Catégorie : Réseaux français

L’actualité des réseaux ferroviaires français.

  • Le chemin de fer en région Aquitaine (1re partie)

    Le chemin de fer en région Aquitaine (1re partie)

    Désormais englobée dans une région plus vaste, l’Aquitaine, déjà étendue en tant que telle, présente un réseau ferroviaire, né sous l’égide de trois compagnies différentes, aux caractéristiques intéressantes. Nous vous proposons de partir à sa découverte, dans le temps et dans l’espace, avec, pour commencer, une description en détail de son infrastructure.

    En 2016, l’actuelle région Aquitaine va englober celles voisines de Poitou-Charentes et du Limousin, en faisant une méga-région la plus importante de France en superficie. Avant cette échéance, il était bon de brosser le tableau ferroviaire de celle qui est demeurée longtemps la troisième région métropolitaine française, derrière Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes, avec une superficie de 41 309 km2 couvrant 8 % du territoire. Elle regroupait jusqu’ici 3 232 000 habitants répartis dans cinq départements : Dordogne, Gironde, Lot-et-Garonne, Landes et Pyrénées- Atlantiques (ex-Basses-Pyrénées). À part Bordeaux, la capitale régionale avec 239 000 habitants, ses satellites Mérignac et Pessac, qui en hébergent respectivement 66 000, 58 000, et Pau, fort de 81 000 habitants, les autres villes importantes n’atteignent pas la barre des 50 000. Après un phénomène de dépopulation au début du XXe siècle, un redressement s’est opéré entre les deux guerres avec l’installation d’immigrés italiens venus pour travailler la terre, l’implantation d’Espagnols fuyant la guerre civile, puis de Français évacués des régions frontalières, suite aux événements de 1940, et demeurés dans les lieux.

    Ce mouvement s’est poursuivi à partir des années soixante du fait de l’attrait climatique du Grand Sud-Ouest et de son rivage maritime, la Gironde étant toutefois la grande bénéficiaire de la poussée démographique. Composé des anciennes provinces françaises de la Saintonge, Guyenne, Gascogne et du Béarn, c’est une région de contrastes avec une hydrographie abondante (Dordogne, Garonne, Adour et leurs affluents) se jetant dans l’Atlantique, dont la façade va de la pointe de Grave à Hendaye sur 300 km. Disposant des ports de Bordeaux-Bassens, de Bayonne et du Verdon, au point de vue industrie lourde, des foyers métallurgiques épars de petite envergure se sont implantés en divers points (hauts-fourneaux à Pauillac, forges de l’Adour à Boucau et à Fumel). Des raffineries de pétrole se sont installées à Pauillac et Ambès de part et d’autre de la Gironde, une verrerie à Vayres. À partir de 1946, du fait de la découverte d’un gisement gazier, l’Aquitaine a bénéficié de la pétrochimie dans le complexe de Lacq-Mourenx.

    Une fabrique d’engrais s’est implantée à Bassens, avec des usines chimiques, un pôle aérospatial à Mérignac et une fabrique d’automobiles Ford à Blanquefort. L’industrie du bois a toujours été dynamique dans les Landes et un peu dans le Périgord (sciage, tranchage), avec des papeteries à Condat-le-Lardin, Facture, Mimizan, Roquefort (Landes), Tartas. Quant à l’agriculture, elle est diversifiée, avec les plantations de maïs et tabac, l’arboriculture (pruneaux), les cultures légumières dans le val de Garonne et la vigne, produisant des crus de qualité (Médoc, Côtes de Bourg-Blayais, Entre-deux-Mers, SaintÉmilion- Pomerol, Graves-Sauternes et Bergeracois). Si les secteurs agricoles et industriels ont perdu de nombreux emplois, la tertiarisation s’est elle grandement accrue. Alors que le thermalisme est présent à Dax, Cambo-les-Bains, Salies-de-Béarn, Eaux-Bonnes, le tourisme estival est porté par le long ruban des plages de la pointe médoquine, des Landes, de la Côte d’Argent et Côte basque, dont les sites d’Arcachon, Hossegor et Biarritz ont été les premiers à connaître l’affluence.

