Depuis le 14 décembre, 250 trains empruntent chaque semaine la Betuwe route, cette ligne de 160 km dédiée au fret qui traverse les Pays-Bas d’Amsterdam à la frontière allemande. Le résultat est loin des 350 trains hebdomadaires prévus. Selon le Lloyd du 9 janvier, qui se base sur la presse néerlandaise, Keyrail n’est pourtant pas déçu. « Notre objectif était trop ambitieux. Nous l’avons revu à la baisse dès le printemps », explique l’exploitant, qui affirme que l’infrastructure sera rentable en 2013.
Étiquette : train
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Thalys voit la vie en rouge
C’est ce qui s’appelle dérouler le tapis rouge. Le 8 janvier, le transporteur européen Thalys a présenté à quelque 500 invités la nouvelle livrée de ses trains et leur nouvel aménagement intérieur imaginé par les designers Avant-Première et Enthoven. Transformé en gigantesque hall de spectacle, le dépôt de maintenance TGV de Forest (Bruxelles) a accueilli un show à l’américaine : écrans géants, clowns, danseurs, acrobates, cracheurs de feu au milieu des voies sur pilotis et leurs fosses de visites. Un peu “too much” pour présenter un simple refurbishment (dont la facture se monte à 50 millions d’euros, soit 1,8 million par rame) ? Pas selon Thalys, qui voyait l’occasion de présenter sa “méthamorphose” après 12 ans d’existence et 17 millions de passagers transportés, et surtout en vue de l’ouverture en décembre 2009 des LGV vers les Pays-Bas et l’Allemagne. Pour tout dire, le “nouveau Thalys” (qui se traduit aussi par de nouveaux uniformes du personnel de bord et une nouvelle offre de restauration) ressemble beaucoup à l’ancien. Thalys, c’est d’abord une couleur, le rouge, mentionnée dans toutes les études client. « C’est le code génétique de Thalys. Ceci n’est pas du rouge, ceci est Thalys », ose Olivier Poitrenaud, directeur général de Thalys, s’inspirant de Magritte. Au rouge carmin de Thalys, viennent s’ajouter les pourpre et fuchsia dans les rames, le vieux rose, le bordeaux et l’aubergine dans les bars. L’ambiance Thalys reste cosy, et devient cossue. On gagne en confort avec les éclairages aux LED et des sièges ergonomiques, très sobres et confortables. La première rame rénovée est en service depuis quelques jours, les 25 autres rames rénovées seront mises en service d’ici à la fin de 2010.
Guillaume LEBORGNE
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Thalys s’habille compétition
Il va falloir se lever tôt pour concurrencer Thalys. L’opérateur international améliore son offre en vue de l’ouverture, en 2010, de la concurrence sur le rail international. « La rénovation de notre parc était une nécessité. Malgré notre qualité de service, le confort de nos trains était devenu un peu vieillot », reconnaît le nouveau directeur général de Thalys International, Olivier Poitrenaud. La première rame rénovée doit être présentée le 8 janvier, les autres doivent être introduites par étapes jusque courant 2010. Dans son nouvel intérieur, Thalys a boosté le côté « train, lieu de société ». Par le confort, d’abord. Les nouveaux sièges sont plus agréables, plus spacieux, leur nouveau mécanisme permet un réglage très précis. La nouvelle ergonomie offre au voyageur-travailleur – qui peut bénéficier du Wifi dans tout le train – de nouvelles tablettes, un porte-téléphone mobile et une prise de courant à la place. Un espace « affaires » est également prévu dans chaque rame. Les ambiances et les éclairages des voitures ont été particulièrement soignés, et, dans les bars, Thalys propose plusieurs ambiances différentes. Mais attention, note Olivier Poitrenaud, « nous avons choisi de donner à voir la particularité multiculturelle de Thalys, pas quatre morceaux de nos quatre pays ». Thalys, qui parle l’espéranto du rail, a fait un choix consensuel, celui du développement durable : des revêtements 100 % laine, le tri des déchets du bar et l’utilisation de LED. Pour ne pas jurer dans ce nouvel écrin, les contrôleurs doivent également revêtir début 2009 leur nouvel uniforme, imaginé par la styliste Eva Gronbach.
