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Catégorie : Matériel
L’actualité du matériel ferroviaire en France et dans le monde : innovation, acquisition, exploitation etc.

RER ligne E : nouvelle gare, nouvelle desserte, nouveau matériel
La plus jeune des lignes de RER de l’Île-de-France vient de connaître son deuxième grand changement de sa courte existence. Sa mise en service s’est déroulée en deux étapes durant l’année 1999 : le 14 juillet, ouverture des gares de Magenta et Haussmann-Saint-Lazare et circulation jusqu’à Chelles-Gournay, et, le 30 août, circulation jusqu’à Villiers-sur-Marne. La première évolution apparaît en décembre 2003 avec le prolongement de Villiers-sur-Marne à Tournan. Le 13 décembre 2015, la deuxième évolution concerne les gares, la desserte et le matériel. Avec l’ouverture de Rosa-Parks, Paris s’offre une nouvelle gare, 15 ans après celle de Bibliothèque- François-Mitterrand, au sud, sur le RER C. Cette 22e gare du RER E va désenclaver un quartier à cheval sur les 18e et 19e arrondissements en pleine transformation. Dans quelques années, 35 000 salariés et habitants seront présents. Située à 3 min de Magenta (gares du Nord et de l’Est) et de 7 min d’Haussmann-Saint-Lazare, elle attend assez rapidement 50 000 voyageurs quotidiens, et même 85 000 vers 2020-2022, quand la ligne E sera prolongée à l’ouest.
Le chantier aura duré plus de quatre ans. Son coût de 130 millions d’euros est financé par la région, la Ville de Paris, l’État et SNCF Réseau. En surface, la gare dispose d’un quai unique, long de 225 m, desservi par les deux voies du RER. L’accès aux quais s’effectue par des escaliers fixes, des rampes, des escaliers mécaniques et des ascenseurs. L’espace de vente (deux guichets accompagnés de distributeurs automatiques Transilien et grandes lignes) est situé au niveau inférieur, qui correspond au niveau des rues environnantes, sur lesquelles elle s’ouvre avec un grand auvent transparent. Trois commerces prendront place. Équipée de panneaux photovoltaïques et d’une toiture végétale, la gare devrait avoir prochainement un bilan carbone positif. Pour le volet historique, il faut signaler qu’elle est implantée au niveau de l’ancienne gare souterraine baptisée Est-Ceinture sur la Petite Ceinture. Le fronton de cette gare, seul vestige rescapé depuis 1980, a été conservé et exposé dans la partie souterraine près des rampes d’accès.
Cette gare est complétée par un passage urbain franchissant l’ensemble du faisceau de voies. Les caissons préfabriqués longs de 40 m et pesant 4 000 t ont été poussés début 2014 par des vérins hydrauliques. 25 000 m3 de béton armé ont été coulés alors que 150 000 m3 de déblais ont été évacués. Un chantier spectaculaire, bien orchestré, dans une zone où circulent 1 000 trains chaque jour (TGV, Intercités, TER, Transilien). Ce passage permet de relier la station du tramway T 3 b, arrivé fin 2012, en attendant à une date encore incertaine le futur prolongement du T 8. Au niveau de l’infrastructure ferroviaire, une évolution interviendra dans quelques années pour l’ouverture de la branche ouest. En effet, six trains par heure en provenance de Mantes-la-Jolie seront terminus ou origine Rosa Parks : le demi-tour des trains s’exécutera sur l’une des deux voies en cul-de-sac à construire côté est de la gare sur un emplacement réservé. Les cibles des signaux réservent déjà les futures signalisations. Comme les deux autres gares parisiennes de la ligne E, la gare de Rosa-Parks est desservie par l’ensemble des trains, c’est-à-dire 16 trains par heure en heures de pointe dans le sens de la pointe ou 10 en heures creuses et en pointe dans le sens de la contrepointe.
L’événement a été mis à profit pour refondre la desserte et la rendre toujours aussi robuste pour garder les 95 % de ponctualité, un record pour Transilien… au prix d’un allongement des temps de parcours : 3 min sur Paris – Villiers- sur-Marne, 3 à 4 min sur Paris – Chelles-Gournay et 4 min pour Paris – Tournan. La desserte de la gare de Pantin a été consolidée et réaffirmée. À l’origine de la ligne, seuls les trains de la branche de Villiers s’y arrêtaient, soit un train au quart d’heure dans les deux sens. Face à l’explosion de la fréquentation, + 56 % entre 2000 et 2005, dès décembre 2008, les trains de la branche de Chelles s’y arrêtent du lundi au vendredi en heures de pointe dans le sens de la contre-pointe (voyageurs venant de Paris). Depuis décembre 2009, l’arrêt concerne tous les trains de cette branche avec un allongement du temps de parcours de 1 à 3 min.

