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Étiquette : Alpes

Sur les lignes de montagne autour de Breil-sur-Roya
Nice – Breil-sur-Roya et Limone – Vintimille, fruit d’une construction complexe due à leur implantation, se distinguent par la profusion de leurs ouvrages d’art. Nous revenons ici sur l’histoire de ces lignes qui ont payé un lourd tribut à la Seconde Guerre mondiale tout en étant épisodiquement exposées aux aléas climatiques et à leurs lourdes implications sur l’infrastructure.
Dans cette partie reculée des Alpes méridionales qui a appartenu jadis au comté de Nice, donc au royaume italien de Piémont-Sardaigne jusqu’en 1860 suite au traité de Turin, le rail apparaît tardivement. L’établissement des voies ferrées commence par la ligne peu accidentée du bord de mer Marseille – Nice – Vintimille raccordée à celle de la Riviera ligure provenant de Gênes via Savone, Imperia, San Remo dont la jonction est terminée en 1872. Mais la pénétration du chemin de fer à l’intérieur du massif alpin dont les sommets atteignent 3 000 m dans le Mercantour et s’abaissent dans les Alpes ligures bute sur des obstacles géographiques naturels composés de profondes vallées très tortueuses. Côté italien le réseau transalpin sous le contrôle du mouvement sarde réussit à construire la ligne Turin – Fossano – Mondovi – Ceva – San Giuseppe di Cairo – Ferrania – Savone avec le tunnel Belba long de 4 366 m dès 1874, constituant un débouché du Piémont vers la Riviera di Ponente (1). L’idée d’une liaison directe de Turin à Nice souhaitée de concert par les autorités italiennes et par la France commence à germer dès 1850. Un premier projet empruntait la vallée de la Vésubie, passait en tunnel sous le col de Pagari situé sous l’arête frontière, puis descendait le cours du Gesso arrosant Coni. Il sera abandonné au profil d’un tracé à voie unique plus à l’est, bifurquant à Borgo San Dalmazzo puis remontant le cours de la rivière Vermenagna jusqu’à Limone Piemonte, franchissait la barrière alpine par le tunnel du col de Tende, puis suivait le cours torrentueux de la Roya via Breil jusqu’à Vintimille, ancienne route du sel, sectionnant la frontière à Saint-Dalmas- de-Tende et à Piène.

Le rail en Provence-Alpas-Côte d’azur
Les limites territoriales de Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) n’ont pas changé avec la réforme nationale intervenue en 2016 ayant ramené le nombre des régions à 13.
Elle compte six départements : les Bouches-du-Rhône, le Var, le Vaucluse (1), les Hautes-Alpes, les Alpes-de-Haute-Provence (ex-Basses-Alpes jusqu’en 1970) et les Alpes-Maritimes.
Cette région de 31 400 km2 se situe au neuvième rang dans le tableau national. Avec sa population d’aujourd’hui 5 065 723 habitants, elle occupe la sixième place des régions françaises.
Marseille et Nice arrivent en tête avec une population de 871 000 et 344 000 habitants, suivis par Toulon 166 000, Aix-en-Provence 142 000, Avignon 92 000 puis par les villes moyennes de Cannes, Antibes, La Seyne-sur-Mer, Hyères, Fréjus, Cagnes-sur-Mer et Arles. Ce sont les départements des Bouches-du-Rhône et des Alpes-Maritimes qui sont les plus peuplés avec 2 024 000 et 1 083 000 personnes concentrées surtout aux abords du littoral, ceux des territoires montagneux des Alpes-de-Haute-Provence et des Hautes-Alpes n’en hébergeant que 164 000 et 141 000, avec une faible densité humaine de 23,7 et 25 habitants au kilomètre carré, à égalité avec le Cantal, mais devant la Lozère qui ne compte que 14,8 habitants/km2.
Cette région pleine de contrastes avec ses champs de lavande et ses oliveraies, ses vastes espaces montagneux de l’arc alpin au relief acéré, ses massifs préalpins et ses rivages maritimes tourmentés est de longue date propice aux sports d’hiver et au tourisme en général, notamment estival. La préservation du patrimoine donne lieu à la création de neuf parcs naturels régionaux (PNR), véritables écrins de biodiversité entre mer et montagne à la valeur patrimoniale et paysagère indéniable : le Queyras, le Luberon, les Baronnies provençales, le Ventoux, le Verdon, la Camargue, les Alpilles, la Sainte-Baume, les Préalpes d’Azur couvrant 29 % du territoire et les parcs naturels classés nationaux des Écrins, du Mercantour, des Calanques et de Port-Cros.

