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Étiquette : Ville
A Reims, le sacre annoncé de la concession…
Que n’a-t-on entendu depuis deux ans sur l’audace rémoise, dans le petit monde du transport public… Quoi, une ville française « donne » ses transports au privé ? Pour plus de trente ans ! Déjà que les DSP étaient critiquées, voilà que des élus abandonnent leurs prérogatives régaliennes. Dans la ville où furent sacrés les rois… Une erreur politique, ou pire, une hérésie…
En fait, tout commence par un cauchemar, le refus du tram en 1991 par un le maire, Jean Falala, à la surprise générale puisque les études avaient été très positives – mais pas à celle de certains commerçants et riverains qui s’étaient ligués contre le projet. La volte-face avait coûté cher aux contribuables rémois : la ville avait dû rembourser une jolie somme au district d’alors, dirigé par… Jean-Louis Schneiter. C’est ce dernier, une fois aux commandes de la ville en 2001, qui relance l’idée d’un TCSP, mais avec moultes précautions, sur les termes, les choix techniques, les conditions financières et la concertation en amont.
L’idée était pourtant tellement logique. Le réseau de bus avait trouvé ses limites, avec une baisse continue de la vitesse commerciale, une fréquentation qui stagnait, de la saturation aux heures de pointe. Reims, en outre, est une bénédiction pour les transports collectifs. L’aire urbaine de l’agglomération est réduite ; la densité très importante induit des taux élevés de fréquentation. Et un tram, c’est trois bus ou 150 voitures… Un tracé nord-sud s’impose naturellement, des quartiers d’habitat au nord à l’université au sud, en passant par le centre-ville, les gares, les espaces publics… Mieux, le tram permettra aussi de créer une nouvelle zone d’activité à proximité de la gare TGV. Car depuis 2007, le TGV Est s’arrête à Reims, qui bénéficie déjà d’une nouvelle attractivité, à 45 minutes de Paris.
Mais Jean-Louis Schneiter, s’il avance sûrement, procède prudemment. Pas question de s’endetter outre mesure : mission est donnée à une toute nouvelle mission tramway de mettre au point un système original de financement. Sous la direction d’un jeune et brillant ingénieur, Yann Leriche, qui recrute de solides compétences (notamment Jean-Louis Lacéna au juridique et financier, ou encore Jean Manca à la communication), le cahier des charges d’une concession est mis au point, avec une pierre angulaire, le partage des risques entre le concédant (l’agglomération rémoise) et le futur concessionnaire.
Suspense : qui allait donc succomber à ce tout nouveau modèle jamais importé en France, malgré quelques réussites ailleurs en Europe, notamment en Grande-Bretagne et en Irlande (Dublin) ? Une seule offre, c’était dramatique, deux offres, c’était un peu juste. Il y en eut trois… « D’excellente qualité », témoigne aujourd’hui, Alain Lescouet, maire divers gauche de Saint-Brice-Courcelles, l’élu fil rouge du projet depuis le début. Finalement, ce fut Mars qui gagna, au grand dam de ses challengers.
Jean-Louis Schneiter avait gagné ? Presque… Car les fantômes politiques rôdent souvent. Alors que le contrat de concession est signé en juillet 2006, au printemps 2008, à quelques jours des élections municipales, la DUP, elle, n’est toujours pas officiellement signée… Un candidat UMP, Renaud Dutreil, prend parti contre le tram, quand sa collègue Catherine Vautrain est prête à l’assumer. Leurs querelles politiques profiteront à la socialiste Adeline Hazan, qui a toujours soutenu le projet sur le fond. Et comme dans un conte de fées, tout se termine bien avant le premier tour, le secrétaire d’Etat aux Transports Dominique Bussereau annonce que la DUP est signée…
Depuis, la nouvelle équipe s’est installée et a repris en mains sans surprise le dossier, avec aux commandes la présidente de Reims Métropole et Alain Lescouet. Aujourd’hui les fouilles archéologiques touchent à leur fin, une première levée de fonds a été réalisée en septembre par Mars (non sans quelques sueurs froides, vu la crise économique et financière). Les Rémois s’apprêtent à connaître comme beaucoup d’autres citadins avant eux les joies des travaux du tram, avant d’en découvrir les charmes en 2011…
Jeanne BELLEVUE
10 ans de Météor : plus de 450 000 voyageurs chaque jour
La petite dernière du métro parisien, la ligne 14, a fêté ses dix ans le 15 octobre. Egalement connue sous le nom de Météor, la ligne automatique, qui enregistrait 100 000 voyageurs par jour pour sa première année d’exploitation, en affiche désormais plus de 450 000. Il faut dire qu’entretemps, elle a été prolongée au nord, en 2003, jusqu’à Saint-Lazare, et à Olympiades au sud, en 2007.