Le RER sur un air de cinéma
Tapis rouge pour deux rames du RER D. En partenariat avec le Stif, Gaumont a choisi de célébrer les 120 ans du cinéma en pelliculant intégralement les espaces intérieurs des rames 71 D (depuis le 28 janvier) et 81 D (fin mars) qui circulent sur les lignes D et R de Transilien. Le couple train et cinéma date des origines avec la mythique arrivée du train en gare de La Ciotat des frères Lumière. Aujourd’hui encore, environ 300 tournages se déroulent chaque année dans les gares et trains de la SNCF. Et les 600 000 voyageurs quotidiens de la ligne D renvoient au nombre de spectateurs dans les salles. La motrice paire relate l’invention du cinéma de 1895 à 1920. Les thèmes des trois remorques sont : les Années folles (1920 à 1930), ambiance noir et blanc des films de 1930 à 1970, le cinéma vu de Paris. Et, enfin, les étoiles du cinéma dans la motrice paire. Durant deux ans, ces rames vont faire voyager dans le Septième Art au travers d’affiches, de photos, de dialogues et d’ambiance. Un travail remarquable assuré par les agents du technicentre des Ardoines. Extérieurement, rien ne distingue ces rames des autres. Surprise garantie !

La ligne de la Côte bleue a 100 ans
Mise en service en octobre 1915, cette ligne, l’une des plus spectaculaires du réseau SNCF, a donc célébré son centenaire à la fin de l’an dernier. Évoluant, entre autres, dans le magnifique paysage des calanques entre Miramas et L’Estaque, elle a pour caractéristique d’accueillir, outre des TER et quelques trains grandes lignes, un important trafic de fret en rapport avec le complexe industriel de Fos-sur-Mer.
L’appellation de Côte bleue, contrôlée au plan régional, s’applique au parcours terminal de la ligne Miramas – Martigues – L’Estaque dominant les escarpements de la côte méditerranéenne dans sa partie terminale. En fait, cette artère, numérotée aujourd’hui 935 dans le catalogue SNCF Réseau (ex-RFF), se compose de deux parties dont les ouvertures respectives ont eu lieu à 33 ans d’intervalle. À l’origine, le parcours Miramas – Port-de-Bouc, long de 25 km, avait été concédé en 1875 à la Société des chemins de Fer méridionaux français comme ligne d’intérêt local, ouverte au trafic jusqu’à Rassuen en 1879, puis jusqu’à Port-de-Bouc en 1881. Mise en liquidation l’année suivante, elle avait été reprise en 1888 par la Société du chemin de fer de Miramas à Port-de-Bouc (MPB), dont les résultats d’exploitation ne furent pas des plus probants. Son prolongement pour joindre Port-de-Bouc à Marseille, et constituer ainsi un itinéraire bis permettant de pallier l’obstruction éventuelle du grand tunnel de la Nerthe sur l’artère impériale, a été autorisé par la loi du 29 juin 1904.
Le tronçon existant étant lui reclassé parallèlement comme ligne d’intérêt général adjugée au PLM – moyennant des adaptations comme la suppression du terminus en impasse côté ouest de la gare de Miramas avec demi-boucle vers l’est et la mise à double voie et l’amélioration du tracé jusqu’à Port-de-Bouc –, mise en service le 1er juin 1913. Pendant ce temps, la nouvelle section Port-de-Bouc – L’Estaque, longue de 36 km, qui a nécessité des travaux d’infrastructures considérables, avec des glissements de terrains, des difficultés de forages, assortis de grèves à répétition de 5 000 ouvriers, dont des Italiens, Espagnols et Portugais, avait pris naissance en 1908. Son ouverture par le PLM au coeur du premier conflit mondial s’est faite le 15 octobre 1915 sans flonflons, peu après le tronçon Frasne – Vallorbe de la ligne internationale du transjurassien. Ayant connu bien des événements, notamment au cours de la guerre de 1939-1945, cet itinéraire méridional long de 61 km, plus long de 18 km que celui principal longeant l’étang de Berre par le nord via Rognac, est aujourd’hui géré par la région SNCF de Marseille. Son activité est double, avec de gros tonnages fret de Miramas à Fos et Martigues, voyageurs TER de Miramas à Marseille. Classé au rang des parcours éminemment touristique les plus marquants de la SNCF, celui compris entre Sausset-les- Pins et L’Estaque, dans un environnement rocheux, accumule de splendides échappées sur le bleu turquoise du littoral, ce qui mérite assurément un détour, voire un séjour dans les petites localités de pêcheurs blotties au fond de calanques, avec excursions pédestres et maritimes.