Guillaume LEBORGNE
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L’AGV teste sa motorisation répartie à 360 km/h
L’AGV s’est produit les week-ends en nocturne entre le 21 novembre et le 15 décembre. Sur une portion de 170 km de la LGV Est, entre les gares Lorraine et Champagne-Ardenne, le nouveau train d’Alstom a été testé au cours de quatre cessions de fin de semaine, les vendredis, samedis et dimanches soir. Réalisée dans la lignée des tests effectués cet été à Velim, en Tchéquie, cette nouvelle campagne d’essais avait pour objet de vérifier le comportement du train à haute et très haute vitesse et de valider son bon comportement jusqu’à sa vitesse maximale, 360 km/h, en veillant à ne pas dépasser cette limite fixée par RFF.
Pour la première fois, Alstom testait l’AGV sur son futur terrain de jeu, les LGV. « Nous cherchions à lever les risques liés à la très grande vitesse pour notre nouvelle architecture à motorisation répartie. Il s’agissait de valider l’interface entre le train et les éléments extérieurs », explique Laurent Baron, le directeur de la plateforme AGV. Durant ces douze nuits de tests, les 60 ingénieurs d’Alstom auront vérifié la dynamique roue/rail, en mesurant les efforts transversaux et verticaux et le niveau vibratoire perçu par les passagers en plaçant des capteurs et des accéléromètres sur les bogies et à l’intérieur de la rame.
L’interface avec la voie a également été étudiée, notamment les envols de ballast. Le comportement du couple pantographe/caténaire (effort produit par le pantographe sur la caténaire, qualité de captage du courant) a également été observé grâce à des caméras placées sur le toit de l’AGV. Des tests de perturbations électromagnétiques ont par ailleurs été effectués, bien que le train ne soit pas équipé de ses équipements de signalisation. Alstom a également dimensionné le système de freinage du train après plusieurs cessions de freinage, de freinage d’urgence et de tests des anti-enrayeurs sur rail sec ou arrosé. Enfin, une série de mesures acoustiques et de consommation énergétiques ont été effectuées.
Le fonctionnement des sous-systèmes « nouveaux » a été particulièrement observé : le pilotage de la chaîne de traction et la température des moteurs à aimants permanents (pas plus de 200°). Le passage du TGV à l’AGV s’étant concrétisé par la migration des équipements de la motrice vers le dessous du train, le comportement vibratoire de tous les éléments montés en sous-châssis a été lui aussi contrôlé. « On a plutôt eu de bonnes surprises. Les premières mesures traduisent un très bon comportement dynamique transversal, un très bon couple pantographe/caténaire et une quasi-absence d’envol de ballast », indique Laurent Baron. Il faudra cependant attendre l’analyse des résultats au premier trimestre pour en avoir le cœur net.
En attendant, le prototype AGV retourne à La Rochelle en vue de subir des modifications (retrofit) et d’installer, puis de tester un nouveau logiciel de contrôle-commande. En juin 2009, le train retournera à Velim pour valider le fonctionnement de sa chaîne de traction sous 25 000 W, principalement en modes dégradés, ainsi que pour toute une série de tests sur les deux autres tensions, 3 000 W et 1 500 W. A la fin de 2009, le train sera équipé des systèmes de signalisation italiens et mettra le cap sur les lignes à grande vitesse italiennes en vue de son homologation. Parallèlement, la fabrication des AGV de série a débuté début décembre sur les chaînes de Savigliano et de La Rochelle par le soudage de profilés et la fabrication de brancards. Le délai est serré : les premiers des 25 trains de NTV (plus 10 en option) doivent être livrés en 2010.
