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  • Suisse : du nouveau à Bulle

    Suisse : du nouveau à Bulle

    De grands chantiers sont actuellement menés dans la région de Bulle où les transports publics sont appelés à jouer un rôle de plus en plus important.

     

    La ville de Bulle et le district de la Gruyère (Canton de Fribourg, Suisse) connaissent et connaîtront à terme un fort développement démographique : 25 162 habitants au 31 décembre 2021 (+ 2,84 % par rapport à 2020) et 55 726 habitants en 2021 pour 77 300 en 2050. Cette croissance découle du dynamisme économique local ainsi que de la proximité avec les grands centres urbains de Berne, Fribourg et Lausanne. Les transports publics constituent, dans ce contexte, un enjeu important et doivent être adaptés. Aussi, les Transports publics fribourgeois (TPF) procèdent- ils pour 230 millions de francs suisses (222,45 millions d’euros) à trois grands chantiers :

    • Planchy (mise en service : décembre 2020) ;

    • gare de Bulle (décembre 2022) ;

    • conversion de Bulle – Broc- Fabrique (mi-2023).

    23Le renouvellement et l’extension du faisceau de Planchy (où se situent des ateliers TPF) a consisté à créer une double voie (1 435 mm) en direction de Bulle, à ajouter des nouvelles voies (1 435 et 1 000 mm) et à créer un quai de chargement.

  • DB RegioNetz Verkehr reconduit sur la centenaire Oberweißbacher Bergbahn

    DB RegioNetz Verkehr reconduit sur la centenaire Oberweißbacher Bergbahn

    L’opérateur DB RegioNetz Verkehr vient d’être reconduit pour 10 ans pour l’exploitation en Thuringe de la ligne Oberweißbacher Bergbahn, qui comprend un funiculaire et un tronçon de ligne à voie standard électrifié en 600 V. Près de 100 ans après sa construction, cette ligne est toujours empruntée par de nombreux touristes et randonneurs.

     

    Une ligne bientôt centenaire

    Le 8 avril 1895, les chemins de fer d’État de la Prusse décidaient la construction en Thuringe d’une ligne de chemins de fer de 24,9 km, dénommée Schwarzatalbahn, entre les villes de Rottenbach et de Katzhütte, ainsi que d’un embranchement de 4,4 km de Köditzberg, gare située sur la ligne Rottenbach – Katzhütte, vers Königsee (Thüringe). Ces deux lignes ont été mises en service le 18 août 1900. Situés sur le plateau surplombant la vallée de la Schwarza, les villages de Lichtenhain, Oberweißbach, Deesbach et Cursdorf étaient difficiles d’accès pour les personnes et les marchandises, voire parfois inaccessibles l’hiver. Afin de les désenclaver, une desserte ferroviaire par le sud depuis Ernstthal am Rennsteig avait été envisagée, mais le projet, quoique techniquement possible, avait été abandonné compte tenu des coûts disproportionnés des travaux et de l’exploitation par rapport au service rendu. Un nouveau projet fut proposé, qui comprenait entre autres la construction d’une ligne de funiculaire de 1,351 km de long, d’une gare basse à Obstfelderschmiede, commune située sur la ligne Rottenbach – Katzhütte, d’une cabine voyageurs, d’une plateforme destinée au transport de wagons à voie de 1 435 mm, d’une gare haute à Lichtenhain, et d’une ligne à voie normale de 2,635 km entre Lichtenhain et Cursdorf.

  • La grande vitesse en Espagne remise à des jours meilleurs

    La grande vitesse en Espagne remise à des jours meilleurs

    Elle est finie, l’époque des chantiers pharaoniques : avec ces mots, Ana Pastor a voulu tourner une page de la grande vitesse espagnole (lignes AVE). Devant les députés, la nouvelle ministre des Transports a, le 9 février, fait les comptes et repoussé à 2024 la réalisation de nombreux projets. Avec 40 milliards d’euros de dettes pour son ministère, l’élue du Parti populaire (conservateurs) ne pouvait qu’évoquer le (lourd) « héritage de son prédécesseur socialiste ». Ce chiffre inclut 20,7 milliards pour le ferroviaire, dont 14,6 pour Adif (le RFF espagnol), 5,2 milliards pour l’opérateur Renfe et 530 millions pour les voies étroites Feve. Et il faudrait 28,1 milliards simplement pour mener à terme les chantiers amorcés. Cependant, Renfe, qui perd quelque 120 millions par an (même avec la subvention d’Etat de 660 millions pour le service public), a réussi en 2011 à renverser la vapeur : pour la première fois depuis 2008, la tendance est à la hausse du trafic avec 468 millions de voyageurs transportés (+ 3 %) et 17,3 millions de tonnes de fret (+ 7,8 %).
    Les parlementaires attendaient Ana Pastor sur les grosses opérations ferroviaires en cours : elle s’est montrée rigoureuse, mais toujours ambitieuse pour le rail. Et d’esquisser un « Plan des infrastructures, des transports et du logement » (Pitvi) sur la période 2012-2024, financé par le budget d’Etat, les fonds européens et la participation du secteur privé via des partenariats public-privé (PPP). Si 20 milliards vont à la route, la voie ferrée obtient la plus grosse part avec trois objectifs : achever le réseau à grande vitesse (25 milliards), améliorer les lignes conventionnelles et la qualité des services de banlieue (1,5 milliard par an).
    Suit une longue liste que ne désavouerait pas José Blanco, l’élu socialiste de Galice qui précéda Ana Pastor aux commandes. Ainsi figurent des lignes à terminer : Madrid – Galice pour 8,5 milliards, Madrid – Asturies (1,7 milliard), Valladolid – frontière française avec le Y basque (4,3 milliards), le corridor Méditerranée depuis Alméria pour 6,5 milliards, y compris Barcelone – Figuerès, la liaison avec le Portugal (2,6 milliards), etc. D’autres chantiers sont confirmés, qui n’en sont parfois qu’au stade des études, comme Palencia – Santander.
    Mais, dans tous les cas, la première mouture du Pitvi évite le moindre calendrier précis. Le chiffrage et les échéances devraient être à l’ordre du jour d’un conseil des ministres en juillet prochain : « Basé sur l’examen rigoureux des nécessités de la société espagnole, il fixera (alors) les priorités et un programme à l’horizon 2024. » Malgré un grave contexte économique et un changement de majorité politique, l’Espagne ne remet pas en cause son modèle économique de grande vitesse ferroviaire. Simplement, elle étale dans le temps des projets qui restent pour l’essentiel les mêmes. Rappelons que le plan du gouvernement Zapatero voulait 10 000 km de lignes à grande vitesse ou « à prestations élevées » pour 2020.
    A l’inverse, des consultants ou des universitaires pointent ce qui leur paraît être des investissements injustifiés ou des opérations peu rentables. A côté de travaux menés par des laboratoires catalans d’économie des transports, la fondation Sustrai Erakuntza, issue de l’Université du Pays basque (UPV-EHU) a rendu publique son analyse cet automne, lors du lancement du chantier de la grande vitesse en Navarre.
    L’étude compare le trafic par ligne et les ratios retenus par la Commission européenne. Sauf cas exceptionnel, « une demande de 9 millions de voyageurs est probablement le minimum nécessaire pour justifier une nouvelle ligne AVE » en tenant compte du temps gagné et des coûts de construction. Ce dernier point fait qu’en Espagne « ce seuil de rentabilité peut être abaissé entre 6 et 8 millions de passagers par an ». Or les lignes AVE sont loin de cette demande minimale recommandée : « Barcelone – Madrid transporte 5,7 millions de personnes en année pleine. Madrid – Séville a une moyenne de 2,79 millions par an. » Et Alejo Etchart, Roberto Bermejo et David Hoyos de conclure : « Aucune ligne à grande vitesse en Espagne n’est économiquement rentable. » Après la construction, chacune requiert en permanence des subventions publiques, vu l’offre de trains mise en place et les coûts de maintenance.
        

