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Étiquette : Réseaux
Medvedev organise la grande vitesse russe
Le président russe Dmitri Medvedev a signé un décret « sur les mesures visant à l’organisation du réseau de transport ferroviaire à grande vitesse en Russie ». Un document qui enjoint le gouvernement russe d’adopter des mesures concernant les recommandations techniques, les exigences de sécurité… En outre, le président de RZD, Vladimir Yakounine, a fait remarquer que le train à grande vitesse Sapsan, qui assure la desserte Moscou – Saint-Pétersbourg depuis décembre 2009, bénéficie d’un taux de remplissage de 90 et 100 %.
New-York : un réseau gigantesque, entre rêve et réalité
Avec 8,4 millions d’habitants, New York n’a jamais été autant peuplée. L’aire urbaine, qui s’étend sur quatre Etats (New York, New Jersey et une partie du Connecticut et de la Pennsylvanie), en rassemble près de 22 millions. Si la voiture est bien sûr reine en périphérie, les transports en commun assurent la majorité des déplacements vers l’île de Manhattan (1,6 million d’habitants), le cœur incontesté de l’agglomération. A l’ouest, c’est essentiellement NJ Transit, l’agence publique du New Jersey, qui transporte les commuters. Au centre, au nord et à l’est, c’est-à-dire en ville et dans les parties de New York et du Connecticut de l’agglo, les transports publics sont organisés par la Metropolitan Transportation Authority (Autorité métropolitaine des transports, MTA). Dépendante de l’Etat de New York, celle-ci transporte plus de 8,8 millions de personnes par jour. Elle contrôle notamment les trains de banlieue du Long Island Rail Road (LIRR) et de Metro-North, 378 lignes de bus et bien sûr le métro (New York City Subway). S’étendant sur 369 km, ce dernier comprend 23 lignes et trois services de navettes. Une bonne partie d’entre elles fonctionne 24 heures sur 24. Quand bien même les autorités locales ont réussi à mobiliser des milliards de dollars pour les grands projets du moment – ou du moins les premiers milliards nécessaires à les lancer, les financements desdits projets n’étant pas formellement bouclés –, elles ont en ce moment bien du mal à faire face au quotidien. Et on a beaucoup parlé d’économies, ces dernières semaines, au siège de la MTA. Son nouveau patron, Jay Walder, qui arrive tout juste de Londres, doit rapidement combler un trou de 400 millions de dollars (plus de 290 millions d’euros) dans son budget 2010, dû à une réduction des subventions de l’Etat et à une baisse des entrées fiscales pour cause de crise. Parmi les mesures évoquées, les étudiants devraient perdre leurs réductions et quelques lignes de bus seraient supprimées. Plus visibles sur les plans, deux lignes de métro (les M et W) doivent disparaître ; elles seraient partiellement remplacées par trois autres lignes, détournées pour l’occasion. Les arbitrages définitifs seront rendus au printemps. Particularité des propositions de la MTA : la ligne Q serait prolongée de Manhattan vers le Queens pour se substituer à la W. Or, c’est elle qui devait être envoyée dans le nouveau tunnel de la 2e Avenue… Mais on aura largement le temps de voir venir d’ici à l’achèvement de ce dernier, pas avant la fin 2016, explique-t-on à la MTA. L’annonce de ces mesures d’austérité a surpris plus d’un New-Yorkais. Le 3 novembre dernier, ils ont en effet assez confortablement réélu à la mairie un Michael Bloomberg qui, certes, ne contrôle pas la MTA mais avait promis beaucoup pour les transports. Il avait évoqué pêle-mêle un renforcement – et non une réduction ! – des services de métro, l’amélioration de l’information aux voyageurs, la réouverture d’une voie ferrée sur l’île de Staten Island – un vieux projet pour lequel une étude a été confiée à Systra –, la construction d’un tramway sur les quais de Brooklyn et de Queens, la gratuité des bus traversant horizontalement Manhattan, des ferries supplémentaires, des services de bus rapides… Parmi les autres idées fréquemment évoquées, la piétonnisation de la 42e Rue, la grande artère de Midtown (au cœur de Manhattan) et la construction d’un tramway reliant Times Square, la gare de Grand Central et le siège des Nations unies. Le groupe de riverains qui porte le projet a fait circuler des photomontages montrant un tramway strasbourgeois glissant le long d’une 42e Rue idyllique, parmi les cerisiers en fleurs… Mais ni la MTA ni la mairie n’ont encore été séduites. En attendant, les autorités locales annoncent du concret : les contrôles vont être renforcés pour que soient enfin respectés les couloirs de bus.
François ENVER
Elections des 14 et 21 mars : 22 régions en campagne
En Auvergne, les candidats rivalisent pour être le premier à décrocher le TGV. En Bretagne, c’est l’union sacrée pour en profiter au plus tôt. Les deux Normandie se demandent si la LGV promise ne sera pas le plus beau symbole de leur réunification. En Rhône-Alpes, une fois encore, Lyon – Turin focalise les attentions. En Aquitaine aussi, le débat porte sur le TGV, mais cette fois avec de nombreux opposants. En Franche-Comté, socialistes et Verts se déchirent sur la LGV Rhin-Rhône. En Lorraine, où le débat concerne l’axe Metz – Nancy, la question est aussi celle du lieu de correspondance de cette ligne avec la LGV Est.
On n’est pas étonné de ces débats et de ces vœux régionaux, qui sont assez constants. Ce qui est surprenant, c’est qu’ils soient, dans le domaine des transports, souvent en tête des préoccupations des candidats. Après tout, les LGV, ce n’est pas directement de la compétence des conseils régionaux. Mais on peut voir une double raison à cet emballement. D’abord, comme on ne fait plus une seule LGV sans demander aux collectivités concernées de mettre la main au portefeuille, c’est à bon droit que les candidats s’emparent du dossier.
Ensuite et surtout, en période de crise économique et sociale, de prise de conscience de la désindustrialisation et de crainte de son accélération, la peur, c’est l’enclavement. La grande vitesse à elle seule n’est pas la solution, mais elle est une carte maîtresse qu’il vaut mieux avoir dans son jeu. A défaut, au moins faut-il avoir une bonne relation avec Paris : en Champagne-Ardenne, il faut mener à bien l’électrification de Paris – Troyes.
Autant dire que l’organisation des TER est rarement le sujet majeur. Et pourtant, les trains, c’est le plus gros budget de la Région, et c’est à peu près la seule chose que les citoyens, quand on les interroge, lui attribuent spontanément. Certes, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, le service est tellement mauvais que la question est sur la table. Dans le Limousin, on se demande parfois s’il ne faudrait pas mettre un jour des cars à la place des trains. Dans les Pays de la Loire, on se lance dans une course aux tarifs les plus bas. Mais c’est en Ile-de-France, et là seulement, que le dossier transports est le sujet incontournable, l’énorme dossier de la campagne. Et, naturellement, il s’agit des transports au quotidien, qui prennent aux Franciliens en moyenne deux heures par jour, comme l’établit la dernière enquête de L’Observatoire régional de santé. Deux heures, et souvent plus, dans des conditions bien médiocres.
En province, donc, le TER n’est pas ce qui préoccupe. La décentralisation des trains régionaux ne fait pas débat : c’est dire qu’elle est acceptée. Hubert Haenel, jusqu’à présent vice-président Transports d’Alsace, peut quitter ses fonctions pour le Conseil constitutionnel la tête haute. Le bilan des TER est peut-être contestable vu de la Cour des comptes, mais il est très positif vu par l’usager. Les Régions ont renouvelé dans la mandature une grande partie de leurs trains, si bien que le parc de matériel roulant des régions françaises est à 70 % neuf (sauf en Ile-de-France où cette proportion est inversée). L’offre également est en hausse. Peut-on s’afficher contre le développement des TER ? Cela semble difficile. Pour se singulariser, l’opposition donne donc souvent dans la surenchère, au risque de flirter avec la démagogie.
Alors qu’on s’attend à une large victoire de la gauche, la question se pose des équilibres en son sein. Qui seront les prochains vice-présidents Transports ? Au fil des mandats et de la réussite de la décentralisation, les transports sont devenus une compétence stratégique des Régions et surtout une compétence « visible ». Ces fonctions risquent d’être bien plus prisées qu’en 2004. Les Verts, qui les exercent souvent dans les villes, réussiront-ils à s’en emparer dans certaines Régions ? Les présidents de gauche avaient souvent fait le choix de confier le transport à des élus communistes. Le calcul était simple : les communistes ont de bons rapports avec la CGT, syndicat largement majoritaire à la SNCF. Tout le monde s’entendant bien, le service public sera bien rendu. Une forte poussée des Verts pourrait changer la donne. Mais la crise sociale porte moins les Verts que la gauche, et l’élection régionale leur est peut-être moins propice que le scrutin européen. Les sondages ne les montrent pas le vent en poupe. On n’est pas sûr, dans ces conditions, que les attelages soient amenés à changer. Si les mêmes alliances étaient reconduites, ce sont elles qui auraient à mettre en place le règlement européen sur la concurrence. On a observé un silence général sur ce sujet pendant la campagne.ALSACE : l’héritage d’Adrien Zeller en question
La mémoire de l’action d’Adrien Zeller, président (UMP) du conseil régional d’Alsace décédé en exercice en août 2009, plane sur la campagne. Avec Hubert Haenel, son vice-président auquel il avait délégué la compétence du transport, l’équipe sortante revendique un bilan favorable dans sa gestion du développement ferroviaire : en trois mandats successifs, la politique régionale a abouti au doublement du nombre de TER en circulation et à la multiplication par trois de leur fréquentation. Le parc de matériel régional est neuf ou rénové à 90 %, et des accords de cofinancement ont été trouvés pour le TGV Rhin-Rhône et la deuxième phase du TGV Est.
Hubert Haenel, président sortant de la commission Transports, ne se représentera pas : nommé ce 23 février au Conseil constitutionnel, il siégera pendant neuf ans dans l’aile Montpensier du Palais-Royal. Ancien administrateur de la SNCF, jusqu’en février 2008, il a porté l’essentiel des dossiers ferroviaires en Alsace, y compris le projet de carte Orange régionale, à l’étude depuis une dizaine d’années. Philippe Richert, tête de liste UMP, revendique cet héritage, y compris la volte-face sur l’ouverture à la concurrence des lignes régionales de la SNCF, finalement refusée en décembre 2009. « Sur le cadencement de TER et la construction des trams-trains de Strasbourg et Mulhouse, je poursuivrai la politique engagée », confirme Philippe Richert. Président entre 1998 et 2008 du conseil général du Bas-Rhin, il a porté un projet de création d’un transport en commun en site propre entre le piémont vosgien et l’entrée ouest de Strasbourg, sans parvenir à le concrétiser. Autre sujet délicat, la situation des aéroports dans le Rhin Supérieur demandera des arbitrages financiers entre Strasbourg, largement déficitaire sur ses lignes vers Paris depuis la mise en service du TGV Est, l’Euroairport, qui réclame depuis dix ans un raccordement ferroviaire, et les aéroports allemands de Karlsruhe-Baden et Francfort, avec lesquels les socialistes strasbourgeois et les écologistes réclament une meilleure complémentarité.
Numéro trois sur la liste socialiste, Alain Fontanel a fait ses armes depuis un an au sein de l’équipe municipale strasbourgeoise de Roland Ries. En cas de fusion entre les deux tours, le PS et les Verts partiraient en position favorable pour succéder à la droite alsacienne, pour la première fois depuis 1974. Dans sa politique transport, Alain Fontanel propose une alternative à la poursuite de la politique pilotée depuis quatorze ans par Adrien Zeller et son équipe. « Le conseil régional a continué de dépenser pour la route, alors que ce n’est pas sa compétence », estime Alain Fontanel. Le projet de grand contournement autoroutier à l’ouest de Strasbourg (GCO), soutenu par la droite régionale, est précisément visé : « le GCO est une mauvaise réponse à un vrai problème. Les 15 % promis de report du trafic autoroutier seraient récupérés en deux à trois ans ». Le candidat socialiste, en mesure de prétendre à la présidence de la commission transports en cas de victoire d’une alliance entre la gauche et les Verts, préfère promettre des investissements dans le ferroviaire – la ligne du Florival – et maintenir des capacités d’investissement pour améliorer l’accessibilité de l’Euroairport. Le projet de déviation de la ligne Mulhouse – Bâle et de création d’une gare, chiffré à 171 millions d’euros, est déjà soutenu par l’Allemagne et la Suisse.
