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  • Un regard sans concession sur la SNCF

    Un regard sans concession sur la SNCF

    Mark Smith est un spécialiste des chemins de fer européens et, en fin connaisseur du réseau français, nous lui avons demandé son avis. Il nous l’a livré sans détour : « J’ai un petit faible pour l’excellent TGV Duplex de la SNCF. Je rentrais avant-hier de Zurich à Paris dans un Euroduplex, ma famille autour d’une table pour quatre à l’étage. On est arrivés deux minutes en avance gare de Lyon, avec tout le temps nécessaire pour aller attraper Eurostar gare du Nord vers Londres. Parfait ! Le réseau TGV est de premier ordre, mais dans un grand pays connu pour sa gastronomie, le service de restauration a besoin de changements radicaux. J’ai surpris des collègues de la Deutsche Bahn s’amusant de l’étonnement des businessmen français sur le nouveau Paris – Frankfurt ICE. On leur servait une cuisine de qualité mise au point par des chefs allemands renommés, dans un vrai plat avec de vrais couverts, au lieu du classique « TGV-Bar » avec son risotto caoutchouteux, réchauffé dans un bol en plastique à avaler avec des couverts en plastique. » Et d’enchaîner sur les difficultés pour le voyageur étranger qui souhaite acheter un billet pour emprunter le réseau français, non sans un humour quelque peu acide : « DB, Renfe ou SBB ont un site unique, accessible dans plusieurs langues, avec une tarification unique. C’est facile à expliquer. Apparemment la SNCF a besoin de 20 sites différents pour remplir un train. Voyages-sncf.com est seulement en français, si vous cliquez pour passer en anglais, vous atterrissez sur TGV-Europe.com. Si vous sélectionnez “États-Unis”, les résultats de la recherche ouvrent sur la version américaine du site, RailEurope.com. Il propose souvent des prix bien plus élevés, avec des coûts cachés qui s’ajoutent en fin de transaction. Par exemple, un lit dans un train couchettes de Paris à Barcelone, fin juillet, coûte 93 euros TTC sur TGV-Europe.com, mais 269 dollars (215 euros) sur Raileurope.com, pour exactement le même train, à la même date. Ce prix est rédhibitoire pour la plupart des voyageurs américains, qui abandonnent et filent vers le site Internet d’EasyJet. Je passe mon temps à conseiller aux Américains de sélectionner “Afghanistan” ou “Antarctique” afin qu’ils puissent rester sur TGV-Europe.com pour acheter un billet en anglais, imprimable ou que l’on peut récupérer en gare, au vrai prix SNCF. Compte tenu du volume de visiteurs américains de seat61, la SNCF devrait ouvrir bientôt sa première boutique à Kaboul… Allez la SNCF ! Faites-nous un site Internet efficace et unique pour les chemins de fer français, accessible aux différentes langues avec les mêmes tarifs pour tout le monde sans distinction ! »