    Michel GARICOÏX

  • Le gouvernement approuve le projet de LGV Londres-Nord

    Le 10 janvier, Justine Greening, secrétaire d’Etat britannique aux Transports, a annoncé que le gouvernement a approuvé le projet de deuxième ligne à grande vitesse britannique (HS2, pour High Speed 2), destinée à relier Londres et Birmingham, Leeds et Manchester, dans le nord-ouest de l’Angleterre et à se connecter avec le réseau classique plus au nord. Cette ligne nouvelle autorisée à 250 mph maximum (400 km/h) doit être construite en deux phases, en commençant par une section de 225 km qui doit être terminée en 2026. Outre une relation entre Londres et Birmingham (170 km) en 45 minutes (contre 1 heure 24 actuellement), cette première étape verrait l’établissement d’un raccordement entre la HS2 et la HS1, qui relie déjà Londres au tunnel sous la Manche. Puis, lors de la deuxième étape, qui devrait être achevée d’ici 2033, la HS2 devrait être prolongée au nord vers Manchester et Leeds, alors qu’au sud une branche serait ouverte vers l’aéroport de Heathrow. Tout ceci à condition que le projet soit approuvé par le Parlement, fin 2013. La consultation officielle pourrait alors débuter début 2014, le tracé final devant être fixé fin 2014.
    Ce projet ne fait toutefois pas l’unanimité, en particulier chez les 172 000 personnes habitant à proximité du tracé ou de la part des défenseurs de l’environnement. Pour informer les résidents, le ministère britannique des Transports (DfT) a organisé une campagne sur le terrain. Et en réponse aux écologistes il a été annoncé que 36 km au total seraient en tunnel, contre 23 km prévus auparavant, au nord-est de Londres. Quelques réserves ont été émises par des acteurs de la vie économique britannique, qui tiquent devant un total de quelque 32,7 milliards de livres (40 milliards d’euros) pour une rentabilité incertaine (en particulier la desserte de Heathrow). Mais la plupart des décideurs d’outre-Manche accueillent favorablement un investissement qui fournira du travail et modernisera un réseau d’infrastructures qui devrait être saturé en 2025. Appelée à capter 4,5 millions de voyages annuels par avion et 9 millions de voyages par la route, en plus des voyages par le rail en constante augmentation depuis quinze ans, la HS2 est également le seul grand projet épargné par les mesures d’austérité du gouvernement Cameron…

