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Étiquette : Etats-Unis
Le projet californien déjà sur les rails
En novembre dernier, la Californie s’est prononcée à 52,3 % en faveur d’un train à grande vitesse entre Los Angeles et San Francisco. Lors d’un référendum, les électeurs ont en fait autorisé l’Etat à s’endetter à hauteur de près de 10 milliards de dollars (7,5 milliards d’euros) pour la construction de cette ligne estimée à quelque 45 milliards de dollars, l’équivalent de 33,8 milliards d’euros. Les deux autres tiers de la somme devront être financés par le gouvernement fédéral et le secteur privé. Elle constituerait le premier maillon d’un corridor de 800 miles, soit 1 280 km, voulu par la High Speed Rail Authority (HSRA). De fait, c’est aujourd’hui le projet le plus avancé et sans aucun doute celui qui verra le jour le premier. Sur ce premier tronçon, les trains rouleraient à 300 km/h, permettant de relier les deux principales villes de la côte Ouest, distantes de 600 km, en environ 2 heures 30. Les trains poursuivraient ensuite vers San Diego (moins de 4 heures) et pourraient transporter jusqu’à 100 millions de passagers par an. La Californie envisage de lancer un appel d’offres comprenant design, construction, exploitation, matériel et maintenance. Le groupe français d’ingénierie Systra est déjà engagé comme « project manager », et d’autres français sont susceptibles de se retrouver dans un consortium. Alstom est un candidat déclaré, mais on parle aussi de la SNCF, de Veolia, de Bouygues… « Il y a un énorme appel d’offres à préparer, rappelle Diego Diaz, président de Systra USA. L’objectif est de faire rouler les trains à l’horizon 2020, donc de réaliser les premiers tests dès 2015. C’est un projet à court terme et de la “vraie” grande vitesse, au sens où on la conçoit en Europe. » La Californie est la douzième source de gaz à effet de serre sur terre. 41 % de ses émissions sont dus aux transports. Un TGV californien permettrait, a-t-on calculé, d’économiser 5,5 millions de tonnes de CO2 par an.
Cécile?NANGERONI
La Grande vitesse à l’américaine
La nouvelle stratégie vise à faire avancer de nouveaux corridors à grande vitesse sur une distance allant approximativement de 200 à 600 miles (320 à 960 km), avec des LGV sur lesquelles les trains circuleront au moins à 240 km/h, ce qui inclut la grande vitesse à 350 km/h. Mais aussi à développer un réseau régional sur des lignes longues de 160 à 800 km où la vitesse serait comprise entre 140 et 240 km/h. Enfin, de moderniser les lignes existantes afin d’autoriser des vitesses de 130 à 140 km/h. C’est ainsi que le plan stratégique définit 4 types de lignes :
Grande vitesse express.Des services fréquents et rapides entre les plus grandes conurbations avec peu d’arrêts intermédiaires. C’est là que la vitesse sera la plus élevée. Il s’agit de construire des lignes nouvelles entièrement dédiées, d’une longueur pouvant atteindre les 1 000 km.
Grande vitesse régionale. Reliant les centres des grandes agglomérations, des trains circulant à 180-240 km/h, marquant quelques arrêts dans les gares intermédiaires. Ils pourront utiliser des infrastructures dédiées mais aussi partager les voies ferrées.
Grande vitesse émergente. Sur des corridors de 100 à 500 miles (160 à 800 km) à fort potentiel pour devenir ensuite des lignes entrant dans les deux précédentes catégories (express et régionale), des services à 140-180 km/h destinés à développer le marché du transport ferroviaire de voyageurs et à soulager les autres modes de transport.
Rail conventionnel. Cela concerne les services Intercity traditionnels sur plus de 100 miles, offrant au minimum un aller-retour par jour – mais aussi jusqu’à 7 ou 12 – et pouvant dans certains cas offrir un potentiel pour de la future grande vitesse. Les voies ferrées devront être améliorées afin d’en tester l’opportunité. Et pour autoriser prochainement des vitesses d’au moins 126 km/h, en utilisant une infrastructure mixte voyageurs et fret.
