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  • La Basse-Normandie refuse de payer la SNCF

    Laurent Beauvais hausse le ton. Le 9 janvier, le président PS de la région Basse-Normandie a annoncé qu’il suspendait ses paiements mensuels à la SNCF, prévus dans la convention TER signée un an auparavant. Soit 4,5 millions d’euros qu’il devait acquitter en janvier. En cause, les dysfonctionnements qui ne cessent de s’aggraver sur le réseau régional. « L’exaspération des usagers est à son comble », assure-t-il. Selon lui, les pannes de matériel sont de plus en plus fréquentes. Parallèlement, on recense de plus en plus de cas de trains qui ne partent pas, faute de conducteurs. « C’est un phénomène inquiétant. C’était déjà le cas avant la mise en place du cadencement, le 14 décembre dernier. Mais maintenant nous payons 6 millions d’euros annuels supplémentaires pour prendre en charge le cadencement, qui doit se traduire par 15 % de services en plus. Je veux savoir, dans ces conditions, à quoi servent ces six millions d’euros supplémentaires », s’interroge Laurent Beauvais qui demande à la SNCF de lui expliquer quels moyens elle a réellement affectés au fonctionnement du cadencement. Autre récrimination de l’élu, la SNCF refuse d’indemniser les clients qui subissent ces désagréments. « Je demande à la SNCF qu’elle mette en place un système de remboursement. Qu’elle me fasse des propositions ! » Le président du conseil régional, qui ne comprend pas pourquoi le passager TER n’a pas les mêmes droits que le passager TGV, attend des réponses pour reprendre les paiements mensuels de la région à la SNCF. Mais, sur ce dernier point de l’indemnisation des voyageurs, la SNCF risque de montrer de fortes réticences, de peur de n’ouvrir la voie à d’autres demandes innombrables.
     

    Marie-Hélène POINGT

  • Viaduc du tram d’Angers : un arc tout en finesse

    La ville d’Angers construit son cinquième pont sur la rivière Maine. Ce nouvel ouvrage dédié au futur tramway, dont le coût est estimé à 20 millions d’euros HT, se situe à l’amont immédiat du pont de la Haute Chaîne, frontière historique de la ville médiévale et des murs d’enceinte. Dans un souci d’harmonisation, architectes et concepteurs ont étudié l’histoire des ponts existants, caractéristiques par leur hauteur variable qui intègrent des courbes et des voûtes, pour le pont de Verdun notamment, apportant une certaine douceur et se mariant bien avec leur caractère urbain. « Le concept vise à recentrer l’ouvrage sur la rivière en venant créer un geste symbolique et émouvant : un arc qui franchit d’un seul jet le lit de la Maine. Cet arc est porteur d’un double message de franchissement et d’union. L’ouvrage devient ainsi un repère dans la ville intimement lié au nouveau quartier Saint-Serge en cours de mutation », expliquent-ils. Conçu pour accueillir la plate-forme tramway en son centre, il pourra servir aussi aux piétons et cyclistes grâce à des voies spécifiques situées à l’extérieur. En cas de crise majeure, les véhicules d’urgences circuleront sur la plate-forme du tramway et, si nécessaire, dans l’avenir des bus pourraient également rouler dessus. Long au total de 271 m avec une travée principale suspendue de 149 m, le pont en arc comportera un tablier intermédiaire constitué d’un caisson métallique à dalle orthotrope, large de 17 m. Dans la partie au-dessus du tablier, l’arc métallique se prolonge jusqu’aux fondations par des béquilles élancées en béton armé. L’entreprise a proposé une technique consistant à assembler des tronçons élémentaires métalliques sur des palées provisoires terrestres. Les travaux sur site ont débuté en mars 2008. Les premiers éléments de la charpente métallique pesant 2000 t, construits au sein de l’usine Baudin-Châteauneuf, dans la Loire, devaient arriver courant janvier 2009. La livraison de l’ouvrage pour la pose de la voie ferrée et de la ligne aérienne de contact est prévue au premier trimestre 2010.
     

    Michel BARBERON

  • Le T1 de Noisy est-il un luxe ou une necessité ?