    Le Périgord, contrée aux 1 001 châteaux, offre quant à lui une mosaïque de sites de choix, archéologique et gastronomique, attirant les foules y compris la clientèle internationale. Au plan ferroviaire, le chemin de fer a la particularité unique en France, sauf en Région parisienne, d’être né sous la bannière de trois compagnies différentes : le Paris-Orléans et le Midi, ayant fusionné en 1934, et l’État, et ce jusqu’à la nationalisation en 1938. Alors que sur le territoire aquitain il recouvrait 2 524 km de lignes exploitées au moment de son apogée lors des années 30, le réseau géré en 2015 par RFF est tombé à 1 579 km. Comme nous le verrons, de nombreuses lignes à caractère secondaire ont été élaguées très tôt, n’ayant pas résisté à leur faible fréquentation, malgré l’emploi d’autorails.

  • Le TER en panne de conducteurs

    Le TER en panne de conducteurs

    Plusieurs régions ont réduit leur desserte TER suite à un manque de conducteurs. En Aquitaine tout d’abord. Du 8 février au 2 juillet 2016, 24 TER sont absents chaque jour sur sept des 15 lignes de la région, soit 5,6 % des TER : autour de Bordeaux vers Langon, Arcachon, Le Verdon, Sarlat ou Libourne. Il manque une vingtaine de conducteurs. En Picardie ensuite, du 29 février au 16 avril, pour huit trains en semaine et 11 le week-end autour d’Amiens vers Abbeville, Lille et Tergnier, car il manque aussi une vingtaine de conducteurs. Soit moins de 2 % des TER et 0,2 % des clients. En Nord-Pas-de-Calais, du 7 mars au 16 avril, une vingtaine de trains sont concernés sur Calais – Boulogne, Lille – Hazebrouck ou encore Aulnoye – Jeumont. Puis en Lorraine depuis le 3 avril pour une durée de trois à cinq mois, 14 suppressions quotidiennes sur Thionville – Longwy, Contrexéville – Nancy ou Béning – Sarreguemines.

    Il manque une douzaine de conducteurs. Dans les Ardennes, autour de Charleville- Mézières, six trains sont supprimés depuis le 3 avril pour permettre le détachement de sept conducteurs vers l’Île-de-France. Dans la région Centre, pendant les vacances scolaires de février ou de printemps, plusieurs trains sont supprimés entre Tours et Saumur. Quelques fois, des bus sont mis en place pour pallier l’absence de trains. L’Entreprise justifie ces absences de conducteurs par des congés protocolaires en retard à prendre impérativement d’ici le 31 mars, par des maladies ou des départs en retraite. En effet, depuis la réforme, les agents peuvent choisir leur date de départ en prévenant six mois à l’avance. Seulement six mois, alors que la formation dure 18 mois. L’anticipation fine est donc difficile. Elle s’est basée sur les années antérieures, mais les départs ont été plus nombreux. De plus, il faut bien constater que les campagnes de recrutement sont loin d’être satisfaisantes.

    Il faut, paraît-il, en moyenne 200 dossiers pour un candidat. En 2015, en Aquitaine, sur 800 candidats, 50 ont été recrutés et 41 sont encore en formation. Et le taux d’échec de la formation est de 60 %. En 2015, en Picardie, une formation de 20 candidats s’est soldée par 12 échecs. Pour jongler avec cette « denrée » rare, il peut y avoir des détachements d’une région à l’autre, voire l’embauche en CDD de retraités ! Cependant, avec les nouveaux certificats de sécurité et la création d’activités bien séparées gérant chacune leurs conducteurs, il n’est pas facile ni immédiat de changer un conducteur d’affectation, qu’elle soit géographique ou technique. Sans oublier la connaissance de ligne et bien sûr des engins moteurs. Alors on s’adapte… en adaptant le plan de transport. Certes, il ne s’agit que de quelques trains peu chargés, à des heures creuses, mais les exécutifs régionaux, financeurs du TER, sont montés au créneau pour dénoncer la nonréalisation des plans de transport contractualisés. Des malus, voire des pénalités, pourront s’appliquer. La SNCF a déjà annoncé des remboursements d’abonnements en Nord-Pas-de-Calais – Picardie. Les élus attendent surtout la mise en oeuvre d’un plan d’urgence et une véritable stratégie des « ressources rares » sur le long terme. Une chose est sûre : la formation ne sera pas bradée. Et dans le même temps, il faut former un grand nombre de conducteurs aux nouveaux matériels comme le Régiolis et le Regio 2N. Quant à la Lorraine, elle a prévu de mettre en route 100 TER supplémentaires en deux vagues (3 avril et 29 août). Il faudra sans aucun doute des conducteurs supplémentaires en tête de ces trains.