Guillaume LEBORGNE
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La DB préfère le Velaro à l’AGV
L’AGV, qui effectue en ce moment une série de tests sur le réseau français, a essuyé son premier revers en Allemagne. La Deutsche Bahn a commandé 15 trains à grande vitesse à Siemens pour un montant estimé à 500 millions d’euros. Bien que portant la marque ICE de la DB, ces trains appartiendront à la famille Velaro et non pas à la famille ICE3. Au-delà des arguments techniques, la crise n’aura sans doute pas joué en la faveur d’Alstom, finaliste contre le constructeur allemand. Le patron de la Deutsche Bahn, Hartmut Mehdorn, a en effet déclaré au quotidien Bild Zeitung qu’avec cette commande son entreprise « aide à maintenir des emplois allemands au beau milieu de la crise financière ».
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Un barreau de 10 km pour relier la Picardie à Roissy
Le chaînon manquant entre l’aéroport Charles-de-Gaulle et la ligne Paris – Chantilly qui rejoint l’étoile ferroviaire de Creil représente à peine une dizaine de kilomètres de voies à construire. Et ce dans un environnement « relativement peu contraint », assure Yves Jouanique, directeur régional RFF Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Une large concertation est lancée, avec l’objectif d’aboutir à un débat public au premeir trimestre 2009. Il s’agit d’un projet inscrit au contrat de plan 2000-2006 en Picardie (puis au contrat suivant) et dont les premières études remontent à cinq ans. Elles sont complétées par quatre études lancées l’été dernier, dont on attend les conclusions en fin d’année. Particularité du projet : intéresser avant tout les Picards en se situant sur le territoire francilien. Son caractère interrégional apporte donc une certaine complexité. Mais depuis que l’Ile-de-France l’a aussi inscrit à son contrat de Projets 2007-2013, ses chances d’aboutir sont plus grandes. Quel intérêt à ce barreau ? D’abord, offrir une liaison directe à la clientèle de l’aérien résidant en Picardie et dans le nord-ouest francilien, ensuite, aux 15 000 Picards qui travaillent sur la plateforme aéroportuaire et à autant d’habitants du Val-d’Oise. On leur proposerait 2 TER par heure. Enfin, connecter l’Amiénois au réseau à grande vitesse. Il y a en effet 60 TGV quotidiens vers 130 destinations à CDG2 TGV. Un marché de 15 millions de déplacements par an, dont on peut capter 20%.
Selon les hypothèses, ce projet coûterait de 200 à 500 millions d’euros. « Il y a deux familles de variantes, poursuit-il. Celles concernant l’origine et l’aboutissement de la ligne et celles liées à l’exploitation : faut-il des TER aptes à rouler sur une LGV ou des TER-GV comme en Nord-Pas-de-Calais ? » Une solution de base s’appuierait sur un barreau Louvres – Roissy accessible par le nord et par le sud. L’inconnue qui subsiste concerne la gare de Roissy : ses deux voies traversantes inutilisées suffiraient-elles ? Des discussions en cours avec ADP, le Stif, le conseil régional d’IDF permettront de trancher car peut-être faudra-t-il construire une nouvelle gare…
Cécile NANGERONI
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Un nouveau train pour la ligne nouvelle de Kyushu
En attendant l’achèvement de la ligne nouvelle sur l’île de Kyushu, la première des rames destinées à rallier à grande vitesse (Shin-)Osaka et Kagoshima(-Chuo) a été dévoilée par West JR et JR Kyushu, qui ont respectivement commandé 19 et 10 de ces trains aptes à 300 km/h. Déjà exploitée entre Yatsushiro et Kagoshima, dans le sud de l’île, la ligne nouvelle présente encore un hiatus de 121 km avec le reste du réseau Shinkansen, qui devrait être rejoint à Hakata en 2011. A l’heure actuelle, Hakata et Yatsushiro sont reliées par une ligne à écartement de 1 067 mm, comme le reste du réseau ferré classique japonais.
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Le KTX II coréen dévoilé
Rotem-Hyundai vient de dévoiler, le 26 novembre aux Coréens, le KTX II, seconde génération du train à grande vitesse circulant depuis 2004 sur la ligne Séoul – Busan exploitée par l’opérateur national Korail. Alstom a fourni la première génération de KTX. Issu d’un transfert de cette technologie, le KTX II, conçu pour rouler en vitesse de croisière à 300 km/h, est, d’après ses concepteurs, à 85-87 % le fruit de leur ingénierie propre, part qui devrait passer à 95 % à l’horizon 2014-2015. Après une période de 6 à 7 mois de tests, les premières rames devraient entrer en service commercial en juillet, d’abord sur des parcours réduits, dans les provinces de Jeolla et Gyeongsang, puis sur l’ensemble du réseau.