Nouveau numéro HORS-SERIE disponible : n°42 !
Retrouvez au sommaire de ce numéro :Des origines aux années 60
Les Chemins de fer de Provence
Nice-Saint-Augustin, une gare déplacée promise à un bel avenir
Les gares en Paca
TER, un matériel bien rajeuni
Le parrainage des engins moteurs
Concurrence, une région pionnière

VEYNES – BRIANÇON La belle endormie
Conçue pour être prolongée en Italie, cette ligne d’une centaine de kilomètres n’a jamais franchi la frontière. Son activité réduite dans deux départements peu peuplés connaît un rebond avec l’essor des sports d’hiver à partir des années 70. Retour sur l’histoire de cette artère ferroviaire des Alpes françaises au destin international contrarié.
Au cours de ses 140 ans d’existence, cette artère ferroviaire des Alpes françaises (numérotée 915 au catalogue du RFN), longue de 109 km, joue de malchance à trois reprises. Bien que conçue à l’origine par son constructeur le grand réseau PLM avec un éventuel débouché sur l’Italie depuis le terminus de Briançon, ce projet rebondit à plusieurs reprises mais en fait ne se concrétise jamais. En second lieu la ligne devient l’amorce depuis Chorges de l’antenne de Barcelonnette dont les travaux inachevés conduisent à son abandon durant la dernière guerre.
Enfin, elle connaît entre 1970 à 2010 avec la fièvre de l’or blanc dans les Hautes-Alpes un trafic considérable de skieurs utilisant des trains de nuit venant de tout l’Hexagone et fréquentant les stations du Dévoluy, du Gapençais, de l’Embrunais et du Briançonnais. Elle figure alors avec Saint- Gervais, Bourg-Saint-Maurice et Modane au rang des destinations prisées. Malheureusement en fin de période la SNCF n’étant plus à même de fournir un parc de voitures-couchettes suffisant doit cesser ce type de transport à longue distance pendant les pointes des vacances d’hiver.

Un nouveau départ pour LA LIGNE DES ALPES
La ligne des Alpes, Grenoble – Veynes, exploitée depuis 1878, a rouvert le 11 décembre 2022 après près d’un an d’une nouvelle tranche de travaux destinés à assurer provisoirement sa survie, et près de deux ans de fermeture partielle.
D’une longueur de 109,5 km, la ligne Grenoble – Veynes est à une voie banalisée de Grenoble à Jarrie-Vizille, à voie unique de Jarrie-Vizille à Aspres-sur-Buëch avec pour gare de commande Vif, et à double voie d’Aspres-sur- Buëch à Veynes-Dévoluy. Elle est électrifiée en 25 kV 50 Hz de Grenoble à la bifurcation de Veynes.
Elle est équipée de BAL (block automatique lumineux) de Grenoble à Jarrie-Vizille, de BMVU (bloc manuel de voie unique) de Jarrie-Vizille à Vif, puis est exploitée en cantonnement téléphonique de Vif à Aspres-sur-Buëch. La section Aspres-sur-Buëch – Veynes-Dévoluy est équipée de BAPR (block automatique à permissivité restreinte) à compteur d’essieux. Les croisements sur la voie unique peuvent s’effectuer dans les gares de Pont-de-Claix, Jarrie-Vizille, Vif, Monestier-de- Clermont, Clelles-Mens et Lusla- Croix-Haute. Elle comporte des déclivités maximales de 25 ‰.