    « On dirait une liste au Père Noël ! » Il était un peu désabusé, cet ingénieur francilien, au sortir d’une réunion publique à Noisy-le-Sec, fin décembre… On croyait le projet de prolongement du tramway T1 enfin débloqué depuis la défaite de ses plus farouches opposants aux dernières municipales. Et voilà que la nouvelle équipe, pourtant plus favorable au tram, se met à multiplier les exigences, suivie par les autres municipalités concernées… Du coup, le coût annoncé pour ces 8 petits kilomètres devant conduire de la gare de Noisy à Val-de-Fontenay vers 2015 commence à donner un peu le vertige. On devrait largement dépasser le demi-milliard d’euros ! Le chiffre donne à réfléchir, d’autant que la fréquentation attendue n’est pas énorme. Sans parler du spectre d’Arc Express, ce métro en rocade qui pourrait dans quelques années être construit sur une bonne partie du tracé envisagé… Le Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif) avait mis les petits plats dans les grands pour la nouvelle phase de concertation, qui s’achevait le 30 décembre. Une procédure de luxe, menée sous l’égide d’un garant impartial, comprenant de nombreuses réunions publiques, et, à Noisy-le-Sec, des visites guidées des parcours possibles et des ateliers urbains. Il faut dire que le terrain était miné. Car le projet de prolongement du tram pourrit la vie de ce petit bout de banlieue depuis maintenant quelques années. Morceau du Grand Tram que l’on voyait à l’époque faire assez rapidement le tour de Paris, il avait été inscrit au contrat de plan en 2000. Les élus franciliens prévoyaient alors son achèvement en 2006 ! Mais l’équipe municipale de droite élue à Noisy-le-Sec lors d’une élection partielle en 2003 a complètement bloqué le projet. Au grand dam de Romainville et Montreuil, les communes situées derrière, qui, elles, en attendaient beaucoup. Du coup, les sommes prévues – d’ailleurs insuffisantes – sont parties ailleurs, et le Stif s’est attaqué au prolongement de la ligne T1 de l’autre côté, entre Saint-Denis et Asnières-Gennevilliers. On a ici et là décrit Noisy-le-Sec comme un « village gaulois » résistant seul contre l’invasion du tramway. Pourquoi une telle opposition ? La première cause semble être le tramway lui-même, qui dessert déjà la ville depuis décembre 2003. Sa construction a en effet laissé des traces dans l’avenue Gallieni, la principale artère du quartier du Petit-Noisy, au nord de la commune. Celle-ci a dû être élargie, les travaux ont traîné, les commerçants ont souffert… Aujourd’hui encore, il y reste de nombreuses « dents creuses » qui témoignent de ce traumatisme. En outre, l’aménagement du tramway lui-même – jugé bruyant par les riverains – est contesté : le site propre axial séparé des chaussées par des bordures plantées crée une véritable coupure. Inquiets des projets de prolongement du tram au-delà de la gare de Noisy, les commerçants du centre-ville, à la situation déjà précaire, n’ont donc qu’à regarder de l’autre côté du pont de chemin de fer, pour voir leurs craintes s’aggraver. Pour couronner le tout, une première cession de concertation, en 2001, a été organisée en pleine campagne électorale. On y a évidemment beaucoup parlé du tram, contre qui la droite locale est partie en bataille. Si la gauche l’a alors emporté, elle a été battue quelques mois plus tard après une annulation du scrutin. La nouvelle maire de Noisy, Nicole Rivoire (UDF à l’époque, aujourd’hui Modem), est devenue la championne du non au projet, se refusant à « sacrifier l’âme de [la] ville sur l’autel du tramway ». Les oppositions se sont focalisées sur les 800 mètres de la rue Jean-Jaurès, l’axe commerçant de Noisy-le-Sec qui commence à la gare, juste au terminus actuel du tram T1. C’est une rue sans attrait particulier, pas désagréable non plus, grâce surtout à son animation. Une rue assez étroite par endroits, ce qui ne l’empêche pas d’accueillir un couloir de bus, une file pour les voitures, bon nombre de places de stationnement et des trottoirs assez larges. Peut-on y faire passer un tramway ? Sans doute. Mais il faut alors faire des choix ! Le premier projet de 2001 prévoyait de ne faire passer le tram que dans le sens montant (nord-sud) par cette rue Jean-Jaurès alors fraîchement refaite. Dans l’autre sens, on aurait fait un petit détour de 600 m par le boulevard Michelet, parallèle. Les Noiséens connaissent bien ce schéma qui correspond à la répartition actuelle des flux de circulation (le bus 105 passe d’ailleurs par là). L’équipe de Mme Rivoire ayant après son installation mis son veto au projet, le Stif s’est remis à l’ouvrage, pour proposer deux autres solutions, présentées lors d’une nouvelle consultation en 2005 : un passage dans les deux sens par la rue Jean-Jaurès en site banalisé – une hypothèse immédiatement rejetée par la municipalité – et un tracé alternatif plus long et plus cher, contournant le centre par l’ouest en desservant des zones d’emplois et d’anciens espaces ferroviaires à aménager. Cette dernière solution aurait-elle pu être un pis-aller ? On parlait alors encore d’une mise en service possible vers 2012… Cette deuxième phase de consultation s’est très mal passée, le projet ayant été immédiatement massacré par les élus et les représentants d’associations anti-tram. Et la mairie de conclure à l’époque : « Le tramway n’est décidément pas le bienvenu à Noisy-le-Sec. » Et puis… les choses ont changé. Une majorité de gauche plurielle dirigée par la socialiste Alda Pereira-Lemaître a emporté les dernières municipales, ce qui a permis la reprise du dialogue avec la Région et le Stif. Mais si elle est a priori favorable au prolongement du tramway à travers Noisy, cette nouvelle majorité n’en est pas moins divisée. Par où passer ? Le Stif propose maintenant trois solutions, inspirées des scénarios précédents : un passage direct par la rue Jean-Jaurès – avec ou sans piétonnisation partielle –, un passage dissocié associant rue Jean-Jaurès dans un sens et boulevard Michelet dans l’autre, et enfin une variante du passage