Le tramway marseillais retrouve le chemin du tunnel
Depuis le 28 septembre à 5h, le tramway de Marseille emprunte de nouveau le tunnel de Noailles et compte deux lignes bien distinctes. Cet ouvrage de 630 mètres mis en service en 1893 a été utilisé jusqu’en 2004 par le tramway 68. Vingt mois de travaux, entre novembre 2006 et juillet 2008, et des essais entre juin et septembre 2008, ont été nécessaires pour le mettre aux normes de sécurité et d’accessibilité. Il a notamment fallu construire deux puits de ventilation, des itinéraires d’évacuation des piétons en tunnel, effectuer d’importants travaux d’étanchéité, restructurer la station souterraine de Noailles et ses accès, etc. Le coût des travaux est de 15 millions d’euros, financés par la communauté urbaine de Marseille, le tramway étant exploité par la Régie des transports de Marseille (RTM). Le gabarit du tunnel n’a pas été modifié et reste, comme à l’origine, de 6,5 m de large par 4,45 m de haut. Conséquence : il n’a qu’une seule voie, d’où une circulation alternée qui ne va pas simplifier le respect des fréquences de passage. Le tunnel qui part du boulevard Chave et passe sous la place Jean Jaurès, aboutit à la station Noailles, où s’effectue la correspondance avec la ligne 2 du métro, et à la place des Capucins, à 150 m de la Canebière. Grâce à cette extension, la communauté urbaine de Marseille compte porter la fréquentation du tramway de 40 000 à 50 000 voyageurs par jour. Tunnel et station souterraine complètent le tramway marseillais inauguré en juillet 2007. Celui-ci compte désormais la ligne 1 Les Caillols/Noailles, longue de 6,1 km, et la ligne 2 Blancarde – Foch/Euroméditerranée – Gantès, de 5,1 km. Cette dernière sera prolongée de 700 m vers le port de Marseille pour aboutir au pied de la tour CMA-CGM en cours de construction. Les appels d’offres vont être passés pour une mise en service attendue en 2010.
José SOTO
La cinquième république célébrée dans le métro
Pour fêter les 50 ans de la Ve République, la RATP et l’Assemblée nationale ont inauguré, le 1er octobre, une fresque, intitulée Des Paroles et des Actes, dans la station Assemblée nationale. Sur un quai, les mots mettent en avant le travail législatif. Sur l’autre, les portraits des Présidents de la République qui se sont succédé. Cette œuvre temporaire imaginée par l’agence de design Curius peut être vue jusqu’à la fin de l’année. Rappelons que depuis 2004 et jusqu’en 2014 de nombreuses fresques s’affichent tous les trois mois « afin de créer à chaque saison un effet de surprise pour les voyageurs », explique la RATP.
Rouen : une nouvelle gare et un tram-train ?