SUR LA LIGNE DE MAURIENNE en attendant le tunnel Lyon-Turin
Attendue pour 2030, la mise en service du tunnel euralpin Lyon-Turin devrait permettre à la ligne de Maurienne de développer considérablement son activité fret et de renforcer sa position en matière d’échanges internationaux. Retour sur l’histoire d’une ligne aux caractéristiques exceptionnelles qui s’est notamment distinguée en matière de traction électrique.
Cette artère ferroviaire longue de 98 km de la région Auvergne-Rhône-Alpes a un passé lourdement chargé à de nombreux points de vue. En effet son image hors normes s’appuie sur son implantation géographique en terre savoyarde et ses caractéristiques qui n’ont guère d’égal en France, tout comme ses coupures lourdes lors de la dernière guerre et celles accidentelles dues aux intempéries, et la traction électrique innovante générant des matériels particuliers. Son rôle international avec le réseau italien, fer de lance de son activité, auquel s’ajoute le trafic ponctuel de sports d’hiver non négligeable, va connaître le plus important bouleversement de son histoire mouvementée et complexe avec l’ouverture du tunnel de base en cours de creusement sous le massif alpin, lequel va révolutionner et surtout accélérer les échanges commerciaux entre les deux pays.
Vers le plus long tunnel ferroviaire français
Jusqu’ici, en dehors de plusieurs tunnels d’envergure à cheval sur les frontières (Mont-d’Or, Fréjus, Tende, Somport, Puymorens, Perthus), le plus grand tunnel exploité entièrement sur le territoire de la SNCF était celui de Marseille sur la LGV Méditerranée avec ses 7 835 m. Avec le tunnel du projet Lyon- Turin d’un développement de 57,5 km dont 45 en France, on se rapproche des autres grands ouvrages européens récemment construits : Lötschberg (34,6 km), Gothard (57 km), Transmanche (50,5 km) et en cours : Brenner (55 km), Koralm (33 km) et Semmering (27,3 km) en Autriche.

Mark Smith, le voyageur de la place 61
» Les grands voyages ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant le départ même. On ouvre les atlas, on rêve sur les cartes. On répète les noms magnifiques des villes inconnues. » Joseph Kessel aurait aimé ce site Internet qui agit sur le voyageur ferroviaire comme la mappemonde sur l’écrivain voyageur. Le nom des gares remplace ici le nom des villes, le nom des express celui des routes et le voyage débute sur le clavier à chercher des correspondances insolites, à trouver des terminus inconnus. Ce site Internet indispensable se nomme seat61.com, il est la création d’un amoureux du voyage autant que du train : Mark Smith. L’histoire a débuté dans l’ennui d’un trajet pendulaire entre Londres et le Buckinghamshire, dans le nord de la capitale anglaise.
Mark Smith, employé des chemins de fer britanniques, ne sachant que lire, s’offre pour deux pounds un ouvrage intitulé : Comment faire un site Web. Il décide dans la foulée de mettre en pratique les conseils de l’auteur et de créer son propre site : www.seat61.com. Amateur de voyages en train, il connaît la difficulté de glaner des informations fiables pour s’organiser, surtout dès que ses envies d’ailleurs traversent les frontières.
Chaque réseau communiquant ses propres informations, chaque pays traversé nécessite une source particulière.
Il a donc l’idée de compiler toutes ces données sur un site unique, véritable portail d’un réseau ferroviaire mondial.
Il s’agit également, pour Mark, de faire la promotion d’une autre forme de tourisme.
Un tourisme qui prend son temps et qui donc évite de prendre l’avion. « Les gares britanniques ne vendent pas de billets internationaux, explique-t- il. Les agences de voyages, d’importants sites Web comme Expedia, désirent simplement vous vendre des vols, des vols, des locations de voiture et encore des vols. De plus en plus de gens cherchent une alternative moins stressante, plus écolo et ont besoin qu’on les aide à trouver leur chemin à travers le dédale de l’information et de la réservation de trains européens. Je me suis dit que je n’avais qu’à faire le job moi-même ! » Très rapidement, son site devient incontournable pour les amateurs de périples ferroviaires. « La fragmentation des réseaux européens rend seat61 encore plus nécessaire. Par exemple, jusqu’à l’année dernière, vous pouviez réserver un simple billet aller-retour de Paris à Milan, départ par le train couchettes du vendredi soir, retour le dimanche par le TGV de l’après-midi, en une seule transaction sur le site Web de la SNCF. Maintenant, vous devez réserver Thello en train couchettes sur www.thello.com et le retour sur le TGV Milan – Paris séparément sur voyages-sncf.com ou tgv-europe.com. Qui est-ce qui dans l’industrie du rail explique tout ça aux voyageurs déboussolés, avant qu’ils n’abandonnent et ne réservent un vol ? »
Mais pourquoi ce nom seat61 ? Tout simplement parce que c’est le numéro du siège que Mark Smith a l’habitude de réserver à bord d’Eurostar, prenant ainsi modèle, pacifiquement, sur le célèbre marchand d’armes Basil Zaharoff, qui, au début du XXe siècle, avait l’habitude de toujours réserver le compartiment n° 7 à bord de l’Orient-Express pour partir ou revenir à Istanbul.
Aujourd’hui, Mark Smith est devenu incollable sur le voyage en train. Il collabore à ce titre avec de grands quotidiens, comme The Times, The Telegraph ou encore The Guardian, et il est régulièrement interviewé dans les médias. Il a d’ailleurs son avis sur le système de réservations de la SNCF (voir encadré ci-contre) ou sur la concurrence entre les différents réseaux européens.
Mark s’interroge : « Pourquoi les gens parlent-ils de concurrence entre Thello et SNCF ? Alors que le TGV et Thello se complètent. De la même manière, il existe pratiquement un train toutes les heures de Bruxelles à Cologne, la moitié sont des Thalys, l’autre moitié des ICE. Les compagnies ferroviaires ont intérêt à travailler ensemble, pour le bénéfice de tous. Si les compagnies aériennes peuvent faire du code-sharing, pourquoi pas les sociétés ferroviaires ? » Mais avant tout, Mark est un amoureux des voyages en train. Lorsqu’on lui demande quel est son meilleur souvenir à bord de l’un d’entre eux, il avoue ne pouvoir choisir : « La liste est longue ! De Londres à Fort William à bord du Caledonian Sleeper, aller se coucher alors que le train dépasse le nord de Londres, et se réveiller dans les merveilleuses West Highlands écossaises, avec des cerfs qui bondissent en fuyant le train ; ou de Zermatt à Saint-Moritz sur le Glacier Express et de Tirano à Chur sur le Bernina Express, les deux pas-sant à travers de spectaculaires paysages alpins ; de New York à San Francisco à bord du Lake Shore Limited, puis du California Zephyr, de côte à côte, via les Rocheuses, les canyons du Colorado et la Sierra Nevada ; de Mandalay à Pyin Oo Lwin et de Thazi à Shwenyaung, deux merveilleux trajets ruraux au Myanmar. Et je pourrais continuer… » Et le pire ? Mark trouve bien une anecdote, mais retourne la question d’une pirouette : « Un train lent d’Assouan à Louxor était peut-être le train le plus décrépi dans lequel je suis monté. Mais parfois le pire des voyages produit le meilleur des souvenirs. J’ai fini par lire des livres en anglais à des écoliers et quand ils sont partis, un jeune homme est monté à bord ; m’accostant, il m’a dit : j’aime la vodka. Vous aimez la vodka… ? Comme quoi, contrairement à l’expérience toujours plus stressante du vol, vous rencontrez des gens dans les trains ! » Mark n’a de cesse de faire l’éloge de la lenteur dans un monde d’hommes volants toujours plus pressés.
Et ça marche ! Tous les mois, son site reçoit la visite de plus d’un million d’internautes.
Comment Mark Smith réagit-il à ce succès ? « J’ai une vraie passion : sortir les gens des avions et les mettre dans des trains : c’est un mode de déplacement civilisé, confortable et durable. » Il continue : « Je suis ravi qu’un site Web, vu d’abord comme un cri dans le désert, soit autant utilisé. Du coup, j’ai pu en faire une occupation à plein-temps […]. Et naturellement ça implique beaucoup de voyages sympas à faire dans des endroits excitants – euh, je veux dire des recherches laborieuses, bien sûr. La semaine dernière, j’ai testé le superbe nouvel Italo de Milan à Rome, en retournant en Grande-Bretagne, via le tout aussi superbe Bernina Express à travers les Alpes. C’est un travail vraiment très difficile, mais quelqu’un doit bien le faire…»
L’oeuvre de Mark Smith est aujourd’hui indispensable. Arriver à destination après trois jours sur les rails procure un sentiment qu’aucun voyage en avion ne vous offrira jamais. On l’a compris, seat61.com voyage à contre-courant de l’air du temps, qui demande des satisfactions immédiates, à la portée de tous et érige la superficialité au rang de vertu.Samuel DELZIANI