à l’ouest. De l’une à l’autre, il y a quelques centaines de mètres de voies et 40 millions d’euros de différence. Et surtout des visions de la ville assez divergentes. De l’avis général, les esprits se sont beaucoup calmés à Noisy-le-Sec, depuis quelques mois. Bien sûr, ce sont les opposants au tram qu’on a le plus entendus lors de la concertation qui vient de s’achever (pêle-mêle, ils en critiquent les vibrations, les nuisances sonores, les lignes aériennes et le coût, ils s’inquiètent pour l’accès aux commerces et les problèmes de stationnement, ou ils regrettent l’absence de pistes cyclables, quand ils ne craignent pas carrément l’arrivée de voyous depuis les cités des villes voisines…). Mais ils ont plutôt fait moins de bruit que prévu. Résignés ? On a même entendu des partisans du projet ! Reste que ces semaines d’explications et de discussions ont laissé un certain goût d’inachevé. Car la nouvelle municipalité n’a pas tranché : « Très solennellement, je ne me prononcerai pas », a déclaré à la clôture des débats – à la stupeur de nombreux auditeurs – la maire Alda Pereira-Lemaître. Et d’ajouter aussitôt – sans préciser comment – que « le tracé qui sera retenu suite à cette concertation sera le choix des Noiséens ». Certains observateurs ont cru comprendre au travers des discours que l’on s’orienterait quand même vers le choix du passage par l’ouest, au nom de la conquête de nouveaux espaces urbains qui agrandiraient le centre… ce qui permettrait aussi d’éviter d’avoir ledit centre en travaux lors des prochaines municipales. Du côté du Stif et de la région Ile-de-France, l’élu en pointe sur ce dossier, le vice-président des deux institutions Serge Méry, ne cache pas sa préférence pour le tracé le plus direct : « Je suis globalement plutôt contre le tracé passant à l’ouest, nous dit-il. Car un tramway, c’est un outil d’urbanisme, et si on le fait passer à l’écart du monde, ça ne sert à rien ! »
    « On va essayer de ne pas prendre la solution la plus coûteuse », ajoute M. Méry. Mais ce n’est pas gagné… Car si elle n’a pas été très diserte sur le choix du tracé, Mme Pereira-Lemaître s’est dite « déterminée à [se] battre pour qu’on ait un projet de qualité ». Ce qui risque de faire monter un peu plus la facture. Elle a notamment pointé deux exigences : la prise en compte du réaménagement de sa gare, jugée obsolète et trop petite, et le remplacement des rames actuelles par un matériel roulant plus moderne. La maire de Noisy a été suivie sur ce point par ses collègues de Romainville et Montreuil, Corinne Valls et Dominique Voynet. Dans ce dernier cas, ce désir de qualité est d’ailleurs aidé par la topographie des lieux, les « vieux rossignols » de la ligne T1 étant incapables de grimper la pente envisagée à la fin du parcours… Les trois élues ont été entendues : avant même la fin de la concertation, Serge Méry a déjà promis des trams neufs. Et voilà la note qui augmente… des 140 millions d’euros imprudemment inscrits au contrat de plan en 2000, on est passé à environ 400 millions. Auxquels il faut ajouter le prix du matériel roulant : 45 millions pour l’achat des quinze rames supplémentaires exigées par le prolongement, et une centaine de millions de plus si l’on remplace avant terme les 35 véhicules actuels. Le tout pourrait donc atteindre allègrement les 550 millions d’euros, et peut-être davantage si l’on envisage d’alimenter les tramways par le sol dans la traversée de Noisy (une solution voulue par certains riverains, qui pourraient être aidés par d’éventuelles exigences des pompiers compte tenu de l’étroitesse de la voirie). Le jeu en vaut-il la chandelle, vu que le Stif n’attend que 40 000 passagers par jour sur le nouveau tronçon ? « C’est cher, mais c’est la poursuite d’une ligne de rocade, qui va de plus permettre de retravailler la ville, relève Serge Méry. Et on aura largement plus de 40 000 passagers ! » C’est en fait en dépassant le microcosme de Noisy que l’on saisit mieux l’importance du projet. Derrière, Romainville et Montreuil attendent le tramway depuis des années. Il doit y être un outil de désenclavement, et aussi – surtout ? – un moyen de réparer les erreurs du passé : il s’agit de détruire une autoroute inutile qui, même si elle n’a jamais été achevée, a durablement affecté les environs, et de reconstruire un vrai morceau de ville. Le tram doit donc être le catalyseur de la renaissance de ce bout de banlieue ravagée, un bout de banlieue d’autant plus intéressant qu’il est riche en foncier disponible. Et la destruction de l’autoroute est comprise dans le prix. Reste un petit problème, qui a pesé sur les débats. N’était-il pas prématuré de se lancer dans une nouvelle concertation alors qu’on ne sait pas tout du futur des transports publics dans la région ? En effet, tout le secteur concerné par le projet de prolongement du T1 est compris dans la zone d’étude d’Arc Express, la ligne de métro en rocade appelée à faire un jour le tour de Paris. Ces villes qui acceptent aujourd’hui le tramway seront-elles à l’avenir privée de métro ? Pas forcément, répondent en chœur Stif et Région. Car les deux projets sont plus complémentaires que concurrents, dans une optique de maillage du territoire. Et, note Serge Méry, « Arc Express est un projet à beaucoup plus long terme, surtout à cet endroit ». Reste que le tramway lui-même n’est pas pour demain. « Aujourd’hui, nous n’en sommes pas à décider définitivement du programme des travaux, précise Jean-François Hélas directeur de la direction des projets d’Investissements du Stif. Si toutes les bonnes fées sont avec nous, on est à dix-huit mois de la décision de lancer le projet. » Il faudra de toute façon le financer. Pour l’instant, le dernier contrat de projets Etat-Région ne prévoit que des crédits d’étude, avec une clause de revoyure en 2010 (après l’enquête publique, envisagée dans un an). Serge Méry compte inclure le prolongement du T1 dans le « plan de mobilisation pour les transports » doté de 17,8 milliards d’euros que la Région négocie avec l’Etat.
     

