Étiquette : Canada

  • Commande historique pour le métro de Montréal

    Alors que le Premier ministre du Québec Jean Charest a annoncé, le 16 septembre, la création d’un bureau de projet mandaté pour étudier le prolongement du métro de Montréal, le quotidien canadien La Presse, annonce que les négociations pour l’achat de matériel roulant sont entrées dans la dernière ligne droite. La Société de transport de Montréal commanderait au moins 765 voitures de métro au consortium Bombardier-Alstom afin de remplacer ses voitures actuelles et devrait prochainement signer un contrat d’une envergure exceptionnelle. Au départ, la commande portait sur 340 voitures, mais la commande comprendrait aussi des options pour une trentaine de rames supplémentaires, nécessaires en cas de prolongement du métro.

  • Toronto accepte de payer plus cher son tramway

    La ville de Toronto a accepté le 26 juin de doubler sa contribution à la construction de nouveaux tramways par le groupe Bombardier, pour éviter que ce projet de 1,2 milliard de dollars canadiens (736 millions d’euros) ne capote. Son conseil municipal a donc décidé de porter sa part à 834 millions de dollars (511,2 millions d’euros) après avoir appris que le gouvernement fédéral ne participerait pas au financement, ce projet n’ayant selon lui pas sa place dans le plan de relance de l’économie à court terme. L’offre de Bombardier pour la fourniture de 204 tramways au prix de 1,2 milliard expirait le 27 juin. Si le financement n’avait pas été assuré, la ville aurait dû procéder à un nouvel appel d’offres. En avril, la commission des transports de Toronto (TTC) avait choisi Bombardier aux dépens de Siemens et précisé que les premiers trams entreraient en service en 2012, les derniers en 2018.

  • Skytrain de Vancouver, un réseau qui prospère

    Le Skytrain de Vancouver, conçu et construit par Bombardier, est géré par Translink, à la fois opérateur et autorité organisatrice pour l’ensemble des transports collectifs déployés sur un territoire de 2 000 km2, le plus grand du Canada.
    Dans sa configuration actuelle, le réseau Skytrain est exploité selon deux lignes, qui représentent au total 49 km et 33 stations. Il transporte 245 000 voyageurs par jour ouvrable, avec un parc de 210 voitures.
    Le trafic du Skytrain double quasiment tous les dix ans : 21 millions de voyageurs en 1988, 43 en 1998 et 71 en 2006 ! Entre 1987 et 2007, le nombre de voyageurs a augmenté de 255 % mais, dans le même temps, celui des agents en charge de son exploitation et de sa maintenance ne s’est accru que de 80 %. Le système transporte aujourd’hui plus de 70 millions de voyageurs par an, tout en ne mobilisant que 550 agents ! Parce qu’il est de type « manless » et non seulement « driverless » (bien sûr sans conducteur, mais surtout sans aucun personnel à bord), parce que ses véhicules, dépourvus de pièces tournantes, ne requièrent qu’un minimum d’entretien, et que leur grande légèreté ne fatigue jamais l’infrastructure, le Skytrain de Vancouver se révèle d’un coût d’utilisation exceptionnellement bas. Ainsi, en 2007, les recettes issues de la seule vente des titres de transport ont couvert 106 % des dépenses d’exploitation ! La fraude reste marginale (environ 2 à 4 %). Il est vrai que les contrevenants doivent immédiatement régler une amende de 135 dollars canadiens…
    Dès le début de l’année prochaine, commencent les travaux d’une troisième ligne de 11 km, baptisée « Evergreen ». Elle sera construite dans le cadre d’un PPP (partenariat public-privé), qui permettra le partage des risques, et devrait surtout donner à ses commanditaires une sérieuse garantie que le « timing » du projet se verra en définitive bien respecté. La mise en service d’Evergreen a été fixée pour 2014. Deux autres extensions du Skytrain sont d’ores et déjà en préparation, l’une de 6 km vers Surrey, avec une ouverture prévue en 2020, et l’autre de 12 km pour la desserte de l’Université de Colombie Britannique (UBC), également envisagée pour la même échéance, mais dont on pense qu’elle ouvrira très probablement avant… Il existe enfin un dernier projet « fer » sur la région de Vancouver dont la concrétisation devrait intervenir dès cette année : c’est une ligne nouvelle d’une vingtaine de kilomètres, en partie souterraine, pour relier au centre-ville l’aéroport et Richmond. Mais cette fois, elle fera appel au mode ferroviaire le plus traditionnel…
     