Faut-il déménager la gare de l’autre côté de la ville, et construire une ambitieuse traversée ferroviaire de la capitale normande qui passerait sous la Seine ? Et, question nettement moins chère mais très liée au projet précédent : par où faire passer ce fameux tram-train Barentin – Rouen – Elbeuf dont on parle depuis encore plus longtemps ? La réflexion est bien engagée ; les premières réponses sont attendues à la fin de l’année. Le constat est connu. Depuis 1847, la ligne Paris – Le Havre traverse Rouen par quatre tunnels après avoir franchi la Seine, avec de nombreux cisaillements. Coincée entre deux tunnels sur ce parcours peu commode, l’actuelle gare Rouen Rive-Droite est unanimement jugée trop petite. Ses quais, trop courts, ne peuvent être allongés sans entreprendre des travaux pharaoniques. En outre, les trains diesel qui la desservent polluent le quartier… Tout le monde ou presque à Rouen reconnaît le problème. D’où l’idée de dévier la voie ferrée et de construire une nouvelle gare. On s’est d’abord intéressé à huit implantations possibles dans l’agglomération, puis seulement trois. Finalement, les différentes parties concernées se sont entendues fin 2005 pour se focaliser sur le site de Saint-Sever, en bordure de la Seine, rive gauche. Trois études parallèles ont alors été lancées, portant sur la nécessité et la localisation d’une nouvelle gare centrale susceptible d’être couplée à un « site de développement économique » (c’est-à-dire un quartier d’affaires de type Euralille), la faisabilité du tram-train Barentin – Rouen – Elbeuf (sur le grand axe de développement urbain de la région) et la capacité du réseau ferré des environs, dans un contexte de cadencement des TER et des liaisons Paris – Rouen – Le Havre. On commence maintenant à y voir nettement plus clair, explique Philippe Adam, qui suit le dossier à la région Haute-Normandie. Mais pour le choix de l’implantation de la gare, il y a maintenant trois possibilités, toutes situées à quelques centaines de mètres les unes des autres du côté de Saint-Sever :
Le premier site repéré dans le secteur est un peu excentré, face à l’île Lacroix. Il s’agit d’une friche ferroviaire à l’emplacement de l’ancienne gare Saint-Sever (appelée aussi Rouen-Rive gauche, ou Rouen-Préfecture), qui fut la première de Rouen en 1843 – et ne fut pas reconstruite pour les voyageurs après sa destruction pendant la Seconde Guerre mondiale. Avantage certain : il y a de la place, une quinzaine d’hectares disponibles. Mais s’il était choisi, il faudrait en soigner les accès.
La gare pourrait également être construite au cœur du quartier Saint-Sever, sous le cours Clemenceau. Une telle option, très urbaine, permettrait une connexion directe avec le métro, à la station Joffre-Mutualité (celle-ci étant souterraine, il faudrait sans doute faire remonter ledit métro à la surface pour permettre au tunnel ferroviaire de plonger sous la Seine…). A priori, elle exigerait quelques destructions dans le quartier, reconstruit après guerre.
La troisième solution envisagée est beaucoup plus spectaculaire : on construirait la nouvelle gare sur deux niveaux sur les quais rive gauche, face au centre-ville. Le métro passe sur le pont juste au-dessus. Révolutionnaire s’il était choisi, ce site exigerait « un geste architectural fort ». Il serait peut-être un peu éloigné du nouveau quartier d’affaires, qui de toute façon serait construit sur le site de l’ancienne gare Saint-Sever.
