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Premier trajet pour le métro de Saint-Domingue
La première ligne de métro de République dominicaine est entrée en service commercial le 29 janvier à Saint-Domingue. La ligne, qui avait été symboliquement inaugurée en février 2008, relie le nord au sud de la ville de Saint-Domingue, sur 14,5 km et 16 stations. La ville compte beaucoup sur ce métro, qui devrait transporter environ 200 000 personnes par jour, pour réduire la congestion. Les rames sont signées Alstom : en 2006, le constructeur français avait remporté le contrat pour livrer 19 voitures Metropolis à l’opérateur dominicain OPRET. Les trains ont été fabriqués sur une plateforme de composants standardisés à 80 % par les usines de Charleroi (traction), Le Creusot (bogies) et Barcelone (fabrication et assemblage). Tous les trains sont équipés d’un système de vidéosurveillance, de la climatisation et de dispositifs d’information des voyageurs.
Construction dun nouveau terminal fret au Vietnam
La société Vinalines Logistics vient de commencer les travaux de construction du nouveau terminal fret de la gare de Lao Cai, à la frontière de la province chinoise du Yunnan. Situé dans la zone industrielle de Dong Pho Moi, l’ouvrage, dont le coût est estimé à 78 milliards de VND (environ 345 millions d’euros), s’étendra sur 4,7 ha et aura une capacité de 60 000 à 65 000 EVP. Il accueillera le fret transfrontalier croissant entre la Chine et le Vietnam, les deux pays s’attelant par ailleurs à la rénovation ou à la reconstruction de leurs portions respectives de l’axe Haiphong – Kunming sur lequel la gare de Lao Cai est située.
La Purple Line de Dubaï remise à des jours meilleurs
La ligne rouge du métro de Dubaï doit être inaugurée comme prévu le 9 septembre prochain. Et la ligne verte doit suivre le 21 mars 2010. Pour la suite, Abdul Redha Abu al-Hassan, un responsable de RTA (Road and Transport Authority) cité par le journal Arabian Business a indiqué : « La plupart des promoteurs ont interrompu leurs projets, nous devons donc réétudier nos programmes ». Principal projet visé, la Purple line, ligne de métro d’une cinquantaine de kilomètres entre l’aéroport international et le nouvel aéroport international Al Maktoum en construction. Ce projet de 2,73 milliards de dollars, annoncé en 2007, qui devait être attribué entre mai 2008 et mai 2009 et dont les travaux devaient commencer à cette date, est repoussé sine die.
LGV Paca : 27 parlementaires écrivent à Jean-Louis Borloo
Vingt-sept élus de la majorité, députés et sénateurs de la région Paca, ont cosigné, le 16 janvier, une lettre demandant au ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo, d’organiser d’urgence une réunion pour décider du tracé de la future LGV Paris – Nice. Mobilisés par le député des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti (UMP), qui avait jeté un pavé dans la mare une semaine auparavant en affirmant que le tracé nord était choisi, les parlementaires demandent « de réunir en urgence le comité d’orientation », maintes fois reporté depuis juin. Cette lettre ne se prononce pas pour un tracé – nord ou des métropoles desservant Marseille et Toulon –, mais rappelle l’écart de coût entre les deux solutions. Ni Maryse Joissains-Masini, députée et maire (UMP) d’Aix-en-Provence, farouche opposante au tracé nord, ni le maire (UMP) de Marseille, Jean-Claude Gaudin, ne figurent parmi les signataires. Pendant ce temps, l’Association des vignerons de Sainte-Victoire appelle à un rassemblement anti-LGV le 31 janvier en gare TGV de l’Arbois et titre son tract : « Dernière manifestation avant la décision finale de l’Etat ».
Le chantier du tramway Saint-Denis – Garges – Sarcelles démarre
Inscrits au contrat de plan État-région 2000 – 2006 puis au contrat de projets 2007 – 2013, les travaux du tramway reliant Saint-Denis (93) à Sarcelles (95) débutent en Seine-Saint-Denis. C’est un projet de tramway sur pneus qui, sur 6,6 km, traverse deux départements et quatre communes et vise à désenclaver deux quartiers : Les Poètes à Pierrefitte, Les Lochères à Sarcelles. Avec 16 stations, il sera en correspondance avec T1, la ligne 13 du métro et le RER D. On y attend 30 000 voyageurs par jour. Son coût de réalisation hors matériel roulant est estimé à 163 millions d’euros. L’achèvement des travaux est prévu pour fin 2011.