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Genèse chaotique pour le train le plus rapide du continant américain
Accouché dans la douleur, le seul train à “grande vitesse” du pays a connu une jeunesse difficile. Son histoire commence en 1993, lorsqu’Amtrak complète l’électrification du “BosWash”, cette immense zone urbaine longue de plus de 800 km entre Boston et Washington. Toute la côte Est est alors électrifiée. L’idée naît alors de créer un service à grande vitesse reliant toutes les grandes villes de cette mégalopole : Boston, New York, Philadelphie, Baltimore, Washington, pour ne citer que les plus importantes. 60 millions d’habitants au total. Un potentiel énorme en termes de trafics.
Des entreprises européennes sont sollicitées pour des campagnes d’essais. Les Américains applaudissent des deux mains. Seul hic, les normes ferroviaires ne sont pas les mêmes des deux côtés de l’Atlantique. L’administration fédérale juge le matériel européen trop léger pour côtoyer les colossaux trains de fret américains et impose d’accommoder le matériel européen à la sauce nord-américaine. Pour répondre à l’appel d’offres, Bombardier et Alstom décident d’unir leurs forces. Le premier est très présent sur le continent, le second dispose de motrices à grande vitesse. Pari gagnant. Le consortium remporte le contrat en 1996, pour un montant de 600 millions de dollars. Et c’est là que s’arrête le long fleuve tranquille.
Car l’hybridation des matériels débouche sur un casse-tête interminable, où les ingénieurs d’Amtrak, de Bombardier et d’Alstom discutent les rames jusque dans leurs moindres détails. De contraintes en restrictions, les fabricants s’éloignent progressivement du modèle originel.
« Nous avons conçu un prototype, l’Acela est un projet de recherche et développement », explique Clifford Black, un porte-parole d’Amtrak. Fin 1999, lorsque la première rame est livrée, elle pèse deux fois plus lourd que les rames TGV français dont elle s’inspire. « Pour répondre aux normes américaines, nous avons créé l’un des trains les plus robustes qui soit, avec d’énormes capacités de freinage et d’accélération. »
Passés les premiers enthousiasmes, les cadres d’Amtrak doivent vite déchanter. Dès 1999, un premier défaut est mis à jour. Le matériel est trop large d’une dizaine de centimètres. Dans certaines courbes, le mécanisme de pendulation pourrait provoquer des collisions entre les trains. Des restrictions de vitesse sont donc décidées sur les tronçons à risques. A quoi s’ajoute une oscillation des roues très étrange, dont il faut déterminer l’origine, décalant d’autant la mise en service.
Lorsque le train est finalement inauguré, le 12 décembre 2000, l’objectif de relier Boston et New York en 3 heures n’est pas tenu. Il faut 3 heures 20 pour rejoindre “Big Apple” et plus de 6 heures et demie pour parcourir les 734 km de la ligne. Malgré des pointes théoriques à 240 km/h, l’Acela n’atteint sa vitesse maximale qu’à deux reprises. Sur le reste du parcours, la vitesse moyenne ne dépasse pas les 115 km/h. Un peu juste pour de la grande vitesse !
Pour ne rien arranger, la série noire se poursuit. Dans les années qui suivent sa mise en service, Amtrak découvre de nouveaux défauts dans le mécanisme d’ouverture des portes, les freins, les amortisseurs… Certains liés directement au poids excessif de la rame. A trois reprises, Amtrak est contraint de suspendre le service pour réaliser des inspections et adapter le matériel.
Cerise sur le gâteau. Amtrak et le consortium se traînent mutuellement en justice. Cet épilogue juridique – les poursuites seront ensuite abandonnées – se soldera par une révision de l’accord initial, notamment sur l’entretien des rames. En raison des coûts beaucoup plus élevés que prévu, il est décidé qu’Amtrak reprendra la main sur la maintenance. Depuis 2005, le matériel n’a plus connu d’incidents techniques majeurs.