    Patrick LAVAL

  • Suède : Lund prépare la voie pour le tramway

    Suède : Lund prépare la voie pour le tramway

    D’ici une décennie, les agglomérations de Malmö, Helsingborg et Lund, du côté suédois du détroit de l’Öresund, devraient être passées au tramway. Si les deux premières font partie de la douzaine de villes suédoises à avoir eu un tram par le passé, ce serait une première pour la ville universitaire de Lund. Ces trois villes se situent dans l’ouest de la Scanie (en suédois, Skåne), la région la plus méridionale de Suède, re-formée en 1997 par la fusion de ses deux anciens départements. Cette région compte au total 1,2 million d’habitants, soit une densité de population de 106 habitants/km2 contre 22 dans le reste de la Suède. La partie ouest de la Scanie est la troisième région urbaine de Suède et forme la moitié est de la région de l’Öresund, la moitié ouest étant formée par Copenhague et ses environs, au Danemark. Globalement, la Scanie est en pleine expansion, de même que les déplacements domicile – travail sur son territoire, avec une augmentation plus rapide des voyages effectués en transports publics qu’en voiture individuelle. Au cours des dix années qui ont suivi l’ouverture du lien fixe de l’Öresund avec Copenhague, en l’an 2000, la fréquentation des trains régionaux a doublé. Ces dernières années, l’augmentation annuelle a été de l’ordre de 15 %. La fréquentation des bus augmente également, mais pas au même rythme. Dans son rapport Tågstrategi 2037 (stratégie ferroviaire 2037), l’autorité organisatrice régionale Skånetrafiken estime que la fréquentation des trains devrait augmenter de 6 % par an jusqu’en 2037, soit un passage de 33 millions de voyageurs en 2007 à 180 millions par an en 2037. A cette date, 30 des 33 communes de Scanie devraient être desservies par le rail, en train régional (Pågatåg)… ou en tramway. Depuis plusieurs années en effet, cinq projets de tram ont été identifiés dans la région : des lignes urbaines à Malmö, Helsingborg et Lund, ainsi que les liaisons périurbaines Helsingborg – Höganäs et Lund – Dalby. Et à l’automne 2008, une évaluation socio-économique des tramways envisagés dans les trois villes a montré que le bénéfice de ces projets était deux fois plus important que le coût d’investissement. Dans quel cadre organiser la création de ces lignes de tramway, qui formeront les premiers « nouveaux » réseaux de Suède ? En effet, la situation est assez inédite dans le pays, où l’établissement de lignes de tram s’est résumé ces dernières décennies à des prolongements sur les réseaux anciens de Göteborg et Norrköping ou à l’ajout de deux lignes à Stockholm. Il a été proposé que chaque commune ou association de communes desservies par tramway soit propriétaire et gestionnaire de l’infrastructure, y compris les voies, les dépôts et l’alimentation électrique. Chaque commune devrait supporter les investissements en la matière, avec des subventions de l’Etat pouvant atteindre une fourchette de 50 à 75 %, le pourcentage étant plus élevé pour les lignes périurbaines que pour les lignes urbaines. La région serait quant à elle autorité organisatrice des transports, avec la responsabilité de l’exploitation et de l’achat des véhicules nécessaires, comme c’est déjà le cas pour les trains régionaux Pågatåg. La région couvrirait également les coûts d’exploitation et de maintenance des véhicules. A condition que les tramways soient introduits sur les lignes qui ont vraiment besoin de grande capacité, les coûts d’exploitation (véhicules compris, mais sans la maintenance des infrastructures) ne devraient pas être plus élevés qu’avec une exploitation par autobus. Du moins en considérant qu’un tramway remplace deux autobus, même si le tramway implique un coût d’investissement élevé.
     

    Lund : un tram pour la ville de demain


    Venons-en à Lund, ville lauréate de notre Grand prix européen de la mobilité. Parmi ses efforts de longue date, figure la ligne de bus à haut niveau de service Lundalänken (littéralement « le lien de Lund »), qui relie depuis 2003 le centre-ville à Brunnshög, en périphérie, et à la localité voisine de Dalby. A Lund, qui compte sur son territoire quelque 110 000 habitants dont environ 85 000 en centre-ville, la question d’un transport léger sur rail s’est posée à la fin des années 1980, même si sa population semblait un peu trop petite pour établir un nouveau tramway. « Nous ne construisons pas pour la ville de Lund d’aujourd’hui, mais pour celle de demain, qui comprendra entre autres de nouveaux quartiers dans le nord-est », répond Christian Rydén, chef de la planification des transports de la ville, ajoutant que les projections indiquent 140 000 habitants en 2025. De plus, 30 000 personnes viennent y travailler chaque jour et 20 000 de ses habitants ont un emploi ailleurs. Parmi les grands employeurs à Lund, on trouve par exemple l’université de Lund, l’Ecole supérieure des techniques de Lund (LTH) ou encore l’hôpital universitaire de Scanie.
    Dans le nord-est de Lund (Lund NE), s’ajouteront d’ici quelques années le centre de recherche ESS (European Spallation Source) et le synchrotron MAX IV. L’ensemble forme un projet majeur de développement urbain concernant 50 000 personnes, employés ou habitants, à 3 km du centre-ville. Ces centres de recherche attireront probablement d’autres nouvelles entreprises, augmentant ainsi le nombre de voyageurs quotidiens.
    Ce nouveau secteur présentera une densité comparable à celle du centre-ville et il est impensable que l’automobile y soit le moyen de transport de base. « Des rues à deux fois quatre voies, ce n’est pas tellement attractif », trouve Christian Rydén. Mais alors, quels moyens de transport y offrir, qui soient à la fois rapides, pratiques et respectueux de l’environnement ? Christian Rydén estime que le transport public doit être la solution pour les trajets plus longs, tandis que pour les plus courts, le vélo et la marche sont préférables. Un tiers des voyages devraient être effectués en voiture au grand maximum et au moins un tiers par les transports publics. Le nouveau tramway devra structurer l’offre en transports publics, complétée par des bus. Car aujourd’hui, un autobus bondé quitte la gare centrale de Lund toutes les 2-3 minutes pour l’hôpital et la LTH. La fréquentation de la ligne de BHNS Lundalänken, qui a ouvert en 2003, a doublé au cours des cinq premières années et se chiffre actuellement à quelque 6 000 voyageurs par jour. Et les développements prévus le long de cette ligne nécessitent le passage à une plus grande capacité de transport, cette fois sur rail. Il est prévu que l’arrivée du tramway à Lund se fera en trois étapes. La première (5 km) part de la gare centrale de Lund et continue vers l’hôpital universitaire de Scanie, traverse la LTH et le parc scientifique Ideon, avant de rejoindre Lund NE/Brunnshög et les futurs centres de recherche MAX IV et ESS. La deuxième étape sera une ligne de Brunnshög en direction sud-est, vers Dalby, à 16 km du centre de Lund. A la gare rouverte de Dalby, sera établie une correspondance avec la ligne de chemin de fer vers Simrishamn, dont la reconstruction est prévue. Enfin, la troisième étape porte sur l’établissement d’une ligne de tramway entre la gare centrale de Lund et Staffanstorp, direction plein sud, après traversée du centre-ville, où les rues sont parfois très étroites. Pour la première étape, sept ou huit tramways de 30 m de long suffiront. Mais au bout de la troisième étape, quelque 25 trams seront nécessaires. La construction des premières étapes devrait se faire dans de bonnes conditions, vu qu’elles reprennent en grande partie le tracé du BHNS Lundalänken, dont le profil, les rayons de courbure et le gabarit ont été étudiés pour en permettre la conversion en ligne de tram. La ligne sera principalement construite sur des terrains municipaux. L’Académie et la région de Scanie sont les deux principaux propriétaires le long du tracé. L’avant-projet détaillé de la première étape du tramway a été lancé en septembre dernier et doit être prêt pour 2012. « Aucune décision de financement n’a encore été prise, mais nous supposons que ceci sera réglé avant l’été 2012 », explique Christian Rydén. Les phases suivantes seront les appels d’offres et le lancement de la construction en automne 2013, ce qui permettrait de mettre en service le tramway fin 2015. « Ces délais sont courts, mais nous travaillons avec ce calendrier, ce qui permet aussi de garder un rythme élevé », constate Christian Rydén. La distribution des rôles n’est encore pas tout à fait figée, mais l’idée directrice est que la ville de Lund traite les appels d’offres concernant les installations fixes liées au tram et en soit ensuite responsable. Le coût de ces installations pour les cinq premiers kilomètres a été estimé à 640 millions de couronnes (70 millions d’euros) sur le milliard de couronnes (110 millions d’euros) que devraient coûter les deux premières étapes (la deuxième étape reprenant le tracé de Lundalänken, qui a déjà coûté 180 millions de couronnes, soit 20 millions d’euros). Quant aux tramways, ils seront acquis par la région de Scanie, qui sera ensuite responsable du matériel roulant. Le responsable du dépôt (30 000 m2) n’a pas encore été défini, mais pourrait être le futur exploitant pour le compte de l’autorité organisatrice, à l’image des trains régionaux. Rendez-vous dans quatre ans !
        