Le nouvel atelier TER sera construit à Longueau
Le futur atelier TER Picardie sera bien construit à Longueau. Dans les cartons depuis plusieurs années, ce projet a subi un coup d’accélérateur le 19 décembre dernier, lors d’une rencontre à Paris entre le président de la SNCF, Guillaume Pepy, et Claude Gewerc, président socialiste de la région Picardie, qui était accompagné de Daniel Beurdeley, premier vice-président (PC) en charge des transports. Avant cette date, la direction du matériel à la SNCF envisageait prioritairement cette implantation, soit à Lille, soit au Landy. L’investissement dans un nouvel atelier à la périphérie de l’EMT d’Amiens-Longueau lui paraissait à la fois disproportionné et difficile à rentabiliser. Une prévention que la région Picardie est finalement parvenue à lever : « Nous avons rappelé au président de la SNCF les efforts consentis par la région pour le renouvellement du matériel TER, indique Daniel Beurdeley. Notre collectivité a prévu d’investir un milliard d’euros sur trente ans. Plus de 500 millions ont d’ores et déjà été dépensés et la région consacre chaque année 250 millions d’euros au fonctionnement du TER, qui représente d’ailleurs aujourd’hui le poste le plus important du budget… Je pense qu’il est logique que la SNCF tienne compte de cet engagement… ». C’est donc bien Longueau qui héritera de ce nouvel équipement. Sur place, la nouvelle a été d’autant mieux accueillie que c’est l’option haute qui a finalement été retenue, avec un atelier de 110 mètres de long équipé de fosses de visite sur toute sa longueur, et capable d’accueillir les futurs porteurs polyvalents. Le schéma retenu autorise une éventuelle extension avec un atelier susceptible d’accueillir, dans une seconde phase, le futur porteur haute densité. Ce projet ambitieux a finalement été préféré à une option basse, moins coûteuse, mais qui aurait très vite trouvé ses limites. Or, plusieurs régions limitrophes ont manifesté leur intérêt pour une localisation en Picardie ; c’est le cas de Champagne-Ardenne et de la Haute-Normandie dont les nouvelles rames TER pourraient être entretenues à Longueau. La première phase, telle qu’elle a été retenue, représente un investissement de 42 ME, dont 10 à la charge de la SNCF.
Les handicaps du fret ferroviaire italien
Le fret ferroviaire italien souffre fortement de la crise économique. Cette année, les chemins de fer italiens (FS) s’attendent à une chute de 10 % du trafic de marchandises, d’après le journal économique Il Sole 24 Ore.
Mais les perspectives plus lointaines ne sont pas aussi sombres. D’ici à 2015, un retournement est attendu avec des croissances annuelles de trafic estimées en moyenne à +7 %. Reste que le rail ne pourra absorber la demande que s’il parvient à régler ses problèmes de sous-capacité et de connexions avec ses voisins européens. D’après une étude réalisée par le cabinet de conseil Booz & Company, publiée sur le site Internet du quotidien italien, l’Italie est en effet handicapée par la faiblesse de ses réseaux de distribution vers les ports du Nord, qui l’empêche de devenir la porte d’entrée de la Méditerranée. Le cabinet a examiné les capacités des principaux axes d’échanges entre l’Italie et le nord de l’Europe, dont le plus important d’entre eux, l’axe Rotterdam – Milan, capte 25 % du trafic, suivi par Malmö – Copenhague – Vérone (20 %).
Des difficultés devraient survenir dans les cinq prochaines années sur les infrastructures qui relient les ports du Nord à ceux du Sud, estime l’étude. L’Italie n’est pas la seule menacée de saturation. C’est le cas de toute l’Europe. Mais la péninsule souffre en plus de deux handicaps spécifiques, selon les auteurs de l’étude : elle est fermée au nord par les Alpes, et elle a pris du retard dans l’achèvement de son réseau ferroviaire à grande vitesse, susceptible de libérer des sillons pour le fret. Conséquence, d’après Eurostat, l’organisme chargé de coordonner les statistiques à l’échelle européenne, seulement 2,5 % des échanges de marchandises se font par voie ferrée en Italie, un taux extrêmement bas, alors qu’il atteint 9 % en moyenne en Europe.
