela évite les ruptures fil de contact/ APS/fil de contact qui ont causé pas mal de soucis à Bordeaux. Pas facile pour autant de mettre en œuvre l’APS dans un environnement agressif : chaleur, humidité, sable et air salin, les quatre éléments s’y mettent pour compliquer la tache des ingénieurs. Des tests climatiques sont en cours de réalisation, et les sous-systèmes sont testés sur place. Autre particularité, autre casse-tête, la climatisation des stations impose au tram une grande précision dans l’arrêt au droit des portes palières. Marc Chatelard (senior vice-président Europe du Sud d’Alstom Transport, ayant aussi la zone Mena sous sa responsabilité) voit dans cette « tropicalisation » de l’APS l’occasion donnée à Alstom de montrer son savoir-faire. Pour autant, l’application de l’APS ne nécessite pas, précise-t-il, de procédures spécifiques, mais une attention particulière, un « cocooning » du tram. De cette combinaison APS + climatisation, Alstom espère bien faire une vitrine mondiale, et voit dans le tramway d’Al Safooh un « contrat-phare ».
François DUMONT
Modernisation cahin-caha à Sofia
« L’hémorragie est contenue et nous gagnons à nouveau des passagers. » L’optimisme est revenu chez Anton Despotov, directeur de l’exploitation du nouveau centre de mobilité urbaine de Sofia. Comme dans la plupart des villes d’Europe de l’Est, la fréquentation des transports publics s’était effondrée après la chute du communisme, victime notamment de l’envolée de la motorisation des habitants. « En 2007, au moment de l’entrée de la Bulgarie dans l’Union européenne, il fallait faire la queue pendant trois jours pour enregistrer sa voiture, il y avait plus de 700 cartes grises émises tous les jours sur la seule commune de Sofia ! » Mais les graves difficultés de circulation, les problèmes de stationnement et, plus récemment, la crise ont calmé les ardeurs des automobilistes sofiotes. Résultat : la fréquentation des transports en commun est remontée à 470 millions de voyages l’an dernier, contre 450 millions deux ans plus tôt et… plus de 700 millions au début des années 1990. La modernisation du réseau a pris plus de temps à Sofia qu’ailleurs, mais elle semble enfin bien engagée. Même si, au quotidien, le paysage reste très « soviétique ». La grande affaire de cette petite capitale de 1,2 million d’habitants, c’est le métro. Pour l’instant, il y a deux morceaux de la ligne 1 de part et d’autre du centre-ville : le premier a été ouvert par étapes entre 1998 et 2003 vers le nord-ouest, et le second mène dans les quartiers sud-est depuis mai dernier. Au milieu, la jonction est annoncée pour septembre. Une deuxième ligne, d’orientation nord-sud, est en construction, qui passera notamment par la gare. Mais M. Despotov préfère ne pas avancer de date précise pour son ouverture : « Cela dépendra du déroulement des travaux et des financements, 2012 ou 2013. » D’autres extensions sont ensuite prévues, notamment vers l’aéroport. Et à plus long terme, une ligne 3, est-ouest, pourrait être constituée à partir de deux lignes de trams refaites à neuf et reliées entre elles par un souterrain dans le centre. Pour l’heure, les tramways restent le principal moyen de transport à Sofia. Ils ne devraient pas disparaître du paysage : « Il y aura bien sûr une réorganisation du réseau avec le développement du métro, prévoit Anton Despotov. Mais pas de suppression majeure ! » Reste qu’ils sont bien vieillots. Et leur vitesse moyenne n’a cessé de baisser ces dernières années, à environ 13 km/h. Sofia a bien l’intention de moderniser ses deux réseaux de tram – 180 km au très exotique écartement de 1 009 mm et 35 km à voie normale – et compte bien acheter de nouveaux véhicules… et aussi quelques trolleybus. Mais les financements ne suivent pas : « Nous sommes éligibles pour des financements européens, mais pour l’instant seul le métro y a eu droit, regrette le responsable. Le dossier est prêt, mais il est resté bloqué au niveau national. » Les choses s’arrangeront-elles maintenant que le maire de Sofia, qui était le chef de l’opposition, vient de remporter les législatives bulgares ? En attendant, le centre de mobilité urbaine ouvre des lignes de bus à la concurrence – le nouvel exploitant devant apporter du matériel neuf –, installe une nouvelle billettique, financée par la coopération néerlandaise, et contrôle la marche de ses trams, trolleys et bus grâce à un système de navigation GPS embarqué sur tous les véhicules. Une centaine de poteaux indiquent maintenant l’heure de passage du prochain tramway. Un progrès, même si aucun plan du réseau à jour n’est disponible !