« Nous avons maintenant trois endroits différents, et donc des visions différentes, note Philippe Adam. A la fin de l’automne, on aura des éléments pour trancher, notamment des chiffrages plus précis. Pour décider du site sur lequel on poursuit. » Quelle que soit la décision, la ligne du Havre poursuivrait sa route sous terre après la nouvelle gare, avec un tunnel de 6 km de long passant notamment sous la Seine. Il y en a pour environ un milliard d’euros. Avec une ouverture envisageable vers 2020, si tout va bien. De ce choix – ou pas – de l’implantation de la nouvelle gare d’agglomération, dépend directement le sort de l’autre grand projet du moment, le tram-train. Conçu dans le PDU de l’agglomération rouennaise comme une « liaison ferrée rapide » qui doit aller de Barentin (près de 25 000 habitants à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Rouen, sur la ligne du Havre) à Elbeuf (environ 60 000 habitants, à une vingtaine de kilomètres au sud) via le centre de Rouen, il devait tout à la fois contribuer à la lutte contre l’étalement urbain et permettre de trouver une solution technique au problème de saturation de la traversée ferroviaire de Rouen. Si ce dernier problème est résolu par un nouveau franchissement souterrain de la Seine, le tram-train pourrait tout à fait emprunter à l’avenir la voie ferrée classique, et desservir au passage une gare de Rouen Rive-Droite qui se retrouverait déchargée de la plupart de ses liaisons actuelles. Il semble en effet à peu près acquis qu’il aura pour vocation de faire la navette entre les deux gares, l’ancienne et la nouvelle, cette dernière ne pouvant évidemment être ignorée. Reste à savoir comment il y arrivera (ce qui, bien sûr, dépendra de l’endroit où elle se trouvera !). Et à cet égard, il reste plusieurs possibilités : un parcours uniquement sur la voie ferrée, ou une sortie de ladite voie ferrée à l’ancienne gare de Rouen-Martainville (dite aussi gare du Nord, ancien terminus de la ligne d’Amiens), à deux pas du CHU, avant un parcours urbain qui pourrait être en partie aménagé sur le site de Teor. Vers le sud, le tram-train emprunterait soit la voie ferrée menant vers Caen (par l’est), soit une route plus directe actuellement fermée au trafic voyageurs et dont la réouverture est problématique pour cause de traversée d’une zone Seveso (par l’ouest). De toute façon, souligne Philippe Adam, « il s’agirait d’une première ligne. On s’inscrit clairement dans la perspective d’un réseau qui, à long terme, parcourrait toute l’étoile ferroviaire, vers Barentin, Elbeuf, Serqueux, Val-de-Reuil/Louviers… » Le parcours du tram-train en ville pourrait être, ou pas, commun avec un éventuel prolongement du métro, que de nombreux Rouennais jugent indispensable si la nouvelle gare est installée sur le site de l’ancienne gare Saint-Sever. L’ancien maire de Rouen, Pierre Albertini (UDF), l’avait annoncé il y a deux ans, quand bien même ce n’était pas de son ressort. Aujourd’hui, Yvon Robert, l’élu (PS) responsable des transports à l’agglo de Rouen, se veut beaucoup plus prudent… De toute façon, il estime que la nouvelle gare ne se fera pas avant très longtemps : « En 2006, on disait 2020 au mieux. En 2008, je dis 2025 à 2030, même si je n’ai aucun élément concret pour dire ça. Mais j’en crois mon expérience – je trouve que vingt ans pour mener ce projet à bien, c’est une échelle raisonnable. » Et d’en appeler au gouvernement : « On considère que ça avancera si c’est une priorité nationale. Il faut que le déplacement de la gare de Rouen soit inclus dans les suites du Grenelle de l’Environnement. Ce ne peut pas être un projet soutenu par les collectivités locales seules, il faut que ce soit un projet de l’Etat ! » A la région Haute-Normandie, qui copilote les études en cours avec le Syndicat mixte pour le schéma de cohérence territoriale (Scot) de l’agglomération Rouen-Elbeuf, on veut s’en tenir au calendrier initial, qui pour l’instant n’a pas pris de retard. « On ne sait plus gérer la croissance du trafic ferroviaire, insiste Philippe Adam. On est coincés ! Et si on doit être coincés jusqu’en 2030, comment on fait ? On vise un objectif qui reste à 2020. Ambitieux, certes. On est un peu condamnés à l’activisme ! »
François ENVER
Une mandature de réflexions à Rouen