La voie du salut passera peut-être par Bruxelles. A la fin de l’année dernière, la Commission européenne a proposé, via un règlement européen, de créer un réseau européen pour le fret ferroviaire. Le principe est d’utiliser le réseau existant pour le fret, en l’optimisant pour le rendre plus compétitif. Cela passe par le renforcement de la coopération entre les gestionnaires d’infrastructure, la priorité accordée à certains trains de marchandises, ou encore le développement de la multimodalité, notamment dans les ports. A charge pour les Etats membres de définir quels axes ils souhaitent créer et de les proposer à la Commission.
Au premier rang des corridors envisagés en Italie, figurent les liaisons Bussoleno – Turin (prévu en 2011), Turin – Venise (2011), Venise – Divaca (en Slovénie, attendu en 2012), le franchissement du col du Brenner (2015) et le tunnel du mont Cenis (2017). A cela, s’ajoute un programme de développement de plateformes multimodales pour améliorer la connexion du transport ferroviaire aux autres modes de transport. Onze projets de plateforme sont prévus, qui devraient contribuer à booster le trafic intermodal route/fer, représentant actuellement 3,5 % de parts de trafic.
Marie-Hélène POINGT
Pour aller en Suisse, les Français préfèrent le train
C’est mieux que prévu. En ces temps de crise, Lyria SAS, qui assure depuis 2002 les liaisons entre la France et la Suisse, a de quoi pavoiser. Pour la société codétenue par la SNCF (74 %) et les CFF (26 %), l’année 2008 a été bonne, « excellente », même, assure Christian Rossi, le directeur de Lyria. Un total de 3,8 millions de voyageurs ont emprunté ces TGV, dont 2,2 millions sur un trajet international. « Une croissance de 10 % de notre trafic international, de 20,7 % de nos recettes commerciales et de 16,6 % de notre chiffre d’affaires, qui atteint 220 millions d’euros », énumère-t-il. Et ce en dépit de résultats contrastés.
Si la ligne Paris – Genève est en plein essor avec 3 % de voyageurs de plus qu’en 2007, ce n’est pas aussi glorieux pour Neuchâtel – Berne, qui enregistre une baisse de 10 %. « Il y a un net transfert de la clientèle, qui préfère passer par Bâle et la LGV Est, analyse le directeur. Nous nous y attendions, mais pas dans cette mesure… Et la liaison aérienne ne va pas nous faciliter la tâche. » Officiellement, c’est le marché qui décidera du maintien ou non de cette desserte : « Pas de décision aujourd’hui, mais l’avenir proche nous le dira. » Entre Paris et Lausanne, c’est également à la baisse (- 1,4 %) qu’on dénombre les passagers, à cause des travaux de modernisation en cours sur l’arc jurassien entre Dole et Vallorbe, près de Lausanne. Mais c’est pour la bonne cause : on espère gagner au moins 11 minutes, voire 15 après les travaux.
La ligne Paris – Genève reste le fleuron de Lyria. Et comme les tarifs y ont été pas mal augmentés en 2008, les recettes croissent de 11 %. Les ventes de billets à tarif normal adulte sont en hausse, vraisemblablement des ex-utilisateurs de l’avion. La part de marché du train dépasse enfin celle de l’avion, puisqu’elle frôle les 51 %. « C’est une spectaculaire remontée, se félicite Christian Rossi. En 2002, elle était de 48,3 %, l’arrivée d’Easyjet l’a fait chuter à 45 %, nous avons atteint le but de Mireille Faugère, qui était de rattraper l’aérien en deux ans. » Et les ambitions sont grandes, puisqu’on espère gagner une vingtaine de précieuses minutes après la mise en service, mi-2010, de la ligne entre Bourg-en-Bresse et Bellegarde, portant ainsi le trajet entre la capitale de la France et celle de la “banque privée” à 3 heures 05 : « Après deux ans, nous visons les 75 % de parts de marché… »
Déjà, on y met de nouveaux moyens : pour capter la clientèle d’affaires, on proposera le 1er mars un service de type business class aérien (voir encadré) en 1re. Lyria prévoit de remédier à l’absence d’offre typée affaires en faisant évoluer ses ventes auprès des agents de voyages, qui ne représentent que 8 % des billets. Pour ces clients pro, la ligne souffre d’un manque de notoriété : « Dans l’esprit de beaucoup de gens, Paris – Genève reste une destination avion. » Toujours sur cet axe, en tout cas, on a ajouté quelque 100 000 sièges en introduisant des rames Duplex, tout en maintenant le taux d’occupation des trains à 76 %.