  • Les trains de nuit mis en vente

    Les trains de nuit mis en vente

    Annoncé le 19 février dernier par le secrétaire d’État Alain Vidalies, le gouvernement a lancé en avril un appel à manifestations d’intérêt pour les trains Intercités de nuit. Il porte sur six des huit lignes existantes puisque l’État a décidé de maintenir une convention avec la SNCF sur les relations Paris – Briançon et Paris – Rodez – Latour-de-Carol. Tous les opérateurs ferroviaires ou investisseurs peuvent proposer d’ici le 31 mai pour leur propre compte de nouveaux schémas d’exploitation innovants. Si les propositions sont crédibles, l’État est d’accord pour ouvrir l’exploitation à d’autres opérateurs que SNCF. La réponse porte sur tout ou partie des relations existantes, voire sur d’autres lignes, y compris des prolongements internationaux, mais comprenant la tranche de 1 h à 4 h du matin entre l’origine et la destination.

    L’offre doit préciser les dessertes, les arrêts, la fréquence, les horaires, les matériels roulants, les services, les mesures de sûreté, les itinéraires, la maintenance, la politique commerciale, les modalités de vente, le délai de mise en oeuvre, les prévisions de trafic et de recettes. Pour aider la réflexion, les caractéristiques des lignes actuelles ont été diffusées. On y voit notamment que les taux moyens de remplissage vont de 38 à 54 % en 2014. Les décisions seront annoncées le 1er juillet. Faute de repreneurs, ces six lignes seront purement et simplement abandonnées.

  • Île-de-France : un réseau à bout de souffle

    Île-de-France : un réseau à bout de souffle

    Dans son édition 2016, la Cour des comptes pointe la dégradation inquiétante du réseau ferré d’Île-de-France, dont les dysfonctionnements récurrents entraînent une qualité de service en deçà des attentes des usagers. SNCF et RATP ont commencé à réagir pour remettre leurs réseaux à niveau, mais la tâche est gigantesque…

    S’il ne représente que 10 % du réseau national, le réseau Transilien voit passer 40 % du trafic et 70 % des clients du train. Chaque jour, Transilien transporte 12 fois le trafic de tous les TGV. À titre d’exemple, sur la seule ligne du RER B, il y a plus de voyageurs que sur tous les TER réunis ! Entre 2010 et 2014, selon la Cour des comptes, les investissements de rénovation ou d’acquisition de matériel roulant ont bien évolué. Côté RATP, de 470 à 613 millions par an. Bilan : l’âge moyen du matériel des RER est passé de 27,1 à 18,9 années, avec 70 % du parc neuf ou rénové entre 2007 et 2016. Si c’est vrai au RER A, avec uniquement des rames à deux niveaux, la ligne B aura encore quelques rames MI 84 d’origine. Leur rénovation style MI 79 devrait démarrer. Côté SNCF, de 248 à 398 millions (de 48 à 98 en rénovation, de 200 à 300 en matériel neuf).

    Et pourtant, certains diront que ce n’est pas assez rapide pour Transilien. Il reste des rames « petits gris » (Z 5300, RIB/RIO) et quelques locomotives vieillissantes (BB 17000 et 67400). Le constat est sévère : l’âge moyen du parc est passé de 24,6 à 23,4 années, quand celui des locomotives reste stable à 26 ans ! Le nouvel exécutif régional a pour ambition de mettre des trains neufs partout en commençant par les RER. La liste de Valérie Pécresse annonce 700 trains neufs sur le mandat. Outre les financements à réunir dans cette période de disette budgétaire (on parle de recours au crédit- bail), il faut encore lancer des appels d’offres, que les industriels y répondent (voir les difficultés pour le RER 2N NG) et que la production fournisse les trains. Les experts sont plus mesurés : un train a une durée de vie de 40 ans, ce qui permet un âge moyen de 20 ans avec des aménagements rénovés tous les 10 ans. C’est moins cher et plus réaliste. Encore faut-il avoir un programme global.