  • Mark Smith, le voyageur de la place 61

    Mark Smith, le voyageur de la place 61

     » Les grands voyages ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant le départ même. On ouvre les atlas, on rêve sur les cartes. On répète les noms magnifiques des villes inconnues. » Joseph Kessel aurait aimé ce site Internet qui agit sur le voyageur ferroviaire comme la mappemonde sur l’écrivain voyageur. Le nom des gares remplace ici le nom des villes, le nom des express celui des routes et le voyage débute sur le clavier à chercher des correspondances insolites, à trouver des terminus inconnus. Ce site Internet indispensable se nomme seat61.com, il est la création d’un amoureux du voyage autant que du train : Mark Smith. L’histoire a débuté dans l’ennui d’un trajet pendulaire entre Londres et le Buckinghamshire, dans le nord de la capitale anglaise.
    Mark Smith, employé des chemins de fer britanniques, ne sachant que lire, s’offre pour deux pounds un ouvrage intitulé : Comment faire un site Web. Il décide dans la foulée de mettre en pratique les conseils de l’auteur et de créer son propre site : www.seat61.com. Amateur de voyages en train, il connaît la difficulté de glaner des informations fiables pour s’organiser, surtout dès que ses envies d’ailleurs traversent les frontières.
    Chaque réseau communiquant ses propres informations, chaque pays traversé nécessite une source particulière.
    Il a donc l’idée de compiler toutes ces données sur un site unique, véritable portail d’un réseau ferroviaire mondial.
    Il s’agit également, pour Mark, de faire la promotion d’une autre forme de tourisme.
    Un tourisme qui prend son temps et qui donc évite de prendre l’avion. « Les gares britanniques ne vendent pas de billets internationaux, explique-t- il. Les agences de voyages, d’importants sites Web comme Expedia, désirent simplement vous vendre des vols, des vols, des locations de voiture et encore des vols. De plus en plus de gens cherchent une alternative moins stressante, plus écolo et ont besoin qu’on les aide à trouver leur chemin à travers le dédale de l’information et de la réservation de trains européens. Je me suis dit que je n’avais qu’à faire le job moi-même ! » Très rapidement, son site devient incontournable pour les amateurs de périples ferroviaires. « La fragmentation des réseaux européens rend seat61 encore plus nécessaire. Par exemple, jusqu’à l’année dernière, vous pouviez réserver un simple billet aller-retour de Paris à Milan, départ par le train couchettes du vendredi soir, retour le dimanche par le TGV de l’après-midi, en une seule transaction sur le site Web de la SNCF. Maintenant, vous devez réserver Thello en train couchettes sur www.thello.com et le retour sur le TGV Milan – Paris séparément sur voyages-sncf.com ou tgv-europe.com. Qui est-ce qui dans l’industrie du rail explique tout ça aux voyageurs déboussolés, avant qu’ils n’abandonnent et ne réservent un vol ? »
    Mais pourquoi ce nom seat61 ? Tout simplement parce que c’est le numéro du siège que Mark Smith a l’habitude de réserver à bord d’Eurostar, prenant ainsi modèle, pacifiquement, sur le célèbre marchand d’armes Basil Zaharoff, qui, au début du XXe siècle, avait l’habitude de toujours réserver le compartiment n° 7 à bord de l’Orient-Express pour partir ou revenir à Istanbul.
    Aujourd’hui, Mark Smith est devenu incollable sur le voyage en train. Il collabore à ce titre avec de grands quotidiens, comme The Times, The Telegraph ou encore The Guardian, et il est régulièrement interviewé dans les médias. Il a d’ailleurs son avis sur le système de réservations de la SNCF (voir encadré ci-contre) ou sur la concurrence entre les différents réseaux européens.
    Mark s’interroge : « Pourquoi les gens parlent-ils de concurrence entre Thello et SNCF ? Alors que le TGV et Thello se complètent. De la même manière, il existe pratiquement un train toutes les heures de Bruxelles à Cologne, la moitié sont des Thalys, l’autre moitié des ICE. Les compagnies ferroviaires ont intérêt à travailler ensemble, pour le bénéfice de tous. Si les compagnies aériennes peuvent faire du code-sharing, pourquoi pas les sociétés ferroviaires ? » Mais avant tout, Mark est un amoureux des voyages en train. Lorsqu’on lui demande quel est son meilleur souvenir à bord de l’un d’entre eux, il avoue ne pouvoir choisir : « La liste est longue ! De Londres à Fort William à bord du Caledonian Sleeper, aller se coucher alors que le train dépasse le nord de Londres, et se réveiller dans les merveilleuses West Highlands écossaises, avec des cerfs qui bondissent en fuyant le train ; ou de Zermatt à Saint-Moritz sur le Glacier Express et de Tirano à Chur sur le Bernina Express, les deux pas-sant à travers de spectaculaires paysages alpins ; de New York à San Francisco à bord du Lake Shore Limited, puis du California Zephyr, de côte à côte, via les Rocheuses, les canyons du Colorado et la Sierra Nevada ; de Mandalay à Pyin Oo Lwin et de Thazi à Shwenyaung, deux merveilleux trajets ruraux au Myanmar. Et je pourrais continuer… » Et le pire ? Mark trouve bien une anecdote, mais retourne la question d’une pirouette : « Un train lent d’Assouan à Louxor était peut-être le train le plus décrépi dans lequel je suis monté. Mais parfois le pire des voyages produit le meilleur des souvenirs. J’ai fini par lire des livres en anglais à des écoliers et quand ils sont partis, un jeune homme est monté à bord ; m’accostant, il m’a dit : j’aime la vodka. Vous aimez la vodka… ? Comme quoi, contrairement à l’expérience toujours plus stressante du vol, vous rencontrez des gens dans les trains ! » Mark n’a de cesse de faire l’éloge de la lenteur dans un monde d’hommes volants toujours plus pressés.
    Et ça marche ! Tous les mois, son site reçoit la visite de plus d’un million d’internautes.
    Comment Mark Smith réagit-il à ce succès ? « J’ai une vraie passion : sortir les gens des avions et les mettre dans des trains : c’est un mode de déplacement civilisé, confortable et durable. » Il continue : « Je suis ravi qu’un site Web, vu d’abord comme un cri dans le désert, soit autant utilisé. Du coup, j’ai pu en faire une occupation à plein-temps […]. Et naturellement ça implique beaucoup de voyages sympas à faire dans des endroits excitants – euh, je veux dire des recherches laborieuses, bien sûr. La semaine dernière, j’ai testé le superbe nouvel Italo de Milan à Rome, en retournant en Grande-Bretagne, via le tout aussi superbe Bernina Express à travers les Alpes. C’est un travail vraiment très difficile, mais quelqu’un doit bien le faire…»
    L’oeuvre de Mark Smith est aujourd’hui indispensable. Arriver à destination après trois jours sur les rails procure un sentiment qu’aucun voyage en avion ne vous offrira jamais. On l’a compris, seat61.com voyage à contre-courant de l’air du temps, qui demande des satisfactions immédiates, à la portée de tous et érige la superficialité au rang de vertu.