Lancé en juin 2007, l’axe Paris – Bâle – Zurich, quant à lui, affiche aussi une belle hausse de 14,4 %, malgré une offre plutôt faible avec seulement trois trains par jour et un temps de parcours peu optimal de 4 heures 30. Sur un Paris – Bâle, la part de marché fer/air est favorable au train : 60 %, malgré une douzaine de vols Air France, et l’abandon d’Easyjet a sans doute « un peu aidé ». Au final, la société assiste à un recentrage de son activité. Initialement à 50-50 domestique et internationale, elle s’internationalise. De plus, la répartition du chiffre par axe est plus équilibrée : de 60 % pour Genève et 40 % pour Lausanne, on arrive aujourd’hui respectivement à 47 % et 30 %, auxquels s’ajoutent Zurich (13 %) et Berne (10 %). Dernier motif de satisfaction, le taux de ponctualité. A 91 %, soit près d’un train sur dix affichant un retard supérieur à 15 minutes, ce n’est pourtant pas glorieux… Mais les travaux en cours un peu partout sur les trajets des TGV ont bien sûr des retentissements, et Lyria estime s’en tirer à très bon compte.
Dans un avenir proche, les projets foisonnent (voir ci-contre) et à moyen terme aussi, Lyria projette quelques changements. Il y a d’abord la question de créer ou non une société en propre, à l’image d’Eurostar, qui est à l’étude. « Elle est complexifiée par le fait que les Suisses n’ont pas mis en place le premier paquet ferroviaire, estime Christian Rossi. L’échéance est la mi-2010 au plus tard. » Seconde décision : l’uniformisation de la flotte. De quatre types de rames actuellement, il faudrait en proposer au maximum deux, rénovées ou de dernière génération. « Les études sont en cours et la décision sera prise d’ici à la fin de l’été », assure-t-il. Duplex ? Sans doute sur Genève et Bâle/Zurich. Mais, pour Lausanne, ce sera impossible, à cause d’un tunnel qui n’est pas au bon gabarit.
Cécile NANGERONI
Le T1 de Noisy est-il un luxe ou une necessité ?
« On dirait une liste au Père Noël ! » Il était un peu désabusé, cet ingénieur francilien, au sortir d’une réunion publique à Noisy-le-Sec, fin décembre… On croyait le projet de prolongement du tramway T1 enfin débloqué depuis la défaite de ses plus farouches opposants aux dernières municipales. Et voilà que la nouvelle équipe, pourtant plus favorable au tram, se met à multiplier les exigences, suivie par les autres municipalités concernées… Du coup, le coût annoncé pour ces 8 petits kilomètres devant conduire de la gare de Noisy à Val-de-Fontenay vers 2015 commence à donner un peu le vertige. On devrait largement dépasser le demi-milliard d’euros ! Le chiffre donne à réfléchir, d’autant que la fréquentation attendue n’est pas énorme. Sans parler du spectre d’Arc Express, ce métro en rocade qui pourrait dans quelques années être construit sur une bonne partie du tracé envisagé… Le Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif) avait mis les petits plats dans les grands pour la nouvelle phase de concertation, qui s’achevait le 30 décembre. Une procédure de luxe, menée sous l’égide d’un garant impartial, comprenant de nombreuses réunions publiques, et, à Noisy-le-Sec, des visites guidées des parcours possibles et des ateliers urbains. Il faut dire que le terrain était miné. Car le projet de prolongement du tram pourrit la vie de ce petit bout de banlieue depuis maintenant quelques années. Morceau du Grand Tram que l’on voyait à l’époque faire assez rapidement le tour de Paris, il avait été inscrit au contrat de plan en 2000. Les élus franciliens prévoyaient alors son achèvement en 2006 ! Mais l’équipe municipale de droite élue à Noisy-le-Sec lors d’une élection partielle en 2003 a complètement bloqué le projet. Au grand dam de Romainville et Montreuil, les communes situées derrière, qui, elles, en attendaient beaucoup. Du coup, les sommes prévues – d’ailleurs insuffisantes – sont parties ailleurs, et le Stif s’est attaqué au