    Thomas Johansson et Patrick Laval

     

    SPIS, un organisme régional pour le tram
    En janvier 2012 démarrera l’activité de l’organisme SPIS (Spårvagnar i Skåne, « Tramways en Scanie »”), dont les 9 salariés coordonneront les projets de tram dans la région. Le projet européen Elena participe au financement de SPIS, qui est basé à Lund.

  • Alger  : un métro pour la ville blanche

    Alger : un métro pour la ville blanche

    Aéroport Boumedienne, 29 octobre, au passage de la douane


    – « Vous êtes journaliste ? Pourquoi venez-vous ici ? Pour quel média ? Il faut le marquer sur la fiche, en toutes lettres. La Vie du Rail ? La Vie du Rail… Pour quoi faire ? »
    – « Regardez, nous sommes un groupe de journalistes. On vient pour la mise en service du métro, avec la RATP. » Instantanément, l’homme se lève dans sa guérite, retrouvant le sourire :
    – « Le métro d’Alger ? Vraiment ? Vous êtes les bienvenus. Cela fait trente ans qu’on vous attend. »


    Station des Fusillés, sur la ligne, à l’est d’Alger, le 31 octobre


    Une nuée de ballons verts, blancs et rouges, des coups de feu tirés par des cavaliers en costume de parade, des tambours et des trompettes, des musiciens de troupes folkloriques, les youyous des femmes, les enfants brandissant des portraits… Le rassemblement se veut d’exception pour accueillir Abdelaziz Bouteflika. Le Président malade, avare en sorties publiques, est venu marquer l’événement, couper le ruban avant de s’engouffrer par l’escalator avec ses ministres du Transport et de l’Intérieur, en compagnie de son jeune frère, dans une bouche de métro devenue, en quelques instants, une ruche sous haute tension. Tout au long du trajet que devait suivre le cortège présidentiel pour parvenir ce jour-là à la station des Fusillés, comme aux alentours de la station Tafourah, devant la Grande Poste, où devait ressortir la « troupe » médiatique à l’autre bout de la ligne qui suit la baie d’Alger, toute la semaine précédente, on s’était affairé et les échafaudages avaient poussé comme des champignons. Avec une mobilisation exceptionnelle d’ouvriers venus passer un coup de blanc sur les façades des bâtiments ou poser des drapeaux gigantesques sur les plus décrépis. Sans parler de la fontaine rutilante qui avait jailli face au siège de RATP El Djazaïr, là où le président devait visiter le PCC de la ligne. Et pourtant ce métro, malgré tous ces signes apparents d’arrivée imminente, peu d’Algérois osaient croire, même la veille, à son inauguration. Un scepticisme compréhensible, car le projet a presque trente ans. Les premières études techniques remontent à 1982. Pendant près de trente années, marquées par la crise économique et la chute du prix du baril, puis la « décennie noire » du terrorisme, les crises politiques, les controverses diverses, ce fut l’attente dans cette ville asphyxiée par des bouchons sans cesse accrus. En une décennie, le nombre d’habitants dans la capitale et sa périphérie a plus que doublé. De quoi globalement atteindre, même s’il est difficile d’avoir un chiffre exact, les cinq millions d’habitants. Parallèlement, avec l’ouverture ces dernières années des crédits à la consommation, on estime que le nombre de voitures a été multiplié par cinq. Une montée en puissance encouragée aussi par le coût relativement faible de l’essence dans ce pays producteur, autour de 20 centimes d’euro le litre. À part les jours fériés, ici, prendre son véhicule, c’est se garantir des heures au ralenti dans tout le centre de la « Ville blanche ». Quant aux bus privés, brinquebalants, souvent à bout de souffle et mal aimés, ils se retrouvent prisonniers de ce trafic. Ce qui n’en fait pas une véritable alternative à l’automobile.
    De quoi expliquer, sans doute, le véritable engouement pour ce métro dont certains Algérois attendent aujourd’hui peut-être trop, tant la solution miracle ne parait pas à l’ordre du jour pour désengorger la ville. Mais ce doit être un début, un premier signe fort après l’arrivée du tramway, dont une première section a été inaugurée en mai dernier. La véritable amorce de ce qui, affirme le ministre des Transports Amar Tou, deviendra en 2020 un réseau rassemblant, connectés, 40 kilomètres de métro et tout autant de tram.
    Les habitants ne demandent qu’à y croire, espérant que la conjoncture économique favorable aux pays producteurs, après avoir « boosté » les ventes d’automobiles, permettra de financer les coûteuses infrastructures de transports en commun oubliées pendant les années de crise économique et les « années noires ».