Guillaume KEMPF
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La grande vitesse américaine à petites foulées
Trois immenses bannières étoilées flottent au vent. Debout, à leur pied, un trompettiste ponctue de fausses notes le répertoire de Louis Armstrong, sous l’œil indifférent des “commuters” qui se rendent au bureau, la cravate bien nouée et le gobelet de café à la main. Vous êtes devant Union Station, la gare historique de Washington. Le pôle sud de la seule et unique ligne à grande vitesse du continent. Le train s’appelle Acela (pour « acceleration » et « excellence »). Exploité par l’opérateur public Amtrak, sa vitesse de pointe culmine à 150 miles par heure (240 km/h). On est loin des standards européens, mais, aux Etats-Unis, on parle de « grande vitesse » dès que la barre des 110 miles par heure (180 km/h) est franchie.
Par une belle matinée d’automne, nous avons pris place à bord de ce TGV à la sauce yankee pour plus de 3 heures de voyage entre Washington et New York. La ligne, longue de 362 km, est l’une des seules des Etats-Unis qui soit entièrement détenue par Amtrak. Autrement dit, l’une des seules du pays où les trains de voyageurs n’ont pas besoin d’attendre que les puissantes compagnies de fret veuillent bien leur accorder un créneau.
En remontant à contre-courant le flot des travailleurs, on pénètre dans le hall de la gare. Sous une voûte monumentale, s’étire un parterre de marbre à la propreté étincelante. Pas un papier qui traîne. Tout n’est que dorures, statues ou colonnes ; même la signalétique brille en lettres d’or. « Union Station, la gare où l’on aimerait que les trains arrivent en retard », vante un panneau publicitaire. Une succession de boutiques haut de gamme dispute les clients aux innombrables enseignes de restauration. Maroquinerie, parfums, chocolats… Les guichets paraissent presque noyés dans cette immense galerie commerciale.
Tout dans Union Station rappelle l’univers aérien. Douze portes d’embarquement barrent l’accès aux quais. Devant elles, des rangées de sièges sont alignées comme dans une salle d’attente d’aéroport. Des écrans de télévision déclinent en boucle les consignes de sécurité. Un peu plus loin, des hommes d’affaires se font reluire les chaussures, confortablement installés dans des fauteuils en cuir. Des chariots sont disponibles à la location. Il y a même un tapis roulant pour récupérer les bagages.
La scénographie ne doit rien au hasard. Tout au long de la côte Est, l’Acela se positionne comme un concurrent du mode aérien, laissant aux bus et à la route le transport des voyageurs à bas prix. Entre New York et Washington, le prix du billet peut être deux à quatre fois plus cher qu’un ticket de bus, en fonction du remplissage de la rame… pour un temps de parcours inférieur de 1 heure 30. Et ça marche ! La fréquentation, en forte hausse, commence à poser des problèmes aux heures de pointe. Quand bien même il afficherait des tarifs moins élevés, l’opérateur ferroviaire n’aurait pas les capacités de faire face à la demande.
« La route n’a jamais été la cible », explique Clifford Black, un porte-parole de l’entreprise publique. « Nous nous adressons surtout à une clientèle d’affaires, habituée à prendre l’avion. Sur ce segment, notre part de marché par rapport au transport aérien se situe entre 50 et 60 %. » Une performance, au regard des débuts chaotiques de la ligne (voir encadré). Après trois interruptions de service au cours des cinq premières années d’exploitation, l’Acela a su regagner la confiance des clients, pas à pas. Depuis deux ans, le train n’a connu aucun incident technique majeur. Une première depuis son inauguration, en décembre 2000.