prolongement de la ligne T1 de l’autre côté, entre Saint-Denis et Asnières-Gennevilliers. On a ici et là décrit Noisy-le-Sec comme un « village gaulois » résistant seul contre l’invasion du tramway. Pourquoi une telle opposition ? La première cause semble être le tramway lui-même, qui dessert déjà la ville depuis décembre 2003. Sa construction a en effet laissé des traces dans l’avenue Gallieni, la principale artère du quartier du Petit-Noisy, au nord de la commune. Celle-ci a dû être élargie, les travaux ont traîné, les commerçants ont souffert… Aujourd’hui encore, il y reste de nombreuses « dents creuses » qui témoignent de ce traumatisme. En outre, l’aménagement du tramway lui-même – jugé bruyant par les riverains – est contesté : le site propre axial séparé des chaussées par des bordures plantées crée une véritable coupure. Inquiets des projets de prolongement du tram au-delà de la gare de Noisy, les commerçants du centre-ville, à la situation déjà précaire, n’ont donc qu’à regarder de l’autre côté du pont de chemin de fer, pour voir leurs craintes s’aggraver. Pour couronner le tout, une première cession de concertation, en 2001, a été organisée en pleine campagne électorale. On y a évidemment beaucoup parlé du tram, contre qui la droite locale est partie en bataille. Si la gauche l’a alors emporté, elle a été battue quelques mois plus tard après une annulation du scrutin. La nouvelle maire de Noisy, Nicole Rivoire (UDF à l’époque, aujourd’hui Modem), est devenue la championne du non au projet, se refusant à « sacrifier l’âme de [la] ville sur l’autel du tramway ». Les oppositions se sont focalisées sur les 800 mètres de la rue Jean-Jaurès, l’axe commerçant de Noisy-le-Sec qui commence à la gare, juste au terminus actuel du tram T1. C’est une rue sans attrait particulier, pas désagréable non plus, grâce surtout à son animation. Une rue assez étroite par endroits, ce qui ne l’empêche pas d’accueillir un couloir de bus, une file pour les voitures, bon nombre de places de stationnement et des trottoirs assez larges. Peut-on y faire passer un tramway ? Sans doute. Mais il faut alors faire des choix ! Le premier projet de 2001 prévoyait de ne faire passer le tram que dans le sens montant (nord-sud) par cette rue Jean-Jaurès alors fraîchement refaite. Dans l’autre sens, on aurait fait un petit détour de 600 m par le boulevard Michelet, parallèle. Les Noiséens connaissent bien ce schéma qui correspond à la répartition actuelle des flux de circulation (le bus 105 passe d’ailleurs par là). L’équipe de Mme Rivoire ayant après son installation mis son veto au projet, le Stif s’est remis à l’ouvrage, pour proposer deux autres solutions, présentées lors d’une nouvelle consultation en 2005 : un passage dans les deux sens par la rue Jean-Jaurès en site banalisé – une hypothèse immédiatement rejetée par la municipalité – et un tracé alternatif plus long et plus cher, contournant le centre par l’ouest en desservant des zones d’emplois et d’anciens espaces ferroviaires à aménager. Cette dernière solution aurait-elle pu être un pis-aller ? On parlait alors encore d’une mise en service possible vers 2012… Cette deuxième phase de consultation s’est très mal passée, le projet ayant été immédiatement massacré par les élus et les représentants d’associations anti-tram. Et la mairie de conclure à l’époque : « Le tramway n’est décidément pas le bienvenu à Noisy-le-Sec. » Et puis… les choses ont changé. Une majorité de gauche plurielle dirigée par la socialiste Alda Pereira-Lemaître a emporté les dernières municipales, ce qui a permis la reprise du dialogue avec la Région et le Stif. Mais si elle est a priori favorable au prolongement du tramway à travers Noisy, cette nouvelle majorité n’en est pas moins divisée. Par où passer ? Le Stif propose maintenant trois solutions, inspirées des scénarios précédents : un passage direct par la rue Jean-Jaurès – avec