Cécile?NANGERONI
Le président Obama déclare la grande vitesse prioritaire
Les corridors présentés n’ont rien de révolutionnaire. La grande vitesse aux Etats-Unis est un serpent de mer, et ce sont peu ou prou les mêmes que ceux qui avaient déjà été évoqués dans les années 90. Ce qui est révolutionnaire, c’est la volonté du nouveau président Barack Obama, qui présentait son plan stratégique le 16 avril. « Depuis, il y a une véritable ébullition du secteur aux Etats-Unis, car c’est un changement majeur dans l’approche du ferroviaire et des transports. Pour la première fois, le gouvernement fédéral s’implique et donne une direction claire pour les trente prochaines années », assure Diego Diaz, le président de Systra USA. Le groupe d’ingénierie français, implanté depuis vingt-cinq ans outre-Atlantique, a des contrats d’assistance à maîtrise d’ouvrage – planification, design conceptuel, management de projet – pour cinq des onze corridors projetés : Californie, Nord-Est (Washington – Boston), Sud-Est (Washington – Jacksonville), de Keystone (Philadelphie – Pittsburg) et Empire (New York – Buffalo). C’est d’ailleurs Systra qui, contacté par le staff d’Obama, a fourni la carte des corridors présentée par le président américain.
« Ce dont nous avons besoin est un système de transport intelligent qui réponde aux besoins du XXIe siècle », a annoncé Barack Obama, en introduction de son plan stratégique pour le développement du rail. Montrant qu’il s’était documenté, le président américain a cité l’exemple de la France, où « le système à grande vitesse a sorti des régions de l’isolement ». Celui de l’Espagne aussi, où « une ligne à grande vitesse entre Madrid et Séville connaît tellement de succès que plus de gens voyagent, entre les deux villes, en train qu’en voiture et avion additionnés ». Voici donc le nouveau rêve américain. Rattraper le retard pris sur l’Europe, la Chine ou le Japon en matière de grande vitesse. A la clé, naturellement, des investissements colossaux à court et long termes et une façon de faire un pied-de-nez à la crise. Depuis soixante ans, les investissements consacrés au transport ferroviaire de passagers sont réduits à la portion congrue : en moyenne, moins de 3 % des fonds fédéraux investis dans le transport, avec une constante diminution.
Quelques Etats, comme la Californie, l’Illinois, la Caroline du Nord ou celui de Washington, ont eu beau faire des efforts financiers pour tenter d’améliorer les services ferroviaires, « une modernisation significative des réseaux ferrés est restée hors d’atteinte de beaucoup d’Etats », constate le document du plan stratégique. C’est l’une des raisons pour lesquelles la Maison-Blanche a comparé le lancement de ce projet à la création dans les années 1950, sous le président Dwight Eisenhower, d’un réseau national d’autoroutes qui a révolutionné le transport routier du pays. Le plan sera en effet financé en prélevant huit milliards de dollars sur les 787 milliards du plan de relance voté en février dernier par le Congrès. Washington promet en outre de dépenser un milliard par an pendant cinq ans pour lancer ce projet, sommes qui seraient prélevées sur le budget fédéral à compter de 2010. Un « premier pas. Nous savons que cela va être un projet à long terme », a reconnu Barack Obama. Principaux objectifs : créer des emplois, réduire les émissions de gaz à effet de serre et aider les Etats-Unis à atteindre l’indépendance énergétique. Une récente étude évalue à 2,7 milliards le nombre de tonnes de CO2 qui pourraient être économisées chaque année grâce à la mise en œuvre de ce plan.
L’objectif serait d’arriver à une vitesse maximum de 350 km/h sur les lignes à grande vitesse, et en tout état de cause supérieure à 240 km/h, alors qu’actuellement seules cinq lignes dépassent les 127 km/h. Une dizaine d’itinéraires ferroviaires potentiels sont mentionnés à travers le territoire (voir page 36), ainsi que l’amélioration de la ligne Washington – Boston, théoriquement « à grande vitesse » mais dont la moyenne ne dépasse pas 132 km/h. « A court terme, le pays peut miser sur la grande vitesse en Californie, un projet déjà concret, analyse Diego Diaz. Et sans doute sur des segments au niveau de Chicago, en Floride, peut-être au Texas ou dans la région de New York… ce sont les corridors pressentis pour la grande vitesse. » Au-delà, le plan prévoit une refonte profonde du réseau ferré intercités.