Les Verts, bien placés pour se maintenir au deuxième tour de l’élection régionale, fustigent l’absence de leadership dans la coordination des autorités organisatrices de transport en Alsace : ils y voient un frein au développement de l’intermodalité. Andrée Buchmann, en seconde position sur la liste, reconnaît l’engagement ferroviaire d’Hubert Haenel à la présidence de la commission régionale Transports, mais juge « contre-productives » les mesures engagées fin 2009 pour l’information multimodale des usagers, avec le site internet Vialsace, et propose la réalisation « urgente » des lignes Mulhouse – Guebwiller et Colmar – Fribourg, souvent évoquées par l’équipe sortante du conseil régional. « Rapprochons les futurs lycées des gares existantes, construisons davantage de véloparcs et autorisons les vélos dans tous les trains en rééquipant le matériel », suggère Andrée Buchmann, en référence à l’interdiction des vélos dans certains trains aux heures de pointe.AQUITAINE : une LGV sous haute tension
Pomme de discorde majeure en Aquitaine : le dossier des LGV Bordeaux – Toulouse et surtout Bordeaux – Hendaye – Espagne, deux branches censées achever le projet Sud-Europe Atlantique (SEA) à l’horizon 2020. Massacre environnemental pour ses détracteurs, liaison indispensable pour relier Bordeaux à Madrid en 2 heures tout en dégageant des sillons pour le fret et les TER pour ses défenseurs, le sujet divise depuis qu’il est en projet. Au point que le gouvernement a récemment nommé une médiatrice, Marie-Line Meaux. Cette dernière a cependant déjà déçu, en affirmant que sa mission n’était pas « de revenir sur la question de l’opportunité d’une voie nouvelle ».
Et voici que la campagne des régionales, qui se cristallise autour de cette question, vient exacerber les clivages. Côté UMP, on est officiellement pour la LGV. Mais Xavier Darcos, qui se présente pour la seconde fois contre le socialiste Alain Rousset, élu depuis 1998, a beau assurer que son camp est rassemblé, l’opposition de Michèle Alliot-Marie est dans toutes les têtes. Favorable à l’aménagement de la ligne existante, la garde des Sceaux est également élue à Saint-Jean-de-Luz, ville dont le maire UMP Peyuco Duhart ajoute, pour enfoncer le clou : « Les passagers doivent passer par la ligne actuelle jusqu’à saturation. » Au MoDem, où l’on a voulu rassembler largement en créant localement Force Aquitaine, le candidat Jean Lassalle a tranché « pour l’arrêt immédiat et total du processus entre Bayonne et la frontière ». Il ne semble pas chaud pour une alliance au second tour.
De son côté, Alain Rousset, qui brigue un troisième mandat, se pose en adepte régional de « la croissance verte ». Et défend mordicus la construction d’une LGV jusqu’à Bordeaux et au-delà, car « on ne fera rien sans la LGV dans la région ». Tout en admettant entendre les inquiétudes du Pays basque et de la Gironde, il estime que cette LGV est la condition de la poursuite du développement économique de la région. Mais comment se réconcilier avec les Verts pour une éventuelle alliance au second tour ? Car pour la tête de liste régionale Europe Ecologie, Monique De Marco, le projet est « inutile, ruineux et destructeur ». Pour Noël Mamère – en position non éligible sur la liste girondine –, c’est « un tuyau pour des privilégiés qui n’amènera rien aux territoires régionaux ». Certes, en visant plus de 15 %, les Verts parient sur une triangulaire…AUVERGNE : émulation pour le TGV à Clermont-Ferrand
Plus que l’arrivée tant attendue d’un TGV à Clermont-Ferrand à l’horizon 2020 ou plutôt 2025 – un projet qui fait désormais consensus –, c’est sur la paternité de l’idée que les prétendants à la présidence de l’Auvergne s’étripent ! Déjà, lors des municipales en 2008, le candidat éphémère, Brice Hortefeux, avait fait son possible pour se présenter comme l’instigateur du projet qui vise à mettre la capitale régionale à environ 2 heures de Paris, contre 3 heures 30 actuellement. Pourtant, le président sortant, le socialiste René Souchon, revendique aussi cette paternité. Il a beaucoup œuvré en 2007 : lancé une campagne de marketing politique « Faisons bouger les lignes » (qui lui a valu le prix CB News du Meilleur Dispositif Marketing !) avec une pétition en ligne qui a recueilli 90 000 signatures.
Ces chicaneries prêtent à sourire. D’autant que le ministre de l’Intérieur, conseiller régional UMP en Auvergne et tête de liste dans le Puy-de-Dôme, ne brigue finalement pas la présidence. Il a renoncé à la demande de Nicolas Sarkozy qui souhaitait garder son « ami » Place Beauvau. Par ailleurs, René Souchon expliquait en novembre dernier à Cyberbougnat.com que le projet de TGV n’appartenait « à personne et à aucun élu en particulier » et que la question devait « fédérer au-delà des clivages politiques ».
Au-delà de la paternité d’un projet désormais retenu par la loi du Grenelle 1, c’est maintenant le tracé qui fait l’actualité. Les premières études préliminaires sont lancées. Option choisie : un doublement par l’ouest (Bourges, Nevers, Clermont) de la ligne Paris – Lyon au bord de la saturation. Or, toutes les familles de tracés ne répondraient pas de la même façon à la desserte locale entre Auvergne et Rhône-Alpes (Vichy, Roanne, Saint-Etienne). Certaines n’y répondraient même pas du tout. D’où la vigilance des élus. « De nombreux obstacles sont encore à lever mais les socialistes mettront tout en œuvre pour faire avancer ce dossier majeur pour l’Auvergne […]. Et pour militer pour un tracé Paris – Orléans – Clermont – Lyon qui irrigue l’Auvergne », explique René Souchon dans son programme.
De son côté, l’UMP a joué sur l’effet de surprise avec une expérience grandeur réelle, en faisant symboliquement venir un TGV en gare de Clermont fin novembre. Le candidat Alain Marleix, secrétaire d’Etat à l’Intérieur et aux Collectivités territoriales, a fait du TGV sa « deuxième priorité » après le développement économique et l’emploi. Et précisé qu’il devrait « se faire à une échéance raisonnable de dix ans ».BOURGOGNE : le canal de la discorde
C’est le Grenelle de l’environnement qui a remis au goût du jour le projet de canal Saône-Moselle. Le débat public prévu d’ici à 2012 promet de belles empoignades. François Sauvadet, candidat de la majorité présidentielle à la présidence de la région Bourgogne, lui, n’a pas de doute : « Je plaide depuis longtemps pour que la jonction entre Pagny et la mer du Nord soit mise en œuvre le plus rapidement possible. Peu importe la solution qui sera choisie, cette liaison entre la mer du Nord et la Méditerranée est un enjeu majeur pour la Bourgogne et surtout pour la France. La Bourgogne a perdu trop de temps avec ce dossier délaissé par le conseil régional. » Cette ardeur n’est pas partagée par tout le monde. « On a beaucoup parlé du canal Rhin-Rhône il y a quelques années. Ce projet pharaonique a été enterré en 1997 par Dominique Voynet quand elle était au gouvernement Jospin. Voilà qu’on nous sort maintenant la liaison Saône-Moselle ! », s’exclame Jean-Marc Zambotto, sur la liste Europe Ecologie menée par Philippe Hervieu. « Il est certes prévu de favoriser le report modal de la route vers le rail dans le cadre du Grenelle, mais cela ne doit pas se faire dans n’importe quelle condition. » Selon lui, le Saône-Moselle est « inutile, “climaticide”, coûteux ».
Rappelons que ce projet vise à mettre à grand gabarit le canal Saône-Moselle, chaînon manquant de plus de 200 km, qui permettra de relier la mer du Nord à la Méditerranée. Le coût tournerait autour d’une dizaine de milliards d’euros. Pour Europe Ecologie, cette liaison fluviale va venir doublonner la ligne ferrée à double voie électrifiée entre Toul et Dijon. « Le transfert de trafic risque de se faire au préjudice du rail », prévient-il.
François Patriat, le président socialiste sortant de la région, se veut rassurant. « S’il y a une réflexion à mener sur ce chaînon manquant, lançons-la ! Je souhaite qu’on évalue l’utilité économique de cette liaison, son impact environnemental et bien sûr son coût. Mais relativisons sa perspective : l’échéance se situe autour des années 2025-2030. » L’élu en course pour un nouveau mandat rappelle que la Bourgogne, irriguée par plus de 1 000 km de voies navigables, a réalisé d’importants efforts financiers pour moderniser ses infrastructures fluviales, en particulier à Pagny, où plusieurs millions d’euros ont été investis sur la plateforme portuaire. La région est aussi la première en France à expérimenter, depuis le 1er janvier 2010, la responsabilité de gestion de trois de ses canaux (canal du Nivernais, du Centre et de Bourgogne) et la partie navigable de la rivière de Seille.BRETAGNE : l’union sacrée pour le TGV
Rennes à 1 heure 27 de Paris, Brest et Quimper à un peu plus de 3 heures de la capitale, c’est pour demain ou presque. Avec l’arrivée tant attendue, cette fois annoncée, de la ligne à grande vitesse en 2014 sur Rennes, la Bretagne va vivre son grand rendez-vous ferroviaire. Pour ces 182 km de ligne à grande vitesse entre Connerré et Rennes et, en parallèle, la modernisation des lignes Rennes – Brest et Rennes – Quimper qui permettra d’atteindre les 220 km/h, l’investissement est lourd : 3,2 milliards d’euros, dont un milliard sera financé par les collectivités bretonnes. Au premier rang desquelles le conseil régional. Ce sujet est donc naturellement majeur à la veille des élections régionales. Majeur, mais pas polémique, même en cette période électorale. Comme le souligne Philippe Gaillard, reporter à Ouest France et spécialiste de ces questions, « c’est l’union sacrée autour du train ».
Difficile, en effet, de percevoir ce que peuvent être, sur le sujet, les différences entre l’ex-préfète, devenue tête de liste UMP, Bernadette Malgorn, et le président socialiste sortant, Jean-Yves Le Drian, deux personnalités qui chacun dans leur rôle d’hier ont porté le projet. Comme c’est classique en Bretagne, ces différences, on les voit plutôt entre élus de l’est, autour de Rennes, et de l’ouest de la région, du côté du Finistère. Car si chacun s’accorde à penser que Rennes à 3 heures de Paris, c’est acquis, certains doutent encore de la réalité de la promesse faite par l’équipe sortante de Jean-Yves Le Drian de mettre Brest et Quimper aux alentours des 3 heures dès 2014. Tout pour l’est de la région, au risque de laisser tomber le reste de la Bretagne ? Du coup, cela pourrait accentuer le décalage persistant entre l’Est et l’extrême Ouest. Et d’autant plus si le rapprochement territorial entre Bretagne et Loire-Atlantique, préconisé à leur façon par les deux candidats majeurs, se confirme.
Si le volet transport est un sujet aussi majeur que consensuel pour les prochaines élections, c’est également parce que l’arrivée de la grande vitesse vient s’insérer dans un tissu TER qui a fait ses preuves, comme en témoignent régulièrement ses « bonnes notes » dans notre Palmarès. La Bretagne est première en termes de régularité (96 %), deuxième en fiabilité de l’offre. Le réseau TER est aussi en pointe en termes d’accessibilité, de tarification et d’innovation dans le système de billetterie, et c’est l’un des TER les moins chers de France. Parallèlement, des coopérations intelligentes avec les régions voisines, Pays de la Loire et Basse-Normandie, simplifient les déplacements interrégionaux. Pas de quoi, là encore, susciter la polémique alors qu’en 2014 tous les horaires seront revus et adaptés, de nouvelles liaisons créées, des rames neuves mises sur les rails, la gare de Rennes entièrement rénovée.CENTRE : le bilan contre les projets
Pour le PS, les réalisations de la majorité régionale depuis 1998 dans le domaine des transports sont une raison suffisante pour reconduire François Bonneau à la tête de la région Centre, où ce dernier a succédé à Michel Sapin en 2007. En absolu, ce bilan comprend de nombreuses réalisations, avec un parc TER renouvelé ou modernisé, la première étape de l’électrification sur la ligne transversale Tours – Saincaize, des gares plus accessibles aux handicapés et des tarifs en faveur des plus démunis. Pour autant, les réouvertures de lignes au programme de Michel Sapin en 2004, à commencer par Orléans – Chartres, se font toujours attendre. C’est début 2010 – juste à temps pour les élections ! – que des travaux ont été lancés entre Orléans et Voves, première étape de ce projet transversal.
De quoi donner matière à ironiser pour l’opposition UMP, dirigée par Hervé Novelli, qui vise à « accélérer la mise en place du TGV Grand Centre pour un démarrage le plus rapidement possible dans le cadre d’un schéma régional des transports routiers et ferroviaires », en commençant par l’implantation d’une gare après l’embranchement de Courtalain sur la LGV Atlantique.
Au sein de la majorité de gauche, les déplacements sont plutôt l’affaire du PCF et de Jean-Michel Bodin, vice-président chargé des grandes infrastructures et des transports. Quant au Front de gauche, il propose en particulier la mise en place d’un syndicat mixte des transports collectifs, une plus grande diversification de l’offre de transport, la simplification des tarifs et une nouvelle tarification solidaire.