    Philippe HÉRISSÉ

  • Un métro d’avance pour le Skytrain de Vancouver

    Ce matin du lundi 9 mars, il neige à gros flocons sur Vancouver. Un événement météorologique exceptionnel pour la côte ouest du Canada, même si la ville avait pourtant vécu en pire, au mois de décembre dernier, de telles intempéries avec, pour la première fois, un blocage total de la circulation en ville… Au miniterminal des hydravions qui assure la liaison avec Victoria, siège du gouvernement de la Colombie Britannique, sur l’île de Vancouver, on nous annonce d’emblée que tous les vols de la matinée sont supprimés : pas de chance pour notre rendez-vous pris de longue date avec le ministre des Transports ! Ce matin, les hydravions ne sont d’ailleurs pas les seuls à être immobilisés par la tempête de neige. Dans les rues, trolleybus et autres véhicules routiers ont les pires difficultés à évoluer. Seul circule sans aucun problème le Skytrain, métro automatique léger de Bombardier dont le terminus le plus à l’ouest, Waterfront, est justement implanté à deux pas du bassin des hydravions, et assure (bel exemple d’intermodalité !) une correspondance immédiate avec l’héliport, les trains de banlieue composés de voitures à deux niveaux, ainsi que le ferry chargé d’assurer une liaison directe pour le quartier nord de Vancouver !
    Construit au bord de l’eau comme son nom le laisse supposer, Waterfront est aussi le terminus « historique » du Skytrain, à partir duquel ouvrit, dès janvier 1986, la première ligne vers New Westminster. On accède aux quais de la station, construite en contrebas, en empruntant d’abord le magnifique hall de cette gare monumentale du Canadian Pacific (CP), construite en 1880, impeccablement restaurée, mais qui a visiblement perdu sa vocation ferroviaire d’antan…
    Ce hall de la gare CP est aussi l’agréable passage obligé pour rejoindre le ferry. Deux catamarans de 400 places assurent actuellement, toutes les quinze minutes, la courte traversée, tandis qu’un troisième est un cours d’achèvement. Plutôt que de multiplier les ponts déjà saturés par le trafic routier et risquer ainsi d’augmenter encore le nombre d’automobiles en circulation, on privilégie donc aussi la voie maritime. Il n’est pas rare, le matin, de voir quantité de jeunes et de moins jeunes, skis sur l’épaule, descendre des rames du Skytrain, à Waterfront, pour remonter, dans la foulée, à bord du ferry à destination du nord de la ville, apparemment le seul… « skiferry » de la planète. Site sans équivalent au monde, Vancouver, port de mer, jouxte incroyablement la montagne. L’an prochain, la ville accueille les Jeux Olympiques d’hiver. Et le Skytrain doit constituer la pièce maîtresse dans le puzzle des transports collectifs appelés à servir l’événement…
    Que le Skytrain puisse se jouer de la neige avec autant de facilité, qu’il ait pu continuer à rouler à Noël dernier alors que le mètre de neige tombé bloquait toute la région, n’a pourtant finalement rien de très étonnant ! C’est l’une des heureuses retombées du mode de propulsion unique qui le caractérise, à savoir le LIM (Linear Induction Motor), encore appelé « moteur linéaire ». Ce mode de propulsion révolutionnaire remplace complètement les moteurs électriques classiques, avec leurs réducteurs et leurs organes de transmission vers les roues. Pour visualiser très simplement ce qu’est un LIM, il suffit d’imaginer un instant qu’on a « déroulé » rotor et stator d’un moteur asynchrone habituel, l’un de ces organes se retrouvant dans la voie, et l’autre sous le véhicule. Ainsi, la voie ferrée du Skytrain, à écartement normal, se distingue simplement par la présence, dans son axe, d’une plaque métallique étroite, qui constitue le « rail réactif ». Les champs magnétiques qui s’exerçaient entre rotor et stator (le rotor communiquant le mouvement aux roues par l’intermédiaire de la transmission), s’exercent désormais directement entre l’organe fixé sous le véhicule et le rail inductif posé dans la voie. Du coup, le LIM s’affranchit totalement de l’adhérence roue-rail, à la différence des moteurs électriques et transmissions des matériels ferroviaires et autres métros classiques, qui doivent tout au contraire la mobiliser presque en permanence pour pouvoir faire passer le couple nécessaire à leur mise en vitesse ou à leur freinage. Les conditions d’adhérence perdent ainsi toute importance, un rail gras et humide, voire gelé, ou bien la présence de feuilles mortes sur la voie ne risquant plus d’engendrer patinages ou enrayages. A cet égard, le Skytrain, avec son LIM, devient plus performant encore qu’un métro sur pneumatiques, sans en avoir pour autant les inconvénients bien connus, tels la surconsommation énergétique (de 50 à 80 %) liée à l’augmentation substantielle des frottements (en raison du meilleur coefficient