Le train de 9h25 vient d’être annoncé au micro. Une queue se forme devant les portes d’embarquement, où des cheminots d’Amtrak vérifient la validité des billets. Une fois sur le quai, grosse déception. L’Acela n’a pas vraiment l’allure d’un train à grande vitesse, plutôt d’une longue boîte de conserve en aluminium. Compressées dans un mince liseré bleu, les vitres ont l’air de hublots. Seules les motrices ont le profil élancé des TGV. L’intérieur n’est pas beaucoup plus joyeux. Les couleurs sont usées, le design peu soigné. Au plafond, d’immenses porte-bagages blanc-cassé assomment un intérieur déjà bien morne. L’aménagement, en revanche, brille par son côté fonctionnel. Les fauteuils sont larges, espacés, confortables. Il y a de la place pour les pieds, et des prises pour brancher les ordinateurs… y compris en 2de classe.
A peine les voyageurs sont-ils installés que le train se met en branle. Nouvelle vérification des titres de transport par le contrôleur. Il en sera de même après chaque arrêt en gare. Alors que la rame prend de la vitesse, on comprend vite que toute tentative de trouver le sommeil sera vaine. Les nombreux à-coups et le raclement des roues témoignent d’une géométrie des voies bien douteuse. Les courbes sont nombreuses, les voies en mauvais état. Le tracé de la ligne remonte au XIXe siècle. Amtrak n’a pas eu les moyens d’en construire une nouvelle. Conséquence : la vitesse de pointe (240 km/h) du train ne peut être atteinte que sur deux maigres tronçons dans le Rhode Island et le Massachusetts. 29 km au total.
Dès lors, les temps de parcours en pâtissent. Il faut au minimum 6 heures 36 pour parcourir la totalité du corridor, soit une moyenne de 116 km/h entre Washington et Boston. Entre Washington et New York (362 km), les performances sont un peu meilleures : 2 heures 48 pour le train le plus rapide, soit 129 km/h en moyenne. Une expérience a bien été tentée en 2007 pour créer un train semi-direct en 2 heures 35 (via une escale unique à Philadelphie). « Nous avons abandonné l’expérience, faute de clientèle », explique Clifford Black. De fait, l’Acela a besoin d’arrêts fréquents pour soigner son taux de remplissage.
Le long des voies, un mince filet de forêt isole les rails des banlieues interminables qui se succèdent à travers les feuillages. Pavillons clonés à l’infini, centres commerciaux, zones industrielles. De Washington jusqu’à Boston, l’urbanisation est quasi continue, formant une immense mégalopole de plus de 60 millions d’habitants. L’extraordinaire densité de ce corridor sert de socle à la croissance constante du trafic. Acela est une affaire qui marche. Le train assure à lui seul plus du quart des recettes de l’entreprise, soit 467 millions de dollars de recettes sur 1,7 milliard l’an passé. Entre le 31 septembre 2007 et le 1er octobre 2008, près de 4 millions de voyageurs ont été transportés. Un record absolu dans l’histoire d’Amtrak.
Dès lors, les 20 rames du parc sont utilisées à plein. Si on exclut les trois rames en maintenance, plus une quatrième en cours de reconstruction, les 16 rames restantes assurent à elles seules 32 allers-retours par jour. « Nos trains ont parcouru 1 million de miles (1,6 million de km) en 8 ans », souligne Clifford Black. Soit une moyenne de 200 millions de km par an.
Pour faire face à cette popularité croissante, Amtrak réfléchit à des solutions pour augmenter les capacités de son parc. Une première étape – en attendant de pouvoir s’offrir de nouvelles rames flambant neuves – pourrait consister à commander une ou deux voitures supplémentaires par train. Ces deux voitures permettraient d’ajouter 600 voyageurs à des voitures qui comptent déjà 1 500 sièges à l’heure actuelle. Aucune décision n’a cependant été prise.
Les gratte-ciel de Philadelphie sont dépassés. Ceux de New York sont tout proches. Le train s’engouffre dans un long tunnel qui le conduit dans les entrailles de Manhattan, au pied de Penn Station, terminus du train. La foule qui se déverse sur les quais de la gare souterraine donne la mesure du succès de l’Acela. On n’ose imaginer ce que cette foule serait si le pays se mettait à la grande vitesse pour de bon.
Guillaume KEMPF