Rouen est repassée à gauche en mars dernier. Une révolution ? Pas tant que ça, puisque l’agglomération l’était déjà, depuis près de vingt ans. Le nouvel élu chargé des transports n’est d’ailleurs pas un inconnu. Yvon Robert a déjà occupé cette fonction de 1989 à 1995, et c’est lui le père du tramway rouennais, ce tram que l’on appelle « métro » sur place car il est souterrain dans le centre. C’est également lui qui est à l’origine de Teor (Transport est-ouest rouennais), ce bus en grande partie en site propre qui traverse désormais l’agglomération d’est en ouest. Elu maire en 1995, puis battu en 2001, Yvon Robert est maintenant premier adjoint de la ville-centre. C’est assez logiquement qu’il avait inspiré le volet transports du programme électoral de la gauche aux dernières municipales. Un programme ambitieux, qu’il doit désormais intégrer dans la politique des déplacements d’une agglo où sa ville ne représente que le quart de la population. Aux électeurs rouennais, la députée socialiste de Rouen Valérie Fourneyron avait promis beaucoup : parmi les gros morceaux, la création d’une ligne rapide sur l’axe nord-sud, la création d’une ligne directe Boulingrin – CHU – Rive Gauche et la requalification des boulevards en « avenues fluides et vertes » comprenant un terre-plein central réservé aux transports en commun. En outre, la gauche locale promettait un « plan de déplacement vélos cohérent, lisible et sécurisé » intégré au programme d’agglomération et un remonte-pente pour vélos, ainsi qu’une navette non polluante dans le centre historique. A priori, ce programme pouvait surprendre. Il était beaucoup plus ambitieux que ce que prévoyait la majorité de gauche qui s’occupait déjà des transports à l’agglo. Pour Yvon Robert, il était légitime d’être ainsi volontariste : « Le maire de Rouen avait un discours transport et une pratique anti-transport », explique-t-il, désignant Pierre Albertini, premier magistrat (UDF) de la ville jusqu’en mars dernier. La charge est plutôt sévère contre celui qui lui avait pris la mairie en 2001. « Sous prétexte qu’il a donné deux voies au Teor, il s’est donné une “auréole transports”, analyse-t-il. Et il a fait n’importe quoi pendant sept ans ! » Effectivement, Pierre Albertini a beaucoup fait pour le passage du bus en site propre dans l’hypercentre, là où M. Robert s’était quelques années plus tôt heurté à l’hostilité des commerçants. « Teor, c’est très bien, poursuit Yvon Robert. Mais pour le reste, il a supprimé toutes les voies de bus de la ville et rien fait, strictement rien fait, pour faciliter les transports en commun en ville. A part Teor, il n’y avait aucune réflexion sur les transports alternatifs… Donc, on est très à l’aise, on a été amené à s’exprimer sur le sujet : un programme transport avait du sens, même si l’opposition municipale était déjà la majorité de l’agglo. Notre équipe voulait redonner la priorité aux transports ! » La gauche ayant repris la ville, l’ancien maire est donc devenu premier adjoint (et son ancienne première adjointe, Valérie Fourneyron, maire), et pilote donc à nouveau la politique des transports de l’agglo. Avec un maître mot : prudence. « Les moyens de l’agglo de Rouen sont historiquement plus faibles que ceux d’autres agglomérations », souligne-t-il, invoquant une fois de plus la gestion de ses prédécesseurs – notamment l’héritage de Jean Lecanuet (qui régna sur Rouen jusqu’en 1992) – et reconnaissant qu’« il a coûté cher, le tunnel du métro ». Son projet principal n’était pas mentionné dans le programme des municipales. Il s’agit de doubler la capacité du métro, qui depuis son inauguration fin 1994, fonctionne toujours avec les mêmes 28 rames (de type TFS, Tramway français standard de GEC Alsthom, longues de 29,40 m). Victime de son succès, il ploie sous la charge « avec une fréquentation d’environ 60 000 passagers par jour (et on fait tout pour la faire baisser !) ». Du coup, certaines lignes de bus qui avaient été rabattues sur le métro ont été rétablies vers le centre-ville, pour offrir des parcours alternatifs. L’agglo compte maintenant soit remplacer toute sa flotte par des trams neufs plus longs, soit la garder et acheter quelques véhicules supplémentaires qui permettront de faire circuler les rames en unités doubles. Il faudra toutefois voir si le pont Jeanne-d’Arc, qu’emprunte le métro, est capable de supporter la charge… « Nous choisirons en octobre », note Yvon Robert, qui envisage que le problème pourra être réglé vers 2011, au mieux.