    Au PCC, 1er novembre au matin


    Pour cette inauguration de la ligne 1, jour férié anniversaire du début de la guerre d’indépendance en 1954, il était bien difficile de faire des prévisions. Alors, tout ce que RATP El Djazaïr compte de personnel opérationnel est sur le pont. À son siège, Pascal Garret, devenu directeur de la filiale locale après avoir été celui de la ligne 11 du métro parisien, tire les premiers enseignements. Plutôt rassurants. « Le premier à avoir pris le train, c’est un gamin de douze ans. C’est un bon signe. Les gens ne rechignent pas à payer. Une bonne surprise. Une mise en service réussie, c’est essentiel pour l’image de la RATP. » Aux portillons, dans les stations, des agents en gilet jaune siglé RATP El Djazaïr guident les tout nouveaux voyageurs aux tripodes, leur expliquent où mettre les tickets. Et les sourires illuminent les visages lorsque le tourniquet leur laisse le passage… Quant aux autres employés, leurs tenues vertes ornées du logo RATP ne dépayseront pas les habitués… du réseau parisien. Sur les quais, beaucoup d’enfants, très jeunes, et beaucoup de personnes âgées. « Vous savez, je suis un ancien du métro de Paris, j’ai travaillé à Montparnasse. Mais ici, c’est tellement incroyable. Regardez cette station, elle ne vous rappelle pas celle du Colonel-Fabien ? » Beaucoup multiplient les allers-retours, enchaînent les visites de stations, déambulant sur le réseau comme dans un parc d’attractions. Certains s’étonnent aussi de ne pas pouvoir en griller une dans ce métro, qui est l’un des rares espaces publics en Algérie où la cigarette est interdite. Pour le faire savoir, des panneaux sont installés un peu partout, dans les stations, dans les rames.

    Vers 10h, à la station Grande-Poste


    C’est l’affluence aux tourniquets, autour des guichets et des vendeurs à la sacoche. Une rame supplémentaire est mise en service pour faire face, en plus des huit prévues. Au fil de la journée, ce sont quatre rames de plus que prévu qu’il faudra injecter. Sans difficulté. Au soir de ce premier jour d’exploitation commerciale, marqué par une vraie ferveur populaire, le métro a déjà trouvé son public puisqu’on a comptabilisé 61 000 voyageurs payants. Mais bien davantage de visiteurs puisque, pour les plus de 60 ans et les moins de 12 ans, venus en nombre, ce jour-là le transport était gratuit. Alors que les estimations de trafic quotidien visent les 60 000 voyageurs en semaine, ces premiers chiffres reflètent l’attrait de la découverte. Et aucun incident n’a terni cette journée de fête nationale, avec son métro nommé désir en vedette incontestable. Un signe de bon augure pour les responsables de la RATP qui l’affirment : il s’agit, avec ce métro, dès la première année, de gagner de l’argent. Le ministre des Transports, Amar Tou, se veut tout aussi confiant : « Les Algérois connaissent bien le métro parisien. Avoir un partenaire connu, c’est important et cela limite les risques. Confier leur nouveau métro à la RATP, cela ne peut que les rassurer. » Avec cette mise en service, Alger est devenue la première ville du Maghreb équipée d’un métro. Et la seconde du continent africain, après Le Caire.


    Pascal GRASSART

     

    RATP Dev a déjà d’autres ambitions en Algérie

    Avec sa ligne 1 du métro parisien automatisée (voir VR&T n° 530), la RATP a sa vitrine sur le marché international des réseaux à moderniser profondément sans y interrompre le trafic. Avec la première ligne du métro d’Alger, elle se place sur le marché des nouveaux « Brics » (Brésil-Russie-Inde-Chine-Afrique du Sud), pays émergents à fort potentiel qui, selon les termes de Pierre Mongin, patron de la RATP, « réalisent qu’ils vont devoir effectuer leur révolution urbaine ». L’Algérie devrait en faire partie, qui enregistre une croissance annuelle proche des 4 % et connaît une urbanisation à grande vitesse. Pour Pierre Mongin, « Alger est très emblématique de notre stratégie. Le métro coche toutes les cases. » C’est en 2007 que RATP Dev est retenue par l’Entreprise du métro d’Alger (EMA) pour assurer l’exploitation et la maintenance de la première ligne du métro algérois. Montant du contrat, signé par Pierre Mongin en présence des présidents Nicolas Sarkozy et Abdelaziz Bouteflika : 130 millions d’euros. Il faisait suite à l’appel d’offres lancé par l’EMA auprès de cinq groupes de dimension internationale, Keolis, Veolia Transport, Métro de Madrid, Métro de Rome et RATP Dev. Ses principaux atouts : son expérience d’opérateur multimodal et sa capacité à former le personnel exploitant.
    En 2009, une filiale locale est créée, RATP El Djazaïr. Après la phase de préexploitation, elle assure pour huit ans – et un contrat renouvelable de 130 millions d’euros – l’exploitation et la maintenance de la ligne. Elle bénéficie du concours de deux sous-traitants, Siemens France pour le système d’aide à l’exploitation CBTC, et CAF pour l’entretien du matériel roulant. Les perspectives sont attractives : déjà, après les 8,5 premiers kilomètres de ligne, trois extensions sont annoncées, deux à partir de Grande-Poste et une vers l’est, après Haï El Badr. Selon le ministre algérien des Transports, Amar Tou, deux prolongements devraient être mis en service en 2015. Au-delà du métro, RATP Dev espère s’impliquer dans un marché des transports algériens en plein développement, pour « apporter son savoir-faire d’opérateur multimodal ». En ligne de mire, le tram Alstom, mis en service par la Régie des transports d’Alger sur une portion de ligne en mai dernier et qui doit être interconnecté avec le métro au printemps prochain. Après deux appels d’offres infructueux, auxquels avaient répondu Veolia, Keolis et la RATP, le contrat d’exploitation pourrait prochainement être conclu dans le cadre d’un marché de gré à gré. Et la RATP, la seule à avoir répondu, serait bien placée pour l’emporter. De quoi lui permettre de devenir le premier opérateur multimodal à Alger. Enfin, au-delà d’Alger, comme nous l’a confirmé Amar Tou, ce sont plus de 17 projets de tramway et un projet de métro, à Oran, qui sont en cours.     