Ce sont en fait les Etats et les collectivités locales qui devront maintenant mettre en place des plans afin d’établir un réseau de lignes de 100 à 600 miles (160 à 965 kilomètres) de distance, avec l’aide du financement du gouvernement fédéral (voir ci-contre). Et le plan stratégique du 16 avril leur servira de schéma directeur. Il sera suivi de feuilles de route détaillées pour les territoires qui seront candidats, sachant que les premiers financements seront alloués rapidement, « d’ici à la fin de l’été », assure la Maison-Blanche. Prochaine étape : le 17 juin, avec la publication des règles à suivre pour postuler et éventuellement recevoir des fonds. D’ici là, chaque Etat intéressé se préparera. « Les dates de soumissions sont en août pour les projets et en septembre pour les corridors. Un deuxième round de soumissions est prévu pour les projets qui ont besoin d’un peu plus de temps pour s’organiser », explique Diego Diaz. Le président de Systra USA souligne par ailleurs qu’Amtrak est appelé à prendre un rôle majeur dans de nombreux corridors. L’opérateur a exceptionnellement bénéficié de fonds, avec 1,3 milliard de dollars alloués dans le cadre du Stimulus Plan, dont 505 millions pour le corridor Nord-Est, qui devront être dépensés d’ici à 2011.
A l’annonce du plan, l’American Public Transportation Association (Apta) a salué l’initiative qualifiée d’« étape majeure », dans un contexte où les transports publics n’ont jamais autant eu la cote aux USA. « Les Américains ont démontré qu’ils souhaitaient avoir davantage d’options de transport, a affirmé le président d’Apta, William W. Millar. L’année dernière, 10,7 milliards de voyages ont été dénombrés dans les transports publics, c’est le plus haut niveau de fréquentation depuis 52 ans. » Une chose est sûre, ce changement de braquet ouvre des perspectives considérables pour nombre d’entreprises, françaises notamment, sur le marché de l’ingénierie d’abord, mais pas seulement. Il y a un mois déjà, Jean-Pierre Loubinoux, alors président de SNCF International, affichait son intérêt.Précisant que l’intervention de la SNCF pourrait se faire de plusieurs manières, allant d’un simple « transfert de technologie » ou d’« opérations de maintenance » à des « contrats commerciaux ou d’exploitation », Jean-Pierre Loubinoux avait poursuivi : « Dans certains cas, en particulier dans les corridors à grande vitesse, (…) nous pourrions envisager une participation à certains systèmes d’exploitation. » Bref, si la possibilité d’exploiter un réseau était ouverte, la SNCF l’étudierait avec grand intérêt. Afin de vendre la grande vitesse à la Française, le secrétaire d’Etat aux Transports, Dominique Bussereau, se rendra, du 11 au 14 mai, à Washington et dans l’Etat de Californie, accompagné de Guillaume Pepy, président de la SNCF et de Philippe Mellier, PDG d’Alstom Transport.?En espérant cette fois que les projets ne connaîtront pas le même sort que le TGV?texan, qui, en 1994, avait dû être abandonné, faute d’avoir pu lever les fonds nécessaires…
Cécile NANGERONI
Locomotives américaines et wagons chinois en Arabie Saoudite
Le fonds public d’investissement du ministère des Finances d’Arabie saoudite a signé deux contrats pour les trains de fret de la future ligne Nord – Sud, longue de 2 400 km et dont la mise en service est prévue pour 2013. D’une part, le constructeur américain EMD (ex-GM EMD) fournira 25 locomotives diesel-électriques SD70ACS à partir du deuxième trimestre 2010. Parmi les équipements inédits de ces futurs vaisseaux du désert, notons un système de filtrage de l’air et des chasse-sable amovibles. D’autre part, le constructeur chinois CSR fournira pour « presque 100 millions de dollars » 668 wagons de plus de 10 types, dont des wagons-trémies pour minerai, des wagons découverts et 524 wagons pour le transport de phosphate.