    Samuel DELZIANI

  • Île-de-France : gare aux travaux

    Île-de-France : gare aux travaux

    Lorsqu’on parle travaux ferroviaires en Île-de-France, l’usage du superlatif est vite de rigueur. Quelques chiffres suffisent à esquisser le tableau, à montrer « l’hyperconcentration » du réseau régional. Il accueille, sur 10 % du réseau national, 40 % des circulations, plus de 7 500 trains par jour. Soit trois millions de voyageurs au quotidien. Chaque jour, SNCF Transilien transporte ainsi les deux tiers des voyageurs empruntant les trains SNCF. Pas étonnant donc que ce réseau ait vieilli plus vite encore en Île-de-France qu’ailleurs, compte tenu de l’importance du trafic. D’où la nécessité de lancer, depuis quelques années, les grands travaux.  Ils sont menés à marche de plus en plus forcée par Réseau ferré de France pour tenter de rattraper le temps perdu et accélérer la modernisation du réseau : alors que les investissements de modernisation portaient sur 300 millions d’euros par an en moyenne jusqu’en 2008, puis 600 millions de 2008 à 2012, ils seront de 1,2 milliard toujours en moyenne et par an de 2013 à 2020, soit quatre fois plus élevés que pendant la décennie passée.
    Ces travaux doivent permettre de renouveler des installations anciennes – voies, signalisation, alimentation électrique, confortement d’ouvrages d’art… –, mais aussi de relever des quais pour les rendre accessibles aux personnes à mobilité réduite et de créer de nouvelles infrastructures. Et c’est loin d’être négligeable pour le quotidien des Franciliens, lorsqu’on sait que, sur ce réseau saturé, un rail cassé peut impacter jusqu’à 300 trains…
    Les chantiers sont donc considérables et le choix a été fait de les concentrer sur la période estivale car cela limite l’impact sur les voyageurs, puisque la fréquentation diminue de 15 %, et même davantage, entre la mi-juillet et la mi-août. Les travaux peuvent alors être menés sur des plages horaires élargies, plusieurs jours d’affilée, afin d’optimiser le temps disponible sur le chantier. Ainsi, cet été, tous les RER seront concernés et plus de la moitié des dépenses engagées en Île-de-France se concentreront sur une dizaine de sites. Ces derniers « pèsent » quelque 100 millions d’euros d’investissements. Les régénérations de voies pratiquées permettront de renouveler
    plus de 70 km de rails, mettant en œuvre 156 000 tonnes de ballast, 30 000 traverses… Des moyens lourds seront déployés, en particulier les spectaculaires convois de « suites rapides » sur les chantiers du RER A et du RER D. Tout cela va entraîner évidemment changements d’horaires, de trains, interruptions de lignes, substitutions par bus…
    Dans ce contexte de mobilisation générale, les abords de la gare du Nord seront particulièrement concernés par le grand remue-ménage estival. Un exemple à grande échelle : les rails et aiguillages situés à 1 km des quais de la gare ont trente ans, ils sont empruntés au quotidien par 1 500 trains, transportant un million de personnes. Le traitement de ce plateau ferroviaire, qui comporte jusqu’à 12 voies contiguës et de nombreux aiguillages, impose un chantier avec de très importants moyens, un phasage très précis pour maintenir l’exploitation… Les travaux les plus importants auront lieu entre le 13 et le 19 août. Durant cette période, les horaires des trains changeront au rythme de l’avancement des travaux. Cela imposera, sur certaines périodes, de couper carrément les RER B et D, sans interconnexion à Paris-Nord. Des raisons qui expliquent qu’en gare de Paris-Nord vient d’ouvrir un espace « Info travaux », avec une large bulle d’accueil, où l’on peut obtenir des renseignements sur l’ensemble des chantiers. Des fiches horaires détaillées pour chaque ligne concernée sont disponibles. Un mini-site Internet, accessible depuis le site Transilien.com, a aussi été mis en place. Enfin, un dispositif d’affichage exceptionnel a été mis en place dans la gare, avec près de 200 panneaux modifiés et 30 bâches géantes.
    « Chaque matin, les conséquences sur le plan de transport peuvent être différentes et les horaires peuvent changer », résume Bénédicte Tilloy, directrice générale de SNCF Transilien. « C’est cette variabilité qui va être la plus pénalisante pour les voyageurs, d’où la nécessité d’informer au mieux pour éviter les mauvaises surprises. » Et de leur permettre d’anticiper. Ce dispositif d’information d’une ampleur toute particulière restera en place jusqu’au 2 septembre. Plus de 150 agents d’information supplémentaires sont mobilisés sur la seule partie nord du RER B et à la gare de Paris-Nord. Parallèlement, 5 000 bus sont mobilisés. Ils vont effectuer 25 000 rotations pendant les deux mois d’été.

    Pascal Grassart

    Photo : © SNCF Transilien MADfotos Annie Gozard