Deuxième gros chantier : l’axe nord-sud. Mais il ne s’agit encore que d’études. « C’est le dernier axe lourd du PDU qui n’a pas été réalisé, mais dont les aménagements effectués par la mairie de Rouen ces sept dernières années ont contrarié la réalisation », note Yvon Robert. En effet, les couloirs de bus qui le préfiguraient ont été supprimés… « On va travailler sur le sujet. Il faut trouver les conditions de son fonctionnement. Cela mérite des études très approfondies sur le fonctionnement de la circulation globale dans Rouen. C’est clair qu’il y a besoin d’un deuxième axe nord-sud. » L’idée est de « pouvoir mener des réalisations au début du prochain mandat ». Quant au mode choisi, ajoute-t-il, « on est sur du type Teor, nord-sud », c’est-à-dire un bus en site propre, sans doute à guidage optique. A ce dossier, Yvon Robert rattache une autre promesse électorale : « L’aménagement des boulevards est très lié à la réflexion du nord-sud. Je veux qu’on regarde le nord-sud à l’ouest et le nord-sud à l’est. D’autant que ce dossier est très lié à l’évolution du quartier d’Orléans [appelé à naître sur des friches ferroviaires, rive gauche, au sud-ouest de la ville], où il y a un bassin de population de 8 à 10 000 habitants potentiels. » Enfin, énumère l’élu, « le troisième sujet prioritaire, c’est les 30 points noirs sur les lignes de bus qui traversent la ville… dont 29 sont sur la commune de Rouen ! Car le métro et Teor ne doivent pas faire oublier qu’il y a cinq ou six lignes de bus très utilisées, qui méritent qu’on s’y intéresse vraiment ». Certains carrefours stratégiques vont notamment être réaménagés, dont la place de la Gare et celle de Hôtel de Ville. Quant à la « ligne directe Boulingrin – CHU – Rive Gauche » promise dans son programme, elle est sans doute pour (beaucoup) plus tard. Le premier tronçon, du Boulingrin au CHU, est une vieille revendication de Jean Lecanuet, puis de Pierre Albertini, qui n’a jamais vraiment emballé la gauche locale. Il s’agirait de prolonger le métro depuis son terminus nord jusqu’à l’hôpital régional, premier employeur de l’agglomération (où il rencontrerait Teor), en suivant les boulevards. Jusqu’au 1er septembre, il n’y avait aucun bus entre les deux. La ligne T1, l’une des trois branches de Teor, a été prolongée à titre expérimental du CHU au Boulingrin, ce qui permettra d’y « mesurer les besoins de transport ». Ce nouveau morceau de Teor pourtant assez central n’est pas en site propre, mais pourrait le devenir en cas de besoin, si l’essai est concluant. La suite de cette « ligne directe », qui franchirait la Seine, a été évoquée dans le cadre du projet de déménagement de la gare dans le quartier Saint-Sever, rive gauche. « La prochaine gare, il faudra l’avoir en tête dans la réflexion sur tous les aménagements qu’on va faire, juge Yvon Robert. C’est un élément du PDU que nous allons mettre à jour. » Encore faut-il savoir si elle se fera, à quelle échéance, et où elle sera construite… Car les scénarios de desserte possibles seront alors très différents. Autre élément de choix qu’il faudra le cas échéant intégrer au PDU : le tram-train, déjà évoqué très brièvement dans l’édition précédente. Il devrait mener à Elbeuf, agglomération voisine qui elle-même pourrait être intégrée dans une future communauté urbaine du Grand Rouen… Même si les réalisations de la mandature ne seront pas forcément spectaculaires, la machine à projets va pouvoir tourner à plein régime.