François ENVER
Un métro à la mesure du Hadj
Le défi du métro de La Mecque est sans précédent. Le pèlerinage du Hadj se traduit par l’arrivée de près de 5 millions de fidèles en six jours. Le métro automatique se composera de rames d’une longueur inédite : 320 mètres (4 fois le métro parisien), capables d’emporter 3 000 pèlerins chacune, le système pouvant acheminer 72 000 personnes par heure et par sens.
Portland étend ses tramways
Portland poursuit sa révolution verte. Cette agglomération américaine de 2 millions d’habitants s’est fait un nom pour sa croissance maîtrisée et planifiée, autour d’un centre-ville où il fait bon vivre. Elle va mettre en service le 12 septembre sa quatrième ligne de light rail, ou tramway rapide, une réalisation combinée à l’ouverture d’une nouvelle traversée du centre. Ce réseau de light rail, ouvert par étapes depuis 1986, va maintenant atteindre 85 km de long. Il est complété par un tramway classique (streetcar) dans le centre, où l’on teste actuellement le premier véhicule « made in USA » depuis très longtemps (construit par la compagnie locale Oregon Iron Works sous licence Škoda), et par des trains de banlieue cadencés. Pour la première fois, le nombre de voyageurs a dépassé le cap des 100 millions sur l’année 2008-2009, une performance assez remarquable pour les Etats-Unis. Mais la tendance est repartie à la baisse ces derniers temps, pour cause de crise économique et de décrue des prix du carburant.
Le métro de Toulouse parle aussi occitan
Conquête symbolique de la communauté occitane toulousaine : à compter du 21 septembre, date de l’ouverture du festival Occitània, et jusqu’à nouvel ordre, les annonces sonores du métro de Toulouse seront dites en français et en occitan. Une initiative réclamée par les défenseurs de cette langue. Le nouveau président de Tisséo, le Vert Stéphane Coppey, a dit banco.
Six candidats présélectionnés pour létude du métro panaméen
Six consortiums ont été sélectionnés pour l’attribution de l’étude du projet d’un métro dans la capitale du Panamá. La Banque interaméricaine de développement (Bid) et la Corporation andine de développement (Caf), qui cofinancent le projet avec le gouvernement panaméen, ont sélectionné parmi 48 candidats les américains de URS Holdings Inc. et Parsons-Brinkerhoff, les espagnols de Metro de Madrid et Metro de Barcelona, le français Coteba et le mexicano-suisse Poyry/Cal y Mayor y Asociados, a précisé le secrétaire exécutif de Metro de Panama, Roberto Roy. Selon l’AFP, le choix devrait être connu dans un délai d’un mois environ.
Prolongement du T4 : la concertation débute
Le projet de créer une nouvelle branche au tram-train T4 (Aulnay-Bondy) jusqu’à Clichy-sous-Bois et Montfermeil en Seine-Saint-Denis est soumis à la concertation du 1er septembre au 31 octobre. Depuis novembre 2006, le T4 transporte environ 30 000 voyageurs par jour. Ce projet, inscrit au CPER 2007-2013 (10 millions d’euros) et à la Dynamique Espoir Banlieues (140 millions d’euros), améliorerait l’accès aux RER B et E et favoriserait la transformation urbaine et le développement économique du secteur. Sur voie réservée et avec une rame toutes les 6 minutes, cette branche permettra de gagner une dizaine de minutes sur les trajets vers Paris. Selon le tracé retenu, 9 à 11 stations seront créées sur environ 6 km, touchant environ 40 000 résidents ou salariés. Montant de l’investissement : 220 millions d’euros. La mise en service est prévue à l’horizon 2015.