d’adhérence « pneu-piste ») ou encore les dégagements de chaleur toujours difficiles à évacuer en souterrain… Plus encore qu’un métro sur pneumatiques, le Skytrain autorise aussi un profil en long nettement plus sévère que celui d’une solution « roue-rail » classique. Avec la latitude de recourir à des déclivités élevées lors de la construction, le concepteur peut alors s’accommoder beaucoup plus facilement des accidents de terrain, des particularités géologiques, et établir aussi les stations à faible profondeur, comme c’est le cas à Waterfront, ce qui limite le nombre et la volée d’escaliers mécaniques au demeurant toujours très onéreux. Mais comme chaque médaille a son revers, d’aucuns pourraient valablement objecter que le moteur linéaire n’a jamais brillé par son rendement intrinsèque. Sauf qu’en réalité le bon rendement de son homologue classique de type asynchrone est obéré par celui du réducteur et de la transmission qui doivent nécessairement lui être accolés. Si bien qu’en considérant, cette fois, le rendement global de la motorisation, l’avantage revient indubitablement au LIM qui, de surcroît, a le bonheur de supprimer toutes les pièces tournantes, ce qui minore considérablement la maintenance et conduit à un bogie plus léger, affichant en conséquence un meilleur comportement dynamique. L’allégement du matériel, par rapport à une solution traditionnelle, avoisine les 10 %, d’où un facteur supplémentaire allant dans le sens d’une plus grande économie d’énergie…
    Pour l’heure, nous embarquons donc, sous la neige, à Waterfront, dans l’une des 150 rames Mark One (MK I) du Skytrain. Disons-le d’emblée, le « design » de cette toute première génération de matériel, dont la présérie apparut dès juillet 1982, ne brille pas par l’esthétique de ses lignes extérieures. A l’évidence, le « fonctionnel » très nord-américain a dû primer dans le dessin des caisses. Les 60 rames Mark Two (MK II) à faces galbées, dont la première fut livrée en octobre 2000, ont assurément plus belle allure… Les unes comme les autres se présentent sous la forme d’éléments indéformables à deux caisses reposant chacune sur deux bogies, bien sûr dépourvus de cabine de conduite mais équipés de pupitres auxiliaires, et couplables en unité multiple. Ces éléments sont alimentés en courant continu 650 V par deux rails de traction à surface de contact horizontale, superposés d’un même côté de la voie. De la sorte, il n’y a aucun retour de courant dans les rails de roulement qui, pour annihiler toute discontinuité dans le comportement des bogies, sont posés avec une technologie voisine de nos LRS (Longs Rails Soudés). Au centre de la voie, le rail réactif, lui, est simplement constitué d’une âme en acier recouverte d’aluminium. Il est totalement « passif » en ce sens qu’il n’a nullement à être alimenté. En revanche, les moteurs linéaires embarqués, au nombre de deux par caisses, bien évidemment le sont. Sous chaque caisse, un onduleur statique alimente donc les deux moteurs correspondants.
    Pour un fonctionnement optimal du LIM, l’« entrefer », autrement dit la distance qui sépare le moteur linéaire embarqué du rail réactif dans la voie a été calculée à 11 mm, avec une tolérance de plus ou moins deux millimètres. Le bogie, qui porte le moteur linéaire, sert de référence pour garantir la valeur de l’entrefer. C’est pourquoi la souplesse de suspension des véhicules doit se concentrer impérativement à l’étage secondaire, entre bogie et caisse, et non à l’étage primaire, entre châssis de bogie et essieux, où l’on induirait alors une trop grande variabilité de cet entrefer. Aux extrémités des rames, un chasse-corps avec bavette en caoutchouc est réglé pour affleurer le rail réactif. Si, en certains endroits de la voie, ce dernier venait par inadvertance à être trop haut, le caoutchouc marquerait alors sa surface, indiquant de la sorte aux agents de maintenance où le réglage doit être repris…
    Au départ de Waterfront, l’« Expo Line », première ligne ouverte à l’occasion de la manifestation mondiale « Expo 86 », s’enfonce paradoxalement en souterrain, la dénomination même de « Skytrain » (« Train du ciel ») faisant au contraire référence à sa circulation en viaduc, qui est l’une des caractéristiques originelles du système. Il s’agit, en réalité, d’un ancien tunnel du Canadian Pacific à voie unique, jadis dédié au fret ferroviaire et aujourd’hui centenaire, dont le gabarit généreux a permis de couler une dalle à mi-hauteur. La partie supérieure, voûtée, est désormais utilisée pour l’un des sens de circulation du Skytrain, et la partie inférieure, de section parallélépipédique, pour l’autre ! Deuxième station rencontrée dans le tunnel, Granville, au demeurant peu fréquentée à cette heure de la matinée, nous offre l’opportunité d’un petit test impromptu sur le terrain : une pièce de monnaie posée au sol, en bordure de quai, au droit du bord de vantail de la porte du véhicule duquel nous venons de descendre, va nous servir de repère pour juger de la précision des arrêts en observant les rames qui vont suivre. On le sait, le roulement « fer » n’est généralement pas le plus approprié pour un métro automatique, car il génère facilement quelques glissements dus aux faibles frottements de la roue sur le rail. Avec des stations équipées de portes palières, cet inconvénient devient prépondérant, puisqu’alors les ouvertures des véhicules pourraient se retrouver en décalage par rapport à celles des quais. C’est pourquoi la solution du roulement sur pneu est souvent préférée. A Vancouver, le choix a été fait d’un système ouvert, avec détection d’obstacles, sans porte palière. Mais on aurait, semble-t-il, pu opter pour le contraire. La précision répétitive sur les arrêts de plusieurs rames successives, constatée ce matin-là à la station Granville, permet en tout cas de le penser. Le LIM en est, bien sûr, à l’origine, dans la mesure où il offre un mode de freinage électrique complètement indépendant de l’adhérence. Ce mode fait appel à la récupération, ou bien au rhéostatique si le réseau, à cet instant, n’est pas suffisamment « récupérant », les résistances étant positionnées dans les sous-stations d’alimentation. Des recherches sont d’ailleurs en cours pour utiliser la chaleur dissipée, voire remplacer les résistances par des super-capacités en vue de stocker l’énergie et la renvoyer ensuite sur le réseau…
    Une fois franchi l’ancien tunnel du Canadian Pacific, la ligne revient bien vite à l’air libre dès la station Stadium, offrant des échappées de vue superbes sur la ville et les montagnes environnantes grâce à sa situation dominante en viaduc. Lors d’un premier voyage à bord du Skytrain, le plus surprenant est sans nul doute la perception visuelle du tracé en plan et du profil en long, tels qu’ils apparaissent à travers la vitre frontale du véhicule de tête, surtout lorsqu’on la corrobore avec le ressenti, certes toujours un peu subjectif, du comportement dynamique. L’un des fondamentaux adoptés lors de la conception du matériel roulant semble bien avoir été le choix d’un bogie très léger, en aluminium, avec essieux radiants. Les essieux admettraient un degré de liberté en rotation légèrement supérieur à 3 degrés, ce qui est assez considérable. Quant à la masse propre du bogie, elle représente seulement le tiers de celle d’un bogie de type « métro lourd ». Peut-être peut-on voir dans cet allégement drastique, en principe favorable au comportement dynamique, la nécessité de devoir réduire les masses non suspendues, l’étage secondaire étant, comme précisé plus haut, le seul exploitable. De toute manière, la légèreté relative du moteur linéaire, par opposition au moteur rotatif accompagné de son réducteur et de sa transmission, joue également dans le bon sens…
    Il est clair que les essieux radiants facilitent grandement l’inscription en courbes de faible rayon. Les boudins de roues ne viennent plus en contact avec les faces intérieures des champignons de rails, ce qui diminue les usures et supprime aussi totalement les crissements. Intéressant pour les riverains de la ligne ! Le Skytrain négocie des courbes de 70 m de rayon, voire de 35 m en atelier. Avec de tels paramètres dans l’établissement du tracé en plan, la ligne peut aisément serpenter au travers du tissu urbain, contournant aisément les obstacles…
    A la station de correspondance Broadway, nous quittons l’Expo Line pour emprunter la « Millenium Line », qui est la deuxième ligne du réseau. Cette ligne plus récente, à la différence de la première, dispose de stations qui, toutes, ont fait l’objet d’un traitement architectural individualisé. Par contre, les deux séries de matériel sont indifféremment utilisées sur l’une ou l’autre des deux lignes en exploitation… Le passage sur le fameux pont suspendu, icône emblématique du Skytrain de Vancouver, pourrait à lui seul résumer l’étonnante déclinaison « infrastructure » du concept. Le tablier du pont paraît extrêmement léger, mais il est vrai que la charge à l’essieu du matériel roulant n’excède pas les 5,5 tonnes ! Son accès met en œuvre une courbe de 70 m de rayon (sans laquelle, compte tenu de la topographie locale, un tracé plus long, en courbes et contre-courbes, aurait été nécessaire), ainsi qu’une rampe de 62,5 ‰, la plus importante du réseau. Avec des déclivités de 60 ‰, le profil en long du Skytrain peut souvent être assimilé à un vrai profil « en montagnes russes ». Combiné à un tracé en plan aux rayons de courbure descendant parfois à 70 m, il confère au Skytrain une « flexibilité d’insertion » difficilement égalable, qu’il soit établi en souterrain, au sol, ou bien en viaduc…