  • Nouvelle rétraction des services TER en Champagne

    Nouvelle rétraction des services TER en Champagne

    Le 3 avril, la nouvelle région Alsace- Lorraine-Champagne- Ardenne a supprimé le service TER existant sur la section médiane de la ligne 072 (ex-ligne 2 du réseau Est). Les 49 km du parcours à double voie de La Ferté-Milon à Fismes sont donc privés de liaisons ferroviaires au nombre jusqu’ici de quatre fréquences depuis Reims la semaine, trois les samedis et deux les dimanches et fêtes, assurées par des X 73500. Dorénavant, la desserte intermédiaire des gares du parcours, dont Neuilly-Saint-Front, Oulchy-Breny, Fère-en-Tardenois, Mont-Notre-Dame et Bazoches, sera assurée par la route (autocars et taxis). Par contre, six AR fer demeurent maintenus sur le trajet Reims – Fismes. Rappelons que le parcours La Ferté-Milon – Reims avait une première fois été privé de services omnibus le 6 mars 1972, puis rouvert le 29 mars 1982 dans le cadre des décisions du ministre des Transports Ch. Fiterman

  • Pontarlier – Val-de-Travers : l’avenir s’éclaircit

    Pontarlier – Val-de-Travers : l’avenir s’éclaircit

    L’avenir de cette ligne transfrontalière, soutenue par les autorités côté suisse comme côté français, devrait être assuré.

    Alors que le sort de certaines dessertes (cas de la relation TER sur la ligne Andelot – Saint- Claude) en France se révèle incertain, la section internationale Val-de-Travers – Pontarlier ne semble pas devoir être remise en question. Cette ligne est reconnue, sur territoire suisse, comme nécessaire – elle sert notamment à un trafic de bois au départ des Verrières de CFF Cargo – et continue, même si cela s’effectue de manière adaptée, à être entretenue. Côté français, la reconduction de Marie-Guite Dufay à la présidence de la région Bourgogne-Franche-Comté est de nature à lever toute hypothèque. En effet, Marie-Guite Dufay s’est fermement engagée, à l’occasion de l’arrêt du TGV Neuchâtel – Berne, pour le maintien d’une liaison transfrontalière (trois AR quotidiens) via Pontarlier et en correspondance à Frasne avec les Lausanne – Paris. Du reste, des discussions portant sur le remplacement du matériel Colibri par une plateforme de type Flirt France à l’horizon 2019 seraient actuellement en cours. Enfin, on fait aussi remarquer à la région Bourgogne- Franche-Comté que l’état de la section transfrontalière, sans être parfait, n’est pas des plus vétustes. Il n’y a donc pas actuellement d’écueil financier au maintien de la ligne, ce d’autant plus que celle-ci est dépourvue d’ouvrage d’art important. Parallèlement, on comprend que l’avenir de la ligne internationale en provenance de Morteau et à destination de La Chaux-de- Fonds n’est pas inéluctablement aussi sombre qu’il n’y paraît. La difficulté à équiper les véhicules français de systèmes de sécurité suisses (l’ETCS niveau 1 LS est attendu pour 2017) pourrait être contournée à terme par la mise en place de correspondances directes au Col-des-Roches. Cette option exigerait cependant l’absolue ponctualité des TER de Bourgogne- Franche-Comté. En effet, le nouveau concept horaire appliqué côté suisse, ne permet aucunement d’attendre les trains, le cas échéant en retard, afin d’assurer les connexions.