    Pascal GRASSART

     

    Le métro en quelques chiffres

    Longue de 8,5 km, la ligne dessert dix stations entre la Grande Poste et le quartier Haï El Badr, au sud-est, et six communes. L’équipement de cette ligne souterraine a été confié à un groupement compsé des sociétés Siemens France (leader), Vinci Construction Grands Projets. et CAF. Siemens France a fourni la signalisation, les automatismes d’aide à la conduite, les télécommunications, la voie, l’électrification, la billettique et le PCC. Vinci Constructions a réalisé notamment le génie civil, les aménagements architecturaux des stations, les escalators, la ventilation et le système de désenfumage du tunnel et des stations. Les 14 rames, conçues par le constructeur espagnol CAF, comptent six voitures climatisées. La disposition longitudinale des sièges permet d’optimiser l’espace avec une densité maximale moyenne de six passagers par mètre carré contre quatre à Paris. Chaque rame peut donc transporter 1 300 voyageurs. Selon le contrat, le métro doit pouvoir transporter 250 000 voyageurs par heure en période de pointe. RATP El Djazaïr compte 400 salariés. 86 % du personnel d’exploitation a moins de 35 ans et, à court terme, la quasi-totalité du personnel sera algérien. 400 agents de police doivent assurer la sécurité, dont 8 présents en permanence dans chaque station. Une centaine de salariés de sociétés prestataires assurent le nettoyage des trains et des stations, ainsi que le gardiennage des installations. Le service est assuré de 5h à 23h, avec des intervalles de 3 mn 20 aux heures de pointe et de 5 mn aux heures creuses, sept jours sur sept. La gestion des circulations est assurée grâce au PCC, poste de commande centralisée, qui gère le mouvement des trains, la régulation du trafic, la surveillance des stations et des équipements, le contrôle de l’énergie. Le coût total du projet est estimé 1,2 milliard de dollars, soit près de 900 millions d’euros.

     

    50 dinars, le prix contesté du ticket

    Cher ou pas, le prix du ticket à 50 dinars, soit environ 0,50 euro, alors que le salaire minimum est aux alentours de 150 euros ? Dans la presse algéroise, le sujet a fait polémique à la veille de l’inauguration de la ligne. De quoi inciter le ministre à monter au créneau pour préciser qu’avec l’abonnement mensuel, 18 euros, le prix du trajet représente plutôt 35 dinars. Et de souligner que le prix coûtant du trajet représente 84 dinars. Parallèlement, un titre métro-tram, voire bus, devrait être proposé… prochainement.

  • Obama redistribue les subventions du TGV de Floride

    Obama redistribue les subventions du TGV de Floride

    L’administration Obama n’en démord pas. Malgré les coups de boutoirs des républicains, désormais majoritaires à la Chambre des représentants, elle a réaffirmé sa « vision » d’un réseau national de trains à grande vitesse desservant 80 % de la population américaine dans vingt-cinq ans. Le secrétaire aux Transports, Ray LaHood, a triomphalement annoncé le 9 mai qu’il distribuait 2,02 milliards de dollars pour la modernisation des chemins de fer. Cette somme vient des 2,4 milliards que le même LaHood avait donnés pour la grande vitesse en Floride et que le gouverneur de l’Etat Rick Scott lui a rendus quand il a enterré le projet en février… avant que le Congrès ne récupère 400 millions au passage début avril pour faire des économies (de même qu’il a supprimé les crédits supplémentaires prévus pour 2011).
    La manne fédérale est répartie entre 22 projets concernant 15 Etats. C’est le « Corridor nord-est » (Washington – Philadelphie – New York – Boston), notoirement surchargé, qui en récupère la plus grande part, avec 795 millions de dollars. Ceux-ci seront surtout consacrés à des renforcements de capacité à New York et à l’aménagement d’une quarantaine de kilomètres parcourables à 260 km/h. Dans le Midwest, 404 millions doivent permettre d’améliorer les liaisons Chicago – Detroit et Chicago – Saint Louis. La Californie recevra 300 millions de plus afin de porter à 220 km la longueur du premier tronçon de ligne à grande vitesse construit dans la Central Valley, tandis que le Texas aura 15 millions pour étudier un TGV entre Dallas et Houston. Enfin, 336 millions sont destinés à l’achat de matériel roulant « high-tech », destiné à la Californie et au Midwest. Il devra être produit aux Etats-Unis.    

     

    F. E.

  • Chine : la grande vitesse en question

    Chine : la grande vitesse en question

    A partir du mois de juillet, les trains à grande vitesse chinois seront limités à 300 km/h, alors qu’ils atteignent parfois 350 km/h, a déclaré le 14 avril le nouveau ministre des Chemins de fer, Sheng Guangzu, dans une interview au Quotidien du peuple. « Il y aura des trains directs, d’autres marqueront des arrêts dans chaque région, et il y aura le choix entre deux prix pour satisfaire les besoins de tous les usagers », a proclamé le ministre. Les travailleurs migrants ont du mal à s’offrir des TGV de plus en plus chers et sont obligés de se rabattre sur des trains lents de plus en plus rares. Cette mesure doit permettre aussi de renforcer la sécurité des trains. La Chine possède le premier réseau de lignes à grande et très grande vitesse au monde, long de 8 358 km. Le réseau doit être étendu à 13 000 km en 2012 et à 16 000 km en 2020. La ligne Pékin – Shanghaï, 1 300 km, qui doit ouvrir en juin, devait être circulée à 350 km/h, comme sur celle déjà ouverte entre Wuhan et Canton. Au total, la Chine va investir entre 2011 et 2015 quelque 2 800 milliards de yuans (296 milliards d’euros) pour construire environ 30 000 km de lignes de chemin de fer, selon le ministre.
        

    (D’après AFP)

  • Pérou : Lima veut rattraper  le temps perdu

    Pérou : Lima veut rattraper le temps perdu

    Quand Alan Garcia a annoncé en 2009 la reprise des travaux du « train électrique », tel qu’on le nomme à Lima, la nouvelle a été accueillie avec un mélange de surprise, de méfiance et d’humour. Personne n’avait oublié l’échec de sa première tentative, dans les années 80, de créer un système de transport massif surélevé. Les neuf premiers kilomètres de rail construits sont restés suspendus au-dessus de la ville comme un rappel constant. C’est donc un geste symbolique que le président péruvien a réalisé en rouvrant ce chantier vingt ans plus tard. Mais surtout un geste de bon sens, dans une mégalopole qui compte uniquement sur ses routes pour transporter ses 8 millions et demi d’habitants.