En mesure, selon les sondages, de jouer un rôle d’arbitre, Europe Ecologie présente comme souvent le programme le plus exhaustif et le plus concret question transports. Pour les écologistes, les réouvertures de lignes sont au programme, avec l’ambition de relier Orléans au nord-est de la région par le fer. Explicitement, Europe Ecologie demande de conserver les « opérateurs historiques (SNCF et Compagnie du Blanc-Argent) comme uniques opérateurs du transport régional de voyageurs, tout en exigeant d’eux une meilleure qualité du service des TER, avec en particulier une réduction drastique des retards ». Les modes non ferroviaires ne sont pas oubliés par les écologistes, qui encouragent l’achat de vélos pliants (« fabriqués en France », est-il précisé) par les abonnés du TER ou à développer un réseau de voies vertes structuré par les voies d’eau, ces dernières étant « à entretenir ou moderniser », « dans le cadre de la navigation de plaisance et du développement touristique ». Mais, sans surprise, les modes aérien (« arrêt des subventions indirectes aux vols low-cost ») et routier (non-financement d’infrastructures, opposition à deux projets autoroutiers) ne trouvent pas grâce aux yeux d’Europe Ecologie.CHAMPAGNE-ARDENNE : adieu Bâle, bonjour Paris
C’est dans les Ardennes que se concentre la bataille politique de la région. C’est là que se présentent les chefs de file du PS, Jean-Paul Bachy, président sortant, de l’UMP, Jean-Luc Warsmann, et du Front national, Bruno Subtil, qui espère bien troubler le jeu bipolaire. Cependant le grand dossier transport de la région, l’électrification de Paris – Troyes, concerne les deux départements du Sud : l’Aube, avec Troyes, et la Haute-Marne, avec Chaumont. D’ailleurs, le 18 février, alors que le conseil régional réceptionnait à Epernay, fort opportunément, sa 44e et dernière rame AGC, le même jour, à Troyes, Xavier Bertrand, le secrétaire général de l’UMP, attaquait le président Jean-Paul Bachy, sur la ligne Paris – Troyes : « Plutôt que de fanfaronner sur un quai de gare, j’aimerais bien qu’il vienne ici à Troyes expliquer pourquoi le Paris – Bâle est systématiquement en retard… » Riposte de Pierre Mathieu, vice-président communiste du conseil régional chargé des Transports, qui fait liste commune avec le PS dès le premier tour : « Si la situation est aussi dégradée et pénalise aussi fortement les voyageurs (retards, annulations, qualité de service insuffisante), c’est tout simplement la faute au gouvernement et à la SNCF qui ont la responsabilité de ces liaisons et qui n’ont pas mis jusqu’à présent l’argent nécessaire pour renouveler les trains, faire les investissements indispensables sur l’infrastructure et la signalisation. »
Paris – Troyes – Mulhouse – Bâle, encore appelée ligne 4, vit depuis des années sous une triple menace. La première, effective, c’est la LGV Est, qui permet un Paris – Bâle plus rapide par Strasbourg. La seconde, à venir, c’est la LGV Rhin-Rhône, et sa desserte de Mulhouse et Bâle via Dijon, laissant de côté la région Champagne-Ardenne. Voici donc la ligne 4 prise en tenaille. Et si, de Reims à Châlons-en-Champagne, la région bénéficie du TGV Est, le Sud reste à l’écart des grands flux. Il y a une troisième menace, qui est aussi une chance : c’est l’électrification de Paris – Troyes. Troyes en rêve. Mais, sur la même ligne 4, plus à l’est, Bar-sur-Aube, Chaumont ou Langres la redoutent. L’électrification de Paris – Troyes, c’est quasiment l’assurance de voir une ligne nationale céder la place d’un côté à un tronçon électrifié dans le Bassin parisien, de l’autre à une longue ligne en déshérence et en traction diesel. Pour les Troyens, pour le dynamisme régional, l’électrification pourtant s’impose. Jean-Paul Bachy a donc conditionné sa part de financement de la deuxième phase de la LGV Est à l’assurance d’une électrification concomitante de Paris – Troyes. Et il a obtenu satisfaction auprès de Jean-Louis Borloo. Cet accord ne facilite pas la tache aux élus de droite. On ne peut pas se désolidariser de l’engagement pris par le gouvernement, mais le bénéfice politique régional en revient à Jean-Paul Bachy, qui a fédéré les conseils généraux sur le dossier. Les Verts divers, assez divisés, se retrouvent sur un projet où ils voient la promesse d’un report modal. Le candidat de l’UMP, présenté dans la presse locale comme le « discret Jean-Luc Warsmann », l’est de fait sur le sujet, bien plus en tout cas que Xavier Bertrand. Le frontiste Bruno Subtil se distingue, lui, en étant contre une électrification qui « profitera à la SNCF tandis que c’est le contribuable qui va payer ».
L’ironie de l’histoire, c’est que les AGC bibi commandés par la région, et qui fonctionnent sous caténaire de Paris à Gretz, comme, au-delà, en diesel, ont pu être vus comme des moyens de retarder l’électrification. Maintenant qu’elle est décidée de Gretz à Troyes, ces mêmes automoteurs pourraient offrir à Paris – Bâle, sans caténaires ni ambition nationale, une deuxième vie plus régionale.CORSE : l’île de la tentation
Le plus grand débat sur les transports en Corse a porté sur la rupture pendant plusieurs jours à partir de la fin février des liaisons maritimes entre la Corse et le continent, suite à une grève. Fin novembre, sous l’impulsion de son président Camille de Rocca Serra (UMP), l’Assemblée territoriale de Corse avait réduit de 11 millions d’euros (sur un total de 106 millions) le budget de la desserte maritime de service public entre Marseille et la Corse et supprimé 108 traversées.
Dénonçant les « atteintes à la délégation de service public » de la Société nationale maritime Corse Méditerranée (SNCM) et de la Compagnie méridionale de navigation (CMN) et l’attribution d’aides par l’Assemblée de Corse à la compagnie privée italienne Corsica Ferries, les syndicats ont procédé au blocage du trafic durant plusieurs jours, fin février. On a peu entendu la gauche corse (Emile Zuccarelli ou Paul Giacobbi) sur ce sujet traditionnellement compliqué pour elle : difficile de critiquer ouvertement la grève, plus difficile encore de la soutenir quand les Corses souffrent de ne pouvoir se rendre sur le continent. « Il faut regretter que la proposition de la majorité régionale sortante d’instaurer en cas de grève un service minimum ait été rejetée par les autres groupes de l’Assemblée de Corse », a au contraire dénoncé l’UMP dans un communiqué. Les élections territoriales corses n’ont pas fait l’objet d’un débat très véhément sur le sujet des transports intérieurs, sans doute du fait du particularisme corse qui fait de la CTC (Collectivité territoriale Corse) une assemblée territoriale dont le rôle et les attributions sont bien plus étendus que ceux d’une région classique. Sans doute aussi parce que le réseau ferroviaire corse ne compte que deux lignes (Bastia – Ajaccio et Ponte-Leccia – Calvi). La Collectivité territoriale de Corse (CTC) se prépare toutefois à lancer un appel d’offres pour l’exploitation de son réseau de chemin de fer entre 2011 et 2020. Depuis 1983, c’est la SNCF qui est l’opérateur de ce réseau au statut particulier de chemin de fer d’Etat, et il n’est pas exclu que la CTC choisisse de confier à un autre opérateur que la SNCF son exploitation. Certains sujets d’aménagement ont malgré tout été évoqués durant la campagne, comme la réouverture de la ligne de chemin de fer Bastia – Bonifacio. Un sujet porté notamment par Jean-François Battini, candidat de Demain la Corse, et par Jean Toma (MoDem).FRANCHE-COMTÉ : verts et PS s’opposent sur la LGV Rhin-Rhône
Pour les toutes prochaines années, la grande affaire en matière de transports pour la Franche-Comté est la LGV Rhin-Rhône, qui traverse son territoire de part en part. Dans vingt-deux mois, la première partie de cette ligne nouvelle devrait accélérer les relations de la région avec le reste de la France, voire avec la Suisse par les aménagements qu’elle implique, comme la réouverture de la ligne transfrontalière Belfort – Delle.
Pour la candidate sortante, qui a succédé à Raymond Forni à la mort de ce dernier (2008), la poursuite de cette LGV s’impose, à commencer par sa branche Est vers l’Alsace. Pour la région, cet enjeu est également industriel avec Alstom présent sur plusieurs sites. Mais l’industrie automobile joue également un grand rôle en Franche-Comté, avec PSA. Ainsi, « en appuyant les filières automobiles et ferroviaires », le PS s’engage « pour la mise en valeur des transports de demain : véhicule du futur et moteurs des TGV, TER et tramways ».
Les autres propositions socialistes sont consensuelles, en particulier vis-à-vis du programme écologiste : encourager « l’usage des transports en commun » par « une politique tarifaire des TER », la « complémentarité des différents réseaux de transports en commun » ou « l’usage du vélo en ville ». Mais le désaccord est total sur la LGV Rhin-Rhône entre le PS et Europe Ecologie, qui ne souhaite pas « s’engager dans le financement de la seconde phase de la branche Est en ligne nouvelle », proposant de « stopper le projet de branche Sud en ligne nouvelle et engager une réflexion pour réaliser la connexion de la LGV vers le sud en modernisant et recalibrant une des lignes existantes ».
Question transports, le programme de l’UMP n’oublie personne : dans cette région où la desserte de vastes espaces ruraux ou de montagne dépend totalement de l’automobile, l’opposition « s’engage pour l’ensemble du mandat sur le principe de 0 % d’augmentation de la fiscalité régionale, tout en préservant le service public », rappelant aux électeurs que « depuis 2004 les socialistes et les Verts ont augmenté les impôts de 40 %, dont la taxe sur le carburant auto de 13 % ». C’est sur les questions routières et aéroportuaires que l’UMP se distingue le plus clairement de la majorité sortante, en voulant « désenclaver le Nord-Franche-Comté avec l’autoroute Langres – Vesoul – Belfort » et « travailler aux côtés de l’Etat pour la modernisation du réseau routier : RN 19, RN 57, RN 83 », tout en soutenant « le développement d’activités économiques sur les aéroports et gros aérodromes francs-comtois, en particulier Dole/Tavaux ».
Côté ferroviaire, l’UMP se met du côté de la LGV Rhin-Rhône pour « assurer l’avenir de la ligne Paris – Bâle en la reliant au TGV par le rail » ou « désenclaver le Jura avec la LGV reliant Besançon à Lyon ». Le reste semble très convenu : modernisation des TER et intermodalité par une « carte régionale de transports permettant de combiner train et bus ». Toutefois, la « nouvelle politique de desserte », pour « mieux répondre aux usagers des lignes ferroviaires » en « donnant suite aux recommandations des comités de ligne » relance le débat, sous-entendant que les comités de lignes ne seraient pas écoutés actuellement…ILE-DE-FRANCE : guérilla autour des trains du quotidien
En Ile-de-France, la question des transports est le principal enjeu de la campagne des régionales. Ensuite, ils jouent chacun leur partition. Jean-Paul Huchon défend son bilan, la nécessité de son plan de mobilisation estimé à 18 milliards d’euros pour les dix ans à venir, et fustige le désengagement de l’Etat. Valérie Pécresse, son principal challenger de l’UMP, déclare : « Les transports, c’est le principal échec de Jean-Paul Huchon et c’est au cœur de mon projet. »
Avant de se projeter dans les décennies à venir, Jean-Paul Huchon ne manque jamais l’occasion d’effectuer un rapide retour dans le passé. Pour rappeler qu’en juin 2006, lorsque la région a véritablement pris le contrôle des transports avec le Stif, il a trouvé une situation « particulièrement calamiteuse ». Depuis, « nous avons plus investi en trois ans que l’Etat en trente ans ». Traduction concrète, les neuf trams en construction et les trois en circulation, les cinq prolongations de lignes de métro, les projets de banlieue à banlieue et le nouveau train Francilien dont les premières rames viennent d’arriver et qui représentent, pour 172 rames, un investissement de 2 milliards d’euros. A la clé, à moyen terme, il y aura la fin d’un « triste » symbole, celui des « petits gris », du nom des rames inox d’une autre époque qui vont quitter le paysage ferroviaire d’Ile-de-France. Pas de quoi satisfaire Valérie Pécresse, qui dénonce rituellement « la galère des transports ». Tout comme le manque d’ambition de ses rivaux : « Quatre stations de métro et quatre trams en onze ans de mandat, ce n’est pas beaucoup. Et pour la question du service, il y a eu du retard à l’allumage de la part du Syndicat des transports d’Ile-de-France. »
Cécile Duflot (Verts), dont le parti a « cogéré » la région et qui fait bande à part pour le premier tour, met son bémol. « Il y a eu des améliorations mais ce n’est pas suffisant. Il faut franchir une marche, avoir vraiment une politique d’investissement très importante pour les trajets de banlieue à banlieue. » Mettre en priorité des fonds pour jouer la tarification allégée ou, dans le plan de mobilisation, pour améliorer la qualité de service ? La question est centrale. Cécile Duflot propose un « pass vert » à tarif unique, 65 euros, « une mesure de solidarité pour sortir de la logique de zones » au sein de l’Ile-de-France. La facture est estimée à 152 millions d’euros selon les Verts, mais à 600 millions selon Jean-Paul Huchon, compte tenu des répercussions sur les autres tarifs. Ce dernier évoque aussi, sceptique, la suggestion faite par Jean-François Copé (UMP), avec le tarif unique à 45 euros et une facture de 800 millions par an, ou celle d’Yves Jégo (UMP), à 30 euros pour une facture de 1,5 milliard, toujours selon les estimations de Jean-Paul Huchon. Cela dit, ces deux dernières propositions ne sont pas directement reprises par Valérie Pécresse. Sur ce même thème, le Front de gauche propose un « pass Unigo » à 56 euros pour le transport de tous les habitants d’Ile-de-France. Ce serait « un progrès sur l’égalité des transports. […] Et pour faire en sorte d’utiliser de moins en moins les voitures en Ile-de-France. »
La tarification, et ses éventuels aménagements, c’est donc l’un des éléments forts du débat à la veille des régionales. Pour Jean-Paul Huchon, toutes ces propositions de tarif unique et peu élevé reviendraient trop cher à la région. Surtout que les investissements à réaliser sont considérables. Son message : il faut en priorité investir pour la qualité de service, réaliser le plan de mobilisation axé sur les priorités immédiates, de la désaturation de la ligne 13 aux divers RER à moderniser, en passant par les liaisons banlieue – banlieue à réaliser.