  • Les passages à niveau : un casse-tête pour la sécurité

    Les passages à niveau : un casse-tête pour la sécurité

    Quelle que soit leur configuration les passages à niveau sont un facteur de danger pour la circulation ferroviaire comme routière. Pour améliorer la sécurité, la mesure la plus efficace est encore… leur suppression pure et simple, mais vu leur nombre et vu les coûts induits, on ne peut y recourir qu’avec parcimonie. Ainsi, à défaut, diverses solutions sont mises en oeuvre comme leur automatisation, l’installation de radars, voire de détecteurs d’obstacles.

    Sur les 30 000 km de lignes du réseau ferré français, on dénombre encore plus de 15 000 passages à niveau (PN) traversés chaque jour par 16 millions de véhicules routiers et où le passage de trains entraîne près de 450 000 fermetures quotidiennes. Les accidents demeurent toujours trop nombreux : une centaine de collisions en 2014 et 25 morts l’année dernière, dont 11 piétons et quatre cyclistes, et 17 blessés. Après avoir décrit les différents types de passages à niveau, nous examinerons leur fonctionnement, les règles du code de la Route et les évolutions à venir. C’est actuellement l’arrêté du 18 mars 1991 qui fixe le classement, la réglementation et l’équipement des PN. Il y a tout d’abord les PN sans barrières, au nombre de 3 468 fin 2014. Le signal avancé à 150 m présente la silhouette d’une locomotive à vapeur (tout un symbole !) en noir dans un triangle jaune à liseré rouge. Ensuite trois balises à 150, 100 et 50 m du PN avec trois, deux ou une bande rouge oblique et, enfin, un signal de position symbolisé par une croix de Saint-André rouge et blanc sur fond gris qui peut s’accompagner d’un panneau « Stop ». L’usager doit s’arrêter avant le PN et vérifier avant de s’engager qu’aucun train n’arrive, ni de droite ni de gauche. Si ce PN est doté d’une annonce automatique (dite SAL 0 pour signalisation automatique lumineuse sans barrières), la croix de Saint-André est accompagnée d’un feu rouge clignotant et d’une sonnerie. Le SAL 0 n’est plus installé depuis 1973. Ces PN sans barrières sont parfois accompagnés d’une pancarte « S » lorsque la visibilité n’est pas optimale, qui invite les conducteurs des trains à faire usage du sifflet de la locomotive. Pour les PN munis de barrières, le signal avancé, toujours de forme triangulaire, présente une barrière. On retrouve les trois balises puis le signal de position constitué en fait par les barrières manuelles ou automatiques. Elles sont complétées par des feux rouges clignotants systématiques pour les PN à SAL, éventuels pour les PN manuels. L’allumage des feux rouges impose l’arrêt aux automobilistes (mais aussi des piétons, cyclistes et deux-roues) quelle que soit la position des barrières.

    En cas de ligne à plusieurs voies, il existe une pancarte « Un train peut en cacher un autre ». Pour les PN manuels, les barrières ferment toute la chaussée. Il s’agit désormais uniquement de barrières oscillantes, c’est-à-dire en position levée lorsqu’elles sont ouvertes. Ces PN gardés peuvent être à régime ouvert (les barrières ne sont fermées qu’à l’annonce d’un train) ou fermé (les barrières sont ouvertes à la demande de passage d’un véhicule routier) ; le régime peut être différent le jour et la nuit. Ils sont en général accompagnés d’un portillon pour les piétons et cyclistes. Pour les PN à SAL, il s’agit de demi-barrières barrant, comme leur nom l’indique, la moitié de la chaussée. Avant 1991, il a pu exister des PN dit SAL 2 B où les barrières barraient toute la chaussée. Selon les caractéristiques de l’intersection, le PN à SAL peut comporter quatre demi-barrières (SAL 4) : deux dites d’entrée et deux dites de sortie. La chaussée est alors entièrement barrée. Selon les configurations, la signalisation routière peut être complétée par une limitation de vitesse, l’annonce d’un dos-d’âne par exemple pour une voie ferrée en courbe où le platelage du PN peut être préjudiciable aux véhicules bas ou une limitation de hauteur lorsque la caténaire n’est pas au moins à 6 m. En zone urbaine dense à proximité de carrefour, des feux routiers peuvent être couplés aux annonces du PN.

