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Catégorie : Réseaux français
L’actualité des réseaux ferroviaires français.

Grenoble, un dynamique bastion ferroviaire rhônalpin
Deuxième ville de la région Aura, la métropole dauphinoise a toujours drainé un trafic important et les Jeux olympiques d’hiver de 1968 lui ont fourni l’occasion de se doter d’installations plus en rapport avec son niveau d’activité. La liaison avec Lyon n’a pourtant été électrifiée que tardivement en 1985, permettant dès lors aux TGV de prendre progressivement le relais des turbotrains et de rapprocher la ville de la capitale. Avec la rénovation de son BV en 2017, la gare a désormais tous les atouts pour faire face à la croissance de son trafic grandes lignes et régional.
Capitale du Dauphiné, la ville de Grenoble s’étire dans le site au confluent des vallées de l’Isère et du Drac, encadré par les chaînes de la Chartreuse, de Belledonne et du Vercors, dont les sommets enneigés en hiver lui donnent une parure sans égale. Le chemin de fer n’a pas eu le choix pour s’implanter et a suivi le tracé de ces cours d’eau au caractère torrentueux et fougueux. Son étoile ferroviaire se limite donc à trois branches en direction de Chambéry, Veynes et Lyon, avec un embranchement vers Valence à Moirans à 18 km au nord-est.
Métropole industrielle et touristique très innovante et dynamique, Grenoble est la deuxième ville de la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes, derrière Lyon avec laquelle se sont tissés les plus importants échanges économiques. Préfecture du département de l’Isère, avec 191 000 habitants (900 000 dans l’aire urbaine), elle se classe devant Saint-Étienne et Clermont-Ferrand. C’est ce qui explique que de tout temps les relations par le rail avec la cité des Gaules ont toujours été dominantes.
Avec la ville de Nantes, Grenoble partage en France une particularité : toutes deux ont vu effectivement leur domaine ferroviaire bousculé pour des raisons d’urbanisme, avec la déviation de portions de lignes urbaines. La réalisation du contournement de la ville par le sud en préalable aux Jeux olympiques de 1968, voici donc 50 ans, a été une étape cruciale de son histoire. Les électrifications de Lyon – Grenoble en 1985 et de la totalité du sillon alpin en 2014 constituant un autre jalon complémentaire.Les Jeux olympiques de 1968 et leurs aménagements préliminaires
Dès le début des années 60 avec l’extraordinaire poussée de la circulation automobile dans l’agglomération, il est apparu aux édiles que l’existence de la voie ferrée au cœur du tissu urbain, avec sa dizaine de passages à niveau entre les gares de Grenoble et Gières, devenait insupportable. Leur existence était une source de danger permanent et provoquait des embouteillages inacceptables. En accord avec la SNCF, une solution de dégagement a pu être trouvée qui tenait compte des futurs Jeux olympiques d’hiver, dont une partie des manifestations devaient se situer au sud-est de la ville.
Une première étape démarrée en 1962 concerne le remplacement du passage à niveau n° 1 du cours Berriat et de sa passerelle piétons par un pont-rail à la sortie sud de la gare, la construction d’une estacade en béton armé à deux voies devant permettre d’éliminer les passages à niveau 1 bis (rue Nicolas-Chorier), 2 (cours Jean-Jaurès) et 3 (quartier de l’Aigle). Avec profil en dos-d’âne (rampe de 12 ‰ puis pente de 15), cet ouvrage de 455 m formé de travées en béton armé reposant sur des piliers se situe entre l’extrémité sud des quais voyageurs (poste 3) et la bifurcation de Veynes au Km 131,6. Sa construction a été permise par la pose d’une voie unique provisoire sur la chaussée de la rue latérale Joseph-Rey. Dès le 15 octobre, l’estacade était exploitable en voie unique, puis en double voie le 20 novembre suivant.
Plutôt que de mettre en tranchée en pleine localité la section séparant la bifur de Veynes de la gare de Gières, recoupée par plusieurs traversées routières très passagères (PN 4 à 10), la formule choisie consiste à doubler la ligne de Veynes sur 2 100 m avec voies banalisées jusqu’au Km 133,7, puis à créer sur 8 200 m une double voie apte à 140 km/h faisant un arc de cercle vers le nord (2) jusqu’à Gières sans passage à niveau, équipée en BAL. Une gare olympique est insérée au Km 137 de Lyon, avec un BV modeste, quatre voies avec quai central et passerelle, sur le territoire de la commune périphérique d’Eybens, non loin d’Alpexpo et des complexes sportifs. Cette déviation s’apparente, sur le réseau SNCF, avec celles :
– semi-souterraine de l’artère de Nantes au Croisic en 1955, pour éviter un trajet le long des quais de la Loire jusqu’à Chantenay ;
– de la ligne à voie unique du Briançonnais, beaucoup plus longue, ouverte en 1960, entre Chorges et Embrun, pour les besoins de la retenue d’eau du barrage hydroélectrique de Serre-Ponçon.
Des Régiolis dédiés sur Bordeaux – Limoges
Le 4 septembre dernier à Limoges a eu lieu la présentation au public de la première rame Régiolis, la B 84671/72, avec le nouveau visuel identitaire régional, affectée à la desserte Bordeaux – Limoges. Cinq rames quadricaisses bimodes seront dédiées à la liaison Bordeaux – Limoges en 2 heures 20. Elles ont été commandées en 2016 pour un montant de 35 millions d’euros. Deux sont livrées : les B 84671/72 et 72/73, mises en service respectivement les 3 et 9 août dernier. Les trois dernières devraient être livrées en octobre. Elles bénéficient d’équipements spécifiques tels que le comptage des entrées/sorties, des tablettes rabattables plus grandes, cinq cadres d’affichage et des espaces dédiées pour les poussettes et neuf vélos. Fin 2018, la région Nouvelle-Aquitaine disposera d’un parc de 42 rames Régiolis quadricaisses (22 Z 51500 ex-Aquitaine, 10 B 84500 ex-Poitou Charente et cinq B 84500 ex-Limousin, en cours de livraison, et cinq Nouvelle-Aquitaine à livrer).

Orléans : un carrefour ferroviaire au cœur de la France
Caractérisé par la présence de deux gares voisines, celle d’Orléans et celle des Aubrais, le complexe ferroviaire orléanais, important relais d’accès au Sud-Ouest, a toujours connu une activité soutenue. L’arrivée du TGV Atlantique l’a privé d’un fort contingent de trains grandes lignes classiques, mais l’intensification des dessertes TER et des liaisons avec Paris garantit aux deux gares un bon niveau de trafic même si le site fret des Aubrais n’est plus que l’ombre de lui-même.
La Compagnie du Paris – Orléans dont le périmètre va s’étendre de la capitale à Bordeaux et Toulouse à travers la Touraine, le Poitou, le Limousin et le rebord occidental du Massif central, qui exploitait depuis 1840 le parcours de banlieue de Paris-Austerlitz à Juvisy, va démarrer son implantation en province, précisément en 1843, entre Juvisy et Orléans à travers la Beauce. Dans Orléans, l’embarcadère en impasse, à l’altitude 118, est desservi par une construction de 215 m de long, 26 m de largeur et haute de 14 m, composée de trois nefs abritant les quais et les voies. La ville ayant refusé le prolongement de la ligne vers l’Atlantique et le sud de la France, le tronçon vers Tours dans le couloir ligérien en 1846 de la Compagnie Orléans – Bordeaux, puis l’année suivante celui vers Vierzon de la Compagnie du Centre, traversant à la sortie de la ville la Loire puis recoupant la Sologne, nécessitent un rebroussement des trains. Ce n’est que le 28 septembre 1853 que sera créée la gare de bifurcation et de passage des Aubrais à 1 640 m en amont côté Paris, avec deux halls métalliques jointifs, sur la commune de Fleury-les-Aubrais, où feront arrêt les trains express vers Vierzon, Limoges, Tours, Nantes et Bordeaux, évitant leur tête-à-queue à Orléans. L’expansion du chemin de fer sera fatale à la navigation sur la Loire.
Orléans étant touché en 1926 et 1933 par l’électrification, les liaisons voyageurs avec le reste du réseau s’en sont trouvées améliorées. Quatre lignes secondaires, aujourd’hui en semi-sommeil, sont venues se greffer au départ du chef-lieu du département du Loiret.
Au cours de l’histoire de ce complexe ballotté par les guerres, dont celle de 1939-1945, qui a causé des destructions considérables, la suppression de la gare en cul-de-sac d’Orléans lors des études de reconstruction, bien qu’ayant été étudié, n’a malheureusement pas abouti.
Ayant connu un trafic voyageurs et marchandises très important au cours des Trente Glorieuses, le rôle du complexe orléanais a brusquement perdu en importance en 1990 avec la mise en service de la LGV Atlantique (branche Touraine), puis à l’aube du IIIe millénaire avec le dépérissement des transports de fret, conduisant à la fermeture du triage des Aubrais.
Aujourd’hui Orléans, ville de 114 000 habitants, préfecture de la région économique Centre-Val de Loire, est cependant fortement tourné vers la capitale, gros réservoir d’emplois, avec laquelle elle est la plus proche.Un site ferroviaire durement touché par la guerre reconstruit sur 10 ans
Des baraquements en bois provisoires vont remplacer les édifices constituant les gares voyageurs des Aubrais et d’Orléans, qui ont chacune vu leurs grandes halles métalliques détruites. Les ravages occasionnés par les bombardements au plan de voies, tout comme aux ponts, aux bâtiments, aux caténaires, à la signalisation, obligent à d’importants ralentissements pour la traversée de ces gares. En ligne, la destruction des viaducs sur la Loire au sud d’Orléans et de Montlouis en amont de Tours rendent impossibles les relations de Paris vers Vierzon, Limoges, Montluçon, d’une part, Tours, Bordeaux, d’autre part. Un premier autorail de liaison est mis en marche le 22 septembre de Paris à Toulouse avec transbordement à Orléans et déviation de Brive à Souillac via Saint-Denis-près-Martel. Il sera remplacé par un train le 9 octobre qui pourra franchir en voie unique le viaduc d’Orléans le 29 novembre, ce qui permet l’engagement d’un train Paris – Bordeaux via Vierzon – Tours. Le rétablissement provisoire du viaduc de Montlouis autorise le retour du trafic direct Paris – Bordeaux – Irun.

Le Francilien à Saint-Nom- la-Bretèche
Depuis le 3 septembre, le Francilien circule sur Paris-Saint-Lazare – Saint-Nom-la-Bretèche. Cette arrivée est permise après le remplacement du tablier du viaduc de Marly effectué cet été lors d’une interruption totale de trafic de plusieurs semaines. Pour le moment, les rames neuves du Francilien assurent la desserte avec les rames Z 6400. Huit rames y sont affectées avec une montée en charge progressive pour atteindre 24 rames en juin 2019 et le retrait complet des Z 6400 de cet axe. Paris-Saint-Lazare disposait début septembre de 87 rames Z 50000 en composition courte à sept caisses.

Clisson – Cholet modernisée
Depuis le 10 juillet 2018 jusqu’au 12 avril 2019, la ligne à voie unique de 38,9 km reliant Clisson à Cholet est fermée pour modernisation. L’état préoccupant de la voie et le développement des dessertes projetées ont motivé ces travaux pour un montant de 46,4 millions d’euros. 30 km sont traités en RVB. Les arrêts de Cugand, Boussay et Torfou seront mis en accessibilité PMR. Le dernier cité sera déplacé de 1,8 km sur le site de l’ancienne gare originelle de Torfou-Tiffauges (Km 17) qui recevra une voie d’évitement télécommandée depuis Clisson. Il n’y avait plus de possibilité de croisement sur la ligne. L’étanchéité des ouvrages d’art de la Bernardais, la Doucinière et la Coquechanière est refaite et la travée métallique de deux ponts-rails est remplacée à Boussay et Saint-Christophe-du-Bois. Quatre PN sont supprimés (PN 6, 21, 22 et 24) et quatre seront automatisés (PN 26, 27, 28 et 36). La signalisation sera en BAPR. La vitesse sera relevée de 100 à 130 km/h sur les meilleures sections (Clisson – Torfou et zone de Saint-Christophe) et la desserte passera de quatre à 10 AR quotidiens.

Un nouveau pôle d’échanges multimodal en gare de Sète
La gare de Sète se métamorphose pour assurer les connexions entre rail, route et voie maritime. L’occasion de mettre en conformité PMR une gare appelée à se développer fin 2019 avec de nouvelles liaisons origine/terminus Sète/Lunel. Des aménagements qui devraient également décongestionner une ville pénalisée par des accès difficiles.
La gare de Sète marquait historiquement la frontière entre le PLM et le Midi. Son BV typique du Midi a été plusieurs fois rénové, notamment pour accompagner l’arrivée du TGV Méditerranée. Mais la ville, bâtie sur une colline coincée entre la mer et l’étang de Thau, souffre de sa géographie. Son accès est difficile avec seulement deux entrées de ville situées à l’est, débouchant sur le port ou la gare. Toutes deux traversent un pont mobile sur le canal qui relie la mer à l’étang avant de donner accès au centre. La circulation routière contourne les hauteurs du mont Saint-Clair pour rejoindre le Lido, une étroite bande de terre qui s’étire sur près de 15 km de plages et de vignes vers Marseillan où seules passent la route et la voie ferrée. Cette configuration donne à Sète tous les aspects d’une île (Paul Valéry la qualifiant d’ « île singulière »), accessible uniquement par des ponts mobiles. Leur mise en œuvre entraîne d’importants embouteillages qui se répercutent jusqu’en cœur de ville. Sète est la capitale d’une agglomération qui fait le tour l’étang de Thau, le plus long de la côte méditerranéenne avec plus de 20 km de long. Elle s’est encore agrandie dernièrement pour compter désormais 14 communes et 125 000 habitants. Le réseau de bus s’est adapté de façon spectaculaire, passant en une décennie de six lignes à plus de 20. Ces services se prolongent vers les villes des environs, Frontignan, Marseillan ou Balaruc. Un projet de TCSP (transport en commun en site propre) est également à l’étude dans le cadre du PDU (plan de déplacements urbains). Durant l’été, un grand nombre de vacanciers arrivent par TGV en gare de Sète, relié à Paris-Lyon en 3 heures 30 à 4 heures.
La gare se situe donc au cœur du réseau de transports d’où partent de nombreuses de lignes de bus. L’entrée de ville vers la gare traverse une vaste zone d’activités marines et industrielles sur le déclin. Elle se termine par un échangeur souvent très encombré qui permet de passer au-dessus des voies SNCF, remplaçant un ancien passage à niveau. Cet équipement, doté d’un rond-point en son centre, donne accès au parvis de la gare ou à la route de Béziers vers les plages. Les deux directions débouchent sur deux ponts mobiles, l’un face à la gare et l’autre vers le quartier des plages. Durant la manœuvre des ponts, tout ce secteur est totalement paralysé pendant près d’un quart d’heure.
La troisième branche du tram-train lyonnais attend toujours sa modernisation
Le projet du tram-train lyonnais qui s’étire dans l’ouest de l’agglomération a, après travaux, été mis en service avec du matériel U 52500 en septembre 2012. N’ont été concernées que les branches Lyon-Saint-Paul – L’Arbresle – Sain-Bel et Lyon-Saint-Paul – Brignais grâce à un nouveau raccordement en aval d’Écully. À l’usage, le type d’exploitation renforcée qui tablait sur 20 000 voyageurs jour n’en a en fait concerné que 9 000, en hausse toutefois de 40 % par rapport à la situation initiale.
Il avait été convenu que la troisième branche du système, celle de Tassin à Lozanne, serait à son tour modernisée à l’horizon 2015 et intégrée dans les toutes prochaines années. Malheureusement, cette section de ligne à voie unique de 18 km, constituant le maillon méridional de l’ex-itinéraire marchandises à double voie Paray – Givors, demeure desservie en antenne par des autorails X 73500 sur la base de 10 courses quotidiennes au lieu de 16 avant l’application du tram-train.
La vitesse de 100 km/h admise pour les autorails a dû être abaissée à 60 de Lozanne à Civrieux-d’Azergues suite à l’état de la voie.
L’électrification en 1,5 kV de ce court tronçon, numéroté 775 au catalogue du RFN accusant des rampes de 12 ‰, comprenant quatre haltes intermédiaires (Les Flachères, Dardilly-les-Mouilles, Dommartin-Lissieu, Civrieux-d’Azergues) et une gare de croisement à Dardilly-le-Jubin, reste donc à réaliser, y compris la mise au gabarit des ouvrages d’art, l’allongement à 1 300 m de la voie d’évitement de la gare susvisée et la reprise des quais. Pour le moment, l’opération est en suspens, la région SNCF de Lyon envisageant simplement le renouvellement de la voie pour 2022.
Les TER reviennent sur la virgule de Sablé
Lorsque, le 1er juillet 2017, les premiers TER s’élancent entre Nantes et Rennes via une partie de la LGV BPL et la virgule de Sablé, tout le monde salue cet événement car c’est une première : des TER sur LGV ! Le succès est au rendez-vous avec 22 000 voyageurs par mois empruntant les cinq AR quotidiens en semaine, trois le samedi et quatre le dimanche. Mais, le 17 septembre 2017, un incident rarissime provoque la « disparition » d’un train, qui n’est plus détecté par les installations de signalisation (rupture de contact électrique). Le 28 septembre, le trafic TER est suspendu jusqu’au 15 octobre, le temps de mener des investigations. Les conclusions demeurant peu pertinentes, un nouvel arrêt entre en vigueur le 22 janvier 2018.
Eiffage Rail express, gestionnaire de la LGV BPL, SNCF Réseau et SNCF Mobilités ont mené de nombreux tests et essais, retenant semble-t-il la pose de 45 détecteurs de passage dans les voies et une boucle magnétique sous la caisse des Z TER. Le détail n’a pas été communiqué.
Le 27 août, la circulation a repris après un avis favorable de Certifer sur les mesures alternatives proposées. La région souhaite même proposer sept AR en décembre 2018 puis huit fin 2019. Rappelons que pour assurer ce service, elle a financé l’adaptation de huit rames Z TER baptisées Z 21700.
Le numérique ouvre de nouveaux horizons à la SNCF
Déjà largement présent, le numérique offre tous les jours de nouvelles opportunités pour le transport ferroviaire. SNCF Réseau a présenté fin août un certain nombre d’entre elles touchant notamment à la maintenance mais aussi à l’exploitation.
Le digital n’est pas nouveau dans le monde ferroviaire, mais l’ouverture du cinquième espace 574 (en référence à la vitesse du record) à Hellemmes près de Lille après ceux de Saint-Denis, Nantes, Toulouse et Lyon, marque une accélération numérique comme levier de transformation pour la production de Réseau et de Mobilités. L’entreprise attend une révolution par le digital avec pour objectifs l’amélioration de la productivité et de la performance.
Réseau a présenté ce 28 août plusieurs projets innovants. Vibrato est en test depuis six mois à Paris-Est, où 40 conducteurs de trains TER et Transilien utilisent un smartphone muni d’un accéléromètre et d’un gyroscope pour enregistrer les vibrations des roues. La comparaison entre trains successifs permet de lancer si nécessaire des alertes, voire des visites sur place. Ce programme alimente le système de maintenance prédictive.
Lidar est une application qui fournit un scan en 3 D du Réseau ferré national grâce à un faisceau laser à haute intensité avec nuage de points. Trois trains de surveillance du réseau Vigirail vont être équipés de ces capteurs pour actualiser cette image informatique du réseau puisqu’il circule tous les quatre mois au même endroit. L’organisation de la maintenance va s’en trouver facilitée avec l’association à l’intelligence artificielle et l’emploi de tablettes numériques pour les opérateurs.
Cela prépare à la création d’un jumeau numérique du réseau qui comprendra trois couches : la description physique du réseau, l’état des composants et le fonctionnement (celui des postes d’aiguillages par exemple). Les métiers vont changer en matière de coût et d’efficacité. Les opérateurs dotés de leur tablette pourront assurer une maintenance prédictive.
Ce jumeau numérique devrait aussi pouvoir faire circuler davantage de trains en les rapprochant grâce à la signalisation embarquée. Deux prototypes de trains autonomes sont attendus d’ici cinq ans. Le premier block digital sera déployé d’ici un an. Enfin le jumeau numérique permettra de simuler des situations perturbées, de proposer de nouvelles installations et de former le personnel aux procédures rares.
Le réseau « Nouvel’R » va utiliser le numérique pour un saut de performance (ERTMS de la LGV Paris – Lyon, gestion des circulations en temps réel), mais aussi pour réduire les coûts d’exploitation (cas des petites lignes en voie unique avec la géolocalisation).
Côté matériel, 30 % des pannes à bord des trains connectés ont été évitées grâce au télédiagnostic et à la maintenance prédictive. Les rames modernes ont un réseau informatique qui dialogue automatiquement avec les centres de maintenance. Cela permet d’organiser au mieux les opérations de réparation en termes d’efficacité et de délai. Les informations rapatriées sont personnalisées au poste de travail.
Infra : la nouvelle suite spécialisée Île-de-France
Dans l’important programme de RVB concernant actuellement le réseau ferré français, la Région parisienne occupe une place à part. Effectuées en zones denses, les opérations doivent affecter le moins possible les circulations commerciales.
Depuis fin 2017, une suite rapide – conçue par ETF, l’entreprise ayant remporté le lot francilien, et construite par Matisa – adaptée à ces contraintes est entrée en activité.Elle était attendue depuis plusieurs mois pour faire face à l’accroissement des travaux de régénération du réseau en Île-de-France et pour mieux répondre aux contraintes de la zone dense. SNCF Réseau investit désormais 1,6 milliard d’euros par an répartis par moitié entre développement et régénération. Concernant le volet renouvellement des voies, environ 400 millions par an, le programme se base sur 80 km de RVB par an dans la seule zone dense, qui comprend 1 200 km sur les 4 000 du réseau francilien, soit 100 à 120 millions d’euros par an pendant a minima les sept années à venir. Si l’âge moyen des voies est de 26 ans, 40 % atteignent les 40 ans. Et les RVB menés jusqu’en 2018 ne permettront que de stabiliser cet âge moyen.
En Île-de-France, la complexité des installations, la présence de nombreux obstacles et la courte durée des interceptions rendent difficiles l’emploi des suites rapides classiques. Leur efficacité ne se retrouve que sur de grands linéaires de voies et le nombre élevé de trains de travaux (environ sept) pénalise les circulations commerciales. La logistique est trop importante. L’appel d’offres lancé en 2014 imposait un nombre maximal de trois trains de travaux limités à 600 m de long avec en prime une vitesse de 80 km/h derrière le chantier, ce qui permet de ne quasiment pas pénaliser les trains commerciaux et d’éviter toute réduction du plan de transport par réduction de la capacité. Derrière une suite rapide classique, la vitesse est abaissée à 40 ou 60 km/h. La longueur de 600 m permet une bonne insertion dans les trains commerciaux lors des acheminements et dans les emprises du chantier.
En juillet 2015, le marché est attribué à ETF, filiale d’Eurovia du groupe Vinci, pour sept ans : quatre années ferme et trois tranches renouvelables d’un an. Fruit d’un investissement de l’ordre de 50 millions d’euros financé à 100 % par ETF, le nouveau train a été livré en mai 2017. Durant trois mois, il a été rodé sur des voies de service dans la zone de Chelles – Vaires. Le premier chantier s’est déroulé en octobre 2017 sur le RER C entre Choisy-le-Roi et Brétigny pour renouveler 6 km de voie.
Pour concevoir son nouveau train, construit par Matisa en Suisse, ETF a bien sûr examiné les techniques existantes, mais pour atteindre la performance demandée il fallait d’une part mécaniser un maximum de tâches et d’autre part innover. C’est ainsi que le remplacement des rails passe après celui du ballast et des traverses. Cela facilite la reddition de la voie à 80 km/h sur des rails en barres normales. Avec des LRS (longs rails soudés), il faut procéder à la libération des contraintes. Par ailleurs, pour respecter les 600 m, l’astuce consiste à utiliser deux fois les wagons qui arrivent pleins en ballast neuf, traverses ou rails et qui repartent avec les anciens matériaux. En suite classique, on a des trains spécialisés avec des wagons pleins de ballast neuf qui repartent à vide et des tombereaux vides qui repartent avec le vieux ballast. ETF a imaginé des wagons spéciaux à double flux. Même chose pour les rails.