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Catégorie : Grande vitesse
L’actualité de la grande vitesse ferroviaire, de projets de ligne à grande vitesse, de trains à grande vitesse en France et dans le monde.

LGV Est-européenne 1re phase : retour sur neuf ans d’exploitation
À l’occasion de la mise en service de la seconde phase de la LGV Est, traitée dans Rail Passion n° 227, nous revenons en détail sur l’évolution des dessertes de la première phase, qui ont fait l’objet de nombreux ajustements en raison d’une fréquentation beaucoup plus importante que prévu au départ.
Après avoir évoqué les nouvelles dessertes profitant de l’ouverture des 106 km de la phase 2 et apportant de sérieuses améliorations à la clientèle nationale, qui favorisent la position de la dynamique région Alsace, tout en renforçant la qualité des liaisons franco-allemandes, un bilan des neuf années de service de la phase 1 entre Vaires et Baudrecourt nous a semblé indispensable. Car cette période a, en effet, comporté diverses adaptations, avec notamment un affinement des dessertes, dont l’impact sur les territoires concernés est intéressant à analyser.
L’Est de la France, l’Allemagne et la Suisse bénéficiaires de la 1re phase
Cofinancée par les régions économiques traversées : Île-de-France, Champagne-Ardenne, Lorraine, Alsace, la LGV Est-européenne (numérotée 005) a été déclarée d’utilité publique le 14 mai 1996. Sa réalisation a été découpée en deux phases inégales pour des motifs d’échelonnement budgétaires et n’a pas donné lieu à d’importantes oppositions locales comme cela avait le cas pour la LGV Méditerranée. La première, longue de 302 km, se débranche de la ligne 070 (ex-1) Paris – Strasbourg à Vaires, à 23 km de Paris-Est, et se termine à Baudrecourt avec un double raccordement : l’un en direction de Strasbourg branché sur la ligne 140 (ex-3) Metz – Réding, avec saut-de-mouton de changement de sens en amont ; l’autre vers Forbach, à voie unique, sur la ligne 172 (ex-11) Rémilly – Stiring-Wendel. Elle comporte quatre raccordements pour le trafic voyageurs (1) : • à Messy, en triangle avec la ligne d’interconnexion des TGV (ligne 226) Bif Vémars – Bif Crisenoy ; • à Trois-Puits avec la ligne 074 (ex-22.5) Épernay – Reims ; • à Saint-Hilaire-au-Temple sur la ligne 081 (ex-10) Reims – Châlons-en-Champagne ; • au sud de Pagny-sur-Moselle, en triangle vers Metz et Nancy par la ligne 090 (ex-12). Sur son parcours, tracé dans les départements de Seine-et-Marne, Aisne, Marne, Meuse, Meurthe-et-Moselle et Moselle, dans un paysage au relief peu marqué à travers champs et forêts (le point haut se situant à 344 m d’altitude dans l’Argonne au Km 221,630), il n’y a pas de tunnels, mais deux petites tranchées couvertes, une estacade et huit sauts-de-mouton. Par contre, on dénombre 15 viaducs dont quatre ont des dimensions respectables avec des architectures soignées, ce sont ceux : de la Beuvronne (500 m), de la Meuse (602 m), de Jaulny sur le Rupt de Mad et la ligne 089 Lérouville – Onville, haut de 50 m (479 m), de Champey sur la Moselle (1 510 m). Le rayon des courbes est de 7 000 m et les rampes maximales sont de 35 ‰. Trois gares nouvelles ont été édifiées sur le trajet avec deux voies à quai encadrant les voies principales de passage, entourées de parkings autos

La LGV Est-européenne ouverte de bout en bout
Ouverte au service commercial le 3 juillet sur la totalité de son parcours, la LGV EE met désormais Strasbourg à 1 heure 46 de Paris dans le meilleur des cas. Et cette ouverture a également des répercussions favorables sur de nombreuses liaisons intersecteurs entre l’Est, le Nord et le Midi. Les horaires appliqués restent cependant provisoires en raison des conséquences du dramatique accident d’Eckwersheim. Ils devraient par la suite connaître de nouvelles améliorations.