De la plaine de la Crau à la chaîne de la Nerthe Établie intégralement dans le département des Bouchesdu- Rhône, la ligne à double voie Miramas – L’Estaque passe en saut-de-mouton à la sortie est du noeud ferroviaire de Miramas sur l’axe principal Paris – Marseille et contourne l’agglomération miramasséenne par le sud. Piquant droit dans cette direction, traversant le canal de Craponne, elle est établie à la lisière orientale de la plaine de la Crau, où réside l’aérodrome militaire d’Istres-Le Tubé (base aérienne 125).
étangs de l’Olivier et de Berre, la voie ferrée longe ensuite les étangs de Lavalduc et d’Engrenier et atteint la cité de Fos-sur-Mer sur le golfe éponyme, avec son vieux village perché sur un promontoire. Coupant le canal d’Arles à Bouc, elle dessert la ville de Port-de-Bouc (17 000 habitants aujourd’hui) avec son fort Vauban, siège d’un port de commerce, d’industries navales et chimiques. Traversant à nouveau le canal précité, elle franchit à la perpendiculaire le canal de Caronte, unissant le golfe de Fos à l’étang de Berre, par un viaduc remarquable par ses dispositions. À son extrémité sud se situe la gare de Martigues, éloignée de 3 km de la localité (48 000 habitants), ville désignée la « Venise provençale » avec son port et ses canaux sur la rive ouest de l’étang de Berre, renfermant plusieurs sites archéologiques et divers édifices religieux et civils. Poursuivant sa route en restant à l’intérieur des terres au pied des contreforts de calcaire blanc de la chaîne de l’Estaque, parsemés d’une végétation typiquement provençale composée de pins, thym, sarriette, lavande, romarin, myrte, lauriers, agaves, cactus, la ligne évite le cap Couronne, dessert les localités balnéaires de Sausset-les-Pins et Carry-le- Rouet, offrant de petites plages tranquilles au fil des criques.
Traversant plusieurs vallons profonds, elle domine à La Redonne-Ensuès/la Madrague-de-Gignac, puis dès lors est tracée au plus près et en surplomb du rivage méditerranéen, aux indentations multiples, dépourvu de route. Recoupant une succession d’éperons rocheux, plongeant dans la mer – où la végétation est devenue rare –, avec force viaducs et tunnels, ce parcours en cache-cache dessert Niolon et Le Rove, siège de batteries côtières, avec vue sur l’archipel du Frioul, et parvient à L’Estaque, où un sautde- mouton permet son intégration sur la ligne principale Paris – Marseille. L’implantation de la ligne est bonne de bout en bout, avec 56 % en alignement, le reste avec des courbes descendant rarement en dessous de 500 m de rayon. De même, le profil en long très légèrement bosselé n’inclut pas de rampes supérieures à 5 ‰. Si de Miramas à Port-de-Bouc, on ne dénombre qu’un tunnel, celui de l’Engrenier, par contre, au-delà, sur la section ouverte en 1915, le nombre

Caen : du TVR au tramway fer
Le TVR de Caen a fait son temps. Le tramway sur pneus, considéré comme une solution technique dépassée et sans avenir, sera remplacé par un tramway fer, seul moyen pour accompagner le développement du réseau. L’occasion de revenir sur un système hybride, plutôt méconnu, décrié par les tenants du « vrai » tram.
Depuis novembre 2002, Caen est doté d’un tramway, deux lignes, A et B, qui s’étirent sur 15,7 km desservant 34 stations. Un tramway ? Pas tout à fait. L’agglomération a fait le choix du TVR, entendez « transport sur voie réservée », un système sur pneus guidé par un rail central sur lequel s’appuie un galet. Au début des années 2000, alors que le tramway a déjà fait un retour à Nantes, Strasbourg ou encore Orléans, le coût de l’infrastructure limite encore largement son extension dans l’Hexagone. Les agglomérations moyennes vont donc regarder avec intérêt les solutions techniques moins coûteuses leur permettant de s’équiper à leur tour. Développé par Brugeoise et Nivelles, un constructeur belge tombé dans l’escarcelle de Bombardier, le GLT (Guided Light Transport) va sembler une solution tout à fait intéressante. Ce véhicule routier à trois caisses, bimode diesel-électrique, semble cumuler les avantages des deux systèmes fer et route. Pour l’administration, il s’agit d’un trolleybus allongé de 24,50 m. Il est unidirectionnel, comporte un volant, des clignotants et des plaques minéralogiques. Deux villes sont plus particulièrement intéressées par ce « tramway », Nancy et Caen.