    François ENVER

  • Tramway T1 : des territoires morcelés

    Le territoire de Noisy-le-Sec, ville comptant environ 38 000 habitants, est très marqué, et morcelé, par les infrastructures de transport. Au nord, la voie ferrée Paris-Est coupe la commune en deux. Si la gare de triage n’est plus, les emprises ferroviaires sont encore très importantes, séparant le quartier du Petit Noisy du centre-ville. Les autoroutes A3 et A86 ceinturent l’ensemble, laissant aussi leur lot de rues isolées. Le centre, reconstruit après d’importants bombardements en 1944, est relativement compact, s’organisant autour de sa rue Jean-Jaurès, maintenant rendue célèbre par le projet de prolongement du tramway. Il est assez commerçant, mais plutôt fragile. Les deux zones urbaines sensibles de Noisy, qui regroupent le cinquième des habitants de la commune, ne sont pas directement concernées par le projet du tram. Sur le plan politique, une élection partielle en 2003 avait mis fin à plus de quarante ans de gestion communiste à la mairie, avec la victoire de l’UDF Nicole Rivoire. On avait à l’époque beaucoup parlé d’insécurité et… d’opposition au passage du tramway. Ce dernier thème a largement alimenté le débat ces dernières années, y compris lors de la campagne des dernières municipales, qui a vu la victoire de la socialiste Alda Pereira-Lemaître. L’ancienne ministre PS Elisabeth Guigou, députée de la circonscription, est maintenant adjointe au maire de Noisy, chargée de l’intercommunalité. Il est à noter que pendant que la ville changeait de mains, le canton – qui correspond à la commune – est resté communiste.

    Romainville (25 000 habitants environ) est une des rares villes de la proche banlieue parisienne à n’être pas desservie par un mode lourd. Le prolongement de la ligne 11 du métro parisien a bien été déclaré d’utilité publique en 1939, mais les Romainvillois doivent toujours prendre le bus pour aller récupérer le métro aux Lilas. La commune est comme ses voisines assez disparate. Sur le plateau, un vieux bourg est entouré de cités HLM, le tout étant bordé par la fort peu discrète autoroute A3 qui, avec son antenne l’A186, fait pencher une partie de la ville vers Montreuil. Romainville comprend aussi une ville basse industrielle, les Bas-Pays, elle aussi assez isolée (l’aménagement prévu sur les pentes des espaces verts de la base régionale de plein air et de loisirs de la Corniche des forts ne devrait d’ailleurs pas forcément améliorer cette coupure). La commune plaide d’ailleurs pour la construction d’un funiculaire. La vie politique a été très mouvementée à Romainville ces dernières années. Contestée par ses anciens camarades de parti, l’ex-communiste Corinne Valls (aujourd’hui divers gauche) s’est toutefois imposée à quatre reprises en sept ans, aux municipales de 2001, 2007 et 2008, ainsi qu’aux cantonales de 2004.

    Troisième ville d’Ile-de-France par sa population, Montreuil (souvent appelée Montreuil-sous-Bois) compte aujourd’hui un peu plus de 100 000 habitants. Assez vaste, la commune est marquée par l’opposition entre le Bas Montreuil (proche de Paris, avec notamment la mairie) et un plateau coupé en deux par les emprises de l’A186. C’est sur ces emprises parcourues par le tramway que devrait être construit un vrai morceau de ville nouvelle.
    Montreuil fut longtemps réputée pour ses pêches, activité florissante dans les vergers du plateau jusqu’à la fin du XIXe siècle, quand la concurrence des fruits du midi apportés par le chemin de fer lui a porté un coup fatal. Les pêchers étaient cultivés sur des espaliers adossés à des murs, dits « murs à pêches ». Le devenir de ces murs, ou du moins de ce qu’il en reste, a agité la scène politique locale ces dernières années. La protection de 50 ha du secteur adoptée dans les années 1950 – ce qui n’empêchait pas alors d’y prévoir la construction d’une autoroute ! – a été abandonnée lors de la révision du schéma directeur de 1994 au profit d’une zone urbanisable à 80 %. La commune et le conseil général ont alors déclassé 37 ha restants en « réserve foncière » pour implanter des activités, mais 8,5 ha ont finalement été classés définitivement en 2003. C’est dans ce contexte que la RATP a envisagé aux Murs à Pêches la construction d’un atelier-dépôt commun au tram T1 et à la ligne 9 du métro prolongée jusque là. La nouvelle municipalité de Montreuil a fait une priorité de la sauvegarde de la zone, actuellement en piètre état – les murs sont en partie ruinés, les jardins restants sont souvent occupés par des ferrailleurs ou des gens du voyage –, ce qui pourrait remettre ces projets en question. Longtemps bastion communiste, Montreuil a été prise en mars dernier par l’ancienne ministre Verts (et sénatrice de Seine-Saint-Denis) Dominique Voynet, qui a mis un terme au long règne de Jean-Pierre Brard (ex-PC, par ailleurs toujours député). Beaucoup ont vu dans cette élection la conséquence de la « boboïsation » d’une ville jusque-là très populaire.

    Des deux autres communes concernées par le projet, Rosny-sous-Bois (41 000 habitants) ne l’est qu’à la marge. Fontenay-sous-Bois (51 000 habitants), où aboutit le projet de prolongement du T1, est une vaste commune composite, bourgeoise près du bois de Vincennes, populaire ailleurs. Point de croisement de deux lignes de RER, Val-de-Fontenay, où doit arriver le tram, est une sorte de ville nouvelle dans la ville, à la vocation tertiaire assez marquée. Excentré dans la commune, ce quartier est implanté sur un ancien espace agricole qui fut célèbre pour sa pomme de terre, la belle de Fontenay.
     