Le président sortant de la région plaide toutefois pour une nouvelle tarification sociale, « afin de ne pas traiter tout le monde de la même façon. Et d’abord s’adresser à ceux qui en ont le plus besoin ». Après la gratuité aujourd’hui effective pour les bénéficiaires du RSA, il promet pour demain la gratuité aux 150 000 jeunes en insertion, mais également le dézonage de la carte Navigo le week-end. Il veut également étendre les horaires, avec l’ouverture de certaines lignes de RER et de métro plus tôt le matin, l’ouverture toute la nuit du samedi des lignes de métro. Coût estimé pour l’ensemble de ces mesures : 100 millions d’euros « au maximum ».?
Au-delà de la tarification, le grand enjeu, c’est le Grand Paris. Un « projet révolutionnaire, visionnaire, celui que Jean-Paul Huchon n’a pas su faire », s’enthousiasme Valérie Pécresse, avec pour pièce forte sa double boucle qui permettrait d’avoir « la même qualité d’emploi et de service en région que dans Paris ». Elle préconise « une toile d’araignée pour compléter ce super-métro. C’est l’avenir de l’Ile-de-France, il faut commencer maintenant ».
Le Grand Paris version Verts ? Cécile Duflot y voit l’excuse du gouvernement pour ne rien faire en proposant un projet gigantesque. « Le Grand Paris est un projet des années 1960 », estime de plus la chef de file d’Europe Ecologie, évoquant l’établissement de « pôles » qui génèrent des temps de transport « insupportables ». Elle préfère des projets « modestes mais inventifs. Il y a possibilité d’agir tout de suite, comme pour la ligne 13… ». Le Grand Paris version PS ? Si « l’idée de départ nous va, elle se réduit à un métro circulaire qui dessert des pôles où il n’y a personne et n’est pas financé », tranche Jean-Paul Huchon.LANGUEDOC-ROUSSILLON : sur les transports, pas de dérapage !
Georges Frêche (président de région sortant, divers gauche), qui met en avant son soutien passé aux projets de LGV contournement de Nîmes et Montpellier et Montpellier – Perpignan, insiste sur le développement du fret sur rail par TGV fret. Un argument important dans une région chauffée à blanc par la superposition des trafics régionaux, d’une population en forte croissance et d’un trafic routier de transit massif. Europe Ecologie de Jean-Louis Roumégas penche pour une dominante fret sur les futures lignes nouvelles, préférant « le scénario moins onéreux à 220 km/h pour les voyageurs et 120 km/h pour les marchandises ». En totale opposition avec la liste UMP. Cette dernière, menée par Raymond Couderc, très axé sur le tourisme, opte pour la priorité à la grande vitesse voyageurs, accusant RFF « de ne pas avoir mis toutes les cartes sur la table en vendant son projet mixte, car le fret aura beaucoup de peine à franchir les rampes du tunnel du Perthus ».
La liste socialiste officielle, menée par la maire de Montpellier Hélène Mandroux, veut des TER Intercités à grande vitesse. Pour les dessertes de proximité, la liste de René Revol (NPA, PCF, PG) veut le développement des lignes secondaires, bien que « la région n’ait pas à se substituer à l’Etat ». Mais le programme le plus détaillé revient à Europe Ecologie, qui propose la priorité aux lignes régionales avec un surplus de 300 millions d’euros sur les lignes secondaires.
Cette question de la contraction du réseau languedocien, une des plus fortes de France jusqu’en 1973, est venue dans le débat, encouragée par un dossier de la revue Historail (éditions La Vie du Rail, ndlr) relayé par une enquête du quotidien Midi Libre. Ainsi, France Jamet, tête de liste FN, a déclaré que « le réseau TER actuel n’était pas revenu au niveau des années 70 » et qu’il faudra rouvrir des lignes, rééquilibrant son programme axé sur la voiture. Patrice Drevet, écologiste indépendant, propose la remise en service « de lignes désaffectées ». Raymond Couderc, qui propose un « train-métro régional » à haute fréquence, envisage des réouvertures « à l’horizon 2020-2025 ».
Le sortant, Georges Frêche, fait valoir son bilan avec une hausse de fréquentation des TER de 20 % en quatre ans, bientôt 54 voitures Corail rénovées, les abonnements zonaux, le cofinancement de rénovations de voies dans l’arrière-pays. Et un voyage d’élus du Teil à Nîmes en janvier, préludant un TER sur la rive droite du Rhône, un thème phare… d’Hélène Mandroux.LIMOUSIN : des cars à la place des trains vides ?
A la fin de l’année dernière, lors d’une séance plénière du conseil régional du Limousin, l’opposition a lancé un débat sur le TER, fondé sur le rapport de la Cour des comptes, qui estime que « la pertinence du mode ferroviaire pour des lignes situées en zone rurale supportant un très faible trafic n’est en effet avérée ni sur le plan financier ni sur le plan environnemental ».
« Cela conforte ce que nous disons depuis des années », commente Raymond Archer, tête de liste UMP. D’où la question de savoir si, dans cette région fortement rurale, certains trains peu fréquentés ne pourraient pas être remplacés par des autocars. D’autant que le réseau, peu électrifié, oblige à recourir principalement à des machines diesel qui peuvent être plus polluantes que des autocars bien remplis.
« Peut-on considérer “raisonnables” des dessertes ferroviaires qui transportent moins de cinquante personnes par jour en moyenne ? C’est le cas de Guéret – Felletin, qui a une moyenne journalière de trente-six », écrit encore l’UMP dans sa “lettre” régionale de décembre. L’opposition locale estime qu’« il y a urgence à réfléchir à d’autres alternatives. La région, autorité organisatrice, doit améliorer la qualité des services pour les usagers, et leur rentabilité. Quand c’est la bonne solution, il faut proposer des services routiers beaucoup plus souples pour les zones rurales ».
« Remplacer des trains par des cars n’est pas à l’ordre du jour », répond André Pamboutzoglou, le vice-président (PC) du conseil régional chargé des infrastructures et des transports collectifs, qui ne se représente pas, ni sur la liste du Front de gauche ni sur la liste du président socialiste sortant Jean-Paul Denanot.LORRAINE : la gauche pour Vandières, la droite pour Louvigny
Le long feuilleton de la gare de Vandières va connaître à l’occasion des élections de nouveaux développements sans que le dénouement soit forcément acquis. La singularité du nouveau débat, c’est que tout le monde tient désormais pour une interconnexion ferroviaire entre l’axe est-ouest de la LGV et la perpendiculaire Metz – Nancy. On se souvient sans doute que la LGV Est a ignoré le site de Vandières, qui permettait la réalisation d’une gare d’interconnexion TGV-TER, au profit de Louvigny, où a été édifiée la gare Lorraine TGV, accessible en automobile uniquement. Vandières a cependant eu droit à une session de rattrapage quand Jean-Claude Gayssot était ministre des Transports. Mais la gare d’interconnexion n’est toujours pas déclarée d’utilité publique. Et elle est une pomme de discorde entre la majorité sortante emmenée par le socialiste Jean-Pierre Masseret et la droite régionale, avec pour chef de file l’UMP Laurent Hénart.
L’enjeu, c’est l’avenir de l’axe ferroviaire Luxembourg – Metz – Nancy. Tout le monde veut le développer, mais le tracé divise. Solution préférée par Laurent Hénart, on fait passer une nouvelle ligne par la gare Lorraine TGV déjà construite. Avantage, selon les tenants de cette solution : on évite la construction d’une gare à Vandières, et on s’appuie sur la relative proximité (7 km) de la gare TGV avec l’aéroport de Louvigny pour donner un coup de fouet à ce dernier, qui reste à la traîne. Laurent Hénart compte bien sur l’arrivée de compagnies low cost comme Ryanair.
Louvigny a aussi la préférence du MoDem local. La réalisation de la ligne du réseau rapide régional (RRR) Metz – Nancy via Louvigny se chiffrerait selon le MoDem à 800 millions d’euros, tandis que la gare de Vandières, compte tenu de travaux d’accessibilité par la route, reviendrait en fin de compte à quasiment 250 millions d’euros.
Jean-Pierre Masseret, lui, joue la continuité : l’interconnexion ferroviaire par ligne existante et la construction d’une gare TGV à Vandières. Il peut s’appuyer sur un engagement signé le 7 novembre 2000 par le conseil régional de droite, alors présidé par Gérard Longuet, et, surtout, sur l’avis favorable, remis le 21 décembre 2009, par le commissaire enquêteur chargé de l’enquête d’utilité publique sur la gare de Vandières. La solution est soutenue naturellement par les communistes, qui font liste commune avec les socialistes, par Europe Ecologie, qui se présente au premier tour sous sa verte couleur, et par la Fnaut locale. Elle a, aux yeux de Jean-Pierre Masseret, le bon sens pour elle. Et, selon le candidat socialiste, le coût d’un raccordement de Louvigny au réseau Metrolor TER serait d’« un milliard d’euros, soit un projet dix fois plus cher que le coût du projet de Vandières qui s’élève à 80 millions d’euros ». Le président sortant annonce une mise en service de Vandières en 2014. Mais, même s’il est réélu, comme le pronostiquent les sondages, et même si le Conseil d’Etat déclare Vandières d’utilité publique dans les 18 mois, on peut se demander si Vandières et Louvigny ne seront pas à nouveau sur le tapis lors des élections régionales de 2016.MIDI-PYRÉNÉES : plan rail contre plan route
Thématique importante de la campagne des élections régionales en Midi-Pyrénées, les transports arrivent tout de même loin derrière l’emploi, la santé, l’éducation et le pouvoir d’achat dans les préoccupations des habitants. Un sondage CSA réalisé fin 2009 indiquait que 14 % des électeurs plaçaient l’environnement en tête des enjeux de la campagne, 10 % les infrastructures routières, et 8 % les transports en commun. Martin Malvy, le président socialiste sortant avec deux mandats derrière lui, est donné par un sondage BVA/20 minutes de fin février vainqueur de l’élection avec 37 % des voix au premier tour, loin devant l’UMP, créditée de 25 %, et Europe Ecologie, de 17 %.
Les transports collectifs ont été la deuxième grande priorité de son mandat précédent, avec 28 % du budget 2009 (deuxième poste derrière l’éducation). Son bilan sur les TER – le passage du nombre de dessertes ferroviaires quotidiennes de 150 à 348 et l’augmentation du nombre de passagers de 5 à 12 millions, le lancement d’un plan rail de 820 millions d’euros pour rénover les voies vieillissantes – est peu contesté par ses adversaires. Tout juste la tête de liste UMP, députée et maire de Montauban, Brigitte Barèges, trouve-t-elle que le plan rail n’est pas assez rapide et cite-t-elle le rapport de la Cour des comptes dénonçant le manque de visibilité sur la rentabilité des TER de Midi-Pyrénées…
Europe Ecologie, le Front de gauche et le PS sont les listes dont les projets concernant les transports sont les plus fournis et détaillés, notamment sur les tarifs, les modes doux et la recherche d’alternatives à la voiture. Mais peu de sujets transports portent de réelles lignes de fracture. La LGV Bordeaux – Toulouse et son prolongement futur vers Narbonne font l’unanimité ou presque : personne n’est contre et tous préconisent la consultation de la population pour les tracés litigieux. Brigitte Barèges et Jean-Michel Baylet, président radical de gauche du conseil général du Tarn-et-Garonne figurant sur la liste Malvy, ont d’ailleurs tous deux proposé des tracés alternatifs à ceux de RFF. Gérard Onesta d’Europe Ecologie est aussi pour la LGV, du moment que cela ne met pas en péril les TER et la ligne Paris – Orléans – Limoges – Toulouse : « Nous voulons concilier le TGV avec le développement des TER, la protection des territoires traversés et une vraie connexion à l’Europe du Sud ; privilégier, en concertation, l’amélioration des lignes actuelles pour les tracés LGV en zones sensibles ; maintenir des trains rapides Toulouse – Paris desservant les gares du Lot. »
Autre sujet de consensus, même si chacun essaye de jouer sa petite musique personnelle : la nécessité d’une carte unique pour les transports régionaux, interurbains et urbains, dont la mise en œuvre est déjà enclenchée. Qu’elle soit « Pastel» pour le PS/MRG et le Front de gauche, « pass Vert » pour Europe Ecologie, « pass Mobilité » pour l’UMP ou « carte Orange » pour le MoDem d’Arnaud Lafon.