Après le tragique accident le 14 novembre écoulé de la rame expérimentale TGV 744, due à une vitesse excessive au Km 404 sur le pont du canal de la Marneau- Rhin à Eckwersheim, le tronçon Baudrecourt – Vendenheim de la seconde phase de la LGV Est a été mis en sommeil. Les essais dynamiques ont repris le 29 février avec activation du système automatique de contrôle de vitesse, donc sans survitesse, ce qui garantira un plafond de 300 km/h jusqu’au Km 395,1, suivi d’une zone à 170 jusqu’au Km 402,9 et enfin 160 jusqu’à Vendenheim. Au cours du deuxième trimestre, des tests de fonctionnement du GSMR comme média support de l’ERTMS jumelé à la TVM 430 ont été entrepris avec la rame 749, puis suivies de courses de familiarisation du personnel de conduite, avant l’obtention de l’autorisation de mise en exploitation commerciale devant être délivrée par l’EPSF courant juin. Ces derniers mois, les horairistes ont dû revoir intégralement le plan de transport des TGV, mais aussi ceux des TER Lorraine et Alsace qui avaient été mis sur pied pour le 3 avril. La nouvelle grille appliquée au 3 juillet implique, en effet, à titre provisoire, l’usage d’un tronçon de voie banalisée de 25 km entre Steinbourg et Vendenheim sur voie 1. Il en résulte pour certains sillons une détente de quelques minutes lorsqu’ils sont en conflit sur ce trajet avec un mouvement de sens inverse.
D’abord envisagé en 2014, puis pour 2015, ce nouveau ruban à grande vitesse a été inauguré le dimanche 3 juillet 2016, à cette occasion a été installé, sur le parvis de la gare de Strasbourg, un village européen mettant à l’honneur huit destinations emblématiques de « TGV L’Européenne ». Dans ce village, reconstitué sous la forme d’une place de marché, chacun est invité à prendre part à un voyage au sein des cultures européennes. Art, gastronomie et tourisme rythmant les itinéraires. Déjà ramené de 502 à 451 km avec la première phase, le parcours Paris – Strasbourg va tomber à 439 km, dont 92 % à grande vitesse, qui se feront au mieux en 1 heure 46 à 248,5 km/h de moyenne commerciale. Il faut attendre la levée des scellés judiciaires frappant la voie 2 au niveau de l’accident pour engager la remise en état de la voie et du pont sur le canal, interventions qui sont évaluées à sept mois, après quoi la période provisoire prendra fin. La vitesse de fond sera alors relevée de 300 à 320 km/h.
Les grandes étapes de la seconde phase
Le tracé des 106 km de la seconde tranche de la LGV EE avait été arrêté et entériné lors du décret de la DUP du 14 mai 1996. Seule petite modification, le branchement au nord de Vendenheim, prévu initialement sur les voies Paris, a été déplacé en définitive sur les voies de la ligne de Wissembourg (ligne 146 ex-33). Côté ouest, le branchement à la LGV première phase est réalisé en amont du raccordement de Baudrecourt, au Km 299, non loin de la commune de Thimonville. La LGV court ensuite dans la contrée agricole légèrement ondulée du Saulnois, où se trouvent les localités de Morhange, Bénestroff et Dieuze, en restant au sud de l’artère Metz – Réding, empruntée par les TGV Strasbourg depuis juin 2007. Elle recoupe de petits cours d’eau tels la Nied et la Petite Seille, puis la forêt de Fénétrange, parsemée d’étangs, appartenant au Parc naturel régional Lorraine, et le canal des Houillères de la Sarre. Elle traverse à Sarraltroff, au nord de Sarrebourg, la Sarre suivie par la ligne précitée. Évitant la localité fortifiée de Phalsbourg, elle passe du département de la Moselle à celui de Bas-Rhin, traverse en tunnel le chaînon boisé vosgien au nord de Saverne, à la base du Parc naturel régional des Vosges du Nord, puis dégringole dans le couloir de la Zorn, affluent du Rhin, suivie par la ligne 070 (ex-1) Paris – Strasbourg et le canal de la Marne-au-Rhin.