    Philippe HÉRISSÉ

  • Le Canadien National et le Norfolk Southern créent le corridor MidAmerica

    Le Canadien National et la Norfolk Southern Corporation ont annoncé la création du « corridor MidAmerica ». Les deux réseaux partageront des voies entre Chicago, St. Louis, le Kentucky et le Mississippi afin d’établir des itinéraires plus courts et plus rapides pour le transport des marchandises et du charbon expédiés entre le Midwest (USA) et le Sud-Est (Canada). Dans le cadre de cette initiative, le CN et le NS projettent de créer un nouveau point d’accès dans le transport du charbon à Corinth, au Mississippi, afin de mieux relier les centrales électriques du Sud-Est desservies par le NS avec les producteurs de charbon du bassin de l’Illinois desservis par le CN. Le West Tennessee Railroad, qui relie Fulton à Corinth, est un élément clé de la nouvelle initiative ; il sera modernisé pour pouvoir recevoir des envois plus lourds et un trafic ferroviaire plus dense.

  • Montréal s’ouvre à l’est

    La crise pétrolière, les contraintes environnementales, l’échec de la logique du tout automobile face à la densification croissante et les contraintes topographiques d’une vaste île urbanisée accélèrent l’évolution des réseaux de transports publics de Montréal, principalement de et vers la périphérie. La métropole québécoise, dont la ville centre est la deuxième du Canada avec 1,7 million d’habitants, affiche 3,6 millions d’habitants avec ses villes satellites (Laval, 380 000, Longueil 230 000, Repentigny 78 000…). Elle voit la fréquentation de ses cinq lignes de trains de banlieue croître de 12 % cette année tandis que celle du métro et des bus urbains de Montréal augmentait de 3,8 % sur les quatre premiers mois.
    La principale extension du réseau à venir concerne précisément ces trains de banlieue. Une sixième ligne desservira, en 2010, le nord-est de l’agglomération, secteur jusqu’ici totalement privé de ce type de services. Il porte déjà le nom de « train de l’Est ».
    Sur 52 kilomètres, cette desserte constituera la troisième ligne au départ de Bonaventure, gare généreusement dimensionnée lors de sa construction en 1943 (une vingtaine de voies dont six traversantes nord-sud) et qui accueille par ailleurs la quarantaine de mouvements quotidiens de trains à longue distance Via Rail et Amtrak. Utilisant les voies du Canadien National (CN) électrifiées dans le tunnel du Mont-Royal, en tronc commun avec la ligne de Deux-Montagnes, le « train de l’Est » quittera cette dernière juste avant la station Montpellier, au nord du Mont-Royal, pour emprunter la voie unique, qui sera partiellement doublée, courant à environ un kilomètre au sud de la berge de la rivière des Prairies. Il franchira cette dernière à l’extrême pointe nord-est de l’île par un pont-rail existant, pour atteindre Repentigny. De là, innovation majeure au Québec, une infrastructure ferroviaire entièrement nouvelle à voie unique sera construite sur le terre-plein de l’autoroute 640 sur 12 km jusqu’à Mascouche, son terminus, où elle rejoindra brièvement l’emprise du CFQG (Chemin de fer Québec-Gâtineau).
    Onze nouvelles stations seront établies dont 7 sur l’île de Montréal. Il faudra y ajouter trois stations utilisées en commun avec la ligne de Deux-Montagnes à double voie sur cette section : Mont-Royal, Canora et Bonaventure. En revanche la correspondance avec la ligne de Saint-Jérôme, franchie par un pont-rail près de la station Chabanel, ne paraît pas devoir être assurée.
    Autre innovation, la traction sera assurée par cinq locomotives bi-modes diesel et électrique. Ces engins seront construits par Bombardier dans le cadre d’une commande groupée avec la New Jersey transit corporation (NJT), qui en achètera 26. La NJT est confrontée au même problème que l’AMT (Agence métropolitaine de transport) : franchir en mode électrique un long tunnel n’acceptant pas la traction thermique puis rouler sur de longues sections dont la densité de trafic ne commande pas l’électrification.
    Les voyageurs se verront offrir sur ce « train de l’Est » une trentaine de voitures à deux niveaux entièrement neuves, construites elles aussi par Bombardier dans le cadre d’une commande de 160 véhicules de ce type destinés à l’ensemble du réseau AMT (hors ligne Deux-Montagnes exploitées en automotrices électriques modernes). Il y a urgence : plus de 60 % de la flotte actuelle de l’AMT (voitures et locomotives) affiche plus de 40 années de service.