ou sans piétonnisation partielle –, un passage dissocié associant rue Jean-Jaurès dans un sens et boulevard Michelet dans l’autre, et enfin une variante du passage à l’ouest. De l’une à l’autre, il y a quelques centaines de mètres de voies et 40 millions d’euros de différence. Et surtout des visions de la ville assez divergentes. De l’avis général, les esprits se sont beaucoup calmés à Noisy-le-Sec, depuis quelques mois. Bien sûr, ce sont les opposants au tram qu’on a le plus entendus lors de la concertation qui vient de s’achever (pêle-mêle, ils en critiquent les vibrations, les nuisances sonores, les lignes aériennes et le coût, ils s’inquiètent pour l’accès aux commerces et les problèmes de stationnement, ou ils regrettent l’absence de pistes cyclables, quand ils ne craignent pas carrément l’arrivée de voyous depuis les cités des villes voisines…). Mais ils ont plutôt fait moins de bruit que prévu. Résignés ? On a même entendu des partisans du projet ! Reste que ces semaines d’explications et de discussions ont laissé un certain goût d’inachevé. Car la nouvelle municipalité n’a pas tranché : « Très solennellement, je ne me prononcerai pas », a déclaré à la clôture des débats – à la stupeur de nombreux auditeurs – la maire Alda Pereira-Lemaître. Et d’ajouter aussitôt – sans préciser comment – que « le tracé qui sera retenu suite à cette concertation sera le choix des Noiséens ». Certains observateurs ont cru comprendre au travers des discours que l’on s’orienterait quand même vers le choix du passage par l’ouest, au nom de la conquête de nouveaux espaces urbains qui agrandiraient le centre… ce qui permettrait aussi d’éviter d’avoir ledit centre en travaux lors des prochaines municipales. Du côté du Stif et de la région Ile-de-France, l’élu en pointe sur ce dossier, le vice-président des deux institutions Serge Méry, ne cache pas sa préférence pour le tracé le plus direct : « Je suis globalement plutôt contre le tracé passant à l’ouest, nous dit-il. Car un tramway, c’est un outil d’urbanisme, et si on le fait passer à l’écart du monde, ça ne sert à rien ! »
« On va essayer de ne pas prendre la solution la plus coûteuse », ajoute M. Méry. Mais ce n’est pas gagné… Car si elle n’a pas été très diserte sur le choix du tracé, Mme Pereira-Lemaître s’est dite « déterminée à [se] battre pour qu’on ait un projet de qualité ». Ce qui risque de faire monter un peu plus la facture. Elle a notamment pointé deux exigences : la prise en compte du réaménagement de sa gare, jugée obsolète et trop petite, et le remplacement des rames actuelles par un matériel roulant plus moderne. La maire de Noisy a été suivie sur ce point par ses collègues de Romainville et Montreuil, Corinne Valls et Dominique Voynet. Dans ce dernier cas, ce désir de qualité est d’ailleurs aidé par la topographie des lieux, les « vieux rossignols » de la ligne T1 étant incapables de grimper la pente envisagée à la fin du parcours… Les trois élues ont été entendues : avant même la fin de la concertation, Serge Méry a déjà promis des trams neufs. Et voilà la note qui augmente… des 140 millions d’euros imprudemment inscrits au contrat de plan en 2000, on est passé à environ 400 millions. Auxquels il faut ajouter le prix du matériel roulant : 45 millions pour l’achat des quinze rames supplémentaires exigées par le prolongement, et une centaine de millions de plus si l’on remplace avant terme les 35 véhicules actuels. Le tout pourrait donc atteindre allègrement les 550 millions d’euros, et peut-être davantage si l’on envisage d’alimenter les tramways par le sol dans la traversée de Noisy (une solution voulue par certains riverains, qui pourraient être aidés par d’éventuelles exigences des pompiers compte tenu de l’étroitesse de la voirie). Le jeu en vaut-il la chandelle, vu que le Stif n’attend que 40 000 passagers par jour sur le nouveau tronçon ? « C’est cher, mais c’est