En revanche, le débat fait rage autour des routes, principalement la liaison Toulouse – Castres réclamée par les laboratoires Fabre. « Nous sommes opposés à la création d’une autoroute Castres – Toulouse qui représenterait un investissement énorme déconnecté des réalités de l’ère du post-pétrole », avance Gérard Onesta, d’Europe Ecologie. « Nous pensons qu’il faut améliorer les conditions de circulation mais nous sommes opposés à une autoroute payante dont l’idée est portée par l’UMP », poursuit Charles Marziani. De son côté, l’équipe Malvy joue la prudence : « On demande la décision de l’Etat sur cette liaison et si l’Etat dit oui, on suit. »
Autre sujet sensible : le fret ferroviaire. « C’est un zéro pointé, alors que nous pensons que la région doit être moteur, voire opérateur s’il ne s’en trouve pas sur le marché », affirme Gérard Onesta. « Aujourd’hui, le fret est totalement abandonné en Midi-Pyrénées, c’est une catastrophe ! reconnaît le communiste Charles Marziani, qui était pourtant aux affaires. Nous proposons que la région ait une action forte, qu’elle organise des assises régionales du fret ferroviaire. »NORD-PAS-DE-CALAIS : qui osera croiser le fer avec Percheron ?
Avec 350 millions d’euros consacrés en six ans au ferroviaire en Nord-Pas-de-Calais, l’ensemble du parc de matériels roulants rénové, le développement du TER GV vers la côte et Arras, le doublement de la voie sur la ligne Lille – Béthune, bientôt le cadencement des trains, un centre d’essais ferroviaires à Aulnoye et le chantier du titre unique engagé avec le Smirt, Daniel Percheron sait qu’à défaut « d’unifier la région par le rail » il s’est démené pour le développement de ce mode durant son deuxième mandat. Le bilan ferroviaire de l’exécutif régional sortant n’est d’ailleurs sérieusement contesté par aucun des adversaires de Daniel Percheron, qui préfèrent l’attaquer… par la route : « Nous regrettons que la région ait complètement oublié les routes. Ç’aurait été bien qu’elle accompagne la réfection de l’A25 et on n’a toujours pas de solution pour l’engorgement de l’A1 », a confié l’UMP Jacques Vernier au quotidien Nord Eclair. La critique la plus sérieuse qui soit faite au président sortant vient de ses alliés écologistes : il s’agit d’un certain manque de poigne vis-à-vis de la SNCF. Daniel Percheron n’est pas tendre pour Guillaume Pepy, il fustige les suppressions d’arrêts Eurostar et de dessertes TGV, mais « il est localement trop tendre avec la SNCF quand elle profite de la période pour ergoter sur la convention », estime le Vert Dominique Plancke, président de la commission transports du conseil régional. A défaut de critiquer, la tête de liste UMP, la secrétaire d’Etat chargée des Technologies vertes Valérie Létard donne dans la surenchère. Après avoir parlé de gratuité des transports, elle propose finalement le titre unique à 1 euro. Valérie Létard propose également de généraliser la vidéoprotection dans toutes les gares et tous les trains, ainsi qu’aux abords des lycées. Autre proposition, la prolongation de la ligne 1 du métro de Villeneuve-d’Ascq à Lesquin. Idée intéressante, sauf que le métro n’est pas géré par le conseil régional mais par la communauté urbaine de Lille ! Quand à Marine Le Pen (Front national), ses deux propositions pour les transports sont de généraliser la vidéorsurveillance dans les trains et de créer un tram-train entre le bassin minier et la métropole lilloise. Cette dernière proposition est justement l’un des dadas de Daniel Percheron, qui a longtemps chéri l’idée d’un métro automatique qui relierait Lille et sa chère ville de Lens, laquelle accueillera bientôt une succursale du Louvre. Le projet serait maintenant d’améliorer la voie ferroviaire afin de proposer une desserte rapide qui mette le bassin minier à 20 minutes de la métropole lilloise.BASSE ET HAUTE NORMANDIE : le TGV unifiera-t-il les Normandie ?
En Haute-Normandie comme en Basse-Normandie, les prises de position présidentielles sur les collectivités territoriales comme sur les transports ont cristallisé les débats préélectoraux, avec en vedette la future ligne ferroviaire à grande vitesse.
« Depuis le début de l’année, c’est vraiment très difficile de travailler sur les dossiers. Les élections et les scories politiciennes qui vont avec, tordent la réalité des choses. » Ce constat désabusé émane d’un fonctionnaire spécialiste des transports qui participe notamment au comité de pilotage placé sous l’autorité de Jean-Pierre Duport, préfet et conseiller d’Etat, pour le projet de « ligne nouvelle » Paris – Normandie.
Qualifié de « TGV qui mettra Le Havre à 1 heure 15 de Paris en 2017 » par le président de la République, au Havre en juillet 2009, ce dossier exalte les ardeurs des hommes politiques en campagne. Courrier ministériel à l’appui, certains comme le sénateur de la Manche, Jean-François Le Grand, n’hésitaient pas à claironner le 4 février dernier : « le TGV débarque en Normandie ». D’autres, tel Alain Le Vern, président de Haute-Normandie depuis 1998, se veulent résolument « pragmatiques » et évoquent une future « ligne à haute performance ». Pour l’heure, hors installation en octobre par Dominique Bussereau, le comité de pilotage ne s’est réuni que le 22 décembre. « L’occasion d’évoquer de grandes orientations », témoigne un participant tenu au droit de réserve. En fait, deux hypothèses vont s’affronter et forcément diviser les deux Normandie que Nicolas Sarkozy souhaiterait réunifier.
La première dite nord partirait de Saint-Denis (carrefour Pleyel) pour se diriger vers le nord de Rouen via Pontoise puis rejoindre Calais et l’Angleterre. L’idée-force est de proposer une alternative à l’axe Paris – Lille dont on prévoit la saturation à horizon de quinze-vingt ans. Elle séduit énormément les élus havrais, le maire Antoine Rufenacht en tête, qui voient là « une opportunité exceptionnelle » de faire de leur port celui de la capitale comme l’imagine Antoine Grumbach, l’un des urbanistes pressentis pour imaginer le Grand Paris.
Pour imaginative qu’elle soit, cette version se heurte à plusieurs difficultés. « Elle est à construire et à financer », reconnaît Edouard Philippe, adjoint au maire du Havre en charge de l’urbanisme et du projet Grand Paris. « Elle tuerait la Basse-Normandie », s’insurgent les politiques bas-normands de tous bords. Et elle remettrait en cause le projet bien avancé et financé d’une nouvelle gare SNCF d’agglomération sur la rive sud de la Seine à Rouen-Saint-Sever. Face à cette option, l’hypothèse sud partirait de La Défense pour gagner Mantes via une ligne doublée et, en amont de Rouen, rejoindrait Le Havre d’un côté et Caen puis éventuellement Cherbourg de l’autre. Un grand débat public est censé trancher entre ces deux possibilités. Mais on ne sait déjà plus très bien s’il se déroulera en 2011, comme affirmé dans un premier temps, ou en 2012, comme le dit aujourd’hui la SNCF.
En toile de fond de ce dossier redevenu brûlant, se faufilent le serpent de mer d’une Normandie réunifiée et la pomme de discorde de sa future capitale. Rouen ? Caen ? Le Havre ? Ministres de l’Agriculture et de la Défense, Bruno Le Maire et Hervé Morin, qualifiés d’« envoyés spéciaux du Sarkozysme » par Alain Le Vern, annoncent cette fusion pour 2014. Le choix de la capitale viendrait… après.
Deux sujets plus terre à terre et plus chauds retiennent l’attention. En Basse-Normandie, les dysfonctionnements de la ligne Corail Intercités Paris – Granville alimentent la chronique depuis plusieurs années. « Chacun en attribue la paternité à l’autre alors que tout le monde connaît les solutions techniques à apporter », se désole le fonctionnaire normand déjà évoqué. En Haute-Normandie, c’est le contournement routier à l’est de l’agglomération rouennaise.
PAYS DE LA LOIRE : demain on transporte gratis !
En Pays de la Loire, la campagne des régionales a vraiment commencé à propos des transports. Le 22 février, au Mans, Christophe Béchu, le candidat UMP, annonce son « principal engagement de campagne » : le car scolaire gratuit s’il est élu. « Démagogie, populisme, incompétence ! Le transport scolaire n’est pas de la compétence des régions », rétorque aussitôt Jacques Auxiette, le président (PS) sortant, candidat à sa réélection. Il promet, lui, le voyage domicile – travail à 1 euro. Les transports servent de boussoles dans cette élection pour départager les options politiques.
Un certain consensus se dégage de prime abord sur le développement du TER. « Quatre-vingt-trois rames achetées plus de 350 millions d’euros. 60 % de monde en plus dans les trains depuis six ans », clame Jacques Auxiette. Il veut rouvrir d’autres lignes, augmenter les dessertes encore de 30 % en quatre ans, surtout dans les zones périurbaines. Il voit dans son « trajet domicile – travail à 1 euro » l’esquisse d’une carte Orange régionale à mettre sur pied avec les entreprises.
Dans ce même souci du « transport du quotidien », Christophe Béchu entend « réaliser l’intermodalité » en regroupant les autorités organisatrices de transport (AOT) dans un syndicat mixte qui planche sur l’organisation globale, les horaires, etc. Il maintient aussi le soutien régional aux transports en site propre des agglomérations. Mais il entend se distinguer de son concurrent en parlant d’« infrastructures » et donc d’« ambitions pour l’avenir » : programme d’électrification de lignes, plan régional des gares TER sur quinze ans, plan parkings autour des vingt plus grandes gares de la région. Il ajoute un schéma des grands axes routiers structurants pour la région. L’investissement régional dans la route fracture la gauche, le MoDem avec la droite. Le Front de gauche, le MoDem n’en veulent pas ou très peu, le candidat socialiste le refuse a priori, même si ce n’est pas « dans tous les cas ». Europe Ecologie, qui prône la création d’une agence régionale de développement des transports, « concentre tous les maigres moyens des régions » sur les transports publics.
La démarcation droite-gauche est plus brouillée sur le futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Son déménagement au nord de Nantes est prévu pour 2013. Le MoDem, le Front de gauche sont contre. Europe Ecologie mène campagne en « mobilisant contre l’aéroport ». Les deux principaux candidats, PS et UMP, sont pour. Christophe Béchu se fait fort d’obtenir du gouvernement une nouvelle LGV entre Rennes et Nantes au nord. De même qu’au sud un nouveau pont sur la Loire ou un tunnel. Des infrastructures de transport que réclame aussi le candidat socialiste.
PICARDIE : ne plus être une zone de transit
Comment exister entre Paris et la métropole lilloise à l’heure du Grand Paris et de la réforme territoriale ? C’est le problème de la Picardie, traversée par des grands axes (autoroute A1, LGV Nord) qui en ignorent jusqu’à sa capitale, Amiens. Si d’autres autoroutes et voies rapides récentes convergent désormais vers cette agglomération, l’idée d’une « LGV Robien », via Amiens, entre Paris et le tunnel sous la Manche est aujourd’hui en sommeil, l’ancien maire de la capitale picarde n’étant plus ministre et ayant été battu aux dernières élections régionales par le socialiste Claude Gewerc.
Et en matière de transports, ce dernier a remisé ses grands projets de 2004 au profit d’une modernisation de l’existant. Avec un bilan en demi-teinte. Côté positif, le matériel roulant est en plein renouvellement et, ligne après ligne, les quais des gares sont refaits, de même que les systèmes d’information aux voyageurs. De l’autre côté, les retards ou annulations de trains s’accumulent, alors que les places assises et l’information font défaut, en particulier pour les navetteurs picards se rendant à Paris. Le problème pour l’équipe sortante est que les points négatifs sont si visibles qu’en janvier 2010 Daniel Beurdeley (PCF), premier vice-président, chargé des transports, s’est ouvertement plaint au directeur régional de la SNCF de « plusieurs agents en contact avec les usagers » ayant « fait référence à un manque de moyens attribués par la région pour assurer correctement les renforcements de desserte » sur deux axes !
Car même très divisée la gauche revendique les aspects les plus positifs de la politique menée depuis 2004 dans les transports. « Conscients que des difficultés subsistent », les socialistes picards lient ces dernières aux « choix de l’Etat et de la SNCF », préconisant une poursuite des actions mises en œuvre par la région : accessibilité aux handicapés, tarifications avantageuses, comités de lignes… mais aussi amélioration des routes. Une initiative novatrice de l’équipe Gewerc est de favoriser l’urbanisation autour des gares, où seraient déployés des véhicules électriques en libre-service. Un programme compatible avec les propositions très concrètes d’Europe Ecologie comme les « quartiers de gare » ou l’encouragement du vélo sous toutes ses formes (y compris électrique). Les écologistes picards, qui rejettent la « vision déshumanisée » de leur région comme « simple zone de transit », visent à faire d’Amiens « une capitale régionale clairement identifiée », réactivant le projet ferroviaire Creil – Roissy et appuyant les départements et l’Etat pour « sécurisation des axes routiers d’importance régionale et interrégionale ».