    François ENVER
     

  • Tramway T1 : plusieurs projets en un

    Noisy-le-Sec : faut-il passer par la grand-rue ?
    La question est toujours la même. Un passage du tramway tout droit au-delà de son terminus actuel de la gare de Noisy-le-Sec par la rue Jean-Jaurès, la très commerçante et relativement étroite grand-rue de la ville, signerait-il l’arrêt de mort du centre, ou serait-il au contraire une chance de renouveau pour ledit centre ? Trois tracés sont envisagés pour la traversée de la commune, entre la gare et l’entrée de Romainville. Deux d’entre eux empruntent les 800 m de la fameuse rue, le troisième évitant carrément le centre-ville.
    – Le premier tracé (dit « tracé Jaurès ») est le plus court et le moins cher. Le plus contesté aussi. Il envisage un passage du tram dans les deux sens dans la Jean-Jaurès, avec deux options envisagées : site propre dans le sens sud-nord et site partagé dans l’autre sens, ou piétonnisation partielle de la rue (avec accès aux riverains, aux livraisons et aux véhicules de service). Il y a selon les ingénieurs chargés du dossier 300 m vraiment difficiles, avec un passage où la voie n’est large que de 14,3 m. Les 2 km de cette variante coûteraient environ 75 millions d’euros.
    – Le deuxième tracé (dit « tracé dissocié Jaurès-Michelet ») prévoit le passage du tram par les 800 m de la rue Jean-Jaurès dans le sens nord-sud (en reprenant le couloir de bus existant), et par le boulevard Michelet, parallèle, dans l’autre sens, au prix d’un parcours un peu plus long (1,4 km). Ce schéma est bien connu des habitants, puisqu’il correspond à l’itinéraire actuel du bus 105. Les 2,2 km de ce tracé sont estimés à 80 millions d’euros. Il n’a bizarrement pas été envisagé de faire passer le tramway dans les deux sens par le boulevard Michelet.
    – Enfin, le « tracé ouest » évite le centre de Noisy. Plus long (2,4 km) et plus coûteux (environ 115 millions d’euros), il irrigue la zone d’activités du nord-ouest de la ville, et passe à proximité de la future base régionale de plein air et de loisirs de la Corniche des forts. Plus long, mais aussi plus rapide, puisqu’il échappe aux secteurs les plus denses. Si les adversaires de ce tracé lui reprochent, outre son coût, de négliger les principaux équipements de la ville – et de laisser en suspens le problème d’une requalification de la rue Jean-Jaurès jugée nécessaire –, ses partisans voient en lui une chance de requalification de toute la zone traversée, pour ne pas parler de la construction d’un morceau de ville nouvelle qui agrandirait le centre. Sans parler de ceux qui ne jurent que par lui faute de mieux, parce qu’ils ne veulent pas entendre parler d’un tram en ville.

    Toujours à Noisy : le pôle gare.
    Une nouvelle problématique s’est ajoutée au débat, au grand dam sans doute du Stif, qui n’avait pas forcément prévu une telle dépense si tôt : la nécessité de reconstruire la gare de Noisy-le-Sec. Reconstruite après guerre et modernisée à l’arrivée du RER, celle-ci est jugée trop petite, malcommode. Idem pour ses accès. Or, sa fréquentation ne cesse de croître. Et la gare a vocation à devenir un nœud important de l’est francilien, avec, si tous les projets se réalisent, le RER E, les trams T1 et T4, la Tangentielle nord et éventuellement – sait-on jamais – Arc Express. D’où l’idée de reconstruire carrément la gare, avec pourquoi pas des bâtiments surplombant les voies. Il faudrait aussi réaménager le parvis, et en profiter pour raccrocher au reste de la ville le Petit-Noisy, le quartier isolé de l’autre côté du faisceau ferroviaire. La maire de Noisy Alda Pereira-Lemaître en a fait un « préalable » au prolongement du tramway. Reste que ce beau projet devrait coûter assez cher. Pour l’instant, il n’existe que quelques esquisses…

    Romainville : franchir l’A3.
    A Romainville, le tram T1 doit traverser la ville sur une longueur de 1,4 km. Pour cette commune qui attend depuis plus de soixante-dix ans son métro vers Paris, l’idée est de faciliter les communications vers le reste du département – notamment la gare de Noisy-le-Sec et a préfecture à Bobigny –, et d’ouvrir un accès commode vers le nœud d’échanges de Val-de-Fontenay. Dans le centre-ville, le tram doit jouer le rôle assez classique de catalyseur de la rénovation urbaine, avec notamment la constitution d’un pôle d’échanges à la place Carnot – en attendant le métro… Mais c’est au sud du territoire communal que la mairie attend le plus du prolongement du T1. Il s’agit de créer une liaison directe vers le quartier situé de l’autre côté de l’autoroute A3, et de remodeler ce quartier autour d’une nouvelle « avenue paysagère » construite sur les restes de l’autoroute A186, qui, elle, serait détruite.

    Montreuil : oublier l’A186.
    Dans la continuité de ce qui précède, le tramway T1 doit à Montreuil faire oublier la saignée de l’autoroute A186. Par sa destruction là où elle a été construite, tout d’abord, et par le réaménagement à sa place – et aussi dans son prolongement, là où l’autoroute n’a jamais été construite mais où les emprises avaient été réservées – d’un boulevard urbain autour duquel doit être reconstruit un nouveau morceau de ville. Il va falloir détruire des viaducs, supprimer des échangeurs, combler des tranchées… La discussion reste ouverte quant aux détails de l’aménagement de cette trouée dans le tissu urbain qui peut parfois atteindre 100 m de large, la nouvelle municipalité de Montreuil voulant une avenue moins large avec une circulation plus apaisée. Il y a selon la maire Dominique Voynet environ 150 ha de foncier disponible, ce qui est appréciable si près de Paris. Dans ce cadre, il reste à élaborer un plan d’ensemble pour le secteur des Murs à Pêches, où la RATP voulait installer un atelier-dépôt d’une surface de 2,3 ha – ce que refuse la nouvelle équipe municipale. Pour la fin du parcours à Montreuil, en forte pente (7 %), l’équipe de Mme Voynet ne veut pas entendre parler d’ouvrages d’art (trémies, talus ou viaduc) destinés à adoucir la déclivité, qui mettraient à mal ce tissu urbain que l’on cherche justement à réparer. Cette exigence disqualifie le matériel roulant actuellement en service sur la ligne T1.