la poursuite d’une ligne de rocade, qui va de plus permettre de retravailler la ville, relève Serge Méry. Et on aura largement plus de 40 000 passagers ! » C’est en fait en dépassant le microcosme de Noisy que l’on saisit mieux l’importance du projet. Derrière, Romainville et Montreuil attendent le tramway depuis des années. Il doit y être un outil de désenclavement, et aussi – surtout ? – un moyen de réparer les erreurs du passé : il s’agit de détruire une autoroute inutile qui, même si elle n’a jamais été achevée, a durablement affecté les environs, et de reconstruire un vrai morceau de ville. Le tram doit donc être le catalyseur de la renaissance de ce bout de banlieue ravagée, un bout de banlieue d’autant plus intéressant qu’il est riche en foncier disponible. Et la destruction de l’autoroute est comprise dans le prix. Reste un petit problème, qui a pesé sur les débats. N’était-il pas prématuré de se lancer dans une nouvelle concertation alors qu’on ne sait pas tout du futur des transports publics dans la région ? En effet, tout le secteur concerné par le projet de prolongement du T1 est compris dans la zone d’étude d’Arc Express, la ligne de métro en rocade appelée à faire un jour le tour de Paris. Ces villes qui acceptent aujourd’hui le tramway seront-elles à l’avenir privée de métro ? Pas forcément, répondent en chœur Stif et Région. Car les deux projets sont plus complémentaires que concurrents, dans une optique de maillage du territoire. Et, note Serge Méry, « Arc Express est un projet à beaucoup plus long terme, surtout à cet endroit ». Reste que le tramway lui-même n’est pas pour demain. « Aujourd’hui, nous n’en sommes pas à décider définitivement du programme des travaux, précise Jean-François Hélas directeur de la direction des projets d’Investissements du Stif. Si toutes les bonnes fées sont avec nous, on est à dix-huit mois de la décision de lancer le projet. » Il faudra de toute façon le financer. Pour l’instant, le dernier contrat de projets Etat-Région ne prévoit que des crédits d’étude, avec une clause de revoyure en 2010 (après l’enquête publique, envisagée dans un an). Serge Méry compte inclure le prolongement du T1 dans le « plan de mobilisation pour les transports » doté de 17,8 milliards d’euros que la Région négocie avec l’Etat.
François ENVER
Tramway T1 : des territoires morcelés
Le territoire de Noisy-le-Sec, ville comptant environ 38 000 habitants, est très marqué, et morcelé, par les infrastructures de transport. Au nord, la voie ferrée Paris-Est coupe la commune en deux. Si la gare de triage n’est plus, les emprises ferroviaires sont encore très importantes, séparant le quartier du Petit Noisy du centre-ville. Les autoroutes A3 et A86 ceinturent l’ensemble, laissant aussi leur lot de rues isolées. Le centre, reconstruit après d’importants bombardements en 1944, est relativement compact, s’organisant autour de sa rue Jean-Jaurès, maintenant rendue célèbre par le projet de prolongement du tramway. Il est assez commerçant, mais plutôt fragile. Les deux zones urbaines sensibles de Noisy, qui regroupent le cinquième des habitants de la commune, ne sont pas directement concernées par le projet du tram. Sur le plan politique, une élection partielle en 2003 avait mis fin à plus de quarante ans de gestion communiste à la mairie, avec la victoire de l’UDF Nicole Rivoire. On avait à l’époque beaucoup parlé d’insécurité et… d’opposition au passage du tramway. Ce dernier thème a largement alimenté le débat ces dernières années, y compris lors de la campagne des dernières municipales, qui a vu la victoire de la socialiste Alda Pereira-Lemaître. L’ancienne ministre PS Elisabeth Guigou, députée de la circonscription, est maintenant adjointe au maire de Noisy, chargée de l’intercommunalité. Il est à noter que pendant que la ville changeait de mains, le canton – qui correspond à la commune – est resté communiste.