A côté, le programme « Envie de Picardie » (regroupant l’UMP et sept partis) manque de souffle, ne reprenant concrètement qu’un mot d’ordre national : des caméras de vidéoprotection « afin d’assurer une meilleure protection des habitants dans nos villes et nos villages […] à bord des trains régionaux ou encore aux abords des gares et des zones d’activités économiques ». En attendant le « plan transport, aménagement durable du territoire et ruralité » promis par l’équipe « Envie de Picardie », qui vise à assurer à la région « un réseau d’infrastructures routières, ferroviaires, fluviales et numériques performant ».POITOU-CHARENTES : Royal joue la révolte contre l’Etat central
Que reste-t-il à l’opposition quand l’équipe sortante se positionne sur le terrain de la réforme ? Envoyé au front par l’Elysée en Poitou-Charentes, sa région d’origine, le secrétaire d’Etat aux Transports et tête de liste UMP Dominique Bussereau s’est rapidement trouvé en situation défensive face à la présidente PS du conseil régional, Ségolène Royal, qui s’ingénie à nationaliser le débat. La campagne a démarré au quart de tour sur le sujet Heuliez, dont la région est devenue actionnaire à hauteur de 5 millions d’euros. Ségolène Royal a accusé « le pouvoir en place » de vouloir « freiner » Heuliez, le soupçonnant de vouloir favoriser « ses amis » Renault et Bolloré. Ségolène Royal « ment effrontément », a répliqué Dominique Bussereau. L’opposition s’est par ailleurs cristallisée sur le sujet de la LGV SEA. Cet été, la présidente PS du conseil régional avait vertement critiqué le mode de financement de la ligne qui doit mettre Poitiers et Limoges à 30 minutes l’une de l’autre (au lieu de 1 heure 30 aujourd’hui).
« Contrairement à ce qu’affirme l’UMP, aucun chef de gouvernement n’a par le passé menacé, comme vient de le faire François Fillon, une région de ne pas desservir des villes par un TGV si elle ne participait pas aux financements. Comment s’appelle une menace pour obtenir des financements, en l’occurrence à hauteur de 100 millions d’euros ? Cela s’appelle du racket. » Le ton était donné. Dominique Bussereau, bien en peine de boucler le financement en tant que ministre, mène le combat dans la région. Il fustige le refus de la présidente sortante « de collaborer à de grands projets comme la LGV Poitiers – Limoges ». « Il y a un devoir de solidarité envers le Limousin », a-t-il expliqué lors d’un débat organisé fin janvier dans la région avec Ségolène Royal. Si la région Poitou-Charentes a accepté de participer au financement des études (actuellement au stade de l’avant-projet sommaire), Ségolène Royal estime désormais que « le projet ne lui paraît pas acceptable en l’état » et elle met en doute sa pertinence économique par rapport à une amélioration de la ligne existante. Au grand dam d’autres socialistes du Grand Ouest, dont la députée PS de la Vienne Catherine Coutelle, laquelle s’est battue aux côtés d’élus de toutes tendances pour faire inscrire cette liaison parmi les 2 000 km de lignes nouvelles à grande vitesse à lancer d’ici à 2020 dans le cadre de la loi du Grenelle de l’environnement. La LGV Poitiers – Limoges, lancée dans le passé par Bernadette Chirac, dépassait jusqu’alors les clivages droite-gauche. Elle redevient un thème majeur, défendu par le gouvernement et donc par Dominique Bussereau, également président du conseil général de la Charente-Maritime. En se démarquant ainsi, la présidente sortante rejoint Europe Ecologie, qui défend le rail « mais pas à n’importe quel prix », selon sa tête de liste Françoise Coutant. Elle s’aligne aussi sur la position du PC et de NPA, qui réclament un moratoire, un arrêt des financements, une expertise économique indépendante et une consultation démocratique.PACA : haro sur les TER
Lorsque Thierry Mariani, tête de liste UMP, entame le débat consacré aux élections régionales sur France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, c’est avec Ville, Rail & Transports sous le bras et le dernier palmarès sur les TER. Il en cite deux chiffres : la région Paca est la première en France pour le nombre de trains annulés et la dernière pour la hausse de la fréquentation. D’où cette conclusion : « Les TER sont boudés par les voyageurs. »
En Paca, les TER, c’est le sujet qui fâche à coup sûr. Même s’il est bien difficile de trouver dans les divers programmes les propositions bien concrètes qui permettraient d’inverser rapidement une lourde tendance. En 2009, les divers dysfonctionnements ont concerné près d’un quart des trajets. Président sortant du conseil régional, Michel Vauzelle juge que ce mauvais fonctionnement est avant tout le fait de l’Etat, « qui n’a pas su établir un dialogue social ». Le fruit de l’histoire aussi, avec le manque de fuseaux. La nécessité de concrétiser beaucoup de « gros » projets qui dépassent largement le temps d’une mandature. Et il rappelle les 3 milliards d’euros investis pour les TER depuis 1998. « La région a investi beaucoup. Dans le même temps, la SNCF ne fait pas les efforts et l’Etat ne met par l’argent. Le compte n’y est pas, la région est volée. » Faute de l’Etat, faute de la SNCF…
« Avec Michel Vauzelle, c’est toujours la faute des autres », se plaît à ironiser Thierry Mariani. Et s’il y avait un palmarès des plus mauvaises relations entre SNCF et conseil régional, la région décrocherait là aussi, à coup sûr, la palme. « Les rapports sont détestables avec la SNCF, le conflit est permanent. Il y a un problème de gestion avec cette région. Pourquoi ce qui marche ailleurs ne peut pas marcher en Paca », s’interroge Thierry Mariani. D’où la proposition de l’opposition régionale visant à « refonder les relations avec la SNCF ».
Du côté d’Europe Ecologie, lorsque l’on évoque le manque de régularité, fléau numéro un, le constat est assez proche. « On voudrait comprendre où sont vraiment les effectifs, les centres de maintenance… C’est à réétudier avec la SNCF. » Dans sa région la plus forte, Jean-Marie Le Pen ne dit pas autre chose : « Il faut parvenir à un autre accord avec la SNCF. Michel Vauzelle lui fait grief de la plupart des retards, certes insupportables. » Mais pour le leader du FN, il y a un autre reproche majeur : l’insécurité dans les trains, « la peur des gens. Sept trains saccagés à Nice sans qu’il y ait un policier, un gendarme, un cheminot, ni même une caméra… C’est extravagant ».?
Quant à l’équipe sortante, elle promet d’ores et déjà de négocier serré la clause de revoyure prévue en 2011, à mi-parcours du contrat de dix ans qui fixe les relations entre région et SNCF. Déjà, Michel Vauzelle a dit, à diverses reprises, envisager d’examiner le recours à une compagnie ferroviaire privée.RHÔNE-ALPES : polémique sur le Lyon – Turin
«Jusqu’à présent, il y avait un consensus très large en Rhône-Alpes sur le Lyon – Turin. Ce consensus va peut-être exploser à droite », s’inquiète Bernard Soulage, vice-président PS du conseil régional chargé des transports, qui se présente sur la liste du président sortant Jean-Jack Queyranne.
« Nous souhaitons simplement obtenir toutes les garanties sur la double composante du projet, fret et voyageurs », répond Xavier Dullin, conseiller régional UMP de Savoie, également dans la course aux élections régionales sur la liste de Françoise Grossetête. Selon lui, un courrier du 25 janvier du ministère de l’Ecologie se référant à une nouvelle réglementation européenne impose une réalisation en bitube du tunnel Dullin-L’Epine, initialement prévu monotube. « Compte tenu du contexte économique actuel et du phasage du projet qui prévoit de construire ultérieurement sous la Chartreuse le tunnel dédié au fret, nous craignons que ce tunnel bitube ne finisse par être utilisé à la fois par les voyageurs et le fret », s’inquiète l’élu. Ce dernier craint que, si le trafic fret croît fortement, il finisse par passer aussi sur la ligne actuelle longeant le lac du Bourget et traversant les agglomérations. « Ce n’est pas acceptable car le rail peut transporter des matières dangereuses. Et c’est contraire à la dimension environnementale du projet », explique Xavier Dullin.
Europe Ecologie s’étonne de cette prise de position. « L’UMP, comme le PS, d’ailleurs, est favorable à la candidature d’Annecy aux Jeux olympiques d’hiver de 2018. Et c’est cette candidature qui rend prioritaire l’aspect voyageurs du Lyon – Turin. Les priorités sont en train d’être inversées », souligne Gérard Leras, président de la commission transports du conseil régional, président du groupe des Verts en Rhône-Alpes, placé en deuxième position sur la liste d’Europe Ecologie. Une liste farouchement opposée à la candidature d’Annecy aux JO : « L’organisation des JO conduira à la destruction de milliers d’hectares de terres agricoles et des milieux montagnards. »
Gérard Leras estime que « le Lyon – Turin est utile s’il permet un report modal effectif de la route vers le rail, c’est sa raison d’être. Tout le monde sait que si on réalise le tunnel nord il n’y aura jamais de tunnel sud pour le fret. Le fret, qui comporte des matières dangereuses, continuera de passer par Chambéry. Il ne pourra pas se développer car il sera en concurrence avec les TER. D’où une saturation des infrastructures ». De nouvelles tensions en perspective ?
Dossier réalisé par François DUMONT, Guillaume LEBORGNE, Olivier MIRGUET, Cécile NANGERONI, Marie-Hélène POINGT, Pascal GRASSART, Patrick LAVAL, Michel Gabriel LÉON, Catherine STERN, Richard GOASGUEN et Hubert HEULOT
Redémarrage prochain du réseau cambodgien
Toll et Royal Group, concessionnaires depuis 2009 du réseau ferroviaire cambodgien, ont annoncé la réouverture d’un service fret régulier entre Phnom Penh et Kampot, à compter du 1er octobre prochain. La Banque asiatique de développement (BAD) a par ailleurs officiellement signé un accord avec les autorités pour injecter 42 millions de dollars (30,8 millions d’euros) supplémentaires, tandis que l’Australie s’est engagée pour un prêt de 21,5 millions de dollars (15,7 millions d’euros), pour parachever la réhabilitation, entamée en 2007, de l’intégralité du réseau, long de 652 km (travaux confiés au français TSO). La BAD estime que les opérations de réhabilitation devraient être entièrement achevées en 2013.
Laméricain Aecom signe avec MTR pour la station de Diamond Hill à Hongkong
MTR, l’opérateur du métro de Hongkong, a confié à la firme américaine d’ingénierie et de conseils Aecom la reconfiguration de la station de Diamond Hill, desserte déjà existante de la ligne Kwun Tong, qui sera également sur le trajet de la future ligne Central – Shatin, dont les travaux devraient commencer courant 2010, pour une mise en service complète en 2019. Aecom devra notamment prévoir tout le système d’interconnexion entre les deux lignes, la création d’un dépôt ainsi que la création d’un réseau de passerelles piétonnières pour accéder à la gare.
La désaturation du tram de Bordeaux passera-t-elle par le maillage ?
Dix lignes de tramway à Bordeaux en 2014 ? La question peut paraître saugrenue car l’agglomération n’a en effet que trois lignes en service et seulement deux supplémentaires dans les cartons. Elle a pourtant été très sérieusement posée ces derniers mois par les services de la communauté urbaine de Bordeaux (Cub). Cherchant à éviter la saturation du réseau de tram qui menace, la mission tramway a proposé de bouleverser son schéma d’exploitation. En créant des lignes plus courtes, se chevauchant dans le centre, et maillées, c’est-à-dire offrant des destinations variées à travers le réseau grâce au jeu des aiguillages.
Finalement, l’idée a été abandonnée, indique Etienne Lhommet, le chef de la mission tramway. Du moins provisoirement. « On pourra se reposer la question pour 2020 », l’étape suivante de la croissance du réseau bordelais, dit-il. « Pour l’instant, avec la construction de la phase 3 en cours, il est un peu difficile de tout faire en même temps. » Le concept d’un réseau maillé – avec des liaisons passant d’un corridor à l’autre, combinant par exemple des morceaux des lignes A et C actuelles – a donc été remis à plus tard, et les aiguillages nécessaires du côté de la porte de Bourgogne et de la cathédrale ne seront pas construits dans l’immédiat.
« En revanche, nous réfléchissons toujours à un réseau ramifié, avec des services partiels sur les lignes existantes, poursuit Etienne Lhommet. Mais la décision n’a pas été prise, le débat étant de voir où l’on met les services partiels. » S’ils poursuivent dans cette voie, les élus devront accepter de réduire la fréquence aux extrémités des lignes actuelles. Celles-ci seraient desservies toutes les dix minutes environ.
« C’est une décision politique. Pour l’instant, elle n’a pas été prise. Cela voudrait dire un retour à des horaires précis, aussi. Toute la question étant de savoir si c’est une régression. En fait, c’est assez difficile à faire comprendre… C’est même philosophique : est-ce que le service public doit être abondant dans toutes les directions ? Ou peut-on adapter l’offre à une demande moins forte en périphérie ? » La Cub pourrait en tout cas économiser beaucoup d’argent : « Si on ne fait rien, avec la construction des nouvelles extensions prévues et la croissance de la fréquentation que nous attendons, il nous faudra acheter 104 rames à l’horizon 2020, constate Etienne Lhommet. Si on ramifie le réseau, il n’en faudrait que 47 ! » Les prévisions sont comparables pour l’importance du déficit d’exploitation.
Pour la mission tram, raccourcir les lignes et les superposer là où la demande est la plus forte – dans le centre, par-delà le pont, vers la gare, vers l’université… – permettra d’améliorer la régularité du réseau. C’est en effet son irrégularité, dont les causes sont nombreuses (carences dans l’exploitation, insuffisance des temps de régulation aux terminus, problèmes de priorité aux feux, temps de montée aux stations, bousculades aux composteurs…), qui explique en grande partie pourquoi le tram bordelais semble souvent saturé alors qu’il n’était aux dernières nouvelles employé qu’à 55 % de sa capacité théorique sur les tronçons les plus chargés.