    Pour un temps de parcours de 62 minutes de bout en bout, le nombre d’allers-retours quotidiens du train de l’Est sera de huit en jour ouvrable de base dans un premier temps.
    Le coût du projet est estimé à 300 millions de dollars canadiens (environ 210 millions d’euros) financés à 75 % par le gouvernement provincial du Québec et à 25 % par l’AMT, établissement public provincial autonome.
    Côté améliorations du réseau banlieue existant, l’AMT a créé un cinquième aller-retour quotidien sur la ligne de Mont-Saint-Hilaire, au sud, alors que les quatre rotations actuelles affichent déjà complet avec 6 600 montées quotidiennes. L’ajout de ce nouveau service portera la capacité à plus de dix mille places par jour.
    Cette décision conclut en fait une affaire assez cocasse. L’AMT s’est résolue à la prendre alors que depuis 2002 elle réservait déjà ce cinquième sillon à CN, qui possède l’infrastructure sur laquelle elle fait rouler ses trains de fret, mais avait renoncé à l’utiliser faute de matériel roulant et d’une entente financière avec les municipalités desservies. Or, en avril dernier, une décision arbitrale a condamné l’AMT à payer ces sillons non utilisés mais réservés, pour une somme cumulée de 3,5 millions de dollars canadiens (2,8 millions d’euros). Cela correspond à la bagatelle de 100 000 dollars par mois avec une rétroactivité toutefois limitée à octobre 2005.
    Le partenaire d’AMT, New Jersey Transit, ayant entre-temps réformé une série de voitures et de locomotives, l’AMT a décidé de lui louer une de ces rames en attendant la livraison des matériels neufs en construction.
    Au demeurant, l’AMT prévoit dans son budget prévisionnel 2008-2010 l’investissement d’une vingtaine de millions de dollars supplémentaires (13 millions d’euros) sur cet axe.
    Sur le réseau du métro, l’extension de la ligne 2 (Orange) par une traversée sous-fluviale de Henri-Bourrassa à Laval (Montmorency), soit 5,2 km et trois stations supplémentaires pour un coût de 745 millions de dollars (500 millions d’euros) ouverte fin avril 2007, a entraîné une hausse de 26 % de l’offre et de 7 % du trafic.
    Sur l’ensemble du réseau métro, l’augmentation de l’offre était de 17 % au premier semestre 2008 sur celui de 2007, avec un effort principalement marqué hors heures de pointes. Les intervalles ont été réduits de 7,5 à 6 minutes en journée hors pointes sur les lignes 1 (verte) et 2.
    Parallèlement, la STM, qui exploite le réseau métro et bus de Montréal, a lancé un appel d’offres fin juillet pour le remplacement des rames MR 63 sur pneus mises en service à partir de 1966 (336 caisses). Ce marché s’élève à un milliard de dollars. Contrairement à ce matériel ancien conçu en coupons autonomes de trois caisses (dont deux motrices) pouvant circuler en unités multiples de trois coupons (9 caisses), le nouveau matériel est prévu sous forme de rames indéformables de 9 caisses. Il est vrai que les deux grandes lignes (1 et 2) sont exploitées en permanence avec des rames en composition maximale.
    Notons que deux projets d’extension du métro à long terme sont dans les cartons : la ligne bleue (5) vers l’est au-delà de Saint-Michel (nord-est) et la ligne Orange (2) au-delà de Côte-Vertu (nord-ouest).
    Côté tarification enfin, la STM est en train d’abandonner le système très nord-américain du voyage sans titre de transport. Jusqu’ici le voyageur introduisait un petit ticket magnétique dans un boîtier de tourniquet qui lui ouvrait le passage sans restitution du coupon. Pour les correspondances métro-bus, le voyageur devait de lui-même aller chercher une contremarque.
    En cet automne 2008, la STM achève son basculement vers un système très européen. Il inclut soit une carte cartonnée validée et restituée à chaque passage, pouvant servir à la correspondance, soit une carte magnétique sans contact. Cette dernière, baptisée Carte Opus, permet la circulation sur les réseaux bus de l’agglomération, sur le métro et sur les trains de banlieue de l’AMT grâce à un système de validation normalisée.
     