Izy : le Paris – Bruxelles à bas coût selon Thalys
Depuis le 3 avril, Thalys propose une nouvelle offre sur Paris – Bruxelles. Première cible visée : les usagers de la route pour le loisir
Depuis 20 ans, Thalys est devenu progressivement incontournable grâce à la rapidité de ses liaisons, (à peine 1 heure 22 sur Paris – Bruxelles) et à sa qualité de service, en 1re et 2de classes (Confort 1 et Confort 2). La politique tarifaire engagée a également permis de toucher un large public depuis les déplacements professionnels jusqu’aux loisirs. Néanmoins, c’est bien l’homme d’affaires qui constitue une grande part de la clientèle, avec un temps de parcours hautement concurrentiel face à l’avion, en particulier sur Paris – Bruxelles, au point de voir disparaître les vols d’Air France entre les deux capitales. Thalys a dans le même temps développé en Confort 1 un service de qualité avec des prestations à bord proches d’une classe affaires sur l’aérien. Un autre marché en revanche est encore largement à conquérir, celui des déplacements loisirs. Depuis le 3 avril, Thalys se décline sous une nouvelle marque, Izy (à ne pas confondre avec Isilines, compagnie de transports par cars), qui propose pour cette clientèle loisirs des voyages à prix réduits.
L’objectif est de gagner des parts de marché en particulier auprès des usagers de la route, familles et jeunes. Le premier argument proposé est donc le prix, 19 euros en offre de base sur Paris – Bruxelles, la seule ligne ouverte par Izy, quand le prix de base chez Thalys commence à 29 euros (hors promotions). Pour arriver à ce tarif, il a fallu réaliser des économies à tous les niveaux. La première a été de se limiter à la liaison Paris – Bruxelles, la ligne qui enregistre la plus forte fréquentation. Deux rames dédiées tricourant (en plus du parc Thalys de 26 rames) louées à la SNCF sont affectées à cette liaison. Ce matériel a été réaménagé et pelliculé aux couleurs d’Izy par PSA à Rennes. À bord, les voyageurs disposent de la même répartition des sièges de 1re et de 2de classe que sur un TGV classique mais sans la voiturebar. La vente et le service client s’effectuent exclusivement via le site Internet d’Izy pour des économies supplémentaires.

Les Thalys rénovés par… PSA
Depuis quelque mois, l’usine PSA (Peugeot-Citroën) de Rennes, déjà en charge de la rénovation intérieure d’une partie des rames Atlantiques, se voit confier diverses opérations de rattrapage de corrosion, notamment sur les bas de caisses, des rames Thalys. Actuellement, l’usine traite les rames à raison d’une par semaine. Pour le moment, seules les rames PBKA sont concernées par cette opération qui pourrait à l’avenir s’étendre aux rames PBA. Les rames arrivent du Landy le dimanche soir et y retournent le vendredi de la semaine suivante lorsque l’opération s’est bien déroulée. L’usine PSA est également en charge de la récupération de divers éléments sur les tronçons Sud-Est radiés.