    Fontenay-sous-Bois : pacifier la N186.
    En fin de parcours, le tramway franchirait l’autoroute A86 sur un nouvel ouvrage – ou sur une bretelle existante, ce qui inquiète les riverains –, avant d’emprunter l’ex-RN186 qu’il doit assez classiquement aider à requalifier en un axe moins routier. Le secteur, actuellement occupé par des locaux d’activités, est appelé à se développer avec une vocation majoritairement tertiaire.
     

    François ENVER

  • Vinci et Iridium toujours en lice pour le TGV Lisbonne – Madrid

    Annoncé le 15 janvier, le choix de l’agence publique du réseau ferroviaire de grande vitesse portugais (Rave) pour la construction du premier tronçon du TGV Lisbonne – Madrid s’est porté sur les projets des groupes portugais Mota-Engil, auquel participe le français Vinci, et Brisa, qui intègre l’espagnol Iridium. Les consortiums retenus pour la phase de négociation de l’appel d’offres évaluent à 1,32 et 1,33 milliard d’euros les investissements nécessaires à la construction de 167 km de LGV de Poceirao, à la sortie de Lisbonne, à Caia, à la frontière espagnole. Le vainqueur de la concession pour 40 ans devrait être connu en septembre 2009. Objectif affiché par l’agence publique : 2e semestre 2013 pour des trains effectuant Lisbonne – Madrid en moins de 3 heures.

  • Pékin accélère la construction des métros

    Beijing (Pékin) projette d’investir 51,8 milliards de yuans (5,8 milliards d’euros) en 2009 dans la construction du métro. Quatre lignes reliant le centre de la capitale aux districts suburbains de Shunyi, Fangshan, Changping, ainsi qu’aux Collines parfumées (Xiangshan) seront mises en travaux. Trois nouvelles lignes ont été mises en service en juillet dernier, avant l’ouverture des Jeux olympiques, portant à huit le nombre total des lignes de la capitale. Longue de 30 km, la ligne 4, qui entrera en service en septembre 2009, allongera le kilométrage total du métro à 230 km. Dans le cadre du projet gouvernemental, le réseau ferré urbain de Beijing doit atteindre un total de 561 km avec 19 lignes de métro d’ici 2015.

  • Pataquès en Paca à propos de la LGV Paris – Nice

    Mais quelle mouche a piqué Eric Ciotti ? Sa déclaration concernant le choix du tracé nord pour la LGV Paca, la ligne qui doit mettre Nice à moins de 4 heures de la capitale à l’horizon 2020, le 10 janvier sur France 3 Région, a pris tout le monde par surprise. « La liaison se fera par le tracé le plus court et le plus rapide. C’est logique. Ce sera annoncé lors d’une réunion avec Jean-Louis Borloo », a-t-il lâché. Le tout récent président (UMP) du conseil général du Var, qui a succédé en décembre à Christian Estrosi frappé par le cumul des mandats, assure avoir reçu cette confidence… d’Hubert Falco, le secrétaire d’Etat à l’Aménagement du territoire, également maire de Toulon, sur les bancs de l’Assemblée nationale.
    Une supposée source, digne de foi, certes, mais aussi un député qui ne sait pas tenir sa langue ! Bien sûr, l’avantage de ce pavé dans la mare est de remettre le projet sous les feux des projecteurs et d’acculer le gouvernement, qui avait promis une réunion avant le 31 décembre.
    Le feu couvait déjà depuis l’été, depuis que le préfet Michel Sappin avait laissé percer sa préférence pour le tracé nord, moins coûteux. Les multiples reports, en juillet puis en octobre, le dernier étant sine die, de la réunion du comité d’orientation (Codor) regroupant les cofinanceurs, au cours de laquelle le choix du tracé doit être entériné, n’avaient fait que l’attiser.
    Le prétexte des problèmes d’agendas en effet ne dupe personne. D’autant que, dans le même temps, les associations comme les mairies qui s’opposent au TGV – quel que soit son tracé d’ailleurs – ont multiplié les manifestations. Aujourd’hui, les silences embarrassés des ministères en disent long sur le goût amer de cette nouvelle salade niçoise. Le débat s’est tant envenimé qu’on observe une réserve de bon aloi tant que le ministre de l’Ecologie ne déclare rien d’officiel. Hubert Falco ne s’exprimera pas avant la réunion, qui aura lieu « dans les prochaines semaines », assure-t-on dans l’entourage du secrétaire d’Etat. Et au cabinet de Jean-Louis Borloo, l’on dément les propos d’Eric Ciotti, tout en espérant que la réunion prochaine prévue « fin janvier début février » soit conclusive : « Aucune décision n’est arrêtée. Elle ne se prendra évidemment pas en catimini. »