François ENVER
Energie de freinage du métro : Rennes et Toulouse lancent un appel doffres commun
Rennes Métropole et le syndicat mixte des transports en commun de Toulouse (SMTC) ont lancé en septembre un appel d’offres pour trouver un industriel susceptible de fournir un système de récupération de l’énergie dégagée lors du freinage du métro. Actuellement, sur la ligne a de Rennes, cette énergie est déjà récupérée et transmise aux autres rames par l’intermédiaire des barres de guidage. Lorsque plusieurs rames utilisent le frein électrique et qu’aucune rame ne peut utiliser cette énergie, un banc de charge utilisé depuis mars 2002 a pour but de dissiper cette énergie sous forme de chaleur afin d’éviter les surtensions électriques en ligne. Les nouveaux bancs de charge sont capables de recycler cette énergie et peuvent la réinjecter à la demande pour le redémarrage des rames. Les premières études réalisées évaluent une économie annuelle de l’ordre de 25 000 à 30 000 euros par an pour 150 000 à 300 000 KWh d’économie énergétique sur une consommation annuelle de l’ordre de 12 millions de KWh (en 2007). Les agglomérations de Rennes et Toulouse vont travailler en commun et adopteront ensemble la technologie développée. Ce projet constitue pour Rennes Métropole le premier cas de groupement de commande publique avec une collectivité en dehors de l’agglomération. Outre l’échange d’expériences et de pratiques, ce montage vise à faire bénéficier la collectivité d’économies d’échelle sur le coût du projet. Le prestataire sera sélectionné en 2009. Par ailleurs, Rennes métropole a lancé un appel d’offres pour sélectionner son futur val. La mise en concurrence des industriels susceptibles de fournir le système de transport en métro automatique est un préalable indispensable à la définition géométrique des ouvrages. Si lors de la construction de la première ligne, Siemens était seul en lice, aujourd’hui six industriels au monde sont susceptibles d’y répondre. Pour avoir un maximum de choix, Rennes propose une prime de compensation de 200 000 euros HT pour tous les candidats non retenus. La signature du marché devrait avoir lieu en 2010. Enfin, dès la fin 2008, les procédures de désignation des architectes et des maîtrises d’œuvre pourront être lancées.
Sylvie LUNEAU
Un tram au bon goût français à Orléans
Flûte à Champagne à Reims, aéronautique à Toulouse, le Citadis d’Alstom n’en finit plus de démontrer ses capacités à s’adapter à son environnement. A tel point que cette adaptabilité semble d’ailleurs, en France du moins, un argument de vente presque aussi important que ses qualités techniques… Pour la communauté d’agglo d’Orléans, ce tram transformiste vient de se glisser dans une panoplie dessinée par le directeur artistique de la maison Guerlain, Olivier Echaudemaison. Faire appel à un grand nom du luxe permet aussi de rappeler l’ancrage local du groupe LVMH, présent à Saint-Jean-de-Braye à travers une unité de production des parfums Dior, qui emploie 1 500 salariés, et un centre de recherche. C’est aussi une manière élégante de s’approprier le tramway, après avoir violemment combattu la première ligne, inaugurée par le précédent maire, Jean-Pierre Sueur (PS). En lui succédant, en 2001, Serge Grouard (UMP) ne montrait d’ailleurs aucun empressement à développer le réseau. Mais les temps ont changé. C’est à présent Charles-Eric Lemaignen (UMP), président de l’agglo, qui porte le projet de 2e ligne. Orléans n’est pas la première ville française à avoir choisi d’associer couture et tramway. Montpellier avait fait appel à Christian Lacroix pour les rames de sa future troisième ligne, dont le design a été présenté l’an dernier. L’approche est toutefois radicalement différente, et pas seulement pour des questions de style. Si les rames se croisent sans se ressembler dans la capitale languedocienne, Orléans veille à conserver l’harmonie. Les rames de Cleo – c’est le nom donné à la ligne 2 – seront habillées du même ton Sable de Loire que les autres. Il est vrai que la variété des livrées s’accomode assez bien d’un certain foisonnement, et que les réseaux des deux villes n’en sont pas au même stade de développement. Mais force est de constater, comme l’a souligné Charles-Eric Lemaignen, que le tram orléanais joue bien son rôle d’« outil de marketing territorial » et s’intègre parfaitement à la nouvelle image de la ville. Une promenade dans les rues du vieux centre donne un aperçu du lifting entrepris par la nouvelle municipalité. Entre le quai du Châtelet et la rue Jeanne d’Arc, le secteur qui jouxte la cathédrale a été entièrement piétonnisé et réhabilité. Du dallage aux plaques des rues en passant par les terrasses de café et les façades des bâtiments anciens, rien n’est laissé au hasard : matériaux et couleurs contribuent à une ambiance à la fois authentique et soignée. Ici, on est loin du pays d’Oc et de son exubérance. A Orléans, même la rue est bien élevée, le pavé régulier et sans aspérité. On n’y croise ni marginaux ni désordre…
Sandrine GARNIER
Enfin un tracé pour la ligne 2 du tram d’Orléans !