François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon, président du Grand Dijon : « Il était temps de passer au tramway »
Ville Rail & Transports : Pourquoi un tramway à Dijon ?
François Rebsamen : Pourquoi un tram ? Ce n’est pas l’effet d’une mode, mais un vrai choix politique. Parce que c’est un moyen de transport écologique qui permet de refaçonner la ville. La nécessité s’est imposée d’autant plus que notre réseau de bus, qui est reconnu comme l’un des grands et beaux réseaux de bus en France, est maintenant saturé sur certaines lignes. Certaines dépassent les 30 000 voyageurs par jour ! On a souvent sur l’axe de traversée du centre-ville des trains de bus qui se suivent. D’où une perte de régularité, des difficultés de cadencement aux horaires de pointe. Il était temps, je le crois, de passer à l’étape suivante, le tramway. D’ailleurs, tous les experts disent qu’on a le niveau d’une ligne de tram à partir de 30 000 voyageurs par jour. On attend une augmentation sensible du nombre de voyageurs, et en compensation – pour nous, c’est un enjeu, une volonté – une diminution de l’usage de la voiture en ville. En outre, le tram permet de désenclaver certains quartiers de la ville – et j’y tiens beaucoup –, les zones urbaines sensibles de Chenôve, les Grésilles à Dijon et le centre de Quetigny. Nous avons aujourd’hui avec le tram et le développement d’autres modes de transports dits doux comme le vélo l’opportunité de reconfigurer la ville, de redévelopper autrement notre hypercentre, l’un des plus grands secteurs sauvegardés de France, qui n’est pas adapté à la traversée de véhicules de transit. Il faut agir ! Le tramway va se faire conjointement avec la piétonnisation du centre-ville (que la ville de Dijon prendra à sa charge, elle ne fait pas partie de la note du tram). Le point majeur sera la piétonnisation de la rue de la Liberté, qui est l’axe central, actuellement parcouru par des centaines de bus. Elle sera entreprise dès le tramway terminé.
VR&T : Un tramway à Dijon, n’est-ce pas trop ambitieux ? L’agglomération peut-elle se le payer ?
F. R. : Je ne pense pas que soit un rêve de grandeur, une folie… Ça a été bien calculé. Nous avons pris notre temps : je voulais d’abord réorganiser les bus pour voir jusqu’où l’on pouvait aller. Nous avons donc fait une vraie réorganisation d’un réseau de bus qui s’érodait, nous avons créé des sites propres. Cette réorganisation du réseau de bus nous a permis de gagner jusqu’à 6 % de voyageurs, mais comme je le disais, nous arrivons à saturation. Et après quatre ans de progression, la vitesse commerciale baisse à nouveau. Sur la liane 1 qui va jusqu’à Quetigny, par exemple, il suffit d’un feu rouge ou d’un incident, et tout est décalé. Dijon est la seizième ville française, la vingtième agglomération. Est-ce assez pour avoir un tramway ? Pour avoir regardé les autres agglomérations qui s’y collent [sourire], oui. Il y a des villes de moindre importance qui ont pu réaliser cet investissement. Je pense au Mans, je pense à Mulhouse, je pense à Brest qui se lance… Nous ne sommes pas la plus petite agglomération à se lancer dans cette aventure. De plus, les études montrent que la fréquentation devrait être importante. On attend 45 000 voyageurs par jour sur la première ligne, 42 000 sur la seconde. Et ce sont des fourchettes basses ! Nous avons des finances qui sont bonnes et saines au niveau de l’agglomération, très en deçà de la moyenne pour ce qui concerne l’endettement. Nous sommes de plus arrivés, avec le retour de l’Etat dans le financement des transports publics et le partenariat avec la région et le département, à un niveau de subventions qui est supérieur à ce que je pensais pouvoir obtenir : avec un peu plus de 110 millions d’euros, c’est à peu près le quart du total (puisqu’on s’est pris 10 % de marge de manoeuvre, peut-être qu’on dépassera un peu les 400 millions). Les calculs financiers font apparaître un pic de remboursement d’emprunt en 2015/16. Mais nous avons une agglo assez dynamique en matière de rentrées fiscales, et nous avons augmenté le versement transport, qui va passer de 25 à 45 millions d’euros par an. L’agglomération est en état de supporter cela !