À Nancy, la création d’un réseau de trolleybus au début des années 80 nécessite un renouvellement du parc. Le GLT bimode, qui circule en site propre et sur route, répond parfaitement aux exigences de l’exploitant. À Caen, en revanche, il s’agit de construire un réseau de tram à moindre coût. On estime alors à 20 % les économies réalisables. Parmi les gros avantages du système, il y a la bimodularité. Équipé de pantographes (de perches à Nancy), le tram circule sous LAC (ligne aérienne de contact) 750 V en mode guidé et rejoint son centre de maintenance en véhicule routier classique. Il est remisé avec les autres autobus, faisant l’économie d’un centre dédié. Le mode pneus permet en théorie de s’affranchir ponctuellement d’un obstacle sur le site propre. Il offre une adhérence accrue, permettant de gravir des rampes de 13 %, tandis que son angle de giration lui permet de s’inscrire dans des courbes plus serrées. Toutes ces raisons cumulées vont conduire Caen à faire le choix du …

Régiolis : plus de 100 rames livrées
Six ans après la signature du contrat de ce porteur polyvalent par la SNCF au nom des régions et 18 mois après la mise en service des premières rames, Alstom a livré fin octobre 2015 la 100e rame Régiolis, destinée à la région Midi-Pyrénées. Portant sur 1 000 rames, le marché comportait une première tranche ferme de 100 rames pour huit régions. Fin 2015, les commandes s’élevaient au total à 243 rames pour 13 régions et l’activité Intercités.
Décliné de la gamme Coradia du constructeur français Alstom, le Régiolis comporte un seul niveau, se décline techniquement en deux versions (électrique ou bimode), est bicourant a minima, avec une vitesse maximale de 160 km/h. La version tricourant est disponible pour accéder aux réseaux allemands et suisses (15 kV) ; la version 200 km/h, qui existe dans la gamme Coradia, n’est pas prévue dans ce contrat. Les commandes ne concernent que les compositions à quatre caisses (71,8 m) ou six caisses (110 m), celle à trois caisses (56,4 m) n’ayant pas été retenue. Comme pour les AGC, l’architecture est de type articulée avec bogies disposés entre les voitures. Cependant, pour des raisons de maintenance industrielle, la version à six caisses est constituée de deux demi-rames de trois caisses. Pour permettre un plancher bas sur toute la longueur du train, une première en TER, les équipements techniques (hors bogies) sont en toiture, y compris le moteur diesel MAN et son alternateur de la version bimode. Il y a autant de groupe que d’essieux moteurs. Par contre, le réservoir à carburant est installé sous caisse. Ce positionnement d’un maximum d’appareillage en toiture (groupe, chaîne de traction, convertisseur, groupe de climatisation) diminue considérablement le nombre de gaines techniques verticales, dégageant ainsi de l’espace pour les voyageurs et diminuant notablement les nuisances type vibrations.
La motorisation n’est pas répartie mais centrée sur deux bogies moteurs, un à chaque extrémité, d’un empattement de 2,40 m. Ils comportent chacun deux moteurs synchrones à aimants permanents. L’un des essieux est équipé de freins à semelle de fonte. En version à six caisses, l’un des bogies du milieu de rame est motorisé. Les deux bogies de sécabilité sont identiques aux bogies moteurs et sont donc d’un empattement de 2,40 m. En plus des disques, les bogies d’extrémité supportent un patin de frein électromagnétique. D’un empattement de 2,70 m, les bogies porteurs intermédiaires sont seulement équipés de freins à disques. Le freinage électrique existe sur les essieux motorisés,

ÉDITORIAL Eckwersheim: une affaire de facteurs organisationnels et humains
Dès le 19 novembre dernier, la SNCF rendait publique l’enquête interne de sa direction des Audits de sécurité sur le déraillement d’une rame d’essai à Eckwersheim, cinq jours plus tôt. Cet accident, qui causa la mort de 11 personnes, a pour origine immédiate une vitesse nettement supérieure à celle prescrite au programme, résultant d’une séquence de freinage amorcée trop tardivement.