« A plus long terme, je pense qu’il n’y a pas de solution en dehors du maillage, ajoute Etienne Lhommet, qui a toujours sur lui les plans des réseaux de Strasbourg et Zurich. Il n’y a pas de grand réseau de tram qui ne soit pas maillé ! » Dans le cas bordelais, installer des aiguillages entre les lignes existantes pour proposer des liaisons directes entre les pôles majeurs de l’agglo permettrait de réduire la pression sur des stations de correspondance de plus en plus surchargées, notamment Pey-Berland et porte de Bourgogne. Les voyageurs en transit entre deux lignes s’y agglutinent de plus en plus, gênant la bonne progression des tramways. Rendez-vous à la fin de la décennie ?
François ENVER
La ponctualité des TGV prend du retard
Une ponctualité à la baisse pour les TGV, en hausse très légère pour les Transilien, en progression perceptible pour les TER. C’est le bilan 2009, en termes de régularité, des trains de la SNCF, dévoilé par Les Echos le 12 février. Un bilan contrasté, dont le point le plus marquant est, comme le titre ce quotidien économique, le « coup de frein sur la régularité des TGV en 2009 ». Chiffre le plus significatif à cet égard : le taux de ponctualité pour les TGV et Téoz est passé de 82,6 % en 2008 à 81,2 % en 2009. Ce taux, qui prend en compte les trains ayant subi plus de cinq minutes de retard, était de 84,2 % en 2005. La dégradation est donc durable, inscrite dans le moyen terme, et une amélioration notable ne semble pas envisageable dans les dix années à venir. Explication : la principale cause avancée pour expliquer ces retards tient aux travaux sur les infrastructures. Ainsi, sur les 1,4 % de baisse du taux de régularité entre 2008 et 2009, 1,1 % tiennent aux travaux, incidents liés aux infrastructures… contre 0,1 % pour le transporteur (matériel défaillant, erreur humaine…) et 0,2 % pour des causes dites extérieures. Le poids des infrastructures est donc essentiel. Or, sur un réseau vieilli, dont la rénovation est engagée, les « grands » et plus petits chantiers ne sont pas prêts de s’achever. Déjà, d’ici à 2013, environ 900 km de lignes seront rénovés tous les ans, contre 400 km en 2006. Comme le souligne dans Les Echos Jacques Damas, directeur général en charge de l’exploitation à la SNCF, « l’Etat a décidé d’engager d’énormes moyens pour rénover le réseau. Mais cela veut dire qu’il y a plus de travaux, et plus de ralentissements. »
Les travaux, ce sont essentiellement les opérations de maintenance, tel le renouvellement du ballast, ceux de régénération, soit une remise à niveau totale, comme cela s’est fait sur la LGV Paris – Lyon, le raccordement des lignes à venir aux lignes actuelles… Tous ces travaux peuvent avoir des conséquences sur les circulations en raison d’une « reddition » des voies plus tardive que prévu, impliquer des ralentissements après un renouvellement de ballast, le temps qu’il soit correctement tassé… La multiplication de ces chantiers handicape particulièrement les trains qui effectuent de longs parcours. Car, si dans le calcul original des temps de parcours une « détente » permet classiquement d’absorber les conséquences sur la vitesse d’un chantier, il ne le peut pas lorsque le train rencontre sur une seule liaison trois, quatre chantiers… ce qui n’est, actuellement, pas exceptionnel.
Lors d’un récent discours devant l’ensemble des cadres de la SNCF, Jacques Damas a dit vouloir avant tout éviter « l’ambiguïté sur la promesse au client. » Et affirmé la volonté de « remettre en cohérence la promesse client et le système de réalisation du service ». Ainsi, pour plus de clarté, une distinction va être faite pour le calcul de la régularité en fonction des temps de parcours. Elle sera toujours calculée à cinq minutes de retard à l’arrivée pour ceux inférieurs à 1 heure 30, passera à 10 minutes pour les parcours entre 1 heure 30 et 3 heures 30, et à 15 minutes au-delà. Sous ces conditions nouvelles, c’est un taux de régularité à 90 % qui est escompté en 2010.
Pascal GRASSART
407 millions de dollars de plus pour le ferroviaire canadien
La version canadienne du programme de relance économique profite au transport ferroviaire de voyageurs. Un précédent plan d’investissements de 516 millions de dollars canadiens (un dollar canadien vaut 0,65 euro), décidé fin 2007, vient d’être complété par une enveloppe de 407 millions de dollars, dans la foulée de la crise financière. Ce total de 923 millions va permettre, sans attendre un hypothétique train à grande vitesse, d’améliorer les infrastructures et le matériel utilisés par Via Rail Canada, l’agence fédérale du transport ferroviaire de voyageurs, pour déboucher sur une amélioration des vitesses et des fréquences sur les lignes les plus chargées, le triangle Montréal – Ottawa – Toronto.
En matière d’infrastructures, la ligne Montréal – Toronto va connaître une métamorphose. Propriété de Canadien National, cette artère, la « subdivision Kingston », est à double voie sur la totalité des 540 km du parcours.
Sur les fonds débloqués en 2007, une phase 1, en cours de réalisation, vise à la création d’une troisième voie latérale sur un total de 64 km en trois sections de 32, 20 et 12 km. Sur ces segments, les trois voies seront banalisées, comme le sont systématiquement les voies multiples sur le réseau. À Belleville, près de Toronto, une quatrième voie sera construite pour accroître la capacité de la gare. Mise en service prévue en 2011. Fait nouveau dans les mœurs ferroviaires canadiennes, la marche à droite sera posée comme prioritaire aux régulateurs, entraînant l’abandon du principe de mise à quai côté bâtiment voyageurs. Cette dernière pratique, qui occasionne des acrobaties de gestion des voies banalisées aux approches des gares en ligne, découle d’un règlement fédéral imposant le consignement de tout canton de voie principale traversée par des voyageurs à pied en gare.
Logiquement, les gares de cette subdivision Kingston sont donc appelées à être dotées de passages supérieurs piétons : Belleville en banlieue de Toronto (dotée d’une quatrième voie) et les gares de pleine ligne d’Oshawa, Cobourg et Brockville, dotées de nouveaux quais, ainsi que Dorval sur l’île de Montréal, à proximité de l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau. L’hypothèse de passages inférieurs a été abandonnée en raison de la nature des terrains, des interférences des travaux sur le trafic et de considérations budgétaires.
Une phase 2 du projet, assise sur les fonds débloqués dans le cadre du plan de relance, consistera en l’équipement d’autres tronçons de la « subdivision Kingston » d’une troisième voie banalisée, permettant de porter le cumul des sections triplées de 64 km à 130, voire 160 km.
Cet effort particulier sur l’infrastructure CN n’est-il pas contradictoire avec le projet, encore récemment réaffirmé, d’une ligne à grande vitesse Québec – Windsor ? « Non », répond l’ingénieur ferroviaire André Gravelle, au siège national de Via Rail, à Montréal. Il explique : « Notre part de marché doit augmenter sans attendre. Il est difficile de faire un acte de foi en lançant un projet de train à grande vitesse à partir d’un marché insuffisamment achalandé. La meilleure façon de faire avancer le rail c’est, dès à présent, d’améliorer sensiblement l’offre de service. »
Malcolm Andrews, directeur général de la communication de Via Rail, précise de son côté : « Pour que le rail gagne en crédibilité, il nous faut encore améliorer notre couverture des coûts par les recettes, qui est de 60 % à présent après avoir été de 30 % il y a trente ans. »
De fait, ces améliorations d’infrastructures permettront d’améliorer la vitesse commerciale sans avoir à relever les vitesses limites, déjà de l’ordre de 160 km/h grâce à un excellent armement des voies en LRS d’un poids dépassant les 60 kg/m. L’objectif, en 2011, est de réduire le temps de parcours, actuellement de 4 heures 59 minutes pour 539 km, soit une vitesse commerciale de 108 km/h – une belle performance en traction thermique –, « d’une trentaine de minutes grâce à une plus grande fluidité du trafic et à la création de services express », précise Malcolm Andrews. Soit 4 heures 20 minutes, correspondant à une vitesse commerciale relevée à 124 km/h.
La ligne reliant Montréal à Ottawa, capitale fédérale, qui se débranche de l’axe Montréal – Toronto à Coteau, à 63 km à l’ouest de Montréal, vient de subir une sérieuse cure de rajeunissement pour 12,5 millions de dollars. Cette « subdivision Alexandria » Coteau – Ottawa, pour l’essentiel, a été acquise à CN en 1998 par Via Rail. Cette dernière y alloue d’ailleurs un sillon quotidien à un tractionnaire fret short liner, un cas atypique en Amérique du Nord… Elle est progressivement équipée de longs rails soudés, depuis 2002. Cette année, elle a été dotée d’un nouvel évitement situé à 16 km à l’est d’Ottawa, à Carlsbad Spring, d’une longueur (modeste pour le Canada) de 760 m. Via Rail vient par ailleurs d’acquérir la pleine propriété de 10 km résiduels d’infrastructure auprès de Canadien National (vers Montréal) et d’une portion de ligne de Canadien Pacific (vers Toronto), à proximité d’Ottawa.
La signalisation vient d’être modernisée et centralisée. La gare d’Ottawa, construite en 1966 en périphérie de la capitale fédérale, après la suppression malheureuse de l’ancienne gare souterraine de plein centre, a été rénovée.
Sur Ottawa – Kingston (Toronto), d’importants renouvellements de voies sont programmés à court terme entre Ottawa et Smith Falls, sur une soixantaine de kilomètres.
Sur la ligne Montréal – Québec, enfin, parcourue par les trains Via Rail reliant les deux villes et par les trains de nuit de et vers Halifax et Gaspé, rien n’est programmé en termes d’infrastructures dans le cadre des deux plans d’investissement Via Rail en cours. CN, voici une dizaine d’années, avait allongé ses voies d’évitement sur la section à voie unique, à l’est de Saint-Hyacinthe, à 54 km de Montréal. Cet autre segment du Transcanadien est au demeurant équipé d’une voie d’excellente qualité.
En termes de fréquence, l’ensemble de ces améliorations d’infrastructures va permettre de densifier l’offre. En jour ouvrable de base, Via Rail prévoit d’ajouter deux rotations aux 6 allers-retours actuels Montréal – Toronto et deux rotations aux 5 allers-retours Ottawa – Toronto actuellement parcourus en 4 heures 37.?La liaison Montréal – Ottawa bénéficie déjà de 6 allers-retours.
Côté matériel roulant, le plan de modernisation complété par le plan de relance prévoit une rénovation massive des engins de traction comme du matériel tracté.
Concernant le parc des voitures voyageurs, les célèbres LRC (Light Rail Cars) vont être modernisées au titre du plan de relance. Conçues en 1968 par le consortium Dofasco, Alcan et Montréal Locomotive Work (devenu Bombardier), acquises en 1978 et 1981 par Via Rail pour 98 unités, elles sont autorisées à la vitesse de 152 km/h. C’est la société Irsi, sise à Moncton au Nouveau-Brunswick, qui va totalement réviser ce matériel constitué de monocoques d’aluminium, pour 98,9 millions de dollars. Au programme : rénovation des bogies, attelages et intercirculations, traitement anticorrosion des caisses, amélioration de l’efficacité énergétique tant par un nouveau câblage que par de nouveaux moteurs de portes et un conditionnement « intelligent ».
Objectif : prolonger d’une vingtaine d’années la durée de vie de ce matériel profondément novateur en Amérique du Nord.
Cette rénovation massive viendra épauler les 106 voitures Alstom construites pour les trains de nuit mort-nés du Transmanche. Via Rail avait racheté le lot de 139 en 2000, sans possibilité de n’en acquérir qu’une partie, comme il l’aurait souhaité. L’exploitant a néanmoins pu ainsi cannibaliser plusieurs éléments pour optimiser le parc en service. Notons que ce matériel ne correspond pas aux normes américaines de résistance au tamponnement, qui imposent une capacité de résistance de 800 000 livres (174 tonnes métriques) contre la moitié en Europe. Pour cette raison, une voiture de transition sans voyageurs est imposée entre la rame ouverte au service commercial et la locomotive.
Six automotrices aluminium Budd sont par ailleurs réhabilitées, utilisées sur liaisons isolées de l’île de Vancouver (Colombie Britannique) et Sudbury-Whiteriver (Ontario). Une option de rachat d’une quinzaine d’autres est à l’étude. Le reste du parc est complété par des voitures Budd des années cinquante ex-CP, dénommées Streamliner.
Concernant le matériel de traction, les 54 locomotives F40 de General Motors vont être rénovées au titre du premier plan d’investissement, complété à la marge par le plan de relance. Elles avaient été acquises en 1987 après l’échec des motrices profilées conçues spécialement pour les rames LRC dont elles respectaient la ligne de toiture. Leurs moteurs, non suspendus, s’étaient révélés trop agressifs pour la voie.