VR&T : Pour votre TCSP, vous auriez pu choisir un busway (site propre de bus) ou un tramway sur pneus ?
F. R. : Mon opposition me dit sans arrêt : « Pourquoi n’avez-vous pas fait un busway ? » Deux réflexions : Nantes a fait son busway après le tram, en complément. Je pense que le busway peut être à un moment un élément important pour compléter le tram. D’ailleurs, sur de futures lignes, je n’écarte pas l’idée de compléter un jour notre réseau –moi ou mes successeurs – soit par des lignes nouvelles ou par des extensions de lignes, soit par la mise en place de busways. J’ai bien dit compléter. Mais en ce qui concerne nos deux premières lignes, qui seront chargées, nous nous sommes inquiétés de la capacité des busways : l’avantage du tram, c’est qu’on peut plus facilement rajouter des rames, et on peut les rallonger si besoin est. Quant au pneu, on s’est aperçu que l’aspect ferré, disons les choses comme ça, incitait plus l’automobiliste à quitter sa voiture. En plus, on a été à l’essentiel en matière de technologie. On n’a pas voulu inventer, on ne s’est pas dit qu’on allait être des précurseurs : on a vu les difficultés à Nancy, notamment. Avec le tram sur fer, on a une technologie qui nous paraît maîtrisée. En plus, le conseil régional nous a incités à réfléchir à la problématique tramtrain – on l’avait déjà en tête, bien sûr –, qui ne peut se faire évidemment qu’avec le fer. On va donc avoir des empattements, des écartements des voies, compatibles avec le tramtrain. Nous pourrons donc avoir à terme, à échéance de quinze ou vingt ans, un développement intéressant. Le fait d’avoir attendu un peu pour le tramway nous permet de bénéficier du retour d’expérience des autres villes, c’est important.
VR&T : Ne plus faire passer l’axe majeur des transports en commun à travers l’hypercentre, une révolution culturelle ?
F. R. : Mon prédécesseur avait une vision « voitures et bus ». Pas de vélos : ils étaient interdits dans le secteur sauvegardé. Nous avons renversé la problématique. Nous nous sommes aperçus après des études que les véhicules de transit choisissent de passer par le centre-ville. C’est une habitude terrible qui a été prise à Dijon, vu qu’on n’a jamais achevé la rocade. Ma première décision a été de créer des couloirs de bus – ce que j’ai fait sous la vindicte des conservateurs de tout poil –, ce qui a permis de limiter l’entrée des voitures
dans la ville. Cela a provoqué d’énormes embouteillages qui m’ont valu les foudres de la presse locale ! Nous avons aussi réfléchi au problème des trains de bus dans la rue de la Liberté. En restructurant le réseau en 2004, nous avons fait passer le nombre de bus de 1 350 par jour à 850, ce qui est encore beaucoup. Mais nous avons déjà dû en rajouter pour répondre à la demande. Nous avons aussi introduit des bus au gaz, la pollution au centre-ville était insupportable. L’idée est maintenant clairement affirmée : piétonnisation progressive d’une partie du secteur sauvegardé, mise en valeur des places et de la rue de la Liberté pour le commerce, renforcement des navettes électriques gratuites de centre-ville. Les gens s’y préparent, et c’est assez attendu. Dans l’hypercentre, ce sont les commerçants eux-mêmes qui sont demandeurs, à condition qu’il y ait toujours des points d’accès sur les côtés. Il faut garantir la possibilité de desserte du centre-ville au maximum, soit par les