LGV Est : ce sera le 3 juillet
L’accident dramatique de la rame d’essais sur la LGV Est-européenne du 14 novembre aura bien une incidence sur la mise en service de la seconde phase de cette ligne nouvelle et même un peu au-delà. Initialement prévue le 3 avril puis retardée, la mise en service est donc fixée au dimanche 3 juillet 2016. Les rames TGV et ICE pourront donc circuler à grande vitesse sur l’intégralité de la ligne nouvelle entre Vaires-sur- Marne et Vendenheim sur 406 km. La première phase comportait 300 km jusqu’à Baudrecourt. Avec une vitesse maximale de 320 km/h, les temps de parcours entre Paris et Strasbourg doivent être réduits de 30 min, passant ainsi de 2 heures 17 à 1 heure 48. Plus exactement, ce devait être le gain de temps. Car l’accident amène des contraintes. La voie accidentée est toujours placée sous scellés dans le cadre de l’enquête judiciaire en cours. De ce fait, l’exploitation des derniers kilomètres côté Strasbourg ne pourra se réaliser que sur une seule voie. Les TGV des deux sens circuleront donc sur un tronc commun constitué de la voie 1 entre le point de changement de voies du PCV (poste de changement de voies) de Steinbourg au Km 379,516 et les communications de Vendenheim au Km 408 environ. Les sillons sont en train d’être repositionnés. Les horaires sont en cours de préparation et doivent être publiés début avril. Cette exploitation dans des conditions provisoires durera jusqu’à la remise en état de la voie 2 au niveau du pont de franchissement du canal de la Marne-au- Rhin, ce qui prendra environ sept mois à partir du moment où les scellés seront levés.

TGV : vers la fin des voitures-bars ?
Le souci de rentabiliser les trains, avec notamment la multiplication des formules à bas coût, et le raccourcissement de la durée des voyages en TGV mettent actuellement en péril l’existence des voitures-bars. Familières aux usagers, et appréciées d’eux, elles pourraient prochainement s’éclipser de notre paysage ferroviaire. Histoire d’une disparition (pas encore tout à fait) programmée…
La restauration dans les TGV a tout naturellement commencé en 1981 avec la mise en service du TGV entre Paris et Lyon. La Compagnie des Wagons-Lits crée la Sorenlif (Société de restauration de la nouvelle ligne ferroviaire) et la baptise « Service 260 » (260 en référence à la vitesse maximale des TGV). Depuis, plusieurs groupes se sont partagé ce marché : Servair, Wagons-Lits-Accor, Cremonini et, depuis deux ans, Newrest. Le 13 novembre 2013, en effet, le groupement Newrest-Elior s’implante sur les TGV de la SNCF et devient le nouveau prestataire de service pour la restauration. Il succède à l’italien Cremonini pour un contrat de 850 millions d’euros. Newrest est le chef de file de cette coentreprise montée avec Elior (65-35 %). Dans la foulée, le groupe majoritaire rafle Alleo, la filiale commune entre la SNCF et la Deutsche Bahn qui relie la France à l’Allemagne. Newrest voit également son contrat reconduit pour la restauration à bord des TGV Est, le seul réseau qui échappait à Cremonini. Newrest est ainsi présent sur l’ensemble du réseau ferré français et même outre-Rhin, à l’exception des ICE et des iDTGV.
L’atout qui lui a permis d’évincer son concurrent italien réside dans sa capacité à associer à son offre des marques de restauration. Connues du public, ces marques rassurent les voyageurs sur la qualité du produit et font oublier le mauvais rapport qualité/prix du traditionnel « sandwich SNCF » qui ternissait, parfois injustement, la réputation de la restauration à bord des trains. Sur sa carte de restauration, renouvelée deux fois par an : Monop’Daily, Paul, Boco et les cafés Illy, les thés de la Compagnie coloniale ou encore une marque montante : Michel et Augustin (desserts et jus de fruits). Le produit phare, le croque-monsieur, vendu chaque année à plus de 800 000 exemplaires, se retrouve sur tous ses menus. D’un point de vue logistique, Cremonini assurait toute la chaîne de services de A à Z liée à la restauration. Depuis l’arrivé de Newrest, la SNCF est aussi très présente dans cette activité car elle achète et vend les produits via sa filiale CRM Services. Elle gère le stock et les volumes à mettre sur les trains et Newrest s’occupe de la vente avec son personnel roulant. Le chargement et déchargement des rames sont, quant à eux, sous-traités par le groupe Avirail, déjà présent sous Cremonini.