    Michel-Gabriel LEON

  • Le CN renouvelle sa flotte de wagons à minerais

    Le Canadien National (CN) a annoncé le 9 octobre un vaste plan de modernisation de sa flotte de wagons à minerais, qui inclut une commande de 232 wagons neufs à déchargement rapide, ainsi que la remise en état de 500 wagons. Ces renforts permettront de renouveler une flotte en fin de vie et seront affectés au nord des Etats-Unis, en particulier dans le Midwest (Minnesota et Michigan), une zone très stratégique pour le n° 1 du fret canadien. L’entreprise canadienne National Steel Car, qui s’est vu confier le contrat, débutera les livraisons des wagons neufs en janvier 2009. La remise en état de 500 wagons à minerais est en cours. Elle comprend la pose de nouveaux bogies et attelages, la modernisation du système de freinage et la réparation des organes de vidange. Le CN est à la tête d’un parc de 2 200 wagons à minerais.

  • Feu vert au rachat de DM&E par le Canadien Pacifique

    Le Canadien Pacifique, n° 2 du fret canadien, basé à Calgary, vient d’obtenir l’autorisation de racheter l’entreprise ferroviaire américaine Dakota, Minnesota & Eastern Railroad (DM&E), pour un montant de 1,48 milliard de dollars. Forte de 1 100 salariés, DM&E est présente dans huit Etats du Midwest américain et ouvre la voie sur un axe Nord – Sud du Canada vers le Mexique. Le feu vert a été accordé par le régulateur américain (US Surface Transportation Board) au terme de 14 mois de procédure. Le Canadien National, de son côté, attend toujours un feu vert pour le rachat d’Elgin, Joliet & Eastern Railway (EJ&E), dans la région de Chicago. La réponse du régulateur ne devrait pas être rendue avant le 31 décembre, date à laquelle… la transaction sera caduque.