Retour sur le jour de l’accident. À 14h28, et à l’heure, la rame TGV 744 quitte la gare Meuse pour la dernière montée en vitesse de sens impair de la journée, dans le cadre des essais dynamiques. Il s’agit de la phase finale avant l’homologation du second tronçon de la LGV Est-européenne, qui a pour but de vérifier l’aptitude des installations à assurer l’exploitation en toute sécurité, après qu’ont été contrôlés, dans les phases précédentes, l’ensemble des sous-systèmes. Depuis plusieurs jours, la rame effectue des marches par paliers de vitesses croissants, et le programme prévoit qu’elle circule, ce 14 novembre, à la vitesse nominale d’exploitation de la ligne majorée de 10 %, soit 352 km/h (pour 320 km/h) et 176 km/h (pour 160 km/h). Telle est la règle avant toute homologation. Ces essais nécessitent l’isolement du Covit (contrôle de vitesse continu) afin de pouvoir rouler, en tout point du parcours, à 10 % au-dessus des futures vitesses limites autorisées.
À 14h48, la rame franchit les aiguilles de Baudrecourt, et circule maintenant sur le second tronçon de la LGV Est-européenne. Mais à 15h05, alors qu’elle aborde le raccordement de Vendenheim pour rejoindre la ligne classique vers Strasbourg et vient d’entrer dans une courbe, elle déraille au Km 404,2, en amont d’un pont-rail, sur la commune d’Eckwersheim. La motrice avant heurte le parapet du pont, le franchit néanmoins, se couche ensuite et tombe du talus. Derrière, les remorques dévalent du remblai avant-même le pont, pour finir leur course sur la berge opposée du canal de la Marne-au-Rhin, en contrebas. Seule la motrice arrière chute dans le canal.
Au moment de l’accident, la rame se trouvait en pleine décélération. Selon le programme, elle aurait dû respecter un palier à 176 km/h à partir du Km 403,8. Or le dépouillement des donnés d’enregistrement Atess (acquisition et traitement des événements de sécurité en statique) montre qu’elle roulait encore, à l’instant précédent l’accident, à la vitesse de 243 km/h. Pourtant, dès le Km 398,7, la rame avait normalement respecté le palier précédent à 330 km/h, mais lorsqu’elle a abordé celui prévu à 176 km/h, elle était encore à 265 km/h. C’est donc bien l’entrée en courbe à une vitesse très largement supérieure à celle prescrite qui constitue l’origine immédiate de l’accident. Les efforts transversaux exercés à pareille vitesse sur la voie, au franchissement de cette courbe de 945 m de rayon, ainsi que le délestage des essieux sur la file de rail intérieure dû à la force centrifuge, ne pouvaient que conduire au déraillement. Dans cette configuration (rayon de courbure, dévers et masses en mouvement), un premier calcul théorique montre également que le phénomène de renversement se produit à une vitesse comprise entre 220 et 240 km/h. Aucune autre anomalie n’a été mise en évidence, ni sur les infrastructures, ni sur le matériel roulant ou sa maintenance, ni dans la gestion des circulations. Les dégâts constatés sur place ne sont que les conséquences de l’accident.
Lors de cette marche, la circulation s’effectuait, comme programmé, sur voie 2 banalisée. C’était la deuxième fois que l’équipe de conduite circulait dans ce sens, sur cette voie, pour sortir de la LGV en direction de Strasbourg, où l’arrivée était prévue à 15h17. À bord de la rame avaient pris place 53 personnes. En cabine, l’équipe de conduite se composait du conducteur assurant la conduite effective du train, d’un second conducteur, ainsi que du CTT (cadre transport traction). Le CTT était en charge de la supervision de la conduite du train qu’il accompagnait, et recevait du chef d’essai, à bord de la rame, les indications utiles concernant l’application du programme préalablement défini pour la marche. À côté du conducteur se trouvait le pilote traction de Systra, dont le rôle consistait à renseigner le CTT, en temps réel, sur les particularités de la ligne relatives à la signalisation, aux déclivités, ou encore à l’existence de points singuliers. Trois autres personnes étaient également présentes en cabine de conduite au moment de l’accident.
L’enquête interne fait apparaître plusieurs éléments perturbateurs qui auraient pu jouer un rôle. L’un d’eux est la présence, en cabine, de sept personnes au total, dont les positionnements respectifs ont pu gêner une vision optimale des indicateurs de bord. De plus, le CTT a déclaré aux enquêteurs avoir été appelé, juste avant l’accident, par le chef d’essai, via la liaison d’interphonie, pour lui demander de prolonger d’environ 200 m le palier à 176 km/h, afin de valider également cette vitesse sur l’aiguille en sortie de raccordement. La qualité de la liaison à cet instant aurait alors obligé le CTT à rapprocher son oreille du haut-parleur, dans une position où il ne pouvait plus observer ni les actions du conducteur sur le frein, ni les indications données par les manomètres correspondants. Dès à présent, il semble donc acquis que les différents processus qui ont participé à la survenue de cet accident relèvent, pour l’essentiel, de facteurs organisationnels et humains.
Cet article est l’éditorial du magazine Rail Passion n°220 « la Côte bleue les 100 ans d’une ligne mythique » cliquez sur la couverture pour accéder au magazine

Pays-Bas : la fin de l’époque des NS Mat’ (1re partie)
La fin, l’an dernier, des Mat’ 64 mettait un terme à une longue lignée d’autorails et d’automotrices qui ont constitué de 1934 à 2014 la base de la desserte cadencée régionale et Intercités aux Pays-Bas. Nous revenons à cette occasion sur l’histoire de cette grande famille de matériels dont les plus connus furent les « têtes de chien ».
Le Mat’ 64 peut être considéré comme la dernière génération des rames automotrices aérodynamiques bataves, qui laisseront dans les mémoires l’image de leurs silhouettes jaunes sillonnant le pays à intervalles réguliers. La carrière de cette série, datant de 1964 (d’où le 64 de Mat’ 64), forte de 277 rames Plan T (quatre caisses) et Plan V (deux caisses), dont le design est une version adoucie du célèbre design frontal « Hondekop » (« tête de chien »), a pris fin le 14 décembre 2014. Cet événement nous donne l’occasion de revenir sur toute une catégorie de Materieel (Mat) qui, pendant près de 80 ans, façonna la desserte du pays par un service cadencé en y introduisant la notion de réseau (ou maillage) : un vrai succès ! Pour ce matériel, l’échec n’est donc pas Mat’… C’est au début des années 30 que les Néerlandais tentent de résoudre le problème de la desserte régulière de leur pays, constitué de nombreuses villes de grande et moyenne importance et situées à des distances relativement courtes les unes des autres. En outre, ces villes doivent pouvoir être reliées par des itinéraires qui ne sont pas toujours les mêmes, cela afin d’obtenir des temps de parcours optimisés sur un maximum de relations (1). La solution à ce problème a été l’utilisation de rames automotrices articulées aérodynamiques véloces et réversibles, à traction électrique ou thermique et équipées de l’attelage automatique central (Scharfenberg). En effet, ces choix se sont avérés parfaitement adaptés à des liaisons rapides, fréquentes et demandant parfois plusieurs rebroussements. L’arrivée, dans les années 60, de matériels électriques à forte accélération mettra la cerise sur le gâteau… c’est ainsi que les rames Mat’ ont constitué de 1934 à 2014 la base de la desserte cadencée (régionale et InterCity) avec ses stoptrein (trains locaux) et ses sneltrein (trains express).
Les débuts La première série conçue avec ces caractéristiques est baptisée Mat’ 34 (pour « Materieel de 1934 »). Utilisant la traction thermique, elle est destinée aux services rapides entre les grandes villes, en attendant l’électrification des lignes Amsterdam – Utrecht – Eindhoven et La Haye – Rotterdam – Utrecht – Arnhem. Ce sont d’ailleurs les premiers trains diesels des Pays- Bas et leur forme aérodynamique était à cette époque révolutionnaire. De plus, la couleur gris clair choisie (au lieu du sempiternel vert que l’on retrouvait dans de trop nombreux pays) et l’aménagement intérieur confortable avaient frappé l’imagination. La rame automotrice Mat’ 34 comporte trois caisses sur quatre bogies, adopte la formule d’essieux 2′ (A1A)’ (A1A)’ 2′ et enferme deux moteurs Maybach ou Stork (ces derniers construits sous licence par Ganz) délivrant un total de 302 kW (Maybach) ou 276 kW (Stork). Un ensemble de 40 rames, numérotées 11 à 50, est livré en 1934-1935 par Werkspoor-Heemaf (11 à 25 et 41 à 50), Beijnes-Werkspoor- Heemaf (26 à 35) et Allan-Stork-Smit (36 à 40). (Les caractéristiques principales sont

Le matériel du métro parisien en pleine mue (2de partie)
À la veille de grands changements, nous faisons le point sur le matériel de métro RATP. Après avoir passé en revue le matériel fer actuel (voir Rail Passion n° 218), nous traitons ici du matériel pneumatique avant que d’évoquer l’évolution du parc de manière plus générale avec la problématique des prolongements de lignes en cours et de la création de nouvelles lignes dans le cadre du Grand Paris express.
Lire aussi : le matériel du métro parisien en pleine mue (1ère partie)
Le MP 55 a constitué le premier matériel destiné à circuler sur la ligne 11. Il a fonctionné jusqu’en 1999, date à laquelle il a été totalement remplacé par le MP 59, encore présent aujourd’hui. 102 rames seront construites entre 1963 et 1974 pour équiper d’abord les lignes 1 et 4. Les rames d’origine sont constituées de six voitures. L’aménagement intérieur est identique à celui du MF 67 avec quatre portes par face, des strapontins sur les platesformes et des banquettes recouvertes de Skaï orange. Une rame offre 144 places assises et 176 strapontins. Une modernisation technique est réalisée en 1989 pour le prolongement de la ligne 1 à Pont-de-Neuilly. Une opération de rénovation s’est déroulée entre 1989 et 1992, avec pose de sièges individuels à revêtement antilacération (tons gris bleu et rouge), nouvel éclairage et dépose des porte-bagages métalliques. Les rames changent également de livrée extérieure, abandonnant la livrée d’origine à dominante bleue pour, dans un premier temps, une livrée blanche avec les portes bleu foncé avant d’opter pour la livrée RATP blanc et vert jade. La face avant est gris anthracite avec un liseré vert jade. Évincées de la ligne 1 (et radiées) par un matériel plus moderne, elles rejoignent la ligne 4. Les 24 rames encore au parc circulent en ce moment sur la ligne 11 en composition à quatre caisses (212 places assises). Pour équiper la ligne 6, dont la moitié du parcours est aérien, la RATP commande 50 trains de cinq voitures désignés MP 73. Ils seront livrés entre 1974 et 1976.
Outre des adaptations de l’infrastructure à ce parcours aérien soumis aux intempéries, le MP 73, qui reprend les bases du MP 59, est lui aussi amélioré : nouveaux pneumatiques, puissance plus grande étanchéité renforcée, nouvelle face avant des véhicules d’extrémité avec une vitre frontale plus panoramique incluant l’afficheur. Actuellement, 46 rames sont en circulation sur la ligne 6. Une rénovation légère a lieu entre 1998 et 2002 avec remplacement des banquettes à revêtement en Texoïd marron par des sièges individuels en 2 + 2 avec tissu antilacération aux couleurs vert et jaune. Les strapontins des plates-formes sont conservés avec un nouveau revêtement. La capacité offerte est donc de 120 places assises et 146 strapontins, ou 572 voyageurs au global (assis et debout). Dans les années 90, afin de renouveler les plus anciens matériels sur pneumatiques, une nouvelle génération de matériel pneumatique voit le jour : le MP 89. Il sera commandé à 52 exemplaires en rames de six caisses avec cabine de conduite pour la ligne 1, pour remplacer le MP 59. Rénové, ce dernier est muté sur la ligne 4. Le MP 59 non rénové de la ligne 4 est muté vers la ligne 11. Ce qui permet de radier le MP 55. Désigné MP 89 CC, le nouveau matériel sera livré entre 1994 et mi-2000. Il sera commandé à 19 exemplaires, en rames de six caisses également mais sans cabine de conduite, pour la ligne 14. Désigné MP 89 CA, il sera livré de 1997 à 1999. Deux rames supplémentaires s’y ajouteront dans la foulée. Chaque caisse comporte trois portes par face, à motorisation électrique, ouverture systématique en station, et coulissante à l’extérieur. Chaque rame MP 89 CC offre 132 places assises en disposition 2 + 1 ou longitudinale (aux extrémités) et 78 strapontins, soit 686 voyageurs en globalité (assis et debout).
La rame MP 89 CA offre six places assises supplémentaires en extrémité de rame et donc six strapontins en moins. Les sièges individuels sont recouverts d’un tissu de velours antilacération de couleur bleue. Les sièges transversaux sont fixés aux parois pour faciliter le nettoyage. Chaque voiture reçoit un équipement visuel et sonore d’information voyageurs et des caméras pour la vidéoprotection. Ce matériel est le premier du métro parisien, hormis la série expérimentale du Boa et le MF 88, à être équipé d’une intercirculation large (1,67 m pour 2 m de haut). Les rames sont équipées d’un attelage automatique. Sur le plan technique, une partie des fonctions du train sont assurées par un réseau informatique. La chaîne de traction est de type asynchrone. Les rames MP 89 CA sont identiques à l’exception de l’absence d’une cabine de conduite (mais elles sont dotées d’un pupitre de secours pour la commande manuelle, notamment en atelier). L’automatisation intégrale nécessite une adaptation du système de commande-contrôle. Lorsque la décision est prise d’automatiser la ligne 1, la RATP réfléchit au matériel nécessaire. Le MP 89 CC de la ligne 1 pourrait être transformé en CA à l’identique de celui de la ligne 14. En même temps se profilent la radiation du MP 59 de la ligne 4 et le prolongement de cette dernière à Mairie-de-Montrouge.

Pologne : Les SU 160 en service
Les Chemins de fer polonais, les PKP, se modernisent et achètent… polonais. Ainsi des 10 diesels SU 160, de la famille Gama du constructeur Pesa, qui viennent d’être engagées sur des liaisons grandes lignes comprenant des sections non électrifiées.
Les nouvelles SU 160, fabriquées par le constructeur polonais Pesa Bydgoszcz, viennent d’être mises en service régulier sur quelques relations grandes lignes assurées sur des parcours non électrifiés par PKP ICCC, l’opérateur historique polonais. Commandées le 17 juillet 2014, pour un montant total de 31 millions d’euros, ces 10 locomotives diesels de la famille Gama de Pesa sont destinées à remplacer les séries utilisées jusqu’à présent, à savoir des SU 45 louées à PKP Przewozy Regionalne, limitées à 120 km/h, des SU 46 louées à PKP Cargo, limitées à 120 km/h, et des 754 louées depuis mai 2014 aux Chemins de fer tchèques (CD) qui sont limitées à 100 km/h, alors que certaines lignes non électrifiées parcourues sont autorisées à 120 km/h. Au minichangement de service du 18 octobre 2015 le cinquième depuis le 14 décembre 2014 les SU 160 sont engagées sur les trains TLK 51118/9 Pojezierze Gdynia – Bialystok et TLK 18104/5 Rybak Bialystok – Sczcecin sur le parcours Korsze – Elk (99 km) en remplacement de 754, sur les trains TLK 23104/5 Kossak Zamosc – Rzeszow et TLK 32104/5 Swiatowid Rzeszow – Zamosc (203 km), sur les trains TLK 53108/9 et TLK 35108/9 San Bydgoszcz – Varsovie – Lublin – Rzeszow – Przemysl et retour, et sur l’AR TLK 13104/5 et TLK 31104/5 Solina Varsovie – Lublin – Przemysl sur le parcours Lublin – Rzeszow (213 km) et retour. Les trains TLK 18 102/3 et 81102/3 Gorzowiak Varsovie Wschodnia – Gorzow Wielkopolski et retour restent provisoirement remorqués par une SU 45 entre Krzyz et Gorzow Wielkopolski, les TLK 10105 Konopnicka et 11111 Hancza Malkinia – Suwalki et les TLK 10116 Konopnicka et 11192 Hancza Suwalki – Malkinia restant provisoirement remorqués par des locomotives 754 tchèques entre Bialystok et Suwalki (soit 140 km). Les trains saisonniers d’été vers les stations balnéaires de la Baltique sur les lignes Lebork – Leba

Les SU 45 polonaises bientôt à la retraite
Ces diesels affectées au trafic voyageurs, dont le nombre a commencé à décliner dans les années 2000, sont aujourd’hui réduites à quatre exemplaires et devraient prochainement quitter la scène. Leur version fret ST 45, en revanche, a encore quelques années devant elle.
Présentes depuis les années 70, les locomotives diesels SU 45 vont disparaître dans quelques mois du paysage ferroviaire polonais. Au milieu des années 60, les PKP voulaient éliminer la traction vapeur sur leur réseau. Ils avaient à disposition les ST 44, locomotives de construction soviétique de type M 62, qui n’étaient pas destinées à la remorque des trains de voyageurs rapides, car limitées à 100 km/h. La conception et la construction à grande échelle d’une locomotive de ligne devenaient impérieuses, ce qui conduisit les PKP à confier au constructeur polonais H. Cegielski la construction d’un prototype. Après des problèmes de mise au point du moteur, il fut décidé de faire appel à la technologie occidentale et c’est sous licence Fiat que fut mise au point la motorisation de ces nouvelles locomotives de type SP 45. Construites à 270 exemplaires de 1970 à 1976 par Cegielski dans son usine de Poznan, ces locomotives universelles à transmission électriques sont de type Co’Co’, aptes à 120 km/h, d’une puissance de 1 250 kW et d’une masse de 102 t. Les prototypes ont été construits en 1966 pour le premier, le SU 45.001 (301 D) et en 1967 pour le second, le SP 45.002. Par la suite, 266 autres exemplaires de la version voyageurs ont été produits, les SP 45.001 à 265, de type 301 Dd, et