Romainville (25 000 habitants environ) est une des rares villes de la proche banlieue parisienne à n’être pas desservie par un mode lourd. Le prolongement de la ligne 11 du métro parisien a bien été déclaré d’utilité publique en 1939, mais les Romainvillois doivent toujours prendre le bus pour aller récupérer le métro aux Lilas. La commune est comme ses voisines assez disparate. Sur le plateau, un vieux bourg est entouré de cités HLM, le tout étant bordé par la fort peu discrète autoroute A3 qui, avec son antenne l’A186, fait pencher une partie de la ville vers Montreuil. Romainville comprend aussi une ville basse industrielle, les Bas-Pays, elle aussi assez isolée (l’aménagement prévu sur les pentes des espaces verts de la base régionale de plein air et de loisirs de la Corniche des forts ne devrait d’ailleurs pas forcément améliorer cette coupure). La commune plaide d’ailleurs pour la construction d’un funiculaire. La vie politique a été très mouvementée à Romainville ces dernières années. Contestée par ses anciens camarades de parti, l’ex-communiste Corinne Valls (aujourd’hui divers gauche) s’est toutefois imposée à quatre reprises en sept ans, aux municipales de 2001, 2007 et 2008, ainsi qu’aux cantonales de 2004.
Troisième ville d’Ile-de-France par sa population, Montreuil (souvent appelée Montreuil-sous-Bois) compte aujourd’hui un peu plus de 100 000 habitants. Assez vaste, la commune est marquée par l’opposition entre le Bas Montreuil (proche de Paris, avec notamment la mairie) et un plateau coupé en deux par les emprises de l’A186. C’est sur ces emprises parcourues par le tramway que devrait être construit un vrai morceau de ville nouvelle.
Montreuil fut longtemps réputée pour ses pêches, activité florissante dans les vergers du plateau jusqu’à la fin du XIXe siècle, quand la concurrence des fruits du midi apportés par le chemin de fer lui a porté un coup fatal. Les pêchers étaient cultivés sur des espaliers adossés à des murs, dits « murs à pêches ». Le devenir de ces murs, ou du moins de ce qu’il en reste, a agité la scène politique locale ces dernières années. La protection de 50 ha du secteur adoptée dans les années 1950 – ce qui n’empêchait pas alors d’y prévoir la construction d’une autoroute ! – a été abandonnée lors de la révision du schéma directeur de 1994 au profit d’une zone urbanisable à 80 %. La commune et le conseil général ont alors déclassé 37 ha restants en « réserve foncière » pour implanter des activités, mais 8,5 ha ont finalement été classés définitivement en 2003. C’est dans ce contexte que la RATP a envisagé aux Murs à Pêches la construction d’un atelier-dépôt commun au tram T1 et à la ligne 9 du métro prolongée jusque là. La nouvelle municipalité de Montreuil a fait une priorité de la sauvegarde de la zone, actuellement en piètre état – les murs sont en partie ruinés, les jardins restants sont souvent occupés par des ferrailleurs ou des gens du voyage –, ce qui pourrait remettre ces projets en question. Longtemps bastion communiste, Montreuil a été prise en mars dernier par l’ancienne ministre Verts (et sénatrice de Seine-Saint-Denis) Dominique Voynet, qui a mis un terme au long règne de Jean-Pierre Brard (ex-PC, par ailleurs toujours député). Beaucoup ont vu dans cette élection la conséquence de la « boboïsation » d’une ville jusque-là très populaire.Des deux autres communes concernées par le projet, Rosny-sous-Bois (41 000 habitants) ne l’est qu’à la marge. Fontenay-sous-Bois (51 000 habitants), où aboutit le projet de prolongement du T1, est une vaste commune composite, bourgeoise près du bois de Vincennes, populaire ailleurs. Point de croisement de deux lignes de RER, Val-de-Fontenay, où doit arriver le tram, est une sorte de ville nouvelle dans la ville, à la vocation tertiaire assez marquée. Excentré dans la commune, ce quartier est implanté sur un ancien espace agricole qui fut célèbre pour sa pomme de terre, la belle de Fontenay.
François ENVER