Un recours déposé par la Fnaut vise toujours le tracé validé par la DUP le 18 janvier dernier. C’est justement ce tracé que l’AgglO vient de modifier tardivement sur sa partie Est, à Saint-Jean-de-Braye. Le tracé initial était contesté par la plupart des élus, mais aussi par le commissaire enquêteur qui avait demandé l’étude d’une variante. Cependant, la ville de Saint-Jean-de-Braye et tous les élus de gauche militaient pour une autre variante utilisant, avec l’accord de RFF, l’emprise de la ligne Orléans-Gien ouverte à quelques convois de fret. Cette seconde variante serait moins préjudiciable pour l’avenir en autorisant un prolongement éventuel de la ligne vers l’Est, comme cela avait été prévu à l’origine, tout en permettant de réaliser un site propre intégral sur la commune. Ce 25 septembre, l’agglomération a donc retenu comme prévu la première variante, réputée moins coûteuse, plus rapide et plus facile techniquement à réaliser. Mais elle serait aussi mieux bordée juridiquement et plus à l’abri d’un nouveau recours : « C’est un risque que je ne suis pas prêt à prendre », a expliqué Charles-Eric Lemaignen, président de l’agglomération. Pour autant, l’opposition de la Fnaut, d’associations et des élus de gauche est toujours vive. Outre le tracé proprement dit, l’opposition critique de nouveaux projets portés par le maire d’Orléans dans le quartier Carmes en centre-ville, et non évoqués lors de l’enquête publique. Pour permettre la circulation automobile et le passage du tram, le maire voudrait en effet aligner la rue des Carmes et démolir une vingtaine de maisons. Non chiffré, ce projet aurait des incidences notables pour le chantier du tram tout en masquant, selon ces opposants, une ambition moins avouable : reconquérir une zone paupérisée et en partie habitée par des populations d’origines étrangères. Des incertitudes pèsent également sur le financement. Estimée à moins de 300 millions d’euros il y a quelques mois, la facture pourrait finalement approcher les 350 millions, expliquant la volonté de l’AgglO d’augmenter les impôts locaux. Toutes ces incertitudes hypothèquent les délais. Prévue pour 2011, la mise en service vient d’être repoussée à 2012. Une nouvelle enquête publique partielle sur le nouveau tracé à l’Est va être organisée en mai et juin prochains. De premiers travaux de dévoiement de réseaux vont débuter en janvier 2009, mais les véritables chantiers ne seront ouverts qu’en février 2010. Encore faudrait-il que d’ici là, aucun grain de sable – notamment juridique – ne vienne gripper la machine.
Jean-Jacques TALPIN
Systra maître duvre pour le futur tramway du Havre
La Codah (Communauté d’Agglomération de la région du Havre) vient de retenir l’équipe de maîtrise d’œuvre pour son futur tramway sur rails. Il s’agit d’un groupement de co-traitants dont Systra sera mandataire. L’équipe d’ingénierie est complétée des cabinets d’architecture et d’urbanisme Ateliers Lion (Paris) et Attica (Rouen, Paris, Lyon), de la paysagiste Jacqueline Osty et du bureau d’études infrastructures, Ingerop. Le tramway du Havre reliera la ville basse à ses plateaux nord via un tracé en Y de 12,7 km au total. Il devrait être mis en service fin 2012. Son coût est estimé à 260 millions d’euros (valeur 2005).