    14 fuseaux sur le papier.
    C’est lors de réunions techniques qui se sont tenues entre le 23 septembre et le 23 octobre que RFF a remis sa copie. Réseau ferré de France est parti de trois familles de tracés : Côte d’Azur (avec six scénarios), Métropoles du Sud (également six scénarios), et une famille dite LGV des solutions alternatives (deux scénarios). Cette dernière mixe la construction de LGV et l’utilisation des infrastructures existantes. Elle a été rapidement abandonnée en raison de son cousinage avec l’option Côte d’Azur. C’est donc parmi 14 fuseaux au total que RFF a dégagé deux solutions préférentielles.
    « Il s’agit dans les deux cas d’une bande théorique de 7 km de large, rappelle Jean-Michel Cherrier, chef de mission LGV Paca chez RFF. En additionnant les coûts de construction, en classifiant les contraintes environnementales et en analysant les scénarios de trafic de référence en 2020, on aboutit à un taux de rentabilité interne de chaque projet… On est quand même dans des mouchoirs de poche. »
    Les solutions les plus efficientes : d’une part, le tracé Côte d’Azur Sud-Arbois qui décroche du TGV Med au sud d’Aix-en-Provence et rejoint directement la future gare Est-Var entre Les Arcs et Le Muy, en longeant l’autoroute A 8. D’autre part, le tracé Métropoles du Sud Toulon-Est, qui nécessite de créer une gare souterraine à Marseille Saint-Charles (voir encadré). Le différentiel de 3,5 milliards a souvent été mis en avant. Il se justifie par les contraintes de zones urbaines plus importantes et le tunnel marseillais. Mais dès 2005, on savait que 90 % du territoire présentant des enjeux environnementaux forts, il faudrait prévoir au bas mot 50 km de tunnel. Toutefois, cet écart brut n’est pas celui qu’il faut prendre en compte pour ce qui sortira des caisses des collectivités locales. En effet, « le taux de rentabilité interne du scénario des métropoles du sud étant supérieur, avec quelque 2 millions de voyageurs en plus, la capacité d’autofinancement de RFF sera supérieure, explique Jean-Michel Cherrier. Globalement RFF pourra ajouter un petit tiers de la différence. »
    Il n’en reste pas moins qu’avec un prix du kilomètre de 50 à 60 millions d’euros, ce projet coûte une fortune. D’autant que les premières hypothèses tablaient sur « de 5 à 7,5 milliards d’euros selon les scénarios ». « Il y a eu des réajustements en prenant en compte le coût des travaux connexes sur le réseau classique, avoue le chef de mission. Et surtout, le coefficient d’indice des prix a augmenté de 23 % depuis 2004. » Selon de premières estimations de trafic, 80 % des utilisateurs se rendraient à Nice et 75 % viendraient du nord de la France et de l’Europe, en passant par Paris. Et il est possible de prévoir un arrêt dans le Var, pour desservir Toulon. Ce sont des arguments en faveur d’un tracé direct. Ses opposants y voient, eux, un TGV pour les Parisiens. Alors que le tracé des métropoles du Sud présente l’immense avantage de préparer le futur : dans les années 2020-2030, « l’Arc méditerranéen » relierait Séville en Espagne au sud de l’Italie. Les deux hypothèses, nord et sud, permettent en tout état de cause de passer sous la barre des 4 heures de trajet pour un Paris – Nice. Et de gagner 1,5 million de voyageurs, sachant que les cinq dessertes actuelles deviendraient 20 trains par jour en 2020. Une hypothèse de trafic basse, les prévisions étant généralement en deçà de la fréquentation des TGV. « Le TGV Est a explosé les estimations avec trois fois plus de voyageurs », rappelle Jean-Michel Cherrier.

    Levée de boucliers tous azimuts.
    Reste que les opposants aux deux tracés sont légion. Ceux qui s’opposent au trajet nord insistent sur le fait qu’il défigurerait le paysage et détruirait les exploitations viticoles. Parallèlement, plusieurs importantes collectivités locales menacent de ne plus financer le projet. Comme Jean-Noël Guérini, président du conseil général des Bouches-du-Rhône. Il tonne qu’il ne paiera « ni les études ni les travaux de réalisation » d’un tracé qualifié de contresens économique, contraire à l’aménagement du territoire. Rejoignant ainsi le socialiste Eugène Caselli, président de la communauté urbaine de Marseille, qui juge que « ce serait une erreur » d’éviter la seconde ville de France. Autre coup de sang, celui de Maryse Joissains-Masini, la députée-maire (UMP) d’Aix-en-Provence, qui fustige « l’arrogance » d’Eric Ciotti et « son mépris pour les élus de territoire ». Elle promet de « faire tous les procès de la création » ! Après avoir changé d’avis sur le tracé au cours de 2008, le sénateur-maire (UMP) de Marseille, Jean-Claude Gaudin, a préféré garder le silence. Quant à Michel Vauzelle, le président socialiste de la région Paca, il réitère son avertissement de la mi-octobre 2008 : ces annonces successives pourraient tout bonnement aboutir à enterrer le projet. Il redoute de voir le gouvernement renoncer à cette LGV « vitale pour toute la région » en tirant prétexte des divisions.
    Dans cette cacophonie, une réunion de crise préalable à celle du Codor semble donc incontournable. Surtout si l’on tient à tenir l’objectif de 2020 – Nice songeant même à 2018, qui favoriserait sa candidature aux Jeux olympiques d’hiver ! – et en dépit du raisonnement du ministère de Jean-Louis Borloo, selon lequel le temps perdu dans la concertation préalable, c’est du temps gagné sur la réalisation.
    Les délais sont incompressibles. Or, il reste trois ans d’études, au moins une année d’enquête publique et quatre à cinq ans de travaux.
     