    A Lima, se déplacer est une lutte. Le transport public dépend presque entièrement d’entreprises privées, générant un trafic gigantesque sur tous les axes de Lima aux heures de pointe. 35 000 bus et minibus, sans compter plus de 20 000 non autorisés, se partagent les 652 lignes de la métropole. Et à cela s’ajoutent quelque 330 000 taxis. Des chiffres et une pollution qui font facilement tourner la tête et qui nuisent gravement à Lima et au Pérou. Tout autant que le temps perdu dans les transports, puisqu’il faut entre une heure et demie et deux heures pour traverser la ville. Selon l’ONG Luz Ambar, ce chaos coûterait environ un milliard de dollars par an. Pour une ville qui rêve de modernité et de devenir un centre majeur en Amérique du Sud, le développement d’un système de transport massif reste incontournable. La mairie de Lima a posé une première pierre en créant l’année dernière un TCSP, le Metropolitano, semblable au TransMilenio de Bogota (Colombie). Il s’agit d’un couloir nord – sud sur 26 km, parcouru par des bus articulés. Sauf que seulement six mois après son lancement le service était déjà saturé.


    L’idée d’un métro à Lima remonte bien avant les années 80. Dès 1965, la municipalité avait commandé une étude au suédois Traffikkonsult AB sur la viabilité d’un métro souterrain. Cela faisait suite à la suppression par le gouvernement du tramway, sur fond de mauvaise gestion et de conflit social avec les employés. Les experts avaient conclu qu’il était plus que nécessaire d’implanter un métro avant 1985, sinon la situation deviendrait ingérable. Et encore, leurs évaluations sous-estimaient la vague migratoire venue des zones rurales qui frapperait Lima. Depuis cette époque, plusieurs études ont recommandé la création d’un métro. Mais l’instabilité politique et le manque de moyens et de volonté ont eu raison à chaque fois de ces programmes, favorisant plutôt le développement du transport routier. Alan Garcia, en 1986, a donc été le premier à mettre en œuvre ce type de projet. Il crée une autorité du « train électrique », la Autoridad Autonoma del Tren Eléctrico (AATE). L’idée est de construire un rail surélevé, moins coûteux et moins complexe dans un sol au fort risque sismique. Mais l’hyperinflation et la crise économique auront raison de son gouvernement et de son métro, laissant l’œuvre inachevée.


    Les gouvernements qui suivront abandonneront le projet, en grande partie pour des raisons politiques. « Ils ne voulaient pas donner du crédit à Alan Garcia », explique Neydo Hidalgo, historien spécialiste des questions d’électricité. Pour les ingénieurs impliqués, la traversée du désert commence. « Nous étions toujours sur le projet, mais il n’y avait aucune volonté et surtout aucun financement », se rappelle Walter Arboleda, coordinateur des travaux à l’époque. « Nous ne faisions qu’attendre. »
    En 2001, la municipalité de Lima a pris le contrôle de l’AATE et a tenté de se servir des rails existants pour créer un système de transport incluant métro et bus approvisionneurs avec un ticket unique. Mais l’expérience tournera court seulement six mois plus tard, faute de rentabilité.
    Revenu au pouvoir malgré l’échec de son premier gouvernement, Alan Garcia a promis en milieu de mandat la relance des travaux du métro avec 11 km supplémentaires, reprenant exactement là où ils s’étaient arrêtés. « Ce qui avait été fait avant nous a servi de point de départ et nous avons ensuite appliqué toutes les mises à jour », raconte Oswaldo Plasencia, directeur exécutif de l’AATE, revenue dans le giron du ministère des Transports. « Grâce à la modernisation de la technologie, nous n’avons eu besoin que d’un an et demi pour réaliser ce qui aurait pris quatre ans à l’époque. »
    Cet aspect est très important, puisque le Président a insisté plus que tout sur la vitesse d’exécution de l’œuvre. 5 000 ouvriers ont travaillé sur le chantier jour et nuit. « Sans le moindre accident invalidant », se félicite Oswaldo Plasencia. Le gouvernement a par contre connu plus de difficultés sur la commande de trains. L’AATE ne dispose à ce jour que de cinq trains, ceux achetés pendant la première phase. Pourtant, le ministre des Transports s’est rendu en personne au Japon début 2010 pour négocier l’achat de plusieurs trains d’occasion. Mais n’étant pas d’accord sur le calendrier de livraison, rien n’a été signé.


    Cela pousse certains à critiquer l’empressement du gouvernement pour finir ce projet. « Le Président veut uniquement venir, se faire prendre en photo, puis repartir », regrette l’architecte urbaniste Harry Max Leon, qui a étudié le projet au cours de ses deux phases. Le fait est qu’avec seulement cinq trains pour assurer des allers-retours sur une vingtaine de kilomètres, dont un obligatoirement en réserve, le service sera vite saturé. La commande de trains revient maintenant à Consorcio Tren Electrico Lima, le concessionnaire en charge des opérations après l’inauguration du métro. Gonzalo Ferraro, responsable de l’infrastructure chez Graña y Montero, l’une de deux entreprises associées, explique que « des négociations sont en cours pour acheter les 19 trains qui manquent, mais il faudra un an et demi environ avant que la commande puisse être traitée ». Lorsque tout le matériel roulant sera disponible, le métro pourra satisfaire les besoins de 200 000 à 300 000 personnes. En attendant, le chaos continue à Lima.