  • L’Europe adopte la concurrence générale

    L’Europe adopte la concurrence générale

    Le quatrième paquet ferroviaire, adopté fin 2015, prévoit d’étendre la concurrence dans l’Union européenne aux secteurs où elle n’était pas encore en vigueur. À savoir, le transport de voyageurs national et régional ou local. Avec des échéances respectivement en 2020 et 2026. Mais des anticipations sont possibles…

    Voilà, c’est fait. Le 8 octobre 2015, le Conseil des ministres des Transports de l’Union européenne s’est mis d’accord pour adopter le pilier politique du quatrième paquet ferroviaire, qui définit notamment l’ouverture totale du transport ferroviaire à la concurrence. Ce sera pour 2026 avec beaucoup d’exceptions. Dans son projet, la Commission européenne prévoyait fin 2013 une mise en concurrence obligatoire pour l’attribution des contrats de service public de transport ferroviaire dès 2019 (TER et Intercités). Un voeu qui satisfaisait l’Association des régions de France, désireuse de mettre en concurrence la SNCF le plus rapidement possible. Les concurrents demandaient même d’avancer le calendrier pour préparer les dossiers dès 2014. Le 26 février 2014, les eurodéputés adoptaient le quatrième paquet ferroviaire en première lecture, non sans l’avoir amendé. Notamment, en repoussant la date des procédures d’appels d’offres à 2023. Et en ouvrant la porte à des initiatives nationales, en aménageant par exemple la séparation entre la gestion des infrastructures et l’activité du transporteur historique. Ce dernier point sera utilisé par le gouvernement français pour faire la réforme de SNCF et RFF.

    La SNCF peut donc garder son monopole encore neuf ans sauf si la France décide d’anticiper comme en Italie ou en Allemagne. Le gouvernement Fillon souhaitait une mise en concurrence des TER dès 2015 ; le gouvernement Ayrault s’y est opposé. La prochaine échéance d’une alternance politique est 2017. Rappelons les évolutions de la concurrence ferroviaire. Le premier paquet, adopté en 2001, a ouvert la concurrence des services internationaux de fret opérant sur le réseau européen. Le deuxième paquet, adopté en 2004, a ouvert la concurrence de l’ensemble des services fret (international au 1er janvier 2006, domestique au 1er janvier 2007). L’Établissement public de sécurité ferroviaire est créé en lien avec l’Agence ferroviaire européenne, basée à Valenciennes. Le troisième paquet, adopté en 2007, a ouvert la concurrence des services internationaux de voyageurs (effectif en 2010). Elle est assortie d’une possibilité de cabotage (prise de voyageurs entre deux gares d’un même État) de manière limitée. La vocation internationale de la relation est privilégiée pour que l’équilibre économique des dessertes TER éventuelles ne soit pas compromis.

    Cette directive s’accompagne de textes régissant la certification des conducteurs et les droits des voyageurs. L’entreprise francoitalienne Thello relie Paris à Venise depuis décembre 2011, puis Paris à Rome de décembre 2012 à décembre 2013, et enfin Marseille à Milan depuis fin 2014. Les services nationaux de voyageurs (TGV, TER ou Intercités) restent assurés par la SNCF en situation de monopole puisqu’ils ne sont ouverts à la concurrence. Alors que cet opérateur, comme d’autres, opère dans plusieurs pays européens. L’inverse n’existe pas. Certains pays demandent donc une réciprocité. Le quatrième paquet comporte un volet technique et un volet politique. Le volet technique concerne la sécurité et l’interopérabilité ferroviaires. Il a fait l’objet d’un accord en juin 2015. Son adoption est attendue rapidement. Pour accéder aux réseaux européens, les procédures administratives devraient être simplifiées.