LGV SEA : le casse-tête de la future desserte
Le 31 juillet 2017, les TGV de l’axe Sud-Ouest doivent emprunter la nouvelle LGV Sud-Europe-Atlantique (SEA), qui relie Tours à Bordeaux, mais les propositions de desserte de la SNCF à cet horizon ont mis le feu aux poudres tant chez le concessionnaire que chez les élus locaux et les banques qui les financent.
Resituons d’abord ce projet (détaillé dans Rail Passion n° 215) : La LGV SEA comprend 302 km de double voie apte à 320 km/h ainsi que 40 km de raccordements, au nombre de huit et franchissables à 230 km/h, puisque le choix a été fait de ne pas construire de gares nouvelles sur la LGV. Un choix important pour la suite. Le coût de ce projet est estimé à 7,8 milliards d’euros. Le financement est assuré par un nombre très important de collectivités territoriales (régions, départements, agglomérations), y compris en dehors du tracé proprement dit (Midi-Pyrénées par exemple), pour 3 milliards d’euros. RFF (SNCF Réseau aujourd’hui) apporte 1 milliard d’euros. Pour le reste, les caisses de l’État étant vides, la ligne a été mise en concession. Le groupement mené par la société Vinci a remporté l’appel d’offres avec l’organisme Lisea. La durée est de 50 ans. L’apport direct de Lisea est de 772 millions d’euros, le reliquat provenant de prêts de divers financeurs. Lisea assure la construction des nouvelles infrastructures puis son exploitation et sa maintenance jusqu’en 2061, le contrat ayant été signé en juin 2011.
Pour obtenir le financement important des collectivités, la convention prévoit explicitement le niveau de desserte, notamment pour les gares intermédiaires de LGV SEA : le casse-tête de la future desserte Le 31 juillet 2017, les TGV de l’axe Sud-Ouest doivent emprunter la nouvelle LGV Sud-Europe-Atlantique (SEA), qui relie Tours à Bordeaux, mais les propositions de desserte de la SNCF à cet horizon ont mis le feu aux poudres tant chez le concessionnaire que chez les élus locaux et les banques qui les financent. Châtellerault, du Futuroscope, de Poitiers, Angoulême et Libourne : « L’État s’engage à maintenir un haut niveau de qualité pour la desserte ferroviaire par les trains à grande vitesse », c’est-à-dire en termes de trains directs, de temps de parcours, de nombre d’arrêts et de répartition dans la journée. Les dispositions sont valables 10 ans à partir de l’ouverture de Tours – Bordeaux. Seul problème ressortant aujourd’hui : la SNCF, seul opérateur ferroviaire de la grande vitesse en France pour le moment, n’est pas signataire de cette convention et ne sent donc pas engagée.

ÉDITORIAL Eckwersheim: une affaire de facteurs organisationnels et humains
Dès le 19 novembre dernier, la SNCF rendait publique l’enquête interne de sa direction des Audits de sécurité sur le déraillement d’une rame d’essai à Eckwersheim, cinq jours plus tôt. Cet accident, qui causa la mort de 11 personnes, a pour origine immédiate une vitesse nettement supérieure à celle prescrite au programme, résultant d’une séquence de freinage amorcée trop tardivement.
Retour sur le jour de l’accident. À 14h28, et à l’heure, la rame TGV 744 quitte la gare Meuse pour la dernière montée en vitesse de sens impair de la journée, dans le cadre des essais dynamiques. Il s’agit de la phase finale avant l’homologation du second tronçon de la LGV Est-européenne, qui a pour but de vérifier l’aptitude des installations à assurer l’exploitation en toute sécurité, après qu’ont été contrôlés, dans les phases précédentes, l’ensemble des sous-systèmes. Depuis plusieurs jours, la rame effectue des marches par paliers de vitesses croissants, et le programme prévoit qu’elle circule, ce 14 novembre, à la vitesse nominale d’exploitation de la ligne majorée de 10 %, soit 352 km/h (pour 320 km/h) et 176 km/h (pour 160 km/h). Telle est la règle avant toute homologation. Ces essais nécessitent l’isolement du Covit (contrôle de vitesse continu) afin de pouvoir rouler, en tout point du parcours, à 10 % au-dessus des futures vitesses limites autorisées.
À 14h48, la rame franchit les aiguilles de Baudrecourt, et circule maintenant sur le second tronçon de la LGV Est-européenne. Mais à 15h05, alors qu’elle aborde le raccordement de Vendenheim pour rejoindre la ligne classique vers Strasbourg et vient d’entrer dans une courbe, elle déraille au Km 404,2, en amont d’un pont-rail, sur la commune d’Eckwersheim. La motrice avant heurte le parapet du pont, le franchit néanmoins, se couche ensuite et tombe du talus. Derrière, les remorques dévalent du remblai avant-même le pont, pour finir leur course sur la berge opposée du canal de la Marne-au-Rhin, en contrebas. Seule la motrice arrière chute dans le canal.
Au moment de l’accident, la rame se trouvait en pleine décélération. Selon le programme, elle aurait dû respecter un palier à 176 km/h à partir du Km 403,8. Or le dépouillement des donnés d’enregistrement Atess (acquisition et traitement des événements de sécurité en statique) montre qu’elle roulait encore, à l’instant précédent l’accident, à la vitesse de 243 km/h. Pourtant, dès le Km 398,7, la rame avait normalement respecté le palier précédent à 330 km/h, mais lorsqu’elle a abordé celui prévu à 176 km/h, elle était encore à 265 km/h. C’est donc bien l’entrée en courbe à une vitesse très largement supérieure à celle prescrite qui constitue l’origine immédiate de l’accident. Les efforts transversaux exercés à pareille vitesse sur la voie, au franchissement de cette courbe de 945 m de rayon, ainsi que le délestage des essieux sur la file de rail intérieure dû à la force centrifuge, ne pouvaient que conduire au déraillement. Dans cette configuration (rayon de courbure, dévers et masses en mouvement), un premier calcul théorique montre également que le phénomène de renversement se produit à une vitesse comprise entre 220 et 240 km/h. Aucune autre anomalie n’a été mise en évidence, ni sur les infrastructures, ni sur le matériel roulant ou sa maintenance, ni dans la gestion des circulations. Les dégâts constatés sur place ne sont que les conséquences de l’accident.
Lors de cette marche, la circulation s’effectuait, comme programmé, sur voie 2 banalisée. C’était la deuxième fois que l’équipe de conduite circulait dans ce sens, sur cette voie, pour sortir de la LGV en direction de Strasbourg, où l’arrivée était prévue à 15h17. À bord de la rame avaient pris place 53 personnes. En cabine, l’équipe de conduite se composait du conducteur assurant la conduite effective du train, d’un second conducteur, ainsi que du CTT (cadre transport traction). Le CTT était en charge de la supervision de la conduite du train qu’il accompagnait, et recevait du chef d’essai, à bord de la rame, les indications utiles concernant l’application du programme préalablement défini pour la marche. À côté du conducteur se trouvait le pilote traction de Systra, dont le rôle consistait à renseigner le CTT, en temps réel, sur les particularités de la ligne relatives à la signalisation, aux déclivités, ou encore à l’existence de points singuliers. Trois autres personnes étaient également présentes en cabine de conduite au moment de l’accident.
L’enquête interne fait apparaître plusieurs éléments perturbateurs qui auraient pu jouer un rôle. L’un d’eux est la présence, en cabine, de sept personnes au total, dont les positionnements respectifs ont pu gêner une vision optimale des indicateurs de bord. De plus, le CTT a déclaré aux enquêteurs avoir été appelé, juste avant l’accident, par le chef d’essai, via la liaison d’interphonie, pour lui demander de prolonger d’environ 200 m le palier à 176 km/h, afin de valider également cette vitesse sur l’aiguille en sortie de raccordement. La qualité de la liaison à cet instant aurait alors obligé le CTT à rapprocher son oreille du haut-parleur, dans une position où il ne pouvait plus observer ni les actions du conducteur sur le frein, ni les indications données par les manomètres correspondants. Dès à présent, il semble donc acquis que les différents processus qui ont participé à la survenue de cet accident relèvent, pour l’essentiel, de facteurs organisationnels et humains.
Cet article est l’éditorial du magazine Rail Passion n°220 « la Côte bleue les 100 ans d’une ligne mythique » cliquez sur la couverture pour accéder au magazine

TGV : un état du parc
Alors que la rame EuroDuplex 825 vient d’arriver au technicentre Sud-Est-européen et avant la livraison des rames Duplex ultracapacitaires, nous faisons le point sur le parc français à grande vitesse, qui continue de se délester de ses matériels les plus anciens.
Pour la première génération, le couperet tombe à longueur d’années. Perte de 13 rames en 2013, 31 en 2014 et les rames postales en 2015. L’effectif en service était encore de 55 rames début novembre 2015 (22 type Rénovation 1 et 33 type Rénovation 2). Depuis 2011, 31 rames sont passées par les technicentres pour une prolongation de parcours de 12 ans. Ces 31 rames ont reçu pour l’occasion la livrée carmillon et 23 d’entre elles présentent déjà les aménagements « nouveau design ». Le programme se terminera fin 2016 pour 35 rames, a priori 15 côté Sud-Est et 20 côté Nord. D’ici fin 2016, 20 rames TGV SE seront donc encore radiées. On l’aura compris, l’idée de les réutiliser sur des lignes classiques type Paris – Clermont-Ferrand ou Paris – Toulouse est complètement abandonnée. Leur service actuel les amène vers la Franche-Comté, Grenoble, Genève et Avignon pour le Sud- Est, le réseau Nord et les intersecteurs Nord – Ouest et Nord – Sud- Ouest pour les rames du Landy.
Il faut noter la perte de deux demirames en 2015 suite à des incidents, les rames 36 et 59 constituant une nouvelle rame 59. Les radiations des 35 rames techniquement prolongées sont programmées entre 2023 et 2028. Rappelons que la rame 65 est toujours à disposition de la société des Trains-Expo. Leur longévité de 40 à 50 ans sera tout de même exceptionnelle puisque la durée de vie moyenne annoncée est de 30 ans ! Les rames Atlantique vont également sentir le vent du boulet. Aucune opération de prolongation de parcours n’est envisagée sur ce parc constitué aujourd’hui de 102 rames (105 construites) après les radiations des rames 318, 322, 338 et 371. Il s’agit des suites de collisions. La rame 376 concernée par une collision en août 2015 est en attente de décision. Les éléments sains des rames 338 et 371 ont permis de reconstituer une nouvelle rame 371 (motrice 24076, R10 à R6, motrice 24141, R1 à R5). De ce fait, aucune rame TGV A ne revêtira la livrée carmillon.
Leur longueur atypique, du fait de leur composition à 12 caisses, un logiciel obsolète, l’équipement TVM 430 restreint à 20 rames limitent leur utilisation alors qu’un vieillissement des caisses commence à apparaître. Leur radiation interviendra entre 2017 et 2025. Un appel d’offres a d’ailleurs été lancé par SNCF pour le démantèlement sur 11 ans de 92 rames en quantité ferme assortie de 12 rames optionnelles, soit 104 rames ou 1 248 caisses. Aujourd’hui, elles assurent les liaisons de l’arc atlantique ainsi que quelques intersecteurs. Pour l’ouverture de la LGV Tours – Bordeaux, elles seront épaulées ou remplacées par des TGV Duplex (voir plus loin). Elles se recentreront alors sur l’Ouest, en particulier toutes les dessertes de l’axe Paris – Nantes. À ce titre, certaines rames, au nombre de 53, vont avoir une opération confort de remise à niveau des aménagements à l’identique (Lacroix) avec pose de prises de courant en 2de et nouvelle moquette unie mouchetée grise. Ce sont elles qui iront au-delà de 2020.

Editorial : Grande vitesse: les Italiens sur Paris – Bruxelles dès 2020
Le 14 juin, le V 300 Zefiro de Bombardier, dernier-né des trains à grande vitesse, entrait en service sur Turin – Milan – Rome – Naples. C’est la version italienne du CRH 380 D, apte à 380 km/h, dont la première rame – d’une commande de 85 unités – avait été livrée trois semaines plus tôt à CRC (China Railway Corporation, les Chemins de fer chinois). Également conçus pour CRC, et appartenant aussi à la nouvelle plate-forme Zefiro, les CRH 1 et CRH 1 A 250 sont, eux, des trains limités à 250 km/h, qui circulent en Chine depuis 2010. Le 28 octobre, Pietro Diamantini, directeur du projet Frecciarossa 1000 (grande vitesse new-look) chez Trenitalia, crée la surprise en annonçant que l’opérateur historique entend bien exploiter le Zefiro sur Paris – Bruxelles avant 2020. Il dit vouloir aller très vite. Et craint d’autant moins de partir affronter, sur leur propre terrain, Thalys dès aujourd’hui et la DB demain qu’à la différence des autres opérateurs européens, Trenitalia possède déjà l’expérience de la compétition sur le marché de la grande vitesse dans son propre pays, grâce à l’entreprise ferroviaire privée (en partie à capitaux SNCF) NTV. Du coup, les relations ferroviaires entre Paris et l’Italie passent au deuxième plan pour Pietro Diamantini. Qui aurait imaginé, il y a quelques années, que des conducteurs italiens « tireraient » des trains à grande vitesse des FS sur Paris – Bruxelles ? Pour le V 300 Zefiro, Bombardier a mobilisé l’ensemble de ses ressources d’expertise au niveau européen, et s’est associé à l’italien Ansaldo-Breda, qui assure l’assemblage. Ce train de huit voitures reposant chacune sur deux bogies, du type « à motorisation répartie » avec quatre motrices (dont les voitures d’extrémité) et quatre remorques (alternées avec les motrices), se conforme bien plus facilement au standard asiatique « caisses larges, quais hauts » que la formule articulée propre au TGV. L’aérodynamique impressionne, avec l’absence de discontinuité dans la silhouette du nez. Le design est signé Bertone.
Quatre classes sont offertes à la clientèle, dont la plus luxueuse (Executive) ne compte que 10 sièges (deux par rangée), qui peuvent pivoter à 180°. Bombardier a aussi inventé un concept de maintenance révolutionnaire. Dénommé CBM (conditioned-based maintenance), il n’est basé, pour la première fois, ni sur le temps ni sur le kilométrage, mais sur l’état réel, à tout instant, du matériel. Des capteurs sur les principaux organes suivent en permanence les dérives par rapport au fonctionnement nominal. La modélisation de leur évolution prévisible, grâce à des algorithmes mathématiques, permet d’anticiper l’échéance à laquelle la maintenance doit intervenir… 13 rames, sur les 50 commandées, sont déjà en service. Deux autres sont réservées aux montées en vitesse jusqu’à 385 km/h sur Turin – Milan, en vue d’homologuer le matériel à 360 km/h : une première en Europe. Les performances en accélération sont remarquables, avec une valeur de 0,7 m/s2 qui, selon Luigi Corradi, directeur général de Bombardier pour l’Italie, permettrait un gain de temps de 10 à15 min sur Milan – Rome! En cabine de conduite, on note le bon comportement dynamique, sauf à 250 km/h sur la « vieille » direttissima Rome – Florence, où des phénomènes d’usure ondulatoire se font ressentir…