Le métro d’Austin retardé
Veolia Transport et son partenaire américain Capital Metro ont annoncé le 1er avril un report de mise en service du métro de la ville d’Austin au Texas qui aurait dû être inauguré le 30 mars. Les deux groupes expliquent vouloir se donner plus de temps afin de mettre en place un système de transport sûr, fiable et de bonne qualité. « Cela nous donne plus de temps pour nous assurer que tout fonctionne et que les équipes opérationnelles ont atteint un niveau maximal d’expérience et de capacité », a annoncé note Ronald J. Hartman, un responsable de Veolia Transportation. Les dernières vérifications sur le système Capital MetroRail porteront sur la signalisation, les tests finaux et l’entraînement en matière de sécurité.
Le fret ferroviaire américain chute de 14,5 %
La récession frappe à son tour le fret ferroviaire américain, dont le volume a chuté de 14,5 % en février 2009 par rapport au même mois en 2008. Jusqu’à présent, les grands réseaux des Etats-Unis et du Canada, dits de Class I, avaient plutôt bien résisté au ralentissement économique. Les chutes les plus spectaculaires enregistrées entre février 2008 et 2009 ont été les automobiles (-51,5 %), les produits métallurgiques (-52,2 %) et les céréales (-18,7 %). Et la première semaine de mars n’est pas encourageante, Union Pacific annonçant une chute de 19 % par rapport à 2008.
San José verra-t-elle un jour le Bart ?
Tout semblait enfin se débloquer, et la Silicon Valley allait avoir son métro. Le 4 novembre, les électeurs du comté le plus high tech des Etats-Unis ont accepté par référendum une hausse de 0,125 point de la TVA locale destinée à couvrir le déficit d’exploitation du prolongement du Bart, le métro régional venu de San Francisco et annoncé chez eux pour 2018. Approuvée d’extrême justesse (avec 67,78 % des voix quand il fallait une majorité des deux tiers), cette nouvelle taxe s’ajoute au 0,5 % déjà acquitté sur tous les achats pour financer le réseau de transports en commun.
Mais la crise est passée par là. Les dirigeants de la VTA, l’autorité organisatrice du comté, ont refait leurs comptes, et ils ne sont pas très optimistes : les revenus de l’agence ne devraient pas augmenter (en termes réels) ces trente prochaines années, si bien qu’ils ne pourront pas se payer de sitôt les 34 km du prolongement du Bart qu’ils ont promis aux électeurs depuis si longtemps. Un premier tronçon pourrait bien être construit d’ici 2018, mais la partie vraiment intéressante, avec un passage en souterrain sous le centre-ville de San José, attendra au moins 2025.
La situation est d’autant plus tendue que l’Etat de Californie, au bord de la faillite, vient de couper les vivres aux transports publics locaux. Le déficit d’exploitation s’annonce colossal. La VTA devrait donc annoncer un vaste plan d’économie comportant vraisemblablement hausse des tarifs, réduction du service et licenciements. Pendant ce temps pourtant, crise oblige, elle n’a jamais transporté autant de monde ! Mais tout reste évidemment relatif : le tramway a notamment transporté 31 000 personnes par jour en janvier, ce qui est certes 6 % de plus qu’au début 2008, mais reste bien peu pour un réseau long de 46 km construit à grands frais dans cette agglomération de 1,8 million d’habitants.Le Canadien National et le Norfolk Southern créent le corridor MidAmerica
Le Canadien National et la Norfolk Southern Corporation ont annoncé la création du « corridor MidAmerica ». Les deux réseaux partageront des voies entre Chicago, St. Louis, le Kentucky et le Mississippi afin d’établir des itinéraires plus courts et plus rapides pour le transport des marchandises et du charbon expédiés entre le Midwest (USA) et le Sud-Est (Canada). Dans le cadre de cette initiative, le CN et le NS projettent de créer un nouveau point d’accès dans le transport du charbon à Corinth, au Mississippi, afin de mieux relier les centrales électriques du Sud-Est desservies par le NS avec les producteurs de charbon du bassin de l’Illinois desservis par le CN. Le West Tennessee Railroad, qui relie Fulton à Corinth, est un élément clé de la nouvelle initiative ; il sera modernisé pour pouvoir recevoir des envois plus lourds et un trafic ferroviaire plus dense.