    Cédric sanchez

     

    Cinq rames pour 20 km de ligne

    La construction des 20 km de rail de la ligne 1 qui sera inaugurée en juillet s’est donc faite en deux temps. Aux 9,2 km bâtis entre 1986 et 1990, s’ajoutent 11 km, qui permettront d’unir le quartier périphérique de Villa el Salvador au centre de Lima, pour un coût total de 520 millions de dollars.
    Pour le moment, le métro de Lima ne dispose que de cinq trains, achetés dans les années 90 à l’entreprise italienne Ansaldo Trasporti. Ce sont des ensembles de six voitures, dont quatre voitures motrices, semblables aux MB300 de la ligne B du métro de Rome. Selon le directeur exécutif de l’Autoridad Autonoma del Tren Eléctrico (AATE), Oswaldo Plasencia, il s’agit de trains
    « neufs-anciens », puisqu’ils sont actuellement modernisés, notamment au niveau des résistances de puissance et avec l’implémentation d’air conditionné.
    L’AATE, qui dépend du ministère des Transports, est l’organisme qui a élaboré les plans et supervise la construction, mais les opérations en elles-mêmes sont réalisées par des entreprises concessionnaires.
    Pour la construction des rails, l’Etat a fait appel à un consortium formé par les brésiliens d’Odebrecht (66 %) et Graña y Montero, numéro un du bâtiment au Pérou. En ce qui concerne la gestion du système final, l’appel d’offres réalisé en février a été remporté par Graña y Montero encore, en collaboration avec l’argentin Ferrovias. Ils auront à charge notamment l’expansion de l’atelier de réparation actuel et la création d’un entrepôt moderne pour l’entretien des 24 trains que comptera à terme la ligne 1 du métro.


    Le métro en quelques dates

    • 1965 : Première étude de faisabilité, menée par l’entreprise suédoise Traffikkonsult AB.
    • 1972 : Deuxième étude, menée par le consortium « Metrolima » et acceptée par le gouvernement militaire. Le projet sera finalement abandonné sur fond de crise politique et institutionnelle.
    • 1986 : Début du « train électrique » actuel, sous l’impulsion du gouvernement d’Alan Garcia.
    • 1990 : Fin du gouvernement Garcia, crise économique et arrêt du financement des travaux, interrompus en plein milieu.
    • 2009 : Alan Garcia, revenu au pouvoir, annonce la réouverture du chantier.
    • Décembre 2010 : Signature d’un décret implémentant la création d’un réseau de métro de cinq lignes sur toute la métropole.
    • 11 juillet 2011 : Date prévue d’inauguration de la première ligne du métro de Lima.

     

    Walter Arboleda, responsable des travaux :
    « Nous avons patienté et continué à travailler sur le projet »

     

    Ville, Rail & Transports : Comment vit-on l’arrêt d’un projet d’une telle envergure, alors qu’il est en pleine construction ?
    Walter Arboleda : Nous avons connu beaucoup de difficultés et beaucoup de désillusions au cours de toutes ces années. Je fais partie de ceux qui ont cru à ce projet dès le début et nous nous sommes toujours efforcés de le voir un jour aboutir. Lorsque les travaux se sont arrêtés dans les années 90, avec le gouvernement d’Alberto Fujimori, nous n’imaginions pas forcément que la pause serait si longue. Nous avons donc patienté et continué à travailler dessus.
    Pour mieux faire connaître notre œuvre, nous avons organisé des opérations auprès du public, qui pouvait voyager gratuitement dans le train. Puis en 2001, lorsque l’AATE est passé sous le contrôle de la municipalité de Lima, nous avions espoir que tout allait reprendre. Dans un premier temps, la mairie a mis en place un système de transport incluant à la fois le train électrique et des bus, avec un ticket unique à 1,20 soles (environ 0,30 euro). Le train entrait donc enfin en fonctionnement, mais nous avons vite dû arrêter au bout de six mois, puisque ce n’était pas assez rentable sur une simple portion de 9 km, qui plus est dans une des extrémités de la ville.


    VR&T : Pourquoi, selon vous, ce projet s’est-il retrouvé bloqué si longtemps ?
    W. A. : Malheureusement, c’est une question avant tout politique, puisque les études menées en amont étaient sérieuses. Il y a eu comme un divorce entre la partie politique et technique. Il n’y avait pas de financement pour le métro. Mais surtout il n’y avait aucune volonté.


    VR&T : C’est une grande victoire alors que de voir le train bientôt en fonctionnement…
    W. A. : Oui, parce que nous nous sommes énormément investis. Je dirais que c’est une question d’amour du maillot, du projet, et un espoir qui ne nous a jamais totalement quittés. Aujourd’hui, c’est comme si l’on voyait naître notre bébé.     

     

    Propos recueillis par Cédric sanchez

     

    Les futures lignes seront souterraines

    En décembre 2010, le Président Alan Garcia a fait promulguer un décret prévoyant la création d’un réseau de métro de cinq lignes sur l’ensemble de la métropole de Lima et Callao. Pour l’instant, les tracés sont uniquement indicatifs, puisque toutes les études n’ont pas encore été menées. La ligne 2,
    qui traversera la ville d’est en ouest, est encore en phase d’élaboration, et le début des travaux est prévu pour l’an prochain. Cette fois, les autorités prévoient la création de lignes majoritairement souterraines. Avant cela, l’objectif est de terminer la ligne 1, reliant le sud-est et le centre-ville au très dense quartier de San Juan de Lurigancho, dans le nord-est de Lima. Il s’agit d’une rallonge de 13 km, dont la construction sera décidée via un appel d’offres qui se fera entre fin mars et début avril.

  • Les économies sur Crossrail pourraient retarder d’un an le projet

    Quoique « prioritaire » pour le DfT (ministère des Transports britannique), le projet londonien Crossrail n’échappe pas aux mesures d’austérité prises outre-Manche. Chiffré à 16 milliards de livres (18 milliards d’euros), ce projet de RER est – ouest, dont les travaux doivent commencer l’an prochain dans le centre de Londres, a récemment fait l’objet de modifications visant à en réduire le coût global. Déjà, l’étude portant sur la gare de Whitechapel a été entièrement refaite et la gare de Canary Wharf sera moins importante que prévu à l’origine. Mais il est en outre demandé aux ingénieurs où d’autres économies importantes seraient possibles. Autant de nouvelles études qui devraient reculer d’un an la date d’achèvement du projet, craint-on en interne. Actuellement, l’ouverture de Crossrail est prévue pour 2017.