Très présentes en Amérique du Nord (Amtrak les a étrennées à la fin des années soixante-dix et elles sillonnent de nombreuses banlieues), les F40 de Via Rail vont être réhabilitées pour une prolongation de carrière de 15 à 20 années par les ateliers CAD de Lachine, en banlieue de Montréal. L’exploitant en attend une baisse d’émission de gaz à effet de serre de l’ordre de 12 %, après une diminution de 16 % déjà réalisée. Les économies cumulées de ces locomotives aptes à 153 km/h devraient se chiffrer à 5 millions de litres de gazole par an. Un moteur diesel leur sera ajouté pour générer l’électricité des rames tractées.
C’est donc bien un plan ambitieux pour le rail qui se réalise sur le dense et prometteur corridor Québec – Windsor, lequel réunit l’essentiel de la population des deux provinces les plus peuplées du Canada. Québec et Ontario cumulent près de 21 millions d’habitants, près des deux tiers des 34 millions de Canadiens.
Les récentes élections municipales au Québec auront scellé le grand retour du train à grande vitesse dans l’arène politique. Le maire de Québec, Régis Labeaume, a plaidé très vivement cet automne pour que la première phase du projet parte de Québec. Une exigence relayée par le Premier ministre provincial Jean Charest (libéral), le 30 septembre : « Nous voulons, nous insistons pour que le trajet se fasse de Québec à Montréal, ensuite de Montréal à Toronto. Parce que, si on ne le fait pas au départ avec Québec, les chances que ça se fasse un jour sont à peu près nulles. » Un thème auquel s’est ralliée l’opposition libérale au niveau fédéral, dont le responsable transport, Joe Volfe, qui a confié au journal Le Soleil, de Québec, sa volonté que cela soit fait « en une seule phase ». Enjeu municipal, provincial et fédéral relancé par les questions climatiques et les plans de relance du grand voisin états-unien, le futur réseau canadien de LGV aura connu une interminable gestation.
« Un comité des transports a été réuni récemment à Ottawa et a réexaminé le dossier », confie André Gravelle, ingénieur chez Via Rail. Représentants fédéraux de l’Ontario et du Québec y ont réexaminé le sujet. Avant qu’ils ne publient leurs conclusions, deux audits ont été demandés. Les grandes villes concernées ont demandé une étude prospective à la SNCF pour un coût de 375 000 dollars. Ses conclusions, publiées en juin, ont montré l’opportunité commerciale du réseau sur le corridor, étendu à Chicago et New York. Les gouvernements provinciaux et fédéral ont pour leur part demandé une étude à la firme Dessau et au cabinet Éco-Train, pour un coût de 3 millions de dollars, dont le résultat est attendu début 2010. Elle devra synthétiser et actualiser les travaux réalisés auparavant.
Il faut dire que les avant-projets n’auront pas manqué. Dès 1981, Via Rail Canada réalise des études complètes en collaboration avec la SNCF et les chemins de fer japonais. Elles débouchent en 1984 sur un rapport préconisant un réseau à grande vitesse voyageurs s’étirant de Québec à Windsor (1 150 km) et desservant Montréal, Ottawa, Toronto, ainsi qu’une liaison Calgary – Edmonton, à l’ouest du Canada.
Via Rail reprend son avant-projet en 1987, travail débouchant sur un nouveau rapport en 1989, suscitant un intérêt plus marqué que le précédent de la part des trois gouvernements les plus concernés (fédéral, Ontario, Québec). De ce fait, un groupe de travail est constitué en 1990. Cette commission Bujold-Carman remet en 1992 un rapport sur la rentabilité socio-économique, le financement, l’environnement et les questions industrielles. L’année suivante, les études initiées par les trois gouvernements sont actualisées sous l’égide de leurs ministres des Transports respectifs.
Si Via Rail ne mène plus d’études en propre à l’heure actuelle, elle pose comme quasi-certitude qu’une infrastructure nouvelle relierait Québec à Montréal par la rive nord du Saint-Laurent et non par la rive sud comme la ligne classique CN, empruntée actuellement par ses trains, afin d’éviter deux franchissements du fleuve. Ce qui ravit Yves Lévesque, le maire de Trois-Rivières, ville située à quelque 150 km de Montréal et Québec sur la rive nord : « Cela ne prendra que 30 minutes pour se rendre au centre-ville de Montréal », prévoit-il déjà, déplorant « qu’on nous [ait] enlevé le train il y a plusieurs années », en 1990. Miracle du train à grande vitesse outre-Atlantique : on se bat de nouveau pour avoir des trains !
Alors que se prépare l’aménagement d’une sixième ligne de banlieue dans l’agglomération de Montréal sous l’autorité de l’Agence métropolitaine des transports (AMT), le « train de l’Est » vers Repentigny et Mascouche, l’année 2009 aura été celle des grands avant-projets pour le métro de la capitale économique du Québec. Le premier ministre provincial Jean Charest a annoncé le 16 septembre la création d’un bureau de projet doté d’un budget de 12 millions de dollars pour trois ans afin de réaliser les études nécessaires à la construction de douze nouvelles stations sur trois prolongements de lignes totalisant 20 km.
Objectif : une mise en service dans 10 à 15 ans. Coût estimé : 3 milliards de dollars. La ligne Orange (n° 2), déjà prolongée de trois stations (5,3 km) l’an dernier au nord-est d’Henri-Bourrassa à Montmorency (Laval), via une traversée sous-fluviale de la rivière des Prairies, serait « bouclée » par une mise en liaison de ses deux extrémités nord. Cette nouvelle section relierait sur plus de 5 km Côte-Vertu, actuel terminus nord-ouest, à Montmorency, via deux stations intermédiaires nouvelles (Poirier et Bois-Franc) et une autre traversée sous-fluviale.
La ligne Bleue (n° 5, tangentielle nord) serait prolongée de plus de 5 km et cinq stations supplémentaires de Saint-Michel à Anjou.
La ligne Jaune (n° 4, trois stations), seule à franchir le Saint-Laurent et à rejoindre la rive sud en plein développement, serait prolongée à la demande de la municipalité de Longueil de 8 km et quatre stations jusqu’à Roland-Thérien, aux abords de l’aérodrome de Saint-Hubert, en longeant le Saint-Laurent côté sud.
Les médias montréalais se sont toutefois montrés prudents sur la probabilité de réalisation d’un tel plan, annoncé peu de temps avant la « Journée sans ma voiture » et en pleine campagne électorale pour les municipales. Il y a d’abord la question financière. Le maire de Montréal déplorait au printemps dernier que le déficit structurel des réseaux métro-bus de la STM (Société des transports de Montréal) s’apprête à atteindre 38 millions de dollars en 2009, exigeant une rallonge des subventions provinciales d’un montant de 30 à 55 millions de dollars. De plus, le projet de liaison rail aéroport, promis depuis des années et annoncé comme prochain, tarde à se concrétiser. Bien que deux voies ferrées majeures passent à moins de 1 km kilomètre des terminaux aériens, l’AMT se limite pour l’instant à annoncer que sur onze hypothèses d’avant-projet, seules trois restent en lice. La pose de nouvelles voies le long des corridors ferroviaires CN et CP, en parallèle sur cette section, et le choix d’un terminus à Lucien-L’Allier tiennent la corde. Mais pour l’instant, l’aéroport Pierre-Trudeau, seule plate-forme importante de la ville depuis la fermeture de l’éphémère Mirabel, reste l’un des plus inaccessibles du continent nord-américain, malgré sa proximité du centre-ville. Ses seules voies d’accès, des autoroutes, sont presque toujours congestionnées.
Michel-Gabriel LÉON
La grande vitesse atteint Valence
Après Séville en avril 1992, Valladolid en décembre 2007 et Barcelone en février 2008, Valence va être en 2010 desservie par la grande vitesse (AVE) depuis Madrid. Peut-être à l’automne. S’étendant sur 391 km, la ligne nouvelle parcourue à 350 km/h mettra la capitale à 1 heure 25 du « Levant » (la côte méditerranéenne), contre 3 heures 20 dans le meilleur des cas aujourd’hui.
Cependant, cette desserte de la troisième agglomération d’Espagne n’est qu’une première étape. Elle s’insère dans le projet « Madrid – Castille-la Manche – Communauté valencienne – région de Murcie », qui prévoit la construction de 955 km de lignes nouvelles à grande vitesse, à écartement UIC, parcourues pour la plupart à 350 km/h, électrifiées en courant alternatif et équipées de la signalisation ETCS-ERTMS niveaux 1 et 2 pour la gestion des circulations. Autant dire que ce vaste programme, réservé au trafic voyageurs, prend les allures de quasi-reconstruction du réseau ferroviaire au sud-est de Madrid. Murcie, Alicante, Albacete, Valence, Castillón et Cuenca seront donc toutes accessibles à grande vitesse, au plus tard fin 2013 ou en 2014, selon les prévisions d’Adif (l’équivalent ibérique de RFF). Et selon les disponibilités financières également. L’ensemble du projet « Levant » a été chiffré à 12,4 milliards d’euros sans le matériel roulant et l’Union européenne y apporte sa part en deux temps : 750 millions d’euros ont été versés pour les opérations menées avant 2007, 726 millions le seront entre cette année et 2013. La Banque européenne d’investissement (BEI) est également de la partie.
C’est le 8 janvier 2001, en plein boom de la grande vitesse outre-Pyrénées, que l’accord est scellé entre le ministre du Développement de l’époque, Francisco Alvarez Cascos, et les présidents des communautés autonomes (régions) concernées. Après moult tergiversations, on se met d’accord sur le tracé et les échéances, optimistes, puisqu’en 2007-2008 tout devait être achevé. Moyennant une carte un peu complexe, l’idée générale est de raccourcir le trajet entre Madrid et Valence (trop au sud par l’ancienne ligne du MZA vers Alicante) et de constituer par des raccordements un maillage de toutes les villes du Levant pour les voyageurs grandes lignes. L’ensemble du projet est inclus dans le « Peit » 2005-2020, c’est-à-dire le plan stratégique de restructuration ferroviaire de l’Espagne. Au passage, l’AVE du Levant ralliera Alméria, renouant avec une desserte directe vers l’Andalousie, et, surtout, améliorera le « corridor méditerranéen » qui depuis Murcie longe cette mer jusqu’à Barcelone. Dans cette direction, d’autres gros chantiers sont à finaliser.
Partant de Madrid-Atocha, la nouvelle ligne vers Valence longe la LGV de Séville (ce qui engendre un quadruplement des voies), puis oblique à Torrejón vers Cuenca, suivant le tracé conventionnel le plus direct. Au sud de cette ville, deux branches se détachent à Motilla : l’une, souvent en parallèle avec l’autoroute A3 (actuellement congestionnée), file vers Valence à travers des massifs accidentés, l’autre rallie Albacete. Sur la première abondent les ouvrages d’art dont le tunnel de La Cabrera (deux souterrains de 7,250 km chacun) ou le viaduc de Contreras, de 587 m, avec un arc en béton parmi les plus audacieux d’Europe. La branche Valence arrive dans la ville par le sud-ouest, ce qui a nécessité un chantier complexe, avec un mélange d’écartements ferroviaires et une installation AVE provisoire. En effet, les autorités locales souhaitent depuis longtemps créer sous la ville une gare de passage, alors que « Valencia-Nord » (du nom de la compagnie Norte antérieure à la Renfe) est en cul-de-sac. Une très vaste opération technique et financière qu’Adif a voulu séparer de l’arrivée de la grande vitesse. A quelque 500 m du terminal actuel, sera donc ouverte en 2010 une gare provisoire AVE avec six voies à quai et des connexions multimodales. Discrète pour le moment sur ce chapitre, la Renfe prévoit une exploitation de ces lignes en plusieurs phases. En 2010, une desserte Madrid – Valence par AVE, sans doute cadencée, réduira à presque rien la part de l’avion sur cette relation. L’opérateur espère faire passer le trafic par fer de 1,1 million de clients à 3,5 millions par an. Cette année également, la branche Albacete accueillera en desserte provisoire des convois qui changeront d’écartement au sud de cette ville pour rejoindre Alicante ou Murcie en attendant la conclusion des travaux sur la tranche sud de ce réseau en 2012-2013. Côté offre, les services cadencés entre Madrid et Valence seront l’apanage de 18 trains série 112 (Talgo) et de 7 trains 120 (CAF). La Renfe mettra en ligne du matériel à bogies variables (séries 120 et 121 de CAF ou 130 de Talgo) pour les autres liaisons débouchant sur les voies ibériques.
Michel GARICOÏX
Installation du comité de suivi du plan fret
Le secrétaire d’Etat aux Transports Dominique Bussereau a installé le 26 janvier le comité de suivi de l’engagement national pour le fret ferroviaire, lancé en septembre par le gouvernement. Ce plan de 7 milliards d’euros prévoit huit grands chantiers, dont le développement des autoroutes ferroviaires, du transport combiné ou d’un « réseau orienté fret ». Le comité, appelé à se réunir régulièrement autour de ces questions, est notamment constitué de représentants de Réseau ferré de France (RFF), d’entreprises de transport ferroviaire de marchandises (SNCF et sa filiale VFLI, Euro Cargo Rail, CFL Cargo, Colas Rail, Europorte 2, B-Cargo), de syndicats et d’associations. Il comprend aussi des parlementaires impliqués dans les questions de transport : le député Yanick Paternotte et les sénateurs Francis Grignon et Louis Nègre, tous UMP.