    Cécile NANGERONI
     

  • Thalys voit la vie en rouge

    C’est ce qui s’appelle dérouler le tapis rouge. Le 8 janvier, le transporteur européen Thalys a présenté à quelque 500 invités la nouvelle livrée de ses trains et leur nouvel aménagement intérieur imaginé par les designers Avant-Première et Enthoven. Transformé en gigantesque hall de spectacle, le dépôt de maintenance TGV de Forest (Bruxelles) a accueilli un show à l’américaine : écrans géants, clowns, danseurs, acrobates, cracheurs de feu au milieu des voies sur pilotis et leurs fosses de visites. Un peu “too much” pour présenter un simple refurbishment (dont la facture se monte à 50 millions d’euros, soit 1,8 million par rame) ? Pas selon Thalys, qui voyait l’occasion de présenter sa “méthamorphose” après 12 ans d’existence et 17 millions de passagers transportés, et surtout en vue de l’ouverture en décembre 2009 des LGV vers les Pays-Bas et l’Allemagne. Pour tout dire, le “nouveau Thalys” (qui se traduit aussi par de nouveaux uniformes du personnel de bord et une nouvelle offre de restauration) ressemble beaucoup à l’ancien. Thalys, c’est d’abord une couleur, le rouge, mentionnée dans toutes les études client. « C’est le code génétique de Thalys. Ceci n’est pas du rouge, ceci est Thalys », ose Olivier Poitrenaud, directeur général de Thalys, s’inspirant de Magritte. Au rouge carmin de Thalys, viennent s’ajouter les pourpre et fuchsia dans les rames, le vieux rose, le bordeaux et l’aubergine dans les bars. L’ambiance Thalys reste cosy, et devient cossue. On gagne en confort avec les éclairages aux LED et des sièges ergonomiques, très sobres et confortables. La première rame rénovée est en service depuis quelques jours, les 25 autres rames rénovées seront mises en service d’ici à la fin de 2010.
     

    Guillaume LEBORGNE

  • Ce que veulent les chargeurs

    Par tradition, les cabinets de conseil ne mentionnent jamais les clients pour lesquels ils travaillent. Et sur ce point, Booz & Company ne déroge pas à la règle… même si les clients en question – la SNCF, RFF ou encore le ministère – ne sont certainement pas étrangers à une étude lancée en 2008.
    Dans cette étude, menée auprès des professionnels de trois pays et dont les résultats ont été publiés à l’automne, le cabinet tente de décrypter quelles sont les attentes des chargeurs et des logisticiens en matière de fret ferroviaire. Dans ce travail, aux résultats parfois surprenants, il apparaît notamment que les trois quarts des utilisateurs se disent « satisfait », « très satisfait » ou « plutôt satisfait » du service rendu. « Nous avons été surpris par ce résultat, note Thierry Prate, un consultant de Booz & Company, spécialisé dans les transports. De ce point de vue, les résultats sont très optimistes. »
    L’étude, qui porte sur l’Allemagne, la France et l’Angleterre, a été menée sur Internet exclusivement. Le cabinet, qui s’est associé à trois magazines professionnels de référence (Deutsche Verkehrszeitung [DVZ], International Freighting Weekly et La Vie du Rail), a mis en ligne un questionnaire. Au total, 1 595 personnes s’y sont intéressées, mais à l’arrivée – et c’est là toute la limite de cette étude – 71 personnes seulement ont répondu aux questions jusqu’au bout. Les deux tiers des réponses, par ailleurs, viennent d’Allemagne, un tropisme germanique qui biaise en partie les résultats de l’étude. « Quand on se penche sur les chiffres, la satisfaction est effectivement moins élevée de ce côté du Rhin, concède Thierry Prate. Les Allemands ont beaucoup travaillé sur leurs infrastructures. Ils ont pris des mesures pour limiter l’engorgement, partager les capacités entre les trains de fret et les voyageurs. » Mais là où l’échantillon pèche par son manque de représentativité, il se rattrape sur la qualité des intervenants sollicités. Sur les 71 réponses, les deux tiers émanent de chargeurs ou de logisticiens et la moitié des questionnaires ont été remplis par des cadres d’entreprise.
    Cet échantillon hautement qualifié offre un certain nombre de conclusions intéressantes. Tout d’abord, les entreprises les plus intéressées par le fret ferroviaire ne sont pas nécessairement celles qui transportent les plus gros volumes. Abstraction faite de marchés très spécifiques, des pondéreux ou des matières dangereuses, où les clients sont captifs, la part modale du ferroviaire est meilleure (48 %) chez les transporteurs moyens (entre 11 et 20 millions d’euros de dépenses transport par an) que chez les gros transporteurs (plus de 50 millions d’euros par an) où elle n’atteint que 24 %.
    Autre conclusion intéressante, les personnes sondées placent en tête de leurs préoccupations le respect des délais (38 %), avant la qualité de la chaîne de commandement (35 %), l’approvisionnement en wagons (28 %), le manque de flexibilité de l’allocation des sillons (23 %) et le temps de parcours (21 %).
    A la question « Quels sont vos critères pour choisir un tractionnaire de fret ferroviaire ? », c’est, cette fois encore, le respect des délais qui arrive en tête (58 % des réponses), devant la compétitivité du prix (55 %), le temps de parcours (44 %) et le réseau de l’opérateur (42 %). « Toute la difficulté du ferroviaire est de répondre à toutes ces attentes en même temps, observe Thierry Prate. Ce n’est pas l’un ou l’autre de ces critères qui va décider les chargeurs à basculer d’un mode à l’autre, mais la combinaison de plusieurs d’entre eux. »
    L’infrastructure fait également partie des sujets de préoccupations. 52 % des personnes interrogées pensent en effet que l’Europe sera confrontée à une pénurie significative des sillons au cours des cinq prochaines années. Les professionnels sont particulièrement inquiets pour le corridor Rotterdam – Milan (25 %), Copenhague – Vérone (20 %) et Anvers – Milan (15 %).
    Encouragé par ces premières conclusions, le cabinet Booz & Company s’apprête à lancer une nouvelle étude, beaucoup plus précise, en 2009. Elle portera sur les conditions qui favorisent le report modal de la route vers le rail. Et elle devrait être lancée d’ici avril.
     

    Guillaume KEMPF