navettes électriques, soit en vélo, soit même en voiture puisqu’on pourra toujours accéder à nos parkings qui sont peu utilisés aujourd’hui. Mais on ne pourra pas le traverser en voiture. Il sera divisé en cinq pétales qui seront cloisonnés. En fait, nous devons trouver un équilibre, car il faut faire attention avec la piétonnisation totale : je ne veux pas que le centre-ville devienne un espace vide et mort le soir, surtout l’hiver. J’ai vu ce que cela pouvait donner en Italie, en janvier, février ou mars… Il faut que l’on garde de la vie même dans les moments les moins riants. On réfléchit donc à des navettes tard le soir, etc. Evidemment, l’été, il y a du monde ! En outre, avec le tram, le centre-ville va s’étendre progressivement, la place de la République va devenir un point de centralité. Dijon se confinait dans son secteur sauvegardé et avait du mal à franchir les portes du château !
VR&T : Des idées pour la suite ?
F. R. : Il y a bien sûr la question de la desserte de la gare TGV de Porte-Neuve, mais elle n’est prévue qu’à l’horizon 2025. Ça ne sera vraisemblablement pas moi qui le ferai, je ne mourrai pas maire de Dijon ! Quelqu’un s’y collera. Il faudra voir aussi si on peut boucler le tramway sur les boulevards au sud, c’est compliqué. En attendant, nous avons lancé des études d’extension sur Fontaine-d’Ouche, au sud-ouest, qui est une sorte de petite ville de 10 000 habitants à l’écart. Mais c’est un quartier très étendu où notre réseau de bus est déjà très performant. Il va être très compliqué à desservir pour satisfaire les habitants. Au sud, il ne faut pas aller trop loin. On rentrerait en compétition avec le train et nous ne le voulons pas. Une des hypothèses serait de rejoindre une halte ferroviaire sur la voie ferrée qui conduit vers Beaune. A l’est, nous allons aménager un nouveau parc technologique, et l’idée d’un prolongement est inscrite dans les schémas, mais il faudra affiner les études. Pour le moment, nous sommes concentrés sur la réalisation de ces 19 km, ce qui est déjà assez perturbant pour un maire qui se lance dans ce genre d’opération.
VR&T : Pourquoi ce partenariat avec Brest pour l’achat des rames ?
F. R. : Nous avons eu l’idée de partenariats dès le début pour essayer de diminuer les coûts. Il y a eu un premier partenariat d’ingénierie financière avec Besançon, et nous faisons dans le cadre d’Interreg un partenariat sur les centres de maintenance. Voyant les projets de trams fleurir après les élections municipales, je me suis dit : pourquoi est-ce qu’on n’essaierait pas d’acheter ensemble du matériel si on a les mêmes types de tram ? J’ai fait une réunion à Paris avec le maire de Tours, le maire de Besançon, le maire de Brest. J’avais convié aussi, parce que je ne voulais pas faire un club socialiste, le maire du Havre : ils m’ont dit a Havre qu’ils avaient des problèmes de dates, et il n’est pas venu. Là-dessus, Besançon n’a pas le même timing, et Tours se trouve confrontée au problème de l’alimentation par le sol. Nous nous sommes donc retrouvés avec Brest, et vu que Brest était en avance sur nous, nous nous sommes dit que c’était une bonne occasion d’accrocher notre wagon. Cela nous permettait de rattraper un peu notre retard. Nous avons repris le design de Brest : la seule chose que m’a demandée François Cuillandre, c’est de ne pas prendre sa couleur. Notre tram sera donc cassis.