Genèse chaotique pour le train le plus rapide du continant américain
Accouché dans la douleur, le seul train à “grande vitesse” du pays a connu une jeunesse difficile. Son histoire commence en 1993, lorsqu’Amtrak complète l’électrification du “BosWash”, cette immense zone urbaine longue de plus de 800 km entre Boston et Washington. Toute la côte Est est alors électrifiée. L’idée naît alors de créer un service à grande vitesse reliant toutes les grandes villes de cette mégalopole : Boston, New York, Philadelphie, Baltimore, Washington, pour ne citer que les plus importantes. 60 millions d’habitants au total. Un potentiel énorme en termes de trafics.
Des entreprises européennes sont sollicitées pour des campagnes d’essais. Les Américains applaudissent des deux mains. Seul hic, les normes ferroviaires ne sont pas les mêmes des deux côtés de l’Atlantique. L’administration fédérale juge le matériel européen trop léger pour côtoyer les colossaux trains de fret américains et impose d’accommoder le matériel européen à la sauce nord-américaine. Pour répondre à l’appel d’offres, Bombardier et Alstom décident d’unir leurs forces. Le premier est très présent sur le continent, le second dispose de motrices à grande vitesse. Pari gagnant. Le consortium remporte le contrat en 1996, pour un montant de 600 millions de dollars. Et c’est là que s’arrête le long fleuve tranquille.
Car l’hybridation des matériels débouche sur un casse-tête interminable, où les ingénieurs d’Amtrak, de Bombardier et d’Alstom discutent les rames jusque dans leurs moindres détails. De contraintes en restrictions, les fabricants s’éloignent progressivement du modèle originel.
« Nous avons conçu un prototype, l’Acela est un projet de recherche et développement », explique Clifford Black, un porte-parole d’Amtrak. Fin 1999, lorsque la première rame est livrée, elle pèse deux fois plus lourd que les rames TGV français dont elle s’inspire. « Pour répondre aux normes américaines, nous avons créé l’un des trains les plus robustes qui soit, avec d’énormes capacités de freinage et d’accélération. »
Passés les premiers enthousiasmes, les cadres d’Amtrak doivent vite déchanter. Dès 1999, un premier défaut est mis à jour. Le matériel est trop large d’une dizaine de centimètres. Dans certaines courbes, le mécanisme de pendulation pourrait provoquer des collisions entre les trains. Des restrictions de vitesse sont donc décidées sur les tronçons à risques. A quoi s’ajoute une oscillation des roues très étrange, dont il faut déterminer l’origine, décalant d’autant la mise en service.
Lorsque le train est finalement inauguré, le 12 décembre 2000, l’objectif de relier Boston et New York en 3 heures n’est pas tenu. Il faut 3 heures 20 pour rejoindre “Big Apple” et plus de 6 heures et demie pour parcourir les 734 km de la ligne. Malgré des pointes théoriques à 240 km/h, l’Acela n’atteint sa vitesse maximale qu’à deux reprises. Sur le reste du parcours, la vitesse moyenne ne dépasse pas les 115 km/h. Un peu juste pour de la grande vitesse !
Pour ne rien arranger, la série noire se poursuit. Dans les années qui suivent sa mise en service, Amtrak découvre de nouveaux défauts dans le mécanisme d’ouverture des portes, les freins, les amortisseurs… Certains liés directement au poids excessif de la rame. A trois reprises, Amtrak est contraint de suspendre le service pour réaliser des inspections et adapter le matériel.
Cerise sur le gâteau. Amtrak et le consortium se traînent mutuellement en justice. Cet épilogue juridique – les poursuites seront ensuite abandonnées – se soldera par une révision de l’accord initial, notamment sur l’entretien des rames. En raison des coûts beaucoup plus élevés que prévu, il est décidé qu’Amtrak reprendra la main sur la maintenance. Depuis 2005, le matériel n’a plus connu d’incidents techniques majeurs.
Guillaume KEMPF
La grande vitesse américaine à petites foulées
Trois immenses bannières étoilées flottent au vent. Debout, à leur pied, un trompettiste ponctue de fausses notes le répertoire de Louis Armstrong, sous l’œil indifférent des “commuters” qui se rendent au bureau, la cravate bien nouée et le gobelet de café à la main. Vous êtes devant Union Station, la gare historique de Washington. Le pôle sud de la seule et unique ligne à grande vitesse du continent. Le train s’appelle Acela (pour « acceleration » et « excellence »). Exploité par l’opérateur public Amtrak, sa vitesse de pointe culmine à 150 miles par heure (240 km/h). On est loin des standards européens, mais, aux Etats-Unis, on parle de « grande vitesse » dès que la barre des 110 miles par heure (180 km/h) est franchie.
Par une belle matinée d’automne, nous avons pris place à bord de ce TGV à la sauce yankee pour plus de 3 heures de voyage entre Washington et New York. La ligne, longue de 362 km, est l’une des seules des Etats-Unis qui soit entièrement détenue par Amtrak. Autrement dit, l’une des seules du pays où les trains de voyageurs n’ont pas besoin d’attendre que les puissantes compagnies de fret veuillent bien leur accorder un créneau.
En remontant à contre-courant le flot des travailleurs, on pénètre dans le hall de la gare. Sous une voûte monumentale, s’étire un parterre de marbre à la propreté étincelante. Pas un papier qui traîne. Tout n’est que dorures, statues ou colonnes ; même la signalétique brille en lettres d’or. « Union Station, la gare où l’on aimerait que les trains arrivent en retard », vante un panneau publicitaire. Une succession de boutiques haut de gamme dispute les clients aux innombrables enseignes de restauration. Maroquinerie, parfums, chocolats… Les guichets paraissent presque noyés dans cette immense galerie commerciale.
Tout dans Union Station rappelle l’univers aérien. Douze portes d’embarquement barrent l’accès aux quais. Devant elles, des rangées de sièges sont alignées comme dans une salle d’attente d’aéroport. Des écrans de télévision déclinent en boucle les consignes de sécurité. Un peu plus loin, des hommes d’affaires se font reluire les chaussures, confortablement installés dans des fauteuils en cuir. Des chariots sont disponibles à la location. Il y a même un tapis roulant pour récupérer les bagages.
La scénographie ne doit rien au hasard. Tout au long de la côte Est, l’Acela se positionne comme un concurrent du mode aérien, laissant aux bus et à la route le transport des voyageurs à bas prix. Entre New York et Washington, le prix du billet peut être deux à quatre fois plus cher qu’un ticket de bus, en fonction du remplissage de la rame… pour un temps de parcours inférieur de 1 heure 30. Et ça marche ! La fréquentation, en forte hausse, commence à poser des problèmes aux heures de pointe. Quand bien même il afficherait des tarifs moins élevés, l’opérateur ferroviaire n’aurait pas les capacités de faire face à la demande.
« La route n’a jamais été la cible », explique Clifford Black, un porte-parole de l’entreprise publique. « Nous nous adressons surtout à une clientèle d’affaires, habituée à prendre l’avion. Sur ce segment, notre part de marché par rapport au transport aérien se situe entre 50 et 60 %. » Une performance, au regard des débuts chaotiques de la ligne (voir encadré). Après trois interruptions de service au cours des cinq premières années d’exploitation, l’Acela a su regagner la confiance des clients, pas à pas. Depuis deux ans, le train n’a connu aucun incident technique majeur. Une première depuis son inauguration, en décembre 2000.
Le train de 9h25 vient d’être annoncé au micro. Une queue se forme devant les portes d’embarquement, où des cheminots d’Amtrak vérifient la validité des billets. Une fois sur le quai, grosse déception. L’Acela n’a pas vraiment l’allure d’un train à grande vitesse, plutôt d’une longue boîte de conserve en aluminium. Compressées dans un mince liseré bleu, les vitres ont l’air de hublots. Seules les motrices ont le profil élancé des TGV. L’intérieur n’est pas beaucoup plus joyeux. Les couleurs sont usées, le design peu soigné. Au plafond, d’immenses porte-bagages blanc-cassé assomment un intérieur déjà bien morne. L’aménagement, en revanche, brille par son côté fonctionnel. Les fauteuils sont larges, espacés, confortables. Il y a de la place pour les pieds, et des prises pour brancher les ordinateurs… y compris en 2de classe.
A peine les voyageurs sont-ils installés que le train se met en branle. Nouvelle vérification des titres de transport par le contrôleur. Il en sera de même après chaque arrêt en gare. Alors que la rame prend de la vitesse, on comprend vite que toute tentative de trouver le sommeil sera vaine. Les nombreux à-coups et le raclement des roues témoignent d’une géométrie des voies bien douteuse. Les courbes sont nombreuses, les voies en mauvais état. Le tracé de la ligne remonte au XIXe siècle. Amtrak n’a pas eu les moyens d’en construire une nouvelle. Conséquence : la vitesse de pointe (240 km/h) du train ne peut être atteinte que sur deux maigres tronçons dans le Rhode Island et le Massachusetts. 29 km au total.
Dès lors, les temps de parcours en pâtissent. Il faut au minimum 6 heures 36 pour parcourir la totalité du corridor, soit une moyenne de 116 km/h entre Washington et Boston. Entre Washington et New York (362 km), les performances sont un peu meilleures : 2 heures 48 pour le train le plus rapide, soit 129 km/h en moyenne. Une expérience a bien été tentée en 2007 pour créer un train semi-direct en 2 heures 35 (via une escale unique à Philadelphie). « Nous avons abandonné l’expérience, faute de clientèle », explique Clifford Black. De fait, l’Acela a besoin d’arrêts fréquents pour soigner son taux de remplissage.
Le long des voies, un mince filet de forêt isole les rails des banlieues interminables qui se succèdent à travers les feuillages. Pavillons clonés à l’infini, centres commerciaux, zones industrielles. De Washington jusqu’à Boston, l’urbanisation est quasi continue, formant une immense mégalopole de plus de 60 millions d’habitants. L’extraordinaire densité de ce corridor sert de socle à la croissance constante du trafic. Acela est une affaire qui marche. Le train assure à lui seul plus du quart des recettes de l’entreprise, soit 467 millions de dollars de recettes sur 1,7 milliard l’an passé. Entre le 31 septembre 2007 et le 1er octobre 2008, près de 4 millions de voyageurs ont été transportés. Un record absolu dans l’histoire d’Amtrak.
Dès lors, les 20 rames du parc sont utilisées à plein. Si on exclut les trois rames en maintenance, plus une quatrième en cours de reconstruction, les 16 rames restantes assurent à elles seules 32 allers-retours par jour. « Nos trains ont parcouru 1 million de miles (1,6 million de km) en 8 ans », souligne Clifford Black. Soit une moyenne de 200 millions de km par an.
Pour faire face à cette popularité croissante, Amtrak réfléchit à des solutions pour augmenter les capacités de son parc. Une première étape – en attendant de pouvoir s’offrir de nouvelles rames flambant neuves – pourrait consister à commander une ou deux voitures supplémentaires par train. Ces deux voitures permettraient d’ajouter 600 voyageurs à des voitures qui comptent déjà 1 500 sièges à l’heure actuelle. Aucune décision n’a cependant été prise.
Les gratte-ciel de Philadelphie sont dépassés. Ceux de New York sont tout proches. Le train s’engouffre dans un long tunnel qui le conduit dans les entrailles de Manhattan, au pied de Penn Station, terminus du train. La foule qui se déverse sur les quais de la gare souterraine donne la mesure du succès de l’Acela. On n’ose imaginer ce que cette foule serait si le pays se mettait à la grande vitesse pour de bon.
Guillaume KEMPF