    Le volet politique concerne l’organisation des réseaux et les modalités d’ouverture à a concurrence. C’est lui qui a fait l’objet d’un accord le 8 octobre 2015. Le compromis final est attendu courant 2016. On y trouve les définitions du service public de transport ferroviaire et du service ferroviaire commercial. Le premier est assuré à l’initiative d’une autorité publique qui passe un contrat avec un opérateur. En échange de compensations financières, il est demandé un certain nombre d’obligations (desserte, fréquence, horaires, services à bord et en gares, ponctualité, voire composition des trains et type de matériels). En France, sont concernés les TER, Transilien et Intercités. Le second est un service librement organisé par l’opérateur. En France, il s’agit pour l’essentiel des trains à grande vitesse. Pour ces services commerciaux, l’ouverture à la concurrence des lignes commerciales nationales est prévue à partir de 2020… sous réserve de ne pas porter atteinte aux lignes TER et Intercités et de respecter le cadre social national. Ce dernier est en cours de négociation. Il devrait être défini mi- 2016. Il doit protéger le personnel et éviter le dumping social. C’est d’ailleurs la grande crainte des organisations syndicales françaises. En France, toute entreprise, y compris la SNCF, devra respecter ce cadre social.

    Pour les services publics, 2026 est la date retenue pour un nouveau régime d’attribution des contrats de service public. La mise en concurrence par appel d’offres est la règle, mais l’autorité publique pourra préférer l’attribution directe. Elle devra cependant être justifiée par une meilleure qualité du service. Les exemptions visent les petits contrats, les petits marchés, les réseaux isolés, les situations d’urgence… La France soutient ce quatrième paquet, qui reconnaît le modèle ferroviaire français et garantit une concurrence équitable. Par contre, certains opérateurs privés qui attendent impatiemment cette ouverture ne cachent pas leur déception face à ce nouveau texte : échéances encore repoussées et libre choix maintenu. Après adoption, chaque État mettra en oeuvre le volet législatif national correspondant. 2026 risque bien de n’être qu’une date indicative d’autant que les contrats signés juste avant pourront servir jusqu’à leur expiration. Mais, par ailleurs, on n’est pas obligé d’attendre 2026 pour faire des expérimentations ici ou là, sur certaines lignes de TER, voire Intercités. La nouvelle géographie politique des régions, tant par leur territoire agrandi que par le nouvel exécutif, sera sans doute l’objet d’un fort lobbying des entreprises privées.

  • Alsace, Lorraine, Champagne-Ardenne: état des lieux ferroviaire avant fusion

    Alsace, Lorraine, Champagne-Ardenne: état des lieux ferroviaire avant fusion

    Réforme des régions : la nouvelle entité qui va naître de la réunion de ces trois anciennes régions va devoir faire face à des situations très hétérogènes sur le plan ferroviaire. C’est ce que met en évidence l’inventaire qui suit.

    L’instauration des nouvelles régions suscite beaucoup d’interrogations et cela est parfaitement légitime. Certaines alliances ne sont pas, a priori, choquantes mais celle de l’Alsace, de la Champagne-Ardenne et de la Lorraine apparaît comme plus étrange, tant les disparités de tous ordres entre ces trois régions sont notoires. Il ne s’agit pas, ici, de polémiquer à propos d’une réforme qui aux yeux de presque tous est inéluctable, mais d’analyser brièvement les composantes de la nouvelle grande région, dont il faut souhaiter qu’elle adopte une appellation plus seyante et plus suggestive que Acal, barbarisme qui n’évoque rien pour qui que ce soit alors que l’expression Grand Est, déjà utilisée par certains, est beaucoup plus éclairante. La force d’une région est très dépendante de sa démographie, qui influe sur la production et la consommation, moteurs de l’économie ; d’emblée, l’Alsace apparaît comme bien placée face à ce ratio avec une densité de population de 225 habitants/km², suivie d’assez loin par la Lorraine avec 100 habitants/km², la Champagne- Ardenne n’en comptant que 52.

    En Alsace, peu de disparités, avec la quasi-absence de zones rurales profondes (y compris dans les vallées vosgiennes) et un semis bien réparti de petites villes (l’ancienne décapole) qui participent à la formation d’une armature urbaine équilibrée. Malgré cette apparence urbaine, une agriculture très dynamique coexiste, présentant une panoplie de cultures spéciales comme celles du houblon, du tabac, du chou à choucroute, de la betterave sucrière, auxquelles s’ajoute la viticulture, source de revenu et génératrice de tourisme avec la route du Vin. Les activités industrielles de grande taille diversifiées et les PME bien réparties sur le territoire participent à la prospérité économique générale.

    La Lorraine ne présente pas cette homogénéité car, outre le sillon mosellan, d’immenses zones appartiennent au rural profond en Meuse et dans la plaine du département des Vosges, dont les 5/6 sont hors montagne. L’agriculture y tient une place importante avec les grandes cultures de blé et de colza et l’élevage laitier qui génère une importante production fromagère (la quasi-totalité du brie de Meaux d’appellation est fabriquée en Meuse). Au plan industriel, nous n’avons pas ici une diversification très accentuée, d’où une certaine fragilité face aux aléas de l’économie et une forte évasion de main-d’oeuvre au Luxembourg, en Sarre et au Palatinat.

    La Champagne-Ardenne comprend de vastes zones rurales profondes, la Haute-Marne, pour ne citer qu’elle, a été un département où l’on a enregistré le plus de fusions de communes (avec la Meuse sa voisine) qui dans la plupart des cas ne dépassaient pas la centaine d’habitants. Le vignoble, dans la Marne et dans l’Aube, apparaît comme la principale richesse de la région, assez dépourvue d’activités industrielles d’importance hormis quelques établissements du domaine de l’agroalimentaire. Les dissemblances observées entre les trois régions sur un plan général (ce qui n’enlève rien aux valeurs intrinsèques de chacune) se confirment par ailleurs au plan ferroviaire avec des politiques

  • LGV SEA : le casse-tête de la future desserte

    LGV SEA : le casse-tête de la future desserte

    Le 31 juillet 2017, les TGV de l’axe Sud-Ouest doivent emprunter la nouvelle LGV Sud-Europe-Atlantique (SEA), qui relie Tours à Bordeaux, mais les propositions de desserte de la SNCF à cet horizon ont mis le feu aux poudres tant chez le concessionnaire que chez les élus locaux et les banques qui les financent.

    Resituons d’abord ce projet (détaillé dans Rail Passion n° 215) : La LGV SEA comprend 302 km de double voie apte à 320 km/h ainsi que 40 km de raccordements, au nombre de huit et franchissables à 230 km/h, puisque le choix a été fait de ne pas construire de gares nouvelles sur la LGV. Un choix important pour la suite. Le coût de ce projet est estimé à 7,8 milliards d’euros. Le financement est assuré par un nombre très important de collectivités territoriales (régions, départements, agglomérations), y compris en dehors du tracé proprement dit (Midi-Pyrénées par exemple), pour 3 milliards d’euros. RFF (SNCF Réseau aujourd’hui) apporte 1 milliard d’euros. Pour le reste, les caisses de l’État étant vides, la ligne a été mise en concession. Le groupement mené par la société Vinci a remporté l’appel d’offres avec l’organisme Lisea. La durée est de 50 ans. L’apport direct de Lisea est de 772 millions d’euros, le reliquat provenant de prêts de divers financeurs. Lisea assure la construction des nouvelles infrastructures puis son exploitation et sa maintenance jusqu’en 2061, le contrat ayant été signé en juin 2011.

    Pour obtenir le financement important des collectivités, la convention prévoit explicitement le niveau de desserte, notamment pour les gares intermédiaires de LGV SEA : le casse-tête de la future desserte Le 31 juillet 2017, les TGV de l’axe Sud-Ouest doivent emprunter la nouvelle LGV Sud-Europe-Atlantique (SEA), qui relie Tours à Bordeaux, mais les propositions de desserte de la SNCF à cet horizon ont mis le feu aux poudres tant chez le concessionnaire que chez les élus locaux et les banques qui les financent.  Châtellerault, du Futuroscope, de Poitiers, Angoulême et Libourne : « L’État s’engage à maintenir un haut niveau de qualité pour la desserte ferroviaire par les trains à grande vitesse », c’est-à-dire en termes de trains directs, de temps de parcours, de nombre d’arrêts et de répartition dans la journée. Les dispositions sont valables 10 ans à partir de l’ouverture de Tours – Bordeaux. Seul problème ressortant aujourd’hui : la SNCF, seul opérateur ferroviaire de la grande vitesse en France pour le moment, n’est pas signataire